Crimes sans cadavres

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Quel rapport y a-t-il entre le récent procès de Jacques Viguier, le professeur de droit, et celui de Jean-Maurice Agnelet, qui fut l’amant d’Agnès Le Roux en 1977 ? Tous deux sont passés au tribunal parce que leur compagne s’était étrangement « absentée ». Et assez longtemps pour que la justice s’en inquiète. Pourtant, impossible d’être absolument certain que les jeunes femmes sont mortes tant que leurs corps restent introuvables. Roger-Louis Bianchini revient ici sur des histoires énigmatiques de « crimes sans cadavre » : parfois la police a recueilli des aveux complets, parfois les preuves accablantes s’accumulent sans que jamais le meurtrier ne reconnaisse les faits. Une grand-mère anodine peut cacher une « mémé flingueuse », découpant à la meuleuse à ciment le corps d’un amoureux volage. Un bon père de famille peut avouer en sanglotant avoir étranglé sa maîtresse, son fils et son chien… avant de les couper en morceaux. Meurtres crapuleux ou passionnels, les enquêtes sans cadavre se referment souvent trop vite. Journaliste pugnace, l’auteur a repris le fil d’investigations oubliées, rencontré des témoins négligés et cherché à éclairer les aspects les plus mystérieux de ces crimes. Une série glaçante qui se lit comme un polar.
Publié le : mercredi 2 février 2011
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EAN13 : 9782213664484
Nombre de pages : 280
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Couverture Atelier Didier Thimonier
Photo © Plainpicture/Hœning, T.

© Librairie Arthème Fayard, 2011

ISBN : 978-2-213-66448-4

DU MÊME AUTEUR

5 Milliards au bout de l’égout, en collaboration avec Maurice Huleu et René Cenni, Jean-Claude Simoën, 1977.

Agnès Le Roux : enquête sur la disparition d’une jeune femme riche, Presses de la Cité, 1983.

Monaco, une affaire qui tourne, Seuil, 1992, et « Points Actuels », 1994.

Mafia, argent et politique, Seuil 1994.

Crimes et arnaques sur la Côte d’Azur, Gilletta-Nice-Matin, 2003.

13 Mystères de la Côte, Fayard, 2005.

Un maton au parloir, Fayard, 2007.

Pour Anna et Nicolas

Prologue

Le doute à perpétuité

Dans « Le cœur révélateur », Edgar Allan Poe fait raconter au narrateur le meurtre d’un vieil homme qui vit dans le même appartement que lui et dont il ne supporte plus « l’œil de vautour qui lance des éclairs ». Il le tue, le dépèce et cache les morceaux de son corps sous le plancher. Des voisins, qui ont entendu des cris, alertent la police. Celle-ci ne trouve aucune trace du cadavre. Le meurtrier, serein, déclare que le vieil homme est parti en voyage. Mais il commence à percevoir un bruit, d’abord faible puis plus intense. Il se persuade qu’il s’agit du cœur de sa victime qui palpite sous le plancher plutôt que d’admettre que ce sont les battements de son propre cœur. Il avoue alors le meurtre. Le remords, sans doute…

Sur les trois mille disparitions signalées chaque année en France aux services de police, trois seulement font l’objet d’une enquête criminelle.

Les progrès de la police scientifique, avec, notamment, les tests ADN et la détection des traces de sang invisibles à l’œil nu, font que les crimes sans cadavres ont perdu une partie de leur mystère. Ce n’est pas le cas de ceux qui sont exposés dans cet ouvrage.

« Le cœur révélateur » fait partie des Nouvelles Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Celles que je vous propose de découvrir dans ce livre sont également « extraordinaires ». C’est leur premier point commun. Le second tient au fait que les corps des victimes n’ont pas été retrouvés même si, parfois, le criminel a avoué son forfait.

Certaines restent irrésolues, comme l’enlèvement de Mme Yveline Bensoussan, une commerçante d’Ajaccio, ou les disparitions de Pierrot Bianconi, l’ex-capitaine du SC Bastia, et de Tatiana à Perpignan.

Certaines ont fait l’objet d’aveux confirmés (Bérenger Brouns, le traiteur parisien qui a découpé les corps de sa maîtresse et du fils de celle-ci), ou rétractés (Henri Pacchioni, le baroudeur marseillais lié à sa fille, handicapée mentale, par un « amour infini »).

D’autres, plus fréquentes, ne comportent que des protestations d’innocence, à l’image de Simone Weber, « la mémé flingueuse », ou de Jacques Viguier, le professeur de droit toulousain acquitté à deux reprises du meurtre de son épouse.

Dans tous les cas, les procédures sont longues et leur issue incertaine. L’exemple le plus frappant est donné par l’affaire d’Agnès Le Roux, emportée dans la tourmente de la guerre des casinos. Son conseil et amant Jean-Maurice Agnelet a été, trente ans plus tard, acquitté par la cour d’assises des Alpes-Maritimes, puis condamné en appel par celle des Bouches-du-Rhône. Ce qui ne manque pas de surprendre puisqu’il s’agissait, pour les deux jurys, de se prononcer sur les mêmes faits.

Surprenante également est la décision intervenue à l’encontre du « pirate des Caraïbes », appréhendé alors qu’il s’était approprié le bateau de l’un des deux plaisanciers avec lesquels il voyageait. Les deux navigateurs ont disparu. Le « pirate » a été condamné pour le vol avec violence du voilier qu’il conduisait, mais innocenté du double meurtre.

La justice est embarrassée lorsqu’elle doit se prononcer sur un dossier criminel caractérisé par l’absence de cadavre. Dans tous les cas, il faut que les magistrats, qui instruisent ces affaires, se persuadent de la réalité du crime commis alors que la preuve la plus tangible – le corps – est introuvable. D’où une relative indulgence des jurés vis-à-vis des accusés, auxquels profite, en partie, le bénéfice du doute.

Mais ce « doute à perpétuité », pour reprendre la formule de Gilles Debernardi, chroniqueur judiciaire au Dauphiné libéré, est une cause de souffrance particulière pour les proches des victimes. L’absence de funérailles, irremplaçables dans le travail de deuil, gomme l’existence du disparu : s’il n’y a pas de mort, c’est comme s’il n’y avait pas eu de vie.

Chapitre premier

L’énigme du Mont Carmel

Un faux testament accuse un commerçant de Menton d’avoir tué son ex-épouse pour s’approprier sa villa.

C’est l’histoire d’un trio qui n’a rien d’un vaudeville. Et si par moments un zeste de comédie s’insinue dans les tribulations des personnages, c’est le drame qui domine leur commune aventure. Elle est hantée par le fantôme d’un cadavre qui n’a jamais été retrouvé : celui de Lucienne Humbert, tuée par son ex-mari, Gaby Acolan, lui-même mis en cause puis condamné grâce à la persévérance de Jean-Henri Laurent, un ami de sa femme.

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