Accrochée à la vie

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Cette histoire est celle d’une renaissance. Le combat personnel et intime de Giovanna Valls contre la plus terrible des addictions, l’héroïne. Ces confessions, nourries de sa correspondance avec ses proches et de son journal intime, dessinent le parcours sinueux faits de plongées vertigineuses et de phases d’espoir pour tenter de guérir de la drogue.

Accrochée à la vie est surtout un récit poignant, sans concessions, écrit par à-coups, sur un rythme parfois rapide, parfois serein et poétique, comme la vie qui s’échappe, comme la vie qui renaît. Depuis 2004, Giovanna a entrepris un travail de reconstruction douloureux mais salvateur. Et c’est cette expérience de femme qui a connu les abîmes les plus sombres, vaincu ses démons qu’elle nous invite à partager, comme un véritable manifeste pour venir en aide à tous ceux et celles qui ont connu ou partagé avec leurs proches l’enfer de la drogue.

Traduit du Catalan et du Castillan par Edmond Raillard
Publié le : mercredi 6 mai 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709649650
Nombre de pages : 250
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À ma mère, Luisa

Les textes personnels (lettres et fragments de journal) qui composent ce livre ont été écrits entre 2004 et 2011. Les passages narratifs placés en tête de chaque partie, dans lesquels je présente le contexte et rends compte a posteriori des faits passés, ont été écrits en 2014.

G. V.

Avant-propos

Ces textes que nous propose Giovanna sont la façon la plus sincère de faire connaître un projet qui est né dans un but précis ; grâce à eux, nous pouvons en suivre le processus du début jusqu’à la fin. C’est, sans aucun doute, la meilleure façon d’en rendre compte.

Ces textes sont la représentation la plus fidèle d’un voyage à travers les souvenirs, les expériences vécues, les émotions, les peurs, les désirs, les moments de tristesse… Bref, tout un processus d’acceptation et de composition avec soi-même et avec l’entourage ; et quand il a été impossible de réparer ce qui était abîmé, il a fallu apprendre à l’accepter.

C’est une des grandeurs de l’usage rituel de l’ayahuasca1, que Giovanna nous explique si bien, grâce à sa capacité de ressentir, mais surtout grâce à son talent pour s’exprimer.

Prato Raso est né en réponse au désir d’offrir un lieu sûr, confortable et encadré pour entreprendre ce voyage intérieur, que Giovanna a eu le bonheur de faire connaître à l’extérieur.

Je suis totalement reconnaissant à Giovanna, qui a pris la responsabilité et a fait l’effort de nous faire partager le cheminement qui a été le sien. Je profite de cette occasion pour lui dire que je suis fier d’avoir été à ses côtés dans ces moments de sa vie, tellement intenses.

Docteur Josep Maria Fàbregas
Directeur de CITA et médecin psychiatre

1. L’ayahuasca est un breuvage à base de lianes, consommé traditionnellement par les « chamanes » des tribus d’Amazonie, et utilisé pour sa capacité curative dans les croyances et pratiques locales. (Toutes les notes sont du traducteur.)

Accrochée à la vie

Lettre au docteur Xavier Fàbregas

Horta, 3 décembre 2008

Cher Xavier,

 

J’ai un manuscrit en chantier, que je n’arrive absolument pas à finir : je m’y suis consacrée, mais à un rythme hésitant. Aujourd’hui, ton appel a comblé mon univers et cette lettre, tellement promise, constituera, enfin, l’ouverture de ce manuscrit. Car c’est toi, avant tout autre, que je dois nommer dans ces écrits.

Je me rappelle, presque aux frontières de l’impossible, la façon dont tu m’as écoutée et encouragée, la première fois que tu m’as vue. J’étais dans l’obscurité et on ne voyait que mes yeux. Et ma mère, à côté de moi, hésitait, suivant un peu contre son gré les pas d’une fille qu’elle était en train de perdre. La seule chose qu’elle voulait, c’était que nous arrivions, tous, à un accord. La distinction extraordinaire de ta présence, ta grande humanité, nous ont aussitôt séduites ; nous étions tellement lasses. Et toutes les deux, nous sommes reparties excitées, réfléchissant à la façon de convaincre mon père à propos de la somme à payer… Mais comme ma mère ne lui avait jamais rien caché, la grisaille s’est dissipée. Parce que, bien sûr, dès cet après-midi, ma mère lui a raconté l’endroit, comment tu étais, que mes cordes avaient l’air de vouloir tenir et qu’elle avait la sensation que là, on pouvait me tirer des flammes de l’enfer. J’étais bien disposée pour cela. Pour mon père, la seule chose qui comptait c’était que je puisse m’en sortir, et il s’embarqua à nouveau. Il poursuivait son chemin en ondulant, multipliant les coups de pinceau et poursuivant son œuvre de peintre, mais il accepta d’être encore celui qui devait empoigner les rames. Tu les as bien connus et tu as su les apprécier.

Mon père était un homme formidable et il a toujours été satisfait de la clarté de tes positions. Malheureusement, et je le dis sans ressentiment, vous vous êtes trop peu vus : du jour au lendemain, il a dû s’accommoder d’un autre homme, un autre médecin qui dirigeait la clinique, ton frère Josep Maria, parce que tu étais parti, et lui, il n’a pas pu prendre congé de toi comme il aurait voulu. Et bien évidemment, il disait que vous étiez très différents l’un de l’autre…

Mais comme le ciel était divinement miséricordieux, infiniment bienveillant, et qu’il lui épargnait beaucoup de douleur, et comme les explications scientifiques de Mia1 sur le Brésil l’ont convaincu, rasséréné, il a commencé à envisager cette éventualité, avec effort, avec angoisse ; et, prenant le risque de se fier à ma volonté, il a dit « en avant ». Lui toujours si calme et raisonnable, pétri de choses ordinaires… c’était la vérité à ce moment-là ; la beauté, c’était la vérité. Et quand je suis revenue, la beauté était partout.

Mais les branches s’écartent. Un homme vêtu de blanc – mon père en été s’habillait toujours de blanc –, qui marchait vers elles d’un pas léger, nous a quittés il y a déjà deux ans. De fait, je lui dois d’avoir eu la chance d’aller à Dosrius et d’avoir été ta patiente pendant près de cinq mois. Je lui dois beaucoup plus que cela. Et bien sûr, Dieu sait ce que je dois à ma mère, poussée par son instinct naturel. Une vie ne suffirait pas à expliquer toutes les nuances de sa personnalité, sa tendresse, sa générosité. C’est une femme ouverte, aux yeux bleus, au teint pâle, avec un mélange d’orgueil et de goût extrême de la vie, le pouvoir de saisir les expériences et de les faire tourner lentement dans la lumière.

Le 6 janvier 2009, cela fera trois ans que je suis revenue du Brésil, et il m’en est arrivé de toutes les couleurs. Mon âme devait me défier de tenir bon. Mais bien sûr je ne t’oublie jamais, je n’oublie jamais ton nom, cher Xavier, et la façon dont tu as été un si bon ambassadeur, un si bon médecin, à l’avant-garde de ta profession, qui dois bien souvent décider de questions difficiles et angoissantes. Là, aux côtés de gens qui avaient les mêmes problèmes que moi, j’ai retrouvé la dignité. Il fallait simplement dire ce que l’on éprouvait, et tu m’y as aidée. Mais tu as cru en moi dès le premier instant, dès que tu m’as entendue parler. La vie, à ce moment-là, me paraissait peu généreuse, mais il y avait l’affection de ma famille, l’honneur, le courage, et tu as su capter tout cela avec un mélange de décision et d’humanité. Et mon cri était violent.

Qu’il est beau de pouvoir continuer à se battre, mais il faut se battre, vaincre, avoir foi en Dieu.

La connaissance vient de la souffrance, c’est vrai. Mais, année après année, cette procession, cette vie, ce vœu prononcé au moment de la mort de mon père, dans l’âpre courant d’un glacier, d’un pétale bleu, de quelques chênes, tout cela me soutient jour après jour, pas à pas, vers l’avant, pour ne pas revenir en arrière. Et c’est cela qui remplit ma vie.

Merci pour ces mois, pour la visite que tu nous as rendue quand mon père est mort et qui nous a beaucoup touchées, ma mère et moi ; merci d’être présent dans notre vie.

Je t’embrasse très fort.

Giovanna

1. Surnom du docteur Josep Maria Fàbregas.

Lettre du docteur Xavier Fàbregas

Mas Ferriol, 19 janvier 2009

Ma chère Gio,

 

Je suis très ému à la lecture de tes réflexions sur le jour où nous nous sommes connus, mais je me sens trop flatté. En réalité, il y a eu la conjonction d’une personne qui était lasse de souffrir et d’une autre, capable de comprendre sa souffrance et de lui offrir un outil pour alléger toute cette douleur, sous forme de thérapie.

Ton père (tout comme ta mère, je crois) a été réceptif au fait que nous vous offrions une solution dans laquelle toi, à la première personne et de façon active, tu lutterais pour cesser d’être « malade », pour devenir une personne, et cela est parfaitement en accord avec le caractère combatif des membres de ta famille.

De plus, personne n’allait te soigner, mais tu serais accompagnée dans le processus par lequel tu te soignerais toi-même.

C’est pourquoi il est émouvant de pouvoir continuer à suivre, même de loin, les progrès que tu as faits vers la maturité et, en même temps, sans perdre ce regard émerveillé sur la vie qui t’entoure, ta passion de vivre, comme l’ont toujours fait ton père et ta mère, dont je garde le souvenir, avec toute la dignité de votre douleur, peu après la mort de ton père, dans le merveilleux jardin de votre maison d’Horta. C’est un souvenir très particulier, parce qu’il évoque pour moi une maison très semblable à celle où j’ai passé mon enfance, la maison de mes parents et de mes grands-parents, dans la rue Septimània.

Je vous embrasse très fort, toi et ta mère.

Xavier F.

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