Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lire un extrait Achetez pour : 11,99 €

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Publications similaires

Vous aimerez aussi

Le Coran

de fayard

Vise le soleil

de fayard

suivant
Madeleine Chapsal – Bon, vous voulez qu'on parle ! Vous, mon ex-analyste, et moi, votre analysée ! Très bien, allons-y ! Cela va me changer de votre silence…
Serge Leclaire – Questionnez-moi !
M.C. – Et si l'on parlait de l'image en couverture de votre récent livre, On tue un enfant 1 , qui représente Le Massacre des innocents ?
S.L. – Il faut prendre cette image comme une radiographie !
M.C. – Autrement dit : pas à la lettre ?
S.L. – L'important, c'est ce qu'on voit au travers : non pas l'au-delà de cette représentation, mais ce qui y est en vérité. Cela concerne l'enfant, cela va de soi… Et on dit volontiers que l'enfant pose des problèmes. En fait, on ne questionne pas vraiment la représentation en elle-même : on s'occupe autour…
M.C. – Ce qui vient tout de suite à l'esprit, concernant l'enfant, c'est « faible », « vulnérable », « sacré »…
S.L. – Exactement ! « Sacré », « merveilleux »… Il y a comme ça toute une série d'images que personne ne discute, qui vont de soi, qui font partie des évidences qu'on n'interroge pas, qu'on ne questionne que par les problèmes qu'elles suscitent, qu'elles provoquent…
M.C. – Lesquels ?
S.L. – L'éducation de l'enfant, les difficultés liées à l'enfant… Mais ce sont comme des effets de la chose, c'est-à-dire de la représentation de l'enfant, de l'image de l'enfant ! On tourne autour, on glisse à côté…
M.C. – Et si l'on entre droit dedans, que voit-on ?
S.L. – On voit le meurtre. Le meurtre de l'enfant… En fait, il y a un ordre de vérité qui est à l'œuvre dans les choses les plus évidentes, qu'on reconnaît et en même temps qu'on évite, qu'on laisse tout à fait en dehors. On ne l'interroge pas, on n'en discute pas…
M.C. – Qu'appelez-vous un « ordre de vérité » ?
S.L. – « Il faut que les gens fassent l'amour ! » Dites cela, écrivez-le, et en un rien de temps les rédacteurs en chef sont emballés, et cela passe dans L'Express
, par exemple… Mais qu'en est-il vraiment de l'amour ? Où est l'amour ? De cela on ne parle pas, ou plus…
M.C. – Et si nous en parlions, vous et moi ?
S.L. – Qu'est-ce que cela veut dire, « faire l'amour » ? Pour l'opinion commune, cela veut dire réaliser l'acte sexuel dans de bonnes conditions, et on s'arrête là. Si on objecte qu'il y a des gens pour lesquels cela ne se passe pas facilement, qui ont des difficultés, qui souffrent de phobies, on vous répond : « Alors ça, cela relève de la pathologie ! »
M.C. – Cela vous paraît faux ?
S.L. – Oui, parce que c'est dire qu'il y a les gens normaux et ceux qui ne le sont pas ! C'est opérer immédiatement une ségrégation qui est tout à fait symptomatique de ce que je veux dénoncer, et qui est l'évitement !
M.C. – De quoi ?
S.L. – De la vraie question : « Qu'est-ce que c'est que l'amour, qu'est-ce que c'est pour vous ? » Ainsi il y a tout lieu de penser que les deux personnes qui sont là en présence, la questionneuse et le questionné, ont eux aussi leur façon d'escamoter la question… Leur façon très organisée, très normale de « ne pas y toucher » !
M.C. – J'y réfléchirai pour mon compte ! Je croyais toutefois l'avoir fait avec vous, en analyse…
S.L. – Oui et non… Mais revenons à l'enfant. Qu'est-ce alors que l'enfant ? Qu'est-ce que le meurtre de l'enfant ? Regardons l'image du
Massacre des innocents. Au départ, il y a un ordre de vérité absolument contraignant pour tout le monde, qui revient sous différents habillages, différents événements… Un véritable consensus universel.
M.C. – Et qui est ?…
S.L. – Je crois qu'il n'y a pas de civilisation ou de lieu où n'existe d'une certaine façon ce culte de l'enfant, ce respect de l'enfant. Hautement déclaré.
Moyennant quoi, on fait tout le contraire…
M.C. – Vous m'effrayez !
S.L. – Il y a de quoi ! En pédagogie, dans l'éducation, la psychanalyse, tout ce que vous voudrez, ce qui est à l'œuvre, c'est un déni de l'enfant. On le façonne, on le met en fiches…
M.C. – On l'empêche d'ouvrir la bouche…