Au boulot Zoé ! - Ou le quotidien d'un fonctionnaire engagé

De
Publié par

Zoé, jeune fonctionnaire suspendue pour avoir écrit un pamphlet sur la fonction publique territoriale, doit effectuer un stage dans une ville du 9-3. Accueillie par le maire de la commune et son directeur général, Etan Parker, elle va découvrir une autre réalité du service public, un monde étrange où les fonctionnaires travaillent et agissent pour le bien commun.

Perdue dans cet univers insoupçonné, Zoé fera tout pour semer la zizanie entre ses nouveaux collègues. Situations rocambolesques, coups tordus et trahisons viendront rythmer un stage où l’intérêt général et l’engagement des agents finiront par triompher.

Refusant les clichés sur une fonction publique qui cimente les territoires les plus fragiles, ce billet d’humeur offre un autre regard sur ces hommes et ces femmes qui œuvrent chaque jour pour construire l’avenir de la République.


Engagé dans la fonction publique territoriale depuis 15 ans, Etan Parker est actuellement directeur général des services d’une commune de Seine-Saint-Denis.

Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 30
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297032544
Nombre de pages : 112
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Petit retour en arrière, souvenezvous. L’année 2010 a consacré au rang des bestsellers le pre mier roman d’une jeune administratrice fraîchement sortie de l’Institut National des Études Territoriales (INET), Zoé. L’INET est l’ENA des fonctionnaires territoriaux. Une soixantaine d’heureux administrateurs territoriaux sort chaque année de ce prestigieux Institut. Ils sont la crème de la crème, les futurs grands dirigeants des collectivités territoriales françaises. Le roman de Zoé,Absolument débordéeconstruit sur un postulat, était simple mais pourtant efficace : la fonction publique ter ritoriale est le paradis des fainéants souvent incultes et parfois avides de pouvoir (ou réciproquement). Le raccourci est un peu gros, je l’avoue. Il semble cepen dant que cette thèse ait trouvé un certain écho auprès du public qui en a fait un véritable succès de librairie. Les chanceux qui ont lu le livre de Zoé gardent une ten dresse particulière pour ses personnages truculents. On a tous croisé un jour dans notre boulot une « Coconne » qui invente quotidiennement une bêtise encore plus idiote que celle de la veille. Le monde est malheureuse ment ainsi,peuplé de Coconnes et de Concons qui nous pourrissent gentiment notre existence. Le livre de Zoé n’a pas connu un tel succès par hasard. Son écriture dynamique et subtile a dressé un portrait drôle et acide de la fonction publique française. Telle ment drôle et tellement acide que les principaux prota gonistes de l’ouvrage se sont reconnus au fil des pages. Ah qu’il est difficile d’être LA Coconne pour 200 000 lecteurs ! C’est sûr, il y a plus confortable comme situa tion. On imagine déjà les enfants dans la cour de récréa tion :
− Dis,c’est vrai que ta mère c’est la Coconne de la Mairie ?
8
La fonction publique reste cependant une mécanique bien huilée. Quelques mois auront suffi pour identifier la collectivité qui servait de paysage à l’intrigue. De nombreuses personnes, fonctionnaires territoriaux ou élus, se sont reconnues parmi les personnages. Com ment une administratrice territoriale pouvait autant cra cher dans la soupe qui l’avait fait grandir ? De quel droit pouvaitelle s’affranchir de ses Devoirs de réserve et de neutralité ? De mémoire de fonctionnaire territorial, on n’avait jamais vu cela. Le roman sarcastique de la jeune Zoé créait la polémique, le buzz était fait…
Cela peut peutêtre vous surprendre mais les fonction naires territoriaux doivent répondre de leurs actes et peuvent même être sanctionnés s’ils enfreignent un cer tain nombre de règles.Et Zoé en avait enfreint plusieurs, permettant à sa commune de la suspendre six mois de ses fonctions. Le conseil de discipline avait par ailleurs complété la sanction de Travaux d’Intérêt Général afin que la jeune auteure puisse « mieux appréhender les missions inhérentes du service public local et mettre son talent au service de l’intérêt général ».
Cette sanction était passée inaperçue, les médias pré férant surtout insister sur la suspension de celle qui avait osé critiquer l’institution. Zoé fut alors convoquée au sein du Centre Départemental de Gestion de La Gi ronde pour découvrir les missions d’intérêt général qui lui étaient proposées.
L’une d’elle retint particulièrement son attention : « Mission d’une semaine au sein d’une commune de SeineSaintDenis, sous la responsabilité du Directeur Général des Services, permettant de saisir les enjeux de l’action publique locale en direction des territoires les plus fragiles ».
9
Zoé sourit devant le titre obséquieux de la proposition de stage. Comment pouvaiton passer une semaine en tière dans une ville du 93 ? Elle ne connaissait abso lument rien de ce département. Elle chercha dans sa mémoire, mais rien d’autre que la finale de la Coupe du monde 98 et quelques images de voitures brûlées lors des émeutes de 2005 ne surgirent. Le 93 ne s’étu die pas sur les bancs de Sciences Po. Elle avait pourtant écouté en boucle les albums de Suprême NTM mais ne s’imaginait pas qu’elle séjournerait plusieurs jours avec les condisciples de Joey Starr. Un léger frémissement s’empara d’elle subitement.
− J’espère que je ne me ferai pas tirer mon iPhone, son geatelle, visiblement inquiète. L’idée de passer quelques jours sur Paris n’était pour tant pas pour déplaire à Zoé. Elle en profiterait pour faire les grands magasins et revoir ses anciens amis de promo. Un stage dans une petite ville du 93 serait une formalité pour une administratrice de son niveau, pen saitelle. Elle accepta finalement sans hésiter. Le jour J était donc arrivé. Ce matinlà, Zoé prit plus de temps que d’habitude pour se préparer. La veille, elle avait soigneusement program mé son alarme de téléphone pour être certaine de se réveiller. Après s’être difficilement extirpée de son lit, Zoé prit une bonne douche, un café Max Havelaar et un jus d’orange bio. Elle parcourut ensuite pendant plu sieurs minutes son armoire à la recherche de sa tenue. Une fois habillée, elle prit la direction du métro puis du RER pour se rendre sur le lieu de sa mission. Elle fut étonnée du nombre important de parisiens qui franchis saient chaque jour le périphérique pour aller travailler en SeineSaintDenis. Les gens n’imaginent pas que ce département offre un des plus grands bassins d’emplois
10
de la région parisienne et accueille les sièges sociaux ou succursales d’importantes entreprises du CAC 40. À la sortie du RER, Zoé s’empressa de rejoindre l’hôtel de Ville, de peur peutêtre de faire une mauvaise rencontre sur le trajet. Pendant ce temps, le personnel communal de l’hôtel de Ville s’activait et mettait les petits plats dans les grands pour recevoir son hôte de marque. Les agents d’accueil avaient été briefés pour qu’ils ne commettent aucun impair. Notre collectivité se devait d’être irréprochable. Je me souviens de la conversation de deux assistantes de direction devant la machine à café :
− Je l’ai vue chez Ruquier, elle a l’air plutôt sympa la Zoé.
− Tu crois qu’elle acceptera de me faire une dédicace pour ma mère ?
− Demandelui, tu verras bien. En tout cas, avec ton sens inné de la gaffe, fais attention à ne pas finir dans son prochain livre, conclut l’une d’elle avec un large sou rire. Accueillir Zoé dans notre commune était une idée du maire. Il avait adoré son roman. Il aimait répéter que la caricature, cette imitation dérisoire et excessive du réel, permettait de corriger la nature imparfaite des choses. Il avait particulièrement apprécié l’entame de l’ouvrage sur l’accès par concours au grade d’administrateur ter ritorial. Il s’était toujours méfié des hauts fonctionnaires qui, sous l’égide d’un concours sélectif, ambitionnaient parfois d’être khalife à la place du khalife. L’opportunité de recevoir une administratrice mise au ban par ses pairs l’excitait tout particulièrement.Il espé rait profiter de cet événement pour mettre en valeur la
11
politique menée au sein de sa collectivité. Son projet était clair : faire de la venue de Zoé un événement de communication pour offrir aux médias une autre image de la banlieue. Le premier magistrat de notre ville était un amoureux de la SeineSaintDenis et de ses habitants. Cela faisait maintenant trente ans qu’il s’évertuait à construire des politiques publiques qu’il voulait justes et utiles pour les gens. Ses réélections successives lais saient imaginer qu’il obtint quelques résultats.
La venue tant souhaitée de Zoé dans notre collectivi té fut cependant loin d’être une formalité. Le comité ad hocdu Centre de Gestion de la Gironde chargé de sélectionner les missions d’intérêt général qui seraient confiées à Zoé n’avait pas souhaité retenir notre pro position la qualifiant d’inappropriée et d’inadaptée. La raison officieuse du refus tenait plus à la localisation de la mission qu’à son contenu. La SeineSaintDenis ne semble pas être un lieu indiqué de villégiature même pour un fonctionnaire sanctionné. Lors de la sélection, un membre du comité avait laissé échapper :
− La SeineSaintDenis, et pourquoi pas Cayenne ?? Informé des réticences du comité, notre maire plaida auprès des instances de décision et obtint que sa pro position soit finalement retenue. À ce moment précis, il n’imaginait pas que l’accueil de la jeune administratrice aurait tant de conséquences pour sa petite collectivité.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.