Fantasmes et réalités sur les Sex addicts

De
Publié par

Notre sexualité et nos pratiques n’échappent pas à la tentative de normalisation d’une société qui culpabilise tout débordement de notre recherche de plaisir (alcool, alimentation, jeux…). Il nous faudrait jouir, au sens large du terme, mais surtout sans excès.
Cet essai se propose de mettre à jour les dérives d’une récupération excessive, par la médecine et la psychiatrie, de certaines de nos conduites sexuelles, même excessives, qui ne sont en rien une maladie. Être hypersexuel ne signifie pas être déviant ou malade inéluctablement.
Les récents cas, très médiatisés, des frasques sexuelles de personnalité, ont été l’occasion de mettre à jour cette dérive sociale. Tour à tour ont été convoqués les termes de perversion, d’addiction sexuelle ou encore de maladie mentale, qualifiant des conduites qui ne relèvent bien souvent  que de l’infidélité, de besoins sexuels au-dessus de la moyenne, de perte de contrôle ou de conduites pénalement condamnables.
Ce livre, basé sur de nombreux cas cliniques et une expérience de plus de trente ans de prise en charge des addictions, se propose de redonner à la maladie sa juste place. L’addiction sexuelle ne sert elle pas souvent de prétexte à des conduites, certes excessives, mais qui ne relèvent en vérité que de la morale, de diktats religieux ou d’une vision sociale de la normalité à une époque donnée ?
Cette culpabilisation sociale, morale ou religieuse, de certaines de nos pratiques sexuelles, incite  de nombreuses personnes à pousser la porte des  addictologues ou des psychiatres, alors qu’ils ne sont en aucun cas  malades.
Mais alors, peut-on définir une sexualité « normale » ? Cet essai tente également d’en cerner  les contours mouvants.
 
Publié le : mercredi 6 avril 2016
Lecture(s) : 5
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709648899
Nombre de pages : 250
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
pagetitre

Du même auteur :

Virtual Killer, Éditions Pascal, collection Néro, 2009.

Les Dix Petits Commandements de la vie du couple, Éditions du Rocher, 2008.

« Les Addictions sexuelles », in Les Nouvelles Addictions, collectif, Scali, 2007.

Accros à l’écran : du tamagatchi au cybersexe. Et pourquoi pas !, Éditions Pascal, 2006.

L’Effet cacahuète, Éditions Pascal, 2005.

« Tueur en série », in Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse, 2004.

Papa, Maman, c’est quoi être accro ?, Alias, 2003.

Tu ne seras pas accro, mon fils !, Albin Michel, 2002.

Avec Marc Valleur :

Le Désir malade, Lattès, 2011.

« Jeu pathologique et personnes âgées », in Les Addictions du sujet âgé, Inpress, 2010.

Les Pathologies de l’excès, Lattès, 2006.

Les Addictions : panorama clinique, modèles explicatifs, débat social et prise en charge, Armand Colin, 2006.

Les Nouvelles Addictions, Flammarion, collection Champs, 2004.

Sexe, passion et jeu vidéo, Flammarion, 2003.

Les Addictions : repenser la souffrance psychique, Armand Colin, 2002.

Vous, vos enfants et la drogue, Calmann-Lévy, 1990.

La Drogue sans poudre aux yeux, Hachette, 1985.

i

Hypersexualité :
bonne santé mentale ou maladie ?

Il existe une réelle fascination pour les scandales sexuels, et « l’affaire DSK » en fut, il y a peu, un exemple flagrant. Nous nous sommes tous surpris à rester scotchés bêtement devant notre écran plat, hypnotisés par les mêmes images sordides qui tournaient en boucle, durant des jours. Ce n’était d’ailleurs pas sans rappeler notre même trouble attractivité lors des attentats du 11 septembre ou, plus récemment, la tuerie de Charlie Hebdo.

J’ai souvent alors été interviewé pour donner une tentative d’explication médicale aux dérapages sexuels très médiatisés de « célébrités » (politiques, sportives ou « people »). À la différence de certains de mes confrères, je suis toujours resté extrêmement prudent sur cette tentative de médicalisation1 excessive et sur les termes psychiatriques éventuels à employer, pour qualifier ces hypothétiques conduites pathologiques, parfois hélas pénalement condamnables.

Pourquoi ? Parce que les termes, les plus souvent employés, d’obsession sexuelle, de perversion, d’addiction et surtout d’hypersexualité ont un sens médical qui est totalement différent du sens qui leur est donné dans notre vie de tous les jours. Et il existe une grande confusion, dans les lignes de certains journalistes, entre ces concepts. Cette méprise est, en partie, le reflet de l’absence de définition nette proposée par le monde médical. Elle relève également du galvaudage sociétal de ces termes et de leur banalisation.

« Prendre son pied » ou être « accro » ne sont plus actuellement des problèmes, mais des injonctions, voire une valorisation. Jouir sans limites est devenu insidieusement la règle, au point que de nouvelles pathologies sont devenues emblématiques de notre société actuelle. Après les pathologies de l’inhibition, qui ont caractérisé toute la première partie du xxe siècle, nous avons à faire face à deux types de souffrances dans ce domaine. D’une part, ceux qui se laissent engloutir dans la recherche du plaisir sans maîtrise et qui détruisent ainsi leur vie. D’autre part, ceux qui, ne pouvant répondre (psychologiquement ou matériellement) à cette nouvelle injonction sociétale, plongent dans la dépression2.

C’est bien pour cela, dans un environnement prônant l’hyperconsommation en tous genres, qu’il est urgent de fixer ce qui relève d’une conduite personnelle « acceptable », d’une pathologie individuelle ou d’un dérapage sociétal.

Que recouvre le terme d’hypersexualité ?

Être hypersexuel, par exemple, relève-t-il de la pathologie ou de pratiques individuelles répétées mais satisfaisantes, signe de bonne santé mentale et d’équilibre relationnel ? Est-on hypersexuel si nous avons des relations sexuelles fréquentes, avec un ou plusieurs partenaires, et quelle serait alors la norme au quotidien ? Déraper sur des conduites légalement répréhensibles (consultation de sites pornographiques pervers ou encore agression sexuelle) est-il une conséquence possible d’une attirance excessive pour les relations sexuelles et une forme d’escalade ? En quoi cela relève-t-il d’une pathologie médicale éventuelle ?

En fait, c’est plus la notion de norme qui est interrogée ici. Norme dans la fréquence des rapports, norme dans la nature des pratiques et des fantasmes. Et bien sûr, cette ligne de démarcation est très fluctuante en fonction de chacun d’entre nous, mais également des normes sociales de l’époque. J’y reviendrai quant à l’homosexualité ou encore la masturbation.

La recherche de sensation ou de plaisir entretient un rapport étroit avec l’abus ou l’excès, que la vision commune continue à regarder comme un vice. Que certaines sources de plaisir puissent devenir l’objet d’un désir incontrôlable, engloutissant, est le fondement même de la morale des Anciens.

La morale du juste milieu, du « ni trop ni trop peu » d’Aristote, est aujourd’hui remplacée par les considérations les plus pragmatiques et utilitaristes de la santé publique. Mais la « bonne santé », comme cela peut l’être également pour l’alcool ou le jeu, ne se définit pas purement et simplement par l’abstinence. Au contraire, les personnes qui vont le mieux sont le plus souvent celles qui consomment (par exemple de l’alcool), mais en quantité modérée. C’est pour cela que les épidémiologistes parlent de « courbes en U » : si l’on trace une courbe de l’importance des problèmes, en fonction des quantités consommées, les personnes qui vont le plus mal sont celles qui sont très dépendantes, et qui se situent le plus à droite de la courbe. Mais celles qui sont le plus à gauche, c’est-à-dire les abstinents, ne sont pas celles qui vont le mieux : la courbe descend, et le minimum (de problèmes) concerne les consommateurs modérés. N’en déduisons pas trop vite qu’il faut obliger à boire un peu, et à jouer un peu, tous les abstinents. Il faut plutôt en déduire que les gens qui vont bien, notamment sur le plan psychologique et sur le plan social, peuvent se permettre des consommations, en évitant les problèmes d’abus ou d’excès, voire d’addiction.

Ce phénomène se vérifie aussi en matière de sport : il est sain de faire du sport de façon mesurée, et récréative, mais le sport intensif, et plus encore le sport de haut niveau, posent des problèmes spécifiques, tant sur le plan psychologique que physiologique.

Mais je pense que ces courbes « en U », qui tendent à montrer que, statistiquement, les consommations modérées sont le meilleur garant d’une bonne santé, sont l’exemple que la science actuelle s’attache aux mêmes objets et parvient aux mêmes conclusions que cette morale qu’elle prétend parfois dépasser. Il en va de même dans le champ de la sexualité, où les tentatives de définition d’une normalité restent, pour le moins, très discutables.

Peu de définitions de l’hypersexualité sont aujourd’hui satisfaisantes, car elles peuvent faire de nos excès possibles, et souvent transitoires dans une période particulière de notre vie, une maladie. Il existe de multiples échelles d’évaluation, voire d’autoévaluation, plus ou moins scientifiques, des conduites d’excès sexuels qui ne sont pas vraiment satisfaisantes.

Parmi les dizaines de tests d’autoévaluation, souvent dérivés de celui des Sex Addicts Anonymous (2002), en voici un (traduit par Laurent Karila3).

 

Amusez-vous à faire le test :

« Évaluez-vous avec l’outil PEACCE »

1. Trouvez-vous que vous êtes souvent préoccupé par des pensées sexuelles ? (Pensées)

2. Cachez-vous certains de vos comportements sexuels à votre entourage (partenaire de vie, famille, ami(e)s proches…) ? (Entourage)

3. Avez-vous déjà recherché de l’aide pour un comportement sexuel que nous n’appréciez pas de faire ? (Aide)

4. Est-ce que quelqu’un a déjà été heurté émotionnellement à cause de votre comportement sexuel ? (Conséquences)

5. Vous sentez-vous contrôlé par votre désir sexuel ? (Contrôle)

6. Vous sentez-vous triste après être passé à l’acte sexuellement (rapports sexuels, Internet, autres) ? (Émotions)

Si vous obtenez un score supérieur à 3 : une évaluation pour addiction sexuelle est recommandée.

1. Séduction, obsession et addiction : le cas DSK vu par les médecins. midilibre.fr, 16 mai 2011.

2. Valleur M., Matysiak J.-C., Le Désir malade, Lattès. 2013.

3. Karila L., Accro !, Flammarion, 2014.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.