10 ans au Parlement européen de Martine Roure

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1 Le Parlement Européen, c’est vraiment un petit monde. Plusieurs milliers de personnes s’y côtoient tous les jours et parlent vingt-trois langues différentes dans les couloirs, les ascenseurs, au téléphone, ou pour communiquer par mail. J’ai découvert la réalité de cette tour de Babel strasbourgeoise et des labyrinthes bruxellois lorsque j’ai été élue députée européenne en juin 1999. Lorsque je faisais mes études de lettres tout en travaillant chez Manpower comme secrétaire et qu’à l’époque je rêvais d’être enseignante, jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je quitterais ce chemin qui me semblait tout tracé. Jamais je n’aurais pensé m’engager en politique. Le chemin a été long, très long : j’avais quarante ans lorsque j’ai été élue pour la première fois, à Lyon, sur une liste municipale d’opposition. Je me suis toujours battue pour la justice et c’est ainsi que, du militantisme associatif, j’avais fait le pas pour rejoindre, à trente-trois ans, le Parti socialiste. J’étais à cette époque-là professeur d’enseignement général de collège. Auparavant, j’avais été trois années institutrice. J’étais entrée dans l’éducation nationale en 1970, l’année où je passais mon DEUG de lettres. Tout d’abord institutrice remplaçante, je continuais parallèlement mes études : je m’étais aussi inscrite en psychologie et en sciences de l’éducation.
Publié le : jeudi 10 avril 2014
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Le Parlement Européen, c’est vraiment un petit monde. Plusieurs milliers de personnes s’y côtoient tous les jours et parlent vingttrois langues différentes dans les couloirs, les ascenseurs, au téléphone, ou pour communiquer par mail. J’ai découvertréalité de cette tour de la Babel strasbourgeoise et des labyrinthes bruxellois lorsque j’ai été élue députée européenne en juin 1999. Lorsque je faisais mes études de lettres tout en travaillant chez Manpower comme secrétaire et qu’à l’époque je rêvaisd’être enseignante, jamais je n’aurais imaginé qu’un jour je quitterais ce chemin qui me semblait tout tracé. Jamais je n’aurais pensé m’engager en politique. Le chemin a été long, très long: j’avais quarante ans lorsque j’ai été élue pour la première fois, à Lyon, sur une liste municipale d’opposition.Je me suis toujours battue pour la justice et c’est ainsi que, du militantisme associatif, j’avais fait le pas pour rejoindre, à trentetrois ans, le Parti socialiste. J’étais à cette époquelà professeur d’enseignement général de collège. Auparavant, j’avais ététrois années institutrice. J’étais entrée dans l’éducation nationale en 1970, l’année où je passais mon DEUG de lettres. Tout d’abord institutrice remplaçante, je continuais parallèlement mes études: je m’étais aussi inscrite en psychologie et en sciences de l’éducation. Après la licence et la maîtrise, mon inspecteur me proposa d’intégrer un collège afin d’être institutrice spécialisée. Après deux ans de stage à Bourg en Bresse je fus enfin titulaire. Mais les instituteurs spécialisés étant appelés à disparaître, il me fut alors proposé de devenir professeur bivalent de collège. Pour passer mon examen, je devais donc choisir deux valences: lettres, c’était pour moi une évidence ; ensuite, je choisis naturellement la musique car j’étais musicienne. La musique, c’était ma passion. À peine étaisje titularisée que l’on apprit que les professeurs bivalents de collège (PEGC) allaient à leur tour disparaître: il n’y aurait plus que les certifiés. Je passais donc le CAPES. Professeure certifiée de lettres modernes, il me fallait abandonner l’enseignement de la musique. J’ai eu un pincement au cœur.
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Quelques années plus tard, après avoir été durant sept ans chargée de cours à l’université parallèlementmon enseignement au collège, et à 1 quatre ans chargée de formation du premier degré à la MAFPEN, je me suis présentée avec succès au concours de chef d’établissement, et ai été nommée principale adjointe du collège Victor Grignard à Lyon, un collège de ZEP. C’est alors, en 1999, que j’ai été élue députée européenne. J’avais cinquante et un ans, et déjà une vie professionnelle bien remplie. Parallèlement à ma vie d’enseignante, je militais au sein de diverses associations et mouvements: associations antiracistes, ATD Quart Monde, association de parents d’élèves, syndicat d’enseignants… En 1981, je pris conscience que tous les combats passaient nécessairement par la case politique et j’adhérai au Parti Socialiste. Mon grandpère avait été dans sa jeunesse militant de gauche et avait appartenu à la SFIO. C’est grâce à lui et à ma grandmère que je me suis construit une conscience politique. Mes débuts en politique à Lyon n’ont pas été faciles. La ville était dirigée par la Droite et les socialistes étaient très minoritaires. Trois ans e après mon adhésion, ma section du 3arrondissement me demanda de devenir secrétaire de section afin de mener le combat. C’est ainsi que désignée démocratiquement fin 1988, après une candidature contre Raymond Barre, et des cantonales, je me retrouvai tête de liste aux municipales de 1989. Ensuite ce furent successivement encore deux législatives contre Raymond Barre, de nouveau deux cantonales, et de nouveau les municipales de 1995. Beaucoup de combats perdus d’avance, mais je tenais bon et je ne voulais pas aller ailleurs. Certes j’avais été élue au conseil municipal de Lyon dès 1989, mais mon objectif n’était pas d’être élue à tout prix: ce que je voulais, c’était
1 ission Académique de Formation des Personnels de l’Éducation nationale M
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défendre mes valeurs, là où je vivais. Peu à peu, au niveau national, je me fis connaître par ces luttes que l’on disait courageuses. J’étais proche de Lionel Jospin que j’admirais et j’entrai alors au Conseil national du Parti socialiste en 1992. C’est ainsi, à travers une succession d’étapes, que mon chemin s’est fait. En 1994, j’ai été désignée par Lionel Jospin pour être candidate e aux élections européennes. J’étais en 34position sur la liste du PS alors conduite par Michel Rocard. La raclée fut sévère: notre liste n’obtint que 15 sièges, je n’ai donc pas été élue. C’est aux élections suivantes, en 1999, que j’ai été élue députée européenne sur la liste conduite par François Hollande. Toute mon existence s’en trouva changée du jour au lendemain, et je découvris alors le Parlement européen, ce lieu à part où s’agite tout un monde laborieux et auquel j’allais appartenir pendant dix années de ma vie. Les débuts ne sont pas faciles. Ensuite, on s’habitue et on finit par aimer ça.
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I Deux campagnes si différentes ! Après l’expérience de ma première candidature aux élections européennes de 1994 au terme desquelles je n’avais pas obtenude mandat comme je l’ai dit plus haut,j’avais été sollicitée pour me représenter aux élections de 1999. Les nombreux mois qui précédèrent l’élection furent très difficiles. Chaque jour réservait sa surprise : je recevais des coups de fil e m’annonçant que j’étais 9sur la liste, puis 14e, quelques jours plus tard e e j’étais 12. Une place éligible étant, pour, finalement, terminer 18 réservée à une femme pour la région RhôneAlpes, c’est Sylvie Guillaume, première secrétaire fédérale du Rhône, qui avait été pressentie. Mais, pour des raisons personnelles, elle avait décliné. Elle avait alors tout naturellement proposé mon nom. François Hollande, qui me faisait confiance, m’apporta son soutien. Mais il m’avertit que certains m’attendaient au tournant et qu’il me faudrait faire mes preuves: « Montreleurce que tu vaux», m’avaitil dit alors. Certains de mes petits camarades (qui auraient bien voulu ma place) mettaient en doute mes compétences, mes diplômes, et que saisje encore… C’était vraiment très difficile à vivre, mais je serrai les poings et je me dis en moimême : « Vous verrez bien, je serai la meilleure ! » Cette élection avait lieu en pleine guerre des Balkans et l’ambiance était lourde. Pendant toute la période de la campagne électorale en effet, à chaque réunion publique, nous étions invariablement interpellés sur la question du conflit qui déchirait l’ex Yougoslavie: «Pourquoi l’Europe ne peutelle rien faire? Pourquoi estelle si impuissante ? »
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La liste étant nationale et menée par François Hollande qui devait parcourir la France, la conduite de la campagne électorale du Parti socialiste en Région RhôneAlpes reposait essentiellement sur mes épaules. Je sillonnais donc toute la région, où j’enchaînais réunions publiques et meetings. Comme mon nom n’était guère connu du public, je devais mettre les bouchées doubles et être partout à la fois… Ce fut une campagne particulièrement épuisante, mais très formatrice. Mon assistant Jérôme Maleski et moi faisions campagne ensemble, sillonnant la circonscription dans ma Renault Scénic. Jérôme n’aimait pas conduire, c’était donc moi qui tenais le volant. Au volant je n’ai jamais eu beaucoup le sens du plus court chemin, et avec Jérôme nous avons parfois eu des fous rires ou même des frayeurs. Fou rire, lorsque nous nous sommes retrouvés dans une zone industrielle dont nous n’arrivions pas à sortir; frayeur, lorsque nous sommes tombés en panne d’essence en pleine nuit en Ardèche. Entre l’ambiance lourde liée à la situation internationale et notre inexpérience, l’angoisse n’était pas loin! Notre liste remporta finalement vingtdeux sièges de députés au Parlement européen. Nouveaux élus, nous avons été invités par la représentation du Parlement, boulevard SaintGermain à Paris, pour faire le point sur le Parlement européen et son fonctionnement. Le représentant du Parlement nous rappela que notre lieu de travail serait double : nous serions trois semaines par mois à Bruxelles, et la quatrième semaine à Strasbourg, du lundi au vendredi. À Bruxelles se tiendraient les réunions des commissions parlementaires pour préparer les rapports, ainsi que les réunions de groupes; à Strasbourg ce seraient les plénières, où nous 2 voterions les rapports sur les projets de directives. Certains s’étonnèrent de ce travail éclaté sur deux sites, ce qui supposait bien sûr beaucoup de voyages et de frais. On nous rappela alors que le siège de Strasbourg était inscrit dans les Traités, mais qu’il était beaucoup plus facile et
2 Les directives sont les lois européennes.
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confortable de travailler à Bruxelles, dans des bureaux plus spacieux et 3 proches de la Commission européenne. Cinq années plus tard, au terme de mon premier mandat au cours duquel j’avais eu l’occasion, sur un certain nombre de points et dans le sens de mes convictions, d’apporter ma contribution à la politique européenne, j’eus très envie de continuer à m’impliquer dans mes combats pour une meilleure sécurité pour tous les citoyens et une politique généreuse et juste pour tousles demandeurs d’asile. Cinq ans, cela ne me semblait pas suffisant pour avoir une vraie reconnaissance de mes collègues députés et pour être vraiment efficace. Il me semblait essentiel de pouvoir faire un autre mandat en sachant cette foisci quelles étaient les erreurs à ne pas commettre et quels étaient les plus courts chemins pour atteindre mes buts. J’avais encore «» quelquessur le feu dossiers en cours, notamment les dossiers sur l’asile et les centres de rétention. J’ai donc présenté ma candidature pour une seconde mandature. La campagne électorale se déroula alors dans un contexte bien différent de ce que j’avais vécu en 1999.Jusquelà, nous avions des listes nationales, mais à partir des élections européennes de 2004, les listes seraient régionales, afin que les élus soient des personnes plus proches de leurs concitoyens. La France était divisée en grandes Régions. Notre Région SudEst comprenait les Régions RhôneAlpes, ProvenceAlpesCôte d’Azur et Corse. J’étais sollicitée par de nombreux camarades qui souhaitaient que je sois tête de liste sur la Région SudEst. Guy Bono et MarieArlette Carlotti étaient avec moi dans le peloton de tête. Gérard Collomb voulait une vraie tête d’affiche et n’était pas d’accord sur mon nom comme tête de liste.
3 La Commission européenne (avec un C majuscule, contrairement aux commissions parlementaires), propose et met en œuvre les politiques communautaires. Elle est la gardienne des Traités.
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C’est alors que nous avons appris, très tardivement, que Michel Rocard qui souhaitait repartir et qui ne trouvait pas de point de chute serait désigné pour mener notre liste. Nous reculions donc tous d’une place. La campagne avec Michel a été pour le moins épique ! Michel ne connaît pas la langue de bois. Je n’ai jamais connu quelqu’un de tel et c’est d’ailleurs pourquoi, même si politiquement je n’ai pas toujours été d’accord avec lui, je l’aime bien et j’ai du respect pour lui. Et puis, avec lui, on nes’ennuie jamais! La première conférence de presse que nous avons eue à Marseille nous a tout de suite mis dans le bain. Première question des journalistes : « MonsieurRocard, êtesvous pour les OGM? »Réponse de Michel: « Il ne faut pas être contre leprogrès ». MarieArlette et moi, nous nous sommes regardées, effarées…. Ce n’était pas du tout la position du Parti socialiste!…Quant à Michel Vauzelle qui était à côté de nous, il était pétrifié. Ensuite Michel Rocard expliqua la position du PS, mais il tenait toujours à dire les choses telles qu’elles lui venaient.Nous avons eu une réunion avec les jeunes, et un journaliste posa la question qui devait nécessairement venir à ce momentlà : «Monsieur Rocard, pensezvous que l’Europe puisse être un espoir pour les jeunes ? »Réponse de Michel: «Résolument non». Là encore, nous nous sommes regardés en nous demandant comment nous pouvions réagir. Michel apporta ensuite ses arguments: selon lui, l’idée de l’Europe ne peut, à elle seule, être un espoir; les espoirs sont dans les idées, certes, mais surtout dans les actes. Un autre jour, nous étions à Lyon. En sortant des Halles de Lyon après un dîner sympa entre nous, quelques syndicalistes EDF de retour de manifestation suite à un mouvement de grève vinrent à notre rencontre afin d’interpeller Michel. Au bout de quelques minutes, la discussion se fit animée et Michel, énervé par une question qu’il jugeait saugrenue, fit demitour en leur disant: «Si vous ne voulez rien comprendre, je ne peux rien pour vous.» Et il me laissa seule face aux syndicalistes
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médusés. Je discutai ensuite longuement avec eux ; mais ce francparler et cette antilangue de bois, si elle était tout de même sympathique, était pour moi, deuxième de liste, souvent difficile à expliquer et surtout difficile à comprendre. Cela fait partie du charme de Michel ! Toute la campagne a été sur ce modelà et à la fin nous étions doublement épuisés, par la campagne et par Michel, mais finalement très contents d’avoir fait cette campagne avec lui. Le résultat fut très bon et nous avions quatre élus : Michel Rocard et moimême, ainsi que Guy Bono et MarieArlette Carlotti, tous deux représentants de la Région ProvenceAlpesCôte d’Azur.II
Cinq années avec l’Europe en marcheMes premiers pas de députée européenne. Élue au Parlement européen en 1999, j’avais dû, obligatoirement, quitter l’Éducation Nationale. J’adorais vraiment ce métier et l’abandonner ne fut pas facile. J’avoue que j’ai alors été déchirée entre deux passions : mon métier et l’Europe. Mais j’avais déjà choisi, puisque je m’étais présentée aux élections. À présent j’étais députée européenne –ou «eurodéputée »comme on nous appelait souvent!J’étais extrêmement émue et avec tout ce que j’avais à découvrir, je dormais peu les premiers temps (plus tard, lors de ma réélection en 2004, mon arrivée fut plussereine…) Et je me rendis rapidement compte que j’allais passer beaucoup de temps à voyager entre Lyon, Bruxelles et Strasbourg. Un député européen, c’est un éternel voyageur, qui emporte ses dossiers partout et qui ne cesse de travailler. Mais cela me plaisait vraiment beaucoup.
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Lorsque Jérôme Maleski et moi sommes arrivés pour la première fois au Parlement à Strasbourg, nous avons été très impressionnés. L’édifice du nouveau Parlement venait d’être terminé et c’était grandiose! J’avais en effet demandé à Jérôme de devenir mon assistant sur la Région. Basé à ma permanence lyonnaise, il m’accompagnerait une fois par mois à Strasbourg pour les plénières. Je le connaissais depuis longtemps et je savais qu’avec lui à mes côtés, j’avais toutes les chances de faire du bon travail. Je peux dire maintenant qu’il a été un assistant précieux, indispensable. J’avais par ailleurs recruté Daniel, un jeune homme qui, pendant la campagne électorale, s’était montré fougueux et volontaire, et que j’avais rencontré dans ma circonscription, en HauteSavoie. C’est avec lui que je découvris le Parlement et tous ses secrets, après que nous nous soyons perdus dans les rues de Bruxelles dès le premier jour alors que nous nous y rendions à pied. Ça commençait bien ! Il faut dire qu’au Parlement européen les assistants parlementaires ont un rôle essentiel pour ledéputé. À l’époque je ne me rendais pas vraiment compte du travail qu’ils avaient à fournir. Rapidement, en prenant nos marques, nous nous sommes aperçus qu’il leur fallait parler plusieurs langues, dont l’anglais, mais aussi qu’ils devaient impérativement dominer les sujets traités par la commission du députéen l’occurrence pour ce qui me concerne, il s’agissait de la commission des libertés qui couvrait plusieurs domaines: affaires intérieures, sécurité, asile et immigration. Un assistant peut remplacer son député en réunion de groupe ou en commission parlementaire, mais il ne peut prendre la parole. Par contre, sur sollicitation du Président de séance, il peut expliquer la position de son député. Il a également la possibilité de déposer des amendements qu’il aura rédigés avec l’accord de son député et une fois que celuici les aura signés. Et dans les négociations, sa collaboration est très précieuse car, avec les autres assistants, c’est lui qui prépare les entretiens avec les autres députés. Le poste d’assistant parlementaire au Parlement européen est véritablement un poste clef. Daniel et Jérôme se mirent au travail et leur formation initiale leur permit d’apprendre très vite.
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En juin 1999, il nous a fallu prendre nos marques très rapidement. Pour Jérôme et Daniel mes assistants parlementaires, qui étaient nouveaux comme moi, les choses n’étaient pas faciles non plus car il fallait plonger directement et sans délai dans les dossiers. On ne peut pas perdre trop de temps au Parlement européen : on doit être efficace le plus rapidement possible pour peser sur les orientations et les décisions. Très vite, je compris que chaque député a une place essentielle. En effet, un député qui travaille vraiment a une voix reconnue et peut avoir une réelle influence sur tout le Parlement. Ce constat fut pour moi une découverte formidable qui me donna vraiment envie de m’investir à fond pour essayer, à mon niveau, de peser le plus possible sur les débats et les décisions afin de contribuer à changer le quotidien des gens. Je constatai aussi très vite que les députés peu présents finissaient par ne rien comprendre et étaient complètement dépassés. Le Parlement européen est une petite ville où l’on vit en vase clos plusieurs jours durant, surtout à Strasbourg. À Bruxelles, il y a un coiffeur, un petit supermarché, des boutiques où l’on peut acheter journaux, cigarettes, souvenirs, livres… Dans les couloirs ou dans les ascenseurs, je croisais MarieFrance Garaud, Charles Pasqua, Alain Krivine, Arlette Laguiller, Daniel ConhBendit, Mario Soarès, Michel Rocard… et ils étaient au même niveau que moi, c’était un peu grisant ! Une seule fois j’ai croisé Nicolas Sarkozy, alors fraîchement élu député européen. La première fois que je suis entrée dans le Parlement à Strasbourg, personne ne connaissait le nouvel édificeet nous nous sommes retrouvés quelquesuns à errer dans ce bâtiment tout rond, à la recherche de nos bureaux. C’était très drôle car les huissiers étaient perdus eux aussi, et à leur suite les députés, traînant derrière eux leurs petites valises à roulettes, l’air étonné et un peu agacé, tournaient, tournaient… Plusieurs années après ces débuts mémorables, je me perdais encore dans tous les couloirs. Mon bureau était minuscule et
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