Aller à l'école du troisième millénaire

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« Je vous invite à reprendre le chemin de l'école, mais pas pour retourner dans celle que vous et moi avons fréquentée, pour découvrir une école qui n'existe pas encore, celle du nouveau millénaire. L'école d'aujourd'hui, lointaine héritière de celle de Jules Ferry, traverse la plus grave crise de son histoire. Victime de ses carences, contestée de toute part, elle ne pourra pas résister encore bien longtemps aux coups de boutoir qui lui sont donnés. Elle qui a pendant longtemps tenu une place si particulière dans le coeur des Français est tombée en disgrâce. La jeune fille que les hussards noirs de la République servaient avec dévotion n'est plus que l'ombre d'elle-même ; elle prend aujourd'hui les traits d'une vieille dame au visage émacié et sillonné de rides. Le temps dévore tout ! Trop passive dans un univers en pleine mutation, elle est désormais dépassée, incapable de remplir correctement les missions qui lui sont confiées. Prisonnière de tout un ensemble de dogmes, enchaînée par la peur du changement, notre école n'a malheureusement pas pris le parti de se réinventer. En complet déphasage avec une société totalement métamorphosée, notre système éducatif est à bout de souffle, inadapté aux nouvelles exigences de notre époque. Seule une école construite sur de nouvelles bases sera en mesure de relever les défis que nous lance ce début de troisième millénaire. »

Publié le : lundi 1 janvier 2007
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EAN13 : 9999998632
Nombre de pages : non-communiqué
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Introduction Nous qui étions si fiers de notre système éducatif, le meilleur au monde disions-nous sans l’ombre d’une hésitation. Durant des décennies, il a servi les intérêts de notre pays en délivrant une solide formation à plusieurs générations de petits Français et en faisant partager les valeurs de notre pays aux nombreux étrangers venus chercher une vie meilleure en France. Aujourd’hui, l’histoire d’amour entre les Français et leur école a vécu. Un cycle s’achève, celui commencé il y a maintenant plus de cent trente ans avec l’école de Jules Ferry. Elle évolua au gré des nouvelles exigences d’un monde où la technique prenait une part de plus en plus grande. Mais quand vint le temps de la massification, une rupture se produisit. L’école n’avait pas été conçue pour con-duire toute une classe d’âge au lycée. Ce fut alors le début de tout un ensemble de dérèglement, la belle machine se grippa et l’école s’enfonça dans une crise sans précédent. Aujourd’hui, de plus en plus de nos concitoyens prennent conscience que nous sommes dans une impasse. Les ouvrages tirant la sonnette d’alarme se multiplient et de nombreuses voix se sont élevées ces dernières années pour critiquer notre système éducatif, principalement pour dénoncer l’échec scolaire bien trop important, la baisse de niveau dans les disciplines littéraires, les inégalités persistantes et l’explosion des violences scolaires. Plus que jamais l’école est sur la sellette. En effet, l’édifice se fissure de toute part ! Inutile de fuir la réalité, les lézardes sont profondes. Notre école va de mal en pis. Qu’observe-t-on ? Des établissements à la dérive où la préoccupa-tion majeure n’est plus de transmettre des connaissances mais de pacifier. Des élèves en rupture avec le système, particulièrement agressifs, dont certains basculent dans la délinquance. Un nombre inacceptable de jeunes qui quittent l’école sans avoir obtenu le moindre diplôme. Des enseignants complètement abattus qui ne savent plus à quel saint se vouer… Arrêtons là, la coupe est pleine. Pourtant, de tous les ministères, celui de l’Éducation nationale gère le plus gros budget, et ce n’est que justice tant l’éducation et la formation jouent un rôle essentiel dans un monde de haute technologie où la concurrence entre les pays est féroce. Mais malgré  15
l’effort consenti par la communauté nationale, rien ne semble pouvoir endiguer le déclin de l’école. Elle glisse inexorablement sur une pente de plus en plus dangereuse. La décadence de l’école semble inéluctable. Tel un bateau en perdition dans une mer démontée, elle prend l’eau de toute part. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Un autre aspect du problème vient encore renforcer nos inquié-tudes. Ce sont les fondations de l’édifice qui sont atteintes ! En effet, l’école peut être analogiquement comparée à un temple reposant sur quatre piliers bien distincts. Chacun matérialise une mission spéci-fique que l’école se doit de remplir. Si les piliers/missions sont défail-lants, tout l’édifice risque de s’écrouler. Qu’en est-il ? Nous attendons de l’école qu’elle délivre àchaqueélève une solide formation sanctionnée à son terme par un diplôme. Mal-heureusement, l’école n’y parvient pas. Incapable de s’adapter à une partie de sa « clientèle », elle génère beaucoup d’exclusion. Les victimes de l’échec scolaire se multiplient. Beaucoup seront orientés vers des filières de relégation et quitteront l’école sans avoir obtenu le moindre diplôme. Loin de l’idéal d’une école pour tous, notre système éducation élimine impitoyablement tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule et génère son lot de laissés-pour-compte. Non seulement le système éducatif manque cruellement d’ef-ficacité, mais il y règne également l’injustice. Très complexe avec ses multiples filières, il représente une véritable jungle où seuls les initiés réussissent à éviter tous les pièges. En effet, l’échec scolaire, l’illettrisme, sont loin de toucher les élèves au hasard. Ce sont les enfants des catégories socioprofessionnelles les plus humbles qui en sont les premières victimes. La fracture sociale se répercute dans l’école et donne naissance à la fracture scolaire ; à tel point qu’il n’est pas faux d’affirmer qu’il y a deux écoles : celle des riches et 2 celle des pauvres . Malheureusement, le mérite n’est plus le critère déterminant, comme il devrait pourtant en être le cas. Ainsi, l’égalité des chances est un vœu pieux, la fracture scolaire une réalité. Quant à la formation de citoyens responsables et respectueux du pacte républicain, malgré le retour en force de l’éducation civique, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances, nous restons sur notre faim. Bien que nous attendions de l’école qu’elle accueille chaque élève-citoyen afin de lui faire partager les valeurs 2 Nestor Romero,L’école des riches, l’école des pauvres, Syros. 16
de notre communauté, nous déplorons dans la vie quotidienne un recul du savoir-vivre. Les incivilités se multiplient ! Il est vrai que l’école ne parvient plus à transmettre une partie de l’héritage cul-turel de l’humanité à ses élèves, élément pourtant essentiel à la compréhension des temps passés et des autres cultures. Dans ces conditions, espérer développer chez les élèves une éthique ou par-venir à assurer le lien entre les générations relève de la gageure. En laissant sur le bord du chemin bon nombre d’élèves, à défaut de partage des valeurs, on récolte le communautarisme. Ainsi, derrière les beaux discours qui flattent notre oreille en nous promettant l’école pour tous et l’égalité des chances se cache une réalité particu-lièrement préoccupante. Incontestablement, notre système éducatif ne parvient plus à assurer les missions qui lui sont assignées. Nos attentes sont déçues et l’énorme capital confiance dont bénéficiait l’école au sein de la population s’est considérablement érodé. Que de lézardes dans l’édi-fice ! Dès lors, il ne faut pas se voiler la face, la pérennité de l’école telle que nous la connaissons aujourd’hui est menacée. Or, les destins de la France et de son école sont liés. En effet, l’Éducation nationale n’est pas un service public comme les autres, ici le mot service prend une ampleur toute particulière. L’école ne rend pas simplement service à la nation, elle en est un élément essentiel, vital. Comme un cœur qui par ses pulsations irrigue l’en-semble de l’organisme, l’école alimente la société en forces vives, tous ces jeunes adultes qu’elle a pris soin de former et qui consti-tueront l’ossature de notre société. Sachant qu’une excellente formation représente un atout considérable pour réussir dans la vie, son action s’avère déterminante. Si elle faillit à sa tâche, l’insertion de ceux-ci dans la vie active est fortement compromise. Toute la société en pâtit. N’en doutons pas, si l’école éternue, la France s’enrhume. Les déboires de notre système éducatif sont lourds de conséquences. Jugez plutôt ! Nul ne contestera que l’on récolte ce que l’on sème, mais encore faut-il aussi savoir le faire pousser ! Lorsque l’école prépare correctement ses élèves à la vie active, elle favorise le passage en douceur qui conduit des études à l’exercice d’une profession. Du sang neuf est injecté dans l’économie, contribuant ainsi au dyna-misme et à la prospérité du pays. Mais que se passe-t-il si la méca-nique s’enraille ? Qu’arrive-t-il si l’école n’est pas capable de cultiver  17
les talents de ses élèves, de patiemment faire grandir les facultés qui sommeillent en eux ou encore de faire éclore les dons dont ils n’avaient peut-être pas conscience ? Une vie de galère le plus souvent, car l’échec scolaire est à la source de bien des décon-venues ! Les laissés-pour-compte du système éducatif ne sont pas au bout de leur peine, l’avenir ne se présente pas sous les meilleurs hospices, le cycle des exclusions ne fait que commencer ! Très mal préparés à la vie active, après avoir été exclus du système éducatif, les naufragés de l’école seront au ban de la société ; au chômage et sans aucun revenu jusqu’à 25 ans, au RMI ensuite. Difficile éga-lement de trouver l’âme sœur, et a fortiori de fonder une famille, avec d’aussi faibles revenus et sans statut social ! Les dégâts pro-voqués par l’échec scolaire sont considérables. Combien de talents restent inexploités ? Combien d’élèves sortent du système éducatif en ayant totalement perdu confiance en eux ? Et pourtant, ne s’agit-il pas d’une qualité fondamentale afin de réussir dans la vie ? Combien d’étudiants quittent l’université sans y avoir obtenu le moindre diplôme ? N’y ont-ils pas perdu leur temps et l’État son argent ? Évidemment, tout ceci finit par rejaillir sur le moral des troupes. Combien de professeurs ont perdu le goût de leur métier ? À n’en pas douter, l’échec de l’école se traduit à terme par l’échec du pays. Le gâchis est considérable ! La multiplication des laissés-pour-compte de notre société finira par tuer la vitalité du pays si rien n’est fait ! La fracture sociale dénoncée en 1995 par le Président Chirac a aujourd’hui une petite sœur : la fracture scolaire. Les conséquences de celle-ci sont tout aussi préoccupantes. Alors que l’école devrait montrer l’exemple, être le prototype d’une microsociété où s’ap-plique les valeurs de la République, aujourd’hui, elle ressemble plutôt à un univers impitoyable où règne la loi de la jungle. L’école n’est plus le modèle qu’elle a su être pendant bien des années, elle est aujourd’hui le reflet de la société, dur et injuste. Seulement voilà, dès lors qu’une partie de la population se sent lésée, victime d’injus-tices, c’est la porte ouverte à bien des dérives ! Toutes ces iniquités contribuent à générer un sentiment de révolte qui peut conduire à une déstabilisation du système. Il suffit de se rappeler les émeutes de fin 2005 pour se convaincre que les défaillances de notre modèle social peuvent mener très loin. La cohésion nationale repose en grande partie sur les épaules de notre école ; devant ses errements, il y a tout lieu d’être inquiet ! 18
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