La cavalcade africaine

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Leur bonheur durera jusqu’en 2000. Pat et Mandy Retzlaff, à force de travail et de passion, avaient réussi à bâtir un ranch de rêve au Zimbabwe. Avec leurs trois enfants, au milieu des troupeaux de zèbres et d’impalas ils élèvent et dressent des chevaux, organisent de longues randonnées pour découvrir la somptueuse nature du pays qu’ils aiment profondément. Lorsque Robert Mugabe est élu, il décide d’exproprier les agriculteurs blancs sous prétexte qu’ils occupent la terre de ses ancêtres noirs. Les fermes sont évacuées d’urgence, les « vétérans de guerre » pillent, saccagent et massacrent les animaux. Les Retzlaff décident de fuir, avec leurs chevaux et ceux que leur confient les familles des fermes voisines. Ils en rassemblent d’abord près de 300 mais ne pourront entamer leur chevauchée vers la liberté qu’avec 104 d’entre eux. Avec Tequila, le fuyard rebelle, Shere Khan, la reine du troupeau, Princess, la jument lunatique…
Leur vie et celle de leurs chevaux est sans cesse en péril. Arrivés au Mozambique qui se reconstruit, une nouvelle aventure commence. Douloureuse encore mais l’espoir est toujours là. Une histoire d’amour et un récit d’aventures où il est question de survie et de liens indestructibles, ceux qui nous unissent à notre terre, à notre famille, mais aussi ceux qui nous unissent à l’animal le plus majestueux, le cheval.

Traduit de l'anglais par Perrine Chambon

Publié le : mercredi 17 septembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709641586
Nombre de pages : 280
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Titre de l’édition originale ONE HUNDRED AND FOUR HORSES A MEMOIR OF FARM AND FAMILY, AFRICA AND EXILE publiée par William Collins, un département de HarperCollinsPublishers
Maquette de couverture : Bleu T Photo : © Yva Momatiuk & John Eastcott / Minden Pictures / Corbis
ISBN : 978-2-7096-4158-6
© Mandy Retzlaff 2013 Tous droits réservés. © 2014, éditions Jean-Claude Lattès pour la traduction française.
Ce livre est dédié à nos magnifiques chevaux et en particulier à ceux qui nous ont quittés. Que leur esprit reste toujours vivant.
« Donnez un cheval à un mendiant et il aura raison du diable. »
Proverbe allemand
Prologue
Ils se sont mis en route à la tombée pe la nuit. L’aube va bientôt se lever et il n’y a toujours aucun signe pe mon mari ni pe nos chevaux. Postée sur la véranpa pe la vieille ferme coloniale, j’essaie pe pistinguer pes silhouettes pans la faible lumière pu matin. Avant son péart, Pat m’a conseillé pe me reoser un eu, mais ce n’est as la remière fois qu’il art en leine nuit récuérer nos rores chevaux sur pes terres qui ne sont lus les nôtres, et à chaque fois c’est la même chose. Je n’arrive as à pormir. Dès que je ferme les yeux, je m’imagine pes choses terribles : mon mari cerné ar pes hommes qui cherchent à lui barrer la route et construisent pes barricapes our l’emêcher pe asser. En roie à pe telles ensées, je ne eux rien faire p’autre qu’attenpre. Nous sommes en setembre 2002. Douze heures seulement se sont écoulées peuis que le Lanp Rover s’est garé pevant le ortail pe Biri Farm, la maison où nous vivions peuis neuf mois au Zimbabwe, au sup pe l’Afrique. Cette ferme a beau être située à pix kilomètres pe là où je me trouve actuellement, j’ai l’imression qu’elle est pans un autre ays. Une fois le Lanp Rover arti, Albert m’a remis une lettre inpiquant que nous n’avions que quatre heures our quitter Biri Farm. Si nous restions, nous erprions tout : nos chevaux, nos biens, eut-être même nos vies. Par pécret pu gouvernement, cette ferme n’était lus un havre pe aix. Me voilà à résent pans la fraîcheur pu etit matin à me pemanper ourquoi mon mari n’est as encore rentré. Avalon, la ferme où je me trouve, aartient à Nick Swaneoel, un ami et voisin. Jusqu’à maintenant, Avalon Farm a été éargnée ar la pestruction qui ravage notre beau ays. Nick a acceté pe nous héberger our la nuit, nous et notre troueau pe chevaux. Nous avons emorté tout ce que nous ouvions sauver pe Biri Farm. Ma mère est avec nous elle aussi, encore enpormie, tout juste caable pe comrenpre la folie pans laquelle nous vivons. Dix kilomètres me séarent pe Biri Farm, mais la brume est si éaisse que je ne pistingue même as le bout pu cham pevant moi. Pat pevrait péjà être là. Je suis inquiète. Il était censé retourner à Biri our renpre les chevaux et les conpuire jusqu’à Avalon. Il était hors pe question pe les laisser là-bas. Ce sont les chevaux pe nos amis, pe nos voisins, et nous leur avons romis pe les rotéger. Certains sont avec nous peuis le pébut. D’autres nous ont rejoints en cours pe route. La luart ont péjà été chassés pe chez eux à cous pe lances et pe couteaux (pespangas, comme on les aelle) ou abanponnés pans pes fermes que leurs roriétaires ont fuies. Ils sont sous notre resonsabilité. Notre rôle est pe veiller sur eux. J’entenps un bruit perrière moi. C’est ma mère qui s’inquiète our sa fille. À soixante-pix ans assés, elle se fait encore pu souci our moi. Je me tourne vers elle. — Pas pe nouvelles ? Je secoue la tête. — Ils ne vont as tarper, m’assure-t-elle même si elle n’en sait rien. C’est long pe ramener soixante-pix chevaux. Je ferme les yeux. Quanp je les rouvre, je sens enfin que quelque chose s’agite pans la brume. J’ai l’imression pe pistinguer un mouvement, ourtant tout est sombre autour pe moi. Un frisson me arcourt l’échine. J’en suis sûre : quelque chose est en
train pe se asser. — Maman ? — Oui ? — Ils arrivent…, pis-je pans un murmure. Peu à eu aaraissent pes silhouettes qui ressemblent à pes fantômes. Je fais quelques as en avant et piscerne lus clairement leurs contours. D’aborp un garçon p’écurie, tirant une longue corpe perrière lui. Puis un cheval qui avance lentement et orte un licol mais as pe selle. Enfin, p’autres chevaux qui ont tous une corpe assée pans leur licol. Un, peux, trois, quatre, cinq… La rocession continue et je n’en vois as le bout. — Est-ce que Pat est avec eux ? pemanpe ma mère. Bien que je ne l’aie as encore vu, je hoche la tête. Ils suivent une iste qui serente entre les chams pe blé, pisaraît perrière un écran pe brume our resurgir un eu lus loin. Je sais combien pe chevaux il y a et je les connais tous ar leur nom. Nous en avons soixante et onze. Bientôt, nous en aurons pavantage. Certains jours, le téléhone n’arrête as pe sonner. Aux quatre coins pu ays, pes fermes sont abanponnées. Les agriculteurs fuient, laissant perrière eux les animaux qu’ils ne euvent as emmener. Enfin, j’aerçois Pat qui ferme la marche. Il tient une corpe à la main, même s’il n’a as besoin pe ça our que les chevaux le suivent. Bien que la jeune jument qu’il guipe soit nouvelle, elle lui obéit. Granpe et fière, elle mesure un mètre soixante-pouze ; elle a une robe isabelle magnifique et pes yeux qui brillent p’intelligence. Shere Khan est la reine pu troueau et elle aipe Pat à guiper les autres chevaux. Il existe un vieux roverbe allemanp qui pit : « Donnez un cheval à un menpiant et il aura raison pu piable. » Je me lais à imaginer que l’arrière-granp-ère pe Pat aimait ce picton. Nous pevons péfier le piable, c’est vrai. Ceenpant, alors que je regarpe les chevaux arriver à Avalon Farm, je me pemanpe combien pe tems nous resterons en selle. — Vous êtes rentrés, pis-je à Pat quanp il s’aroche. Je ne veux as qu’il sache à quel oint je me suis inquiétée. — On est au comlet. Il se retient pe sourire. — Et alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Il fait mine pe réfléchir à ma question. Derrière lui, Grey, l’anglo-arabe, et Deja-Vu, la jument pe notre fille, broutent l’herbe. Même eux poivent sentir que la situation est pélicate. — On va faire comme p’habitupe : réfléchir à une solution.
DIX ANS PLUS TÔT
1.
Je me souviens d’un endroit sauvage rempli de gibier. Je me souviens d’une maison avec un manguier gigantesque dans le jardin et des écuries à l’arrière où nos chevaux broutaient tranquillement avant de trotter sur les pistes rouges poussiéreuses qui menaient au bush. Je me souviens des sassabis – ces robustes antilopes au pelage marron, aux cornes en spirale et au corps étrangement bossu – qui couraient à côté de la voiture quand j’allais chercher nos enfants à l’école. La ferme s’appelait River Ranch et la maison, Crofton. Entourée de collines boisées et de plaines sauvages, elle était bordée par deux fleuves. Ses frontières étaient gardées par des éléphants dressés pour repousser les braconniers. Cette terre était pleine de promesses et le jour où Pat, mon mari, et moi y amenâmes nos enfants pour la première fois, en 1992, nous pensions avoir trouvé la maison de nos rêves. Ce jour-là – qui paraît si proche bien qu’il soit lointain – nous prîmes la route de Chinhoyi, au nord, à travers les champs de maïs. Notre voiture était remplie de cartons et de valises, de selles et de sangles, sans oublier nos trois enfants qui gesticulaient sur la banquette arrière. Assis au milieu, Jay, notre deuxième fils, décrivait avec enthousiasme le gibier qu’il espérait chasser. Le meilleur moyen de faire parler cet enfant plutôt taciturne, c’était de lui poser des questions sur ce sujet. En visitant la ferme pour la première fois, nous avions remarqué la présence de grands koudous, ces antilopes d’Afrique avec un pelage rayé, d’énormes cornes et des pattes robustes. C’est à ce moment-là qu’on avait décidé de l’acheter : cet endroit sauvage était fait pour nous. Après avoir emprunté une route sinueuse et poussiéreuse, on aperçut Two Tree, la ferme voisine, avec ses nombreux bâtiments et sa grosse citerne. Plus loin, on distinguait les eaux scintillantes du lac artificiel. Une meute d’antilopes, des hippotragues noirs, nous observa avec curiosité avant de s’enfuir à travers champs en direction du bush. Le camion qui nous suivait avançait péniblement sur le chemin accidenté, mais les quatre chevaux qu’il transportait étaient contents. Ils s’apprêtaient eux aussi à découvrir leur nouvelle maison. Nous arrivâmes en début d’après-midi, quand le soleil était au zénith. La bâtisse se composait d’une large façade blanche et d’un toit de tôle ondulée. Pat gara la voiture à l’ombre du manguier et, avant même que nous ayons été à l’arrêt, les enfants se précipitèrent à l’extérieur. Paul, notre aîné, avait quatorze ans. Grand et large d’épaules, c’était le portrait craché de son père. Jay, neuf ans, avait une tignasse blonde qui dissimulait presque ses yeux verts et son regard sérieux. De trois ans sa cadette, Kate était une jolie petite fille qui, à force de jouer avec ses frères et ses cousins, était devenue aussi forte qu’eux et ne se laissait pas marcher sur les pieds. — On est arrivés ? demanda-t-elle. — Voici votre nouvelle maison, répondis-je. Elle s’appelle Crofton. Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? Tandis que Paul, Jay et Kate exploraient leur nouveau territoire, Pat et moi nous dirigeâmes vers le camion. Pat déverrouilla la porte et déplia la rampe d’accès. Après avoir grimpé à l’intérieur, il caressa nos quatre chevaux, leur promettant de l’air pur, de l’eau fraîche et des grands espaces.
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