L'homme qui ne voulait pas être roi

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« Il a tout gardé. Tout. Et Jacques Delors m’a laissé tout regarder. Les cartons d’archives de celui qui a incarné l’Europe contenaient de l’or. Il a joué le jeu des « résonnances » entre hier et aujourd’hui. Il s’est confié, a raconté sa décennie.
Il ne mentait pas, défendait ses valeurs, ne trahissait pas les siens, aimait le compromis, cherchait à convaincre. Il croyait en l’Europe, inventait l’ouverture des frontières. Syndicaliste égaré en politique, il pense que la lutte des classes existe encore. ll voulait être utile, il doutait.
Il n’a pas voulu être Président.
C’est sa manière d’être, sa façon de faire. C’était la politique. C’était hier. Ce pourrait être aujourd’hui. »
Publié le : mercredi 6 avril 2016
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EAN13 : 9782246857266
Nombre de pages : 234
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À Erri et Mathis

« Ma vie n’a de sens que si je suis utile (…) et puis si dans mes fonctions, je ne demeure pas un révolté, alors je vais m’accoutumer de l’air ambiant, et puis je finirai par me regarder dans la glace en étant satisfait de ce que j’ai fait. Ça c’est impossible.

Ce jour-là, je suis mort. Même si je vis, je suis un mort parmi les vivants. »

Jacques Delors, rencontre avec l’abbé Pierre,
Esteville, 12 février 1994

« Si Mitterrand m’avait donné la Monnaie… »

« On était le mardi 22 mars 1983, le président Mitterrand nous avait réunis, Bérégovoy, Fabius et moi. On a déjeuné ensemble. Cela m’a permis de bien montrer les différences d’analyse entre eux deux et moi sur la sortie du système monétaire européen. J’étais farouchement contre. Ensuite, Mitterrand nous a reçus l’un après l’autre. Il m’a pris à part et m’a dit : “Dans le fond, après avoir réfléchi, vous feriez un bon Premier ministre.” J’ai répondu : “Je vous remercie Monsieur le président, mais je ne pourrais pas faire mon travail si en tant que Premier ministre, je n’ai pas le portefeuille de la Monnaie.” Alors là… » Jacques Delors n’a pas besoin de finir sa phrase en cet après-midi de septembre 2015. Il se souvient parfaitement qu’en portant cette exigence, il avait perdu toute chance d’occuper Matignon. François Mitterrand n’était pas prêt à donner tant de pouvoir à un homme en qui il n’a au fond jamais eu tellement confiance. Vachard, Mitterrand lançait, parfois, « ça sent la sacristie », quand Delors entrait dans la pièce. Mais au cours de ces dix journées qui comptèrent tant dans son premier septennat, le chef de l’Etat se tournait vers celui qui rassurait les marchés, celui qui prônait la rigueur sans état d’âme. Et voilà que l’honneur d’être choisi ne lui suffisait pas. Finalement, la France resta dans le système monétaire européen et Pierre Mauroy à Matignon.

« Un an plus tard, bonhomme comme il l’était, Mitterrand m’a dit : “Dans le fond, vous aspiriez à être le maire du Palais et le président devenait un roi fainéant.” Il rigolait, mais pas tant que ça. Donc, s’il m’avait donné la Monnaie – il y avait un précédent, Raymond Barre cumulait les postes –, mon destin aurait peut-être été différent. Je n’aurais peut-être jamais été en Europe. J’aurais été battu aux élections de 1986 comme les autres, car il n’y avait pas de raison que je fasse un miracle », souligne-t-il, trente et un ans plus tard. Le destin de Jacques Delors fut donc européen. Ainsi en décida François Mitterrand.

DU MÊME AUTEUR

Les nouveaux communistes. Voyage au cœur du PCF, Denoël, 1999.

Jospin & Cie. Histoire de la gauche plurielle, 1993-2002, avec Ariane Chemin, Seuil, 2002.

Ségolène et François. Biographie d’un couple, avec Didier Hassoux, Privé, 2005.

Fadela Amara. Le destin d’une femme, Hachette, 2009.

Jusqu’ici tout va mal, Grasset, 2014.

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