Est-ce ainsi que les hommes vivent ? - La mondialisation en crise : enjeux humains et territoriaux

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La mondialisation en cours remet tout en cause. Les rentes les plus anciennes comme les acquis les plus sûrs. Et cela semble ne devoir jamais finir. Une sorte de tsunami interminable submerge dans tous les domaines les antiques certitudes. L’ordre des choses n’en est plus un et ne protège plus de rien. Jusqu’où cela ira-t-il ? Cela aura-t-il seulement une fin et laquelle ?

Comme avec la découverte de Christophe Colomb, un monde nouveau se dessine sous nos yeux sans que nous l’ayons cherché, que nous continuons de nommer avec nos mots anciens en pensant le régir selon nos vieilles méthodes. Devant cet inconnu, les peurs, les crispations, les angoisses sont des réactions normales. Comprenons donc ce qui se passe au-delà de l’événementiel et quelles tendances profondes sont à l’œuvre. Explorons les diverses possibilités qui vont se présenter inéluctablement. Envisageons les multiples voies de l’action humaine qui jamais ne cessera d’explorer les avenirs possibles de l’humanité.

Car ce monde nouveau que tout à la fois génère et traduit la mondialisation en cours ne sera pas la fin du monde.

Le titre d’un poème d’Aragon que chantèrent entre autres Léo Ferré et Marc Ogeret va nous aider à construire une analyse légèrement distancée mais toujours empathique afin de donner du sens à ce qui se passe, surmonter un sentiment de chaos et de régression, et réenchanter l’avenir de nos enfants.


Philippe San Marco a été membre du corps préfectoral puis secrétaire général de la mairie de Marseille. Il a ensuite été élu à diverses fonctions (député des Bouches-du-Rhône, adjoint au maire de Marseille). Il enseigne actuellement la géopolitique et la géographie urbaine à l’Ecole Normale Supérieure de Paris.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9789999990820
Nombre de pages : non-communiqué
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INTRODUCTION
e Après unXX siècle tumultueux, tout de fracas et de chaos, on pouvait espérer une suite de l’histoire plus apaisée. La faillite des idéologies messianiques, de gauche et de droite, qui avaient ensanglanté l’univers et brisé la vie de millions d’êtres humains sonnait comme une libération. Ouf ! Quel soulagement. Les rêves seraient désormais moins glorieux, les lendemains ne chanteraient peut être pas, mais la paix serait là, féconde et chaleureuse, à l’abri de laquelle chacun, individu et nation, pourrait se reconstruire et se projeter dans l’avenir. Et pourtant voici que d’emblée ce siècle nouveau est apparu plein de menaces. L’absence d’idéologies donnant un sens aux événements, ou faisant croire qu’ils en avaient un, laissa comme un vide dans lequel s’inséra d’abord l’incompréhension et assez vite l’angoisse. L’ouragan qui balaya la France le 31 décembre 1999 donnait corps à la crainte que le changement climatique avait réellement commencé puisque l’anticyclone des Acores et le Gulf Stream ne protégeaient plus totalement notre climat tempéré. Et devant nos esprits incrédules s’affirmait à nouveau une clameur religieuse, celle de l’Islam, incompréhensible à nos sociétés post religieuses et pourtant s’affirmant comme seule alternative à la marchandisation du monde orchestrée sous l’égide des EtatsUnis d’Amérique avec l’incroyable enrôlement de la grande puissance communiste chinoise. Il y avait de quoi être désorienté. D’autant plus qu’avec la crise financière la justification de tout ceci a été réduite à néant. L’incroyable et obscène cupidité de quelques uns, érigée au rang de dogme, de tabou qu’il était grossier et stupide de critiquer, avait entrainé tous les autres dans le malheur. La mondialisation, tant critiquée par certains et défendue par d’autres avec enthousiasme reprenait les couleurs tragiques qu’avaient connues les générations précédentes. Finalement les repères étaient brisés. Les traditionnelles grilles de lecture, de compréhension et d’action semblaient inopérantes. Des nationalisations de grandes entreprises s’étaient faites sans problème aux EtatsUnis et au Royaume Uni, bastions des idées et des pratiques les plus libérales. Le secteur financier y était passé sous perfusion étatique, mais aussi des pans entiers de la « vieille » industrie comme en témoigne la spectaculaire prise de contrôle de General Motors par le Trésor américain. Dans le même temps, comme un paradoxe ironique, le libre échange si décrié jusque là n’était plus remis en cause par personne, et surtout pas par les pays dits « émergents », Brésil, Russie, Inde et Chine, bien au contraire. Pour éviter les batailles douanières qui avaient suivi la crise de 1929 et avaient alors aggravé encore plus la situation, le monde
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entier avait décidé de préserver la mondialisation en tant qu’espace et horizon ouvert aux entrepreneurs et aux échanges commerciaux. On comprendra que dans ces conditions de grande confusion, le doute sur la marche du monde s’installe. De quelque coté qu’on se tourne, tout parait menaçant. Et l’avenir, pour la première fois depuis longtemps, n’est plus porteur d’espérance mais d’inquiétude. Or bien évidement il n’en est rien. Il n’y a aucun déterminisme catastro phique. Ou plutôt ce catastrophisme ambiant est la principale menace dont il faut se protéger. Non pas par des incantations tout aussi infondées mais en reprenant patiemment l’analyse des faits objectifs et en s’appuyant sur la pensé rationnelle, loin du tintamarre médiatique qui obscurcit l’esprit. Essayons ensemble de regarder le monde comme il va. Il a traversé d’autres épreuves. Il traversera celle des temps présents. Commençons par assumer les conséquences de nos choix, ce qui pose encore tant de problèmes à certains dont le discours schizophrénique traduit une grande incapacité en ce domaine essentiel. Par exemple le développement de ce qu’on appelait encore il y a peu de temps avec une sympathie condescendante le « Tiers monde » a fait surgir face à nous de terribles concurrents qui ont pris de nombreuses places qui nous paraissaient nous revenir de droit. Et ce n’est qu’un début. De la même manière la puissance économique et sociale de l’Europe passant inéluctablement par la réalisation d’un grand marché unique, les conséquences de ce choix stratégique n’ont toujours pas fini comme une réaction en chaine de produire leurs effets déstabilisants des structures les plus anciennes et les plus évidentes. Comprenons ce qui se passe, audelà de l’événementiel. Quelles tendances profondes sont à l’œuvre. Explorons les diverses possibilités qui vont se présenter inéluctablement. Audelà de la désespérance, envisageons les diverses voies de l’action humaine qui jamais ne cessera d’explorer les avenirs possibles de l’humanité. En reconnaissant d’emblée que ces propos introductifs sont très centrés sur nous mêmes et la vision européenne du monde alors que ce dont nous parlons justement va de plus en plus se détacher des modes de pensée européens. Ce qui ne signifie pas que nous devions nous taire. Loin de là. Mais cela signifie que l’avenir ne sera pas déterminé seulement par nous comme nous en avons eu l’habitude depuis des siècles, imposant même aux autres notre domination dans tous les domaines. Ce temps est révolu. Et là encore, là déjà, pour commencer, il va en falloir assumer toutes les conséquences.
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