Journal de crise

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Pour la première fois, François Baroin raconte son expérience de ministre à la première personne et nous fait pénétrer dans les coulisses du gouvernement où il a occupé l’un des postes les plus prestigieux de la République : Bercy. L’un des plus périlleux aussi, puisqu’il fut aux commandes au plus fort de la tempête économique. Dans son journal de bord, François Baroin nous dévoile, sans langue de bois, l’envers du décor et nous entraine sur la scène politique mondiale. Son ouvrage est le récit de l’exercice de l’Etat vu de l’intérieur. Jusqu’au dernier jour du quinquennat Sarkozy, cet ancien journaliste a pris des notes sur un carnet qui ne le quitte jamais : sommets internationaux, conseils des ministres, réunions de travail, cellules de crise sur la Grèce ou l’Euro, relations avec Sarkozy, rencontres avec les grands de ce monde, état du couple franco-allemand, etc.
Publié le : mercredi 7 novembre 2012
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EAN13 : 9782709641166
Nombre de pages : 220
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À Jules, à Constance, à Louis.

AVANT-PROPOS
 Août 2012

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été marqué par une suite ininterrompue d’événements aussi graves qu’imprévisibles. Krach des subprimes, crise financière et bancaire internationale, montée de la défiance vis-à-vis des pays de la zone euro, crise de l’endettement privé puis public… Nous avons assisté à un brusque envol de « cygnes noirs » qui, sans prévenir, ont tracé les contours d’un nouvel ordre mondial.

Il est impossible de revenir sur ce que fut la politique de la France durant cette période de bouleversements mondiaux, sur les réponses élaborées par Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement, sans tenir compte de la simultanéité de ces épisodes et de leur extrême rapidité.

Pour cette raison, j’ai souhaité partager ces notes prises entre mars 2010 et mai 2012, qu’il serait approprié de qualifier de « journal de crise ».

Il traite dans un premier temps de la conduite des finances publiques de la France et de son objectif principal : l’effort de réduction des déficits. Dans un deuxième temps – qui correspond aux nouvelles responsabilités qui ont été les miennes à partir de juin 2011 –, ce journal aborde les déséquilibres mondiaux et la gestion de la réplique d’une crise sans équivalent depuis les années 1930.

 

Que le lecteur me pardonne si le terme de « journal » est parfois immérité : j’avoue ne pas avoir toujours tenu la plume avec régularité. Certains passages correspondent à des notes prises sur le vif, d’autres inspirés de mes discours, d’autres encore à des réflexions plus approfondies que j’ai insérées bien après les événements décrits, lorsque cela me semblait opportun.

Autant que possible, j’ai voulu rendre compte de la manière dont ces événements ont été abordés au sein des ministères économiques et financiers. Car si chaque décision est la somme de réflexions multiples, d’arbitrages disputés, elle est aussi riche d’anecdotes qu’il me semble dommage de passer sous silence.

Plusieurs années seront encore nécessaires avant que les ravages de cette crise ne s’effacent définitivement. Néanmoins, les résolutions que nous avons prises, alors même que nous sentions le sol se dérober, nous ont permis à la fois de limiter son ampleur à court terme et de poser les premiers fondements d’une économie plus solide.

Ce « nous », ce sont aussi tous les hommes et les femmes de grande qualité avec lesquels j’ai eu l’honneur de travailler à Bercy. Qu’il me soit permis de leur rendre hommage, et de saluer leur sens de l’intérêt général.

 

Ce journal a pour but de révéler le processus quotidien de la décision politique. Il parle de politique, d’économie, avec un souci de pédagogie pour le plus grand nombre. C’est une courte page de l’histoire de notre pays, mais son intensité en temps de paix n’a que peu d’équivalents. Il permettra de mieux prendre conscience, je l’espère, du précipice vertigineux au bord duquel nous nous sommes trouvés.

BLACK SWAN
 Novembre 2011

Membre du gouvernement Fillon depuis près d’un an et demi, ministre des Finances depuis quelques mois, je vois le sol économique et financier s’effondrer sous nos pieds. Je suis dans une situation impensable. La crise européenne est à son comble. Je dois me préparer au pire. Je ne suis pas pessimiste de nature, mais c’est mon devoir d’anticiper. Le chaos est à nos portes. Nous sommes à la mi-novembre. Comme tous les jours, ou presque, je prends des notes dans un carnet qui ne me quitte jamais. J’y inscris des anecdotes, des réflexions, des phrases entendues, des rencontres. De grands moments, des petits détails, des presque riens, des choses qui restent. Écrire au fil des jours est une vieille habitude. Avant, j’utilisais des carnets Rhodia orange, familiers des écoliers. Aujourd’hui, je griffonne sur un Moleskine beige, petit format, petits carreaux. Il tient dans la poche de mon costume. Journaliste, je noircissais des pages et des pages, pour mon travail et par goût : des interviews, ON, OFF, des faits, des impressions… Depuis des mois, je prends des notes sur mon quotidien à Bercy, pendant certaines réunions, en voiture, le soir avant le coucher… Pour me souvenir. La charge est énorme, le temps passe vite, les événements défilent et on oublie. En cette mi-novembre 2011, j’inscris « Black Swan », sans indication de date. Je ne prendrai aucune note sur le sujet. Délibérément. Je le restitue de mémoire. « Black Swan », c’est le nom que j’ai choisi de donner à une réunion dont il n’y a trace nulle part, et que j’évoque ici pour la première fois. Le « cygne noir », voilà l’image qui m’est venue à l’esprit. Il s’agissait d’imaginer l’hypothèse la plus sombre de notre histoire économique moderne.

Dans les adaptations heureuses du Lac des cygnes, le prince réaffirme son amour à la princesse-cygne. Dans la version tragique, le cygne noir triomphe du bien. Loin du ballet, j’envisageais alors un scénario catastrophe pour l’économie. Pour être prêt au cas où.

Cette hypothèse-là, le « cygne noir », je ne l’avais pas imaginée jusqu’alors. Je réunis autour de moi trois personnes de confiance. Discrétion obligatoire. Ils ne devront en parler à personne, ni à la presse, évidemment, ni même à leur entourage. Le rendez-vous a lieu dans mon bureau, au sixième étage à Bercy. C’est une discussion sans documents. Pas de traces. Chacun sait que l’objet seul de la réunion, s’il était connu, pourrait avoir des conséquences désastreuses.

Ce rendez-vous non officiel ne porte pourtant que sur des hypothèses de travail. Ce serait de l’inconscience de ne pas les envisager. Et de la folie d’en parler. À ce moment-là, le nouvel accord européen sur la Grèce, consistant à effacer 50 % de sa dette, est près d’échouer, l’Union européenne est dans un cyclone, l’euro attaqué de toutes parts. Quelques jours auparavant, lors d’une réunion à huis-clos dramatique lors du G20 à Cannes, en présence d’Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Barack Obama, j’ai assisté à la mort politique de Papandréou, le Premier ministre grec, au terme de la confrontation la plus impressionnante que j’ai connue. Une réunion dont l’ambiance a été qualifiée de « pourrie » par le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Junker, alors président de l’Eurogroupe (le Conseil des ministres européens des Finances). Ce fut un face-à-face d’une incroyable intensité, dans un climat oppressant. Papandréou avait annoncé le 31 octobre son intention de soumettre au référendum grec ce plan d’aide européen, finalisé le 27 octobre par l’Eurogroupe, après de multiples rebondissements. Une annonce qui a fait l’effet d’un électrochoc et précipité l’Europe au bord du gouffre. Malgré la volte-face de Papandréou, l’Europe est en danger, et les jours qui ont suivi ont été marqués par la plus grande confusion.

La démission quelques jours plus tard du Premier ministre grec laissait place à d’autres incertitudes. Face à une issue indécise, et une tension à son paroxysme au cœur de la zone euro, j’ai pris l’initiative de réunir ces personnes de très grande confiance – et d’une immense compétence – pour faire cette réunion « Black Swan ». À ce moment-là, malgré tous nos efforts, nos actions n’avaient pas créé le choc nécessaire pour rétablir la confiance. L’Allemagne rechigne à faire pression sur la Banque Centrale Européenne pour qu’elle intervienne, ce qui rassurerait les investisseurs et les inciterait à soutenir l’euro. Mon homologue allemand, Wolfgang Schaüble, m’explique que l’Allemagne ne peut oublier son histoire et les ravages de l’inflation et du surendettement. Ce n’est pas un blocage économique mais un mur psychologique aux racines profondes. Nous sommes dans l’obligation d’imaginer une implosion de la zone euro et ses terribles conséquences. Même si j’espère et crois que nous parviendrons à un dénouement « heureux », je rappelle que nous ne pouvons pas exclure à 100 % le pire scénario. Le pire ? La sortie de la Grèce de l’euro, un effet de contamination, une théorie des dominos qui entraînerait l’éclatement de la zone et de facto la sortie de la France. Un scénario cauchemar. Je demande à ces personnes de confiance de travailler sur deux hypothèses : le coût de la sortie de la Grèce de la zone euro pour la France et deux types de pertes : celles du secteur banques-assurances d’une part, et celles de l’éclatement de la zone tout entière d’autre part. Je veux pouvoir, si nécessaire, donner ces informations au président et au Premier ministre. Il nous faut tout envisager : combien de temps prendrait cette sortie de l’euro, comment s’organiserait la fabrication d’une nouvelle monnaie, quelles seraient les conséquences d’une telle annonce ? Comment éviter un bank run, une panique bancaire, lorsque les clients se ruent dans les banques pour retirer tout leur argent ? Quel pare-feu faudrait-il mettre en place ? Quel montant ? Quel plan pour sauver l’épargne, le système bancaire et au bout du compte notre économie ? Un fil rouge, un seul : protéger les économies des Français. Rien ne doit filtrer. Pour éviter un affolement général, mais aussi une défiance des marchés, des attaques contre l’économie de notre pays, et un effet boule de neige. Je ne fixe pas de calendrier précis, je demande juste une réflexion approfondie, en espérant qu’un autre « Black Swan » ne sera pas nécessaire. Je suis légitimement inquiet par ces remous qui agitent l’Europe mais je reste optimiste, avec le sentiment d’avoir pris mes responsabilités.

C’est le moment le plus sombre de mon passage à Bercy. À cet instant, je songe à ces longs mois où nous avons ferraillé pour enrayer la crise, à toutes ces réunions pour trouver de quoi financer les retraites, pour décider des coupes les plus pertinentes et les plus justes pour réduire nos déficits, au visage d’Angela Merkel lors du G20 à Cannes, empreint de gravité, à mes rendez-vous avec Nicolas Sarkozy… Je savais dès le départ que la mission, au Budget comme aux Finances, serait difficile. Je relis mes notes. C’est un journal de crise. Il y a dix-huit mois, j’étais encore à « l’extérieur »…

DE NOUVEAU FRÉQUENTABLE
 Vendredi 19 mars 2010

« Baroin, la route est longue, mais la tienne va bientôt s’arrêter. » Nicolas Sarkozy est furieux. Le regard noir, il s’adresse à moi sur un ton agressif. Nous sommes à l’automne 1994, dans les couloirs de l’Assemblée. Peu avant, il n’a pas apprécié mes remarques sur Édouard Balladur, lors d’une réunion du groupe RPR, quelques piques qui le mettent hors de lui. Je lui réponds : « Je m’en fous. » Ministre du Budget et porte-parole du gouvernement, il soutiendra la candidature du Premier ministre. De mon côté, je continuerai à apporter mon soutien à Jacques Chirac.

Ce duel à droite a évidemment marqué notre famille politique et l’a divisée. Néanmoins, cette discussion de couloir est le seul moment de grande tension qui ait jamais eu lieu entre Nicolas Sarkozy et moi. Depuis, ma route a bel et bien continué et nos chemins se sont croisés. Parfois fraîchement. « Je suis content que ce soit toi qu’on va désormais réveiller tôt le matin », m’avait-il ainsi glissé lors de la passation, glaciale, au ministère de l’Intérieur, où je lui ai succédé en mars 2007. À ce poste hautement sensible, il est vrai, on est souvent réveillé aux aurores. Succéder place Beauvau à celui qui était alors candidat de la « France qui se lève tôt » fut une expérience de courte durée. Brillamment élu président de la République trois mois plus tard, après une campagne menée tambour battant, Sarkozy ne m’a pas sollicité pour son gouvernement placé sous le signe de l’ouverture.

Ce 19 mars 2010 au matin, j’ignore encore que nous allons bientôt marcher de nouveau côte à côte. J’ai rendez-vous dans l’après-midi avec lui à l’Élysée. Peu avant, son secrétariat m’a appelé : « Le président souhaite vous voir. » On ne me donne pas plus de détails. De quoi souhaite-t-il me parler ? J’imagine qu’il a peut-être un reproche à m’adresser, concernant l’une de mes déclarations qui lui aurait déplu. En même temps, je me dis qu’il a bien d’autres choses à faire. Il sait depuis longtemps mes réticences sur certains aspects de sa politique. Avant d’accepter le rendez-vous, je demande s’il s’agit d’une remontée de bretelles, et lance que je ne resterai pas longtemps pour une « soufflante ». Ce n’est, semble-t-il, pas l’intention du président. Rien de plus. « On vous propose vendredi à midi et demi. » La rencontre doit demeurer secrète. Son objet reste flou.

 

« Cinq semaines à l’Intérieur, cinq ans à l’extérieur » : Sarkozy a le sens de la formule. Celle-ci m’était en l’occurrence destinée, lorsque je lui ai succédé place Beauvau, et je dois dire que l’extérieur, je m’y étais accoutumé. Après l’intensité des semaines passées au ministère de l’Intérieur en 2007, je suis redevenu député de l’Aube et me suis consacré à Troyes, dont je suis le maire depuis quinze ans. Il est des exils plus douloureux. Cette ville est pour moi une passion. Quel maire n’en dirait autant de sa commune ? Certes, mais pour moi, Troyes est tout sauf un lieu commun. J’y ai mes souvenirs d’enfant. Les lions à l’entrée de la Préfecture où travaillait mon père, le grand jardin de la maison du secrétaire général. Les trajets vers l’école Diderot. La 4L grise de ma mère pour aller au cours de dessin. J’en connais bien sûr tous les recoins, et c’est de l’intérieur que j’ai entrepris de la métamorphoser. Cette ville était une merveille aux trésors souvent enfouis. Des façades d’immeubles sublimes masquées par du ciment, un canal recouvert par du bitume… Pour l’amoureux d’architecture que je suis, le défi était énorme, et je m’y suis plongé avec ferveur. Ces années à l’extérieur ne furent pas une traversée du désert. Plutôt celle d’un chantier où de multiples projets sont sortis de terre. Un travail colossal entamé des années auparavant et qui se poursuit aujourd’hui. Et depuis longtemps. Attelé à développer ma cité, à représenter ma circonscription, j’étais certes en dehors du gouvernement mais nullement désœuvré. Député, j’ai défendu des propositions pour consolider la laïcité, notamment contre le port de la burqa dans l’espace public, j’ai proposé une réforme de la justice des mineurs et je suis intervenu pour apporter mon soutien au budget de la Sécurité. À l’Assemblée, j’ai participé aux grands textes portés par la majorité entre mai 2007 et mars 2010, mais je ne me suis jamais interdit d’exprimer mes convictions lorsque celles-ci divergeaient de celles du président. Sans franchir la ligne rouge : par nature, je préfère mettre de l’huile dans les rouages plutôt que sur le feu.

Entre Sarkozy et moi, ce n’était pas un secret, il y avait des désaccords. Depuis le début de sa présidence, je m’étais donc librement exprimé, avec responsabilité. Quitte à lui déplaire. J’avais ainsi émis des réserves lorsque la France a fait son retour dans le commandement intégré de l’OTAN, ou lorsqu’il a été décidé de réformer le mode de désignation des présidents de l’audiovisuel public. Je n’avais pas souhaité non plus participer au débat sur l’identité nationale, je l’avais même condamné parce qu’il me semblait pouvoir être trop facilement instrumentalisé par le Front National à quelques mois des élections régionales. Fidèle à mon parti comme à mes valeurs gaullistes, je portais la contradiction sans jouer la division.

Dans toutes ces prises de position, j’avais le sentiment que ma voix faisait écho aux interrogations d’un certain nombre de Français. Nicolas Sarkozy, dont on a si souvent caricaturé l’autoritarisme, souffre la contradiction. Qu’il s’en agace sur le coup est une chose. Mais il respecte les convictions. Au fond, il ne respecte même que ça, ayant lui-même affiché ses différences maintes fois. « Libre », comme il a titré un de ses ouvrages. L’une des qualités que, je crois, nous partageons.

En dépit de désaccords ponctuels, j’appréciais chez Nicolas Sarkozy sa détermination et son ardeur réformatrice. Les distances que j’avais prises avec lui étaient symboliques mais suffisantes pour que l’entourage en rajoute. Nous nous estimions, sa victoire à l’élection présidentielle était belle et porteuse de beaucoup d’espoirs à droite et dans le pays. Mais mon engagement chiraquien ne collait pas avec l’air du temps, tout à la rupture.

 

Ce 19 mars 2010, je me rends donc à l’Élysée. Discrètement. Conformément au souhait du président, je n’en ai parlé à personne. Dans la voiture, je prends des notes. Celles rédigées les jours précédents sont des plus sombres. Notre majorité vient de subir une défaite cinglante aux élections régionales. Elles resteront dans l’histoire de notre pays comme celles où la droite a enregistré son plus mauvais score depuis 1958. Le premier tour, le 14 mars, a été terrible et le second n’y changera rien. J’y vois l’occasion de tourner une page.

 

Le président me reçoit dans son bureau. L’huissier ouvre la porte, j’entends : « Installe-toi François, j’arrive. » Je m’assieds dans le même fauteuil où j’avais l’habitude de travailler avec Jacques Chirac. Je pense à lui. Tout ici, pour moi, est imprégné de sa présence. En y pénétrant à nouveau, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Sarkozy va-t-il me rappeler à l’ordre ? A-t-il de la rancune ? Il n’avait pas aimé que je lui succède place Beauvau. Il n’avait pas compris, à l’époque, que c’était l’honneur de ma vie. Petit-fils de gardien de la paix, fils de commissaire de police, je voulais être ministre de l’Intérieur. Je fus le dernier à l’être sous l’ère Chirac, comme Chirac l’avait lui-même été sous l’ère Pompidou. Chacun, en politique ou ailleurs, se raconte l’histoire dont il rêve. J’étais fier d’avoir pu l’écrire.

On m’avait rapporté que le président me promettait « les mines de sel ». Il n’avait pas apprécié non plus mes « sorties », notamment sur l’audiovisuel public. Certains ont dit alors que je l’avais défié. De tout cela, il ne sera pas question. L’entretien est cordial, dans le style direct qui le caractérise. Nulle amertume, nulle référence au passé. Le ton est chaleureux, comme lors de notre première aventure politique commune. Elle remonte à loin, un peu avant les législatives de 1993, lorsque Jacques Chirac me parrainait pour entrer en politique. Je connaissais déjà Sarkozy, en tant que journaliste, puisque j’avais travaillé à Europe 1 de 1988 à 1992. J’avais pu observer sa vivacité d’esprit, sa force d’abattage, son sens de la repartie… Quand je me suis lancé en politique, nos rapports ont évidemment changé de nature. La barrière qui séparait le reporter du politique est tombée. Nous faisions désormais partie de la même famille, celle du RPR. Nos rapports ont été d’emblée chaleureux. Parce que nous nous connaissions. Mais aussi parce que nous partagions la passion de la politique, le goût de l’effort, l’envie de changer les choses. Nous nous sommes côtoyés quelques mois dans la cellule présidentielle de Jacques Chirac. Une aventure captivante que Nicolas Sarkozy nourrissait de son incroyable énergie. Sa méthode de préparation des discours était un modèle du genre. Les réunions avec lui étaient toujours efficaces et toniques. Il était souvent drôle, dynamique matin, midi et soir, brillant, inépuisable… J’étais jeune, une dizaine d’années de moins que lui, il n’avait pas besoin d’installer un rapport de force. Il se refusait à tout paternalisme. Mes débuts en politique, guidés par Chirac, ont été aussi indéniablement marqués par sa présence.

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