Marie-Galante à la croisée des chemins

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Notre objectif a été de dresser un portrait, le plus complet, le plus précis possible, de l’économie de Marie-Galante pour une période qui va de 2008 à 2011. Nous avons abordé certains aspects techniques mais aussi historiques, culturels et sociaux, sans lesquels on ne saurait appréhender l’évolution de cette île ni les perspectives qui s’offrent à elle. Nous avons imaginé divers scénarios d’avenir dans une perspective de dix à vingt ans.

Publié le : mercredi 1 août 2012
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EAN13 : 9782844509208
Nombre de pages : 320
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Introduction
Pourquoi un livre ? Le lecteur va sans doute être déçu, s’il cherche dans les pages qui sui-vent une critique sans nuances des politiques menées, ces dernières an-nées, à Marie-Galante. Plus encore s’il s’attend à trouver un programme « clés en mains », émaillé de recettes miraculeuses pour une renaissance de cette île au moindre effort. Notre ouvrage voit le jour grâce à la colla-boration, allant parfois jusqu’au dévouement, de membres de ce que l’on a coutume de nommer la « société civile », impliqués dans des activités très variées. Ils sont Marie-Galantais de souche ou d’adoption ou bien des experts venus de l’extérieur. Ou encore des membres discrets de cer-taines administrations guadeloupéennes qui nous ont fait profiter de leur vision de Marie-Galante et des données qu’ils possédaient. Nous nous sommes aussi efforcé de rencontrer le plus possible d’acteurs de l’écono-mie Marie-Galantaise. Au-delà des données chiffrées, ces rencontres fu-rent pleines d’enseignements. Souvent elles modifièrent notre éclairage ou même nos idées un peu préconçues, à propos de tel ou tel secteur. La très grande majorité nous a consacré tout le temps nécessaire, nous apportantparfoisplusquecequenousespérions. Notre objectif est de faire le bilan de ce qui existe, en insistant sur certains aspects économiques et techniques, mais aussi culturels et sociaux,sanslesquelsonnesauraitappréhenderlévolutiondeMarie-Galante ni les perspectives qui s’offrent à elle. Nous nous sommes efforcé de dresser un portrait, le plus complet, le plus précis possible, de l’écono-mie de cette île pour une période qui va de 2008 à 2011. Avec, chaque fois que cela nous a paru nécessaire, un regard sur le passé. Nous avons aussi imaginé divers scénarios d’avenir dans une perspective de dix à vingt ans. Nous ne sommes ni les seuls ni les premiers à nous livrer à une re-cherche sur l’existant et sur les futurs possibles de Marie-Galante. Mais une abondance, toute relative, ne peut nuire en ce domaine. Surtout, nous avons la faiblesse de penser qu’il pourrait être utile aux acteurs de la po-litique et de l’économie de ce petit territoire si original, de disposer d’une image plus récente, plus complète et plus détaillée de son économie. Ce pourrait être notre contribution au développement de Marie-Galante. Au-delà des diagnostics et des perspectives, nous nous sommes attaché à une démarche essentielle : réfléchir aux conditions nécessaires pour que des projets ambitieux puissent se réaliser à Marie-Galante. Plus que dans un
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déficit d’idées ou d’expertise, c’est là que semblent résider les principales difficultés.
De ce travail, il n’est pas évident de sortir optimiste. Pour des raisons qui tiennent à certaines pesanteurs propres à la société marie-galantaise, mais plus encore du fait d’un contexte mondial, national et régional en apparence peu favorable au développement d’une île comme la nôtre. Dans un monde qui depuis quelques années connaît crise sur crise, cer-tains indicateurs laissant craindre que ce ne soit pas fini. Avec une Mé-tropole qui voit sa puissance économique se dégrader, ses marges de manœuvre se rétrécir. Qui est encore capable de nous perfuser une assis-tance le plus souvent vide d’avenir. Avec un euro qui pénalise nos échanges et notre industrie, face à des monnaies concurrentes (dollar, yen, yuan) artificiellement sous-évaluées. Une Europe qui a maintenant en charge des régions plus démunies que nous, candidates prioritaires pour son aide ou même pour des opérations de « sauvetage ». Enfin et surtout, notre île a été prise au piège de la « double insularité ». Elle s’est enfoncée dans un statut de dépendance, d’annexe d’une Guadeloupe encore en proie au doute, à la crise et à la dégradation de son climat social, même si se manifestent les premiers frémissements d’une reprise économique.
Le défi est de surmonter ces obstacles. Marie-Galante dispose d’atouts essentiellement subjectifs : une culture, un art de vivre, des pay-sages encore assez bien préservés. Comment, avec ce qui semble si peu, si fragile, relancer une croissance économique saine, enrayer l’exil des forces vives, éviter que se dégradent notre société et notre nature ? Comment re-trouver le goût de réaliser ? Il faut beaucoup d’optimisme pour se projeter dans l’avenir, une énergie renouvelée. Surtout une volonté, un projet éco-nomique partagé par le plus grand nombre. Car la réussite ne se décrète pas. Les meilleurs stratèges politiques restent impuissants s’ils ne sont pas soutenus, épaulés, parfois aiguillonnés, mais relayés par une mobilisation de toute la société.
Pourquoi Marie-Galante ?
Marie-Galante est une île bien singulière, une personnalité tout en relief. Mais il faut un peu de curiosité pour s’en apercevoir. Revenant au pays ou découvrant cette terre pour la première fois, certains ressentent une ambiance, osons dire une poésie. Pourtant, nombreux sont les visi-teurs qui se tiennent aux apparences. Approchant en bateau, on ne voit longtemps qu’une galette. On débarque avec le préjugé qu’ici tout est plat. Le touriste à la journée en tirera quelques clichés, la canne qui on-doie sous le vent, le rhum d’une distillerie, les ruines d’un moulin, d’im-menses plages quasi désertes, le tout agrémenté d’un court-bouillon et de quelques sourires. Il remontera sur le bateau, content d’avoir « fait Marie-Galante », mais doutant de pouvoir en tirer davantage.
MARIE-GALANTE À LA CROISÉE DES CHEMINS
Chaque année, des voyageurs plus perspicaces se laissent prendre au charme de cette île, au bon accueil de sa population. Au point de vouloir s’installer ici pour profiter d’une vie agréable. Le côté aimablement cré-pusculaire de Marie-Galante leur convient. Le rayon vert y est magni-fique. Pourvu que cela dure encore un peu, que rien ne change trop vite !.. Il faut dire que certains sont arrivés tout feu tout flamme, sûrs de pouvoir réveiller en quelques mois la Belle Endormie, grâce à leur expérience, à leur savoir-faire d’Européens. Mais, quelques résistances et quelques dé-ceptions plus tard, ils ont rejoint un parti plus raisonnable, celui d’en pro-fiter sans plus déranger personne.
Ce diagnostic d’île décadente est partagé par beaucoup de jeunes Marie-Galantais. Les plus énergiques, les plus entreprenants, les plus bril-lants doivent se rendre à l’évidence : ils n’ont pas d’avenir sur une petite terre qui offre si peu de perspectives et encore moins d’ouvertures. Leurs études terminées, la plupart suivent la voie raisonnable, celle de l’exil. Les autres, ceux qui ne peuvent franchir le pas, vont devoir s’installer dans des conduites de survie. Les emplois sont si rares. Chaque année, une poignée de chanceux est engagée dans la construction, l’artisanat, le commerce ou encore l’hôtellerie. La pêche en est à essayer de survivre. L’agriculture s’inquiète pour son avenir et ne séduit plus la jeunesse. Quant aux municipalités, elles ont atteint ou dépassé les limites des efforts possibles en termes d’effectifs. Pour beaucoup de ces jeunes, il ne reste que quelques « petits boulots », la « débrouille », des stages sans lende-main ; une assistance plus ou moins généreuse, plus ou moins déguisée. Quelles espérances, quelles motivations peuvent-ils garder ? C’est à eux que nous voulons dédier ce livre.
La réputation de Marie-Galante n’est pourtant pas mauvaise, mais cela tient à peu de chose : une chanson, quelques souvenirs d’ailleurs pas très clairs. Combien nous ont envié de vivre à Marie-Galante sans trop savoir si ce « paradis » était baigné par l’Atlantique ou le Pacifique. L’image de cette île n’est pas désastreuse chez les responsables adminis-tratifs et politiques, métropolitains ou guadeloupéens. Pour ceux qui ne l’ignorent pas tout à fait, elle semble une survivance des Antilles d’autre-fois, avec ses paysages agricoles subventionnés, ses chars à bœufs et son art de vivre. Un peu comme une réserve d’indiens. Mais aussi, à certaines échéances, comme une réserve d’électeurs. Il fait si bon venir évacuer son stress pendant un week-end sur les plages de Saint-Louis ou de Capes-terre, comme on jouit d’une dépendance un peu vermoulue, mais encore agréable.
Dépendance, mot pudique, mot commode, mais surtout mot pervers. Chacun sait qu’il désigne quelque chose d’inférieur, de secondaire, d’as-sujetti. Dépendance rime avec condescendance. On voit la dépendance se déliter, avec une nostalgie mêlée de fatalisme. C’est oublier qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Que Marie-Galante possède sa propre histoire. En 1667, le R. P. du Tertre lui accorda un chapitre bien distinct de celui de
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la Guadeloupe, une description qu’il plaça entre celles de Saint-Barthé-lemy et de Sainte-Lucie. Longtemps Marie-Galante fut plus autonome. Ou elle dépendit d’autres îles comme la Dominique des Amérindiens, le Saint-Christophe des débuts de la colonisation. Elle resta sous l’autorité du Gouverneur Général de la Martinique, une partie du dix-septième et du dix-huitième siècle. Elle se déclara « république autonome » au début de la Révolution Française (en 1793 et 1794). Longtemps Marie-Galante eut des relations directes avec les autres îles et même les continents.
Pourquoi changer ? Nous sommes si bien à Marie-Galante ! Au moins lorsqu’on a les moyens d’y vivre confortablement. Certains voudraient que rien ne bouge parce que toute évolution pourrait nuire à un petit confort, à quelques avantages particuliers. En bref, l’avenir leur fait peur. Pas d’inquiétude : dans l’immédiat, cette belle vieille dame est maintenue sous perfusion, sous subventions. Mais, pour la plupart de ceux qui vivent ici, les jours sont difficiles. Pour s’en sortir, beaucoup cumulent plusieurs activités. Le maçon est éleveur au lever du jour, cultivateur l’après-midi. Toute sorte d’aides viennent pallier le manque de dynamisme écono-mique, la faiblesse de l’emploi. L’assistance, sous diverses formes, joue un rôle de plus en plus important. Elle devient comme une drogue qui évite de se réveiller, de réagir. Une morphine qui fait supporter le présent dans un apparent confort. Mais il faut se méfier des apparences, car nous sommes dans un pays pudique, un pays del’infortune cachée. Et quels espoirs, quelles perspectives l’assistance peut-elle offrir ?
Cependant la Terre tourne, les civilisations, les économies évoluent. Notre île n’est pas à l’abri des vents nouveaux, qu’ils apportent du bon ou du mauvais. Qu’on le veuille ou non elle a changé, elle change et elle changera encore. Si l’on refuse d’appréhender le changement, de l’orienter pour préserver l’harmonie, ce sont d’autres forces qui s’en chargeront, celles de l’économie ultra-libérale, celles du profit sans autre considéra-tion, celles de la culture mondialisée, standardisée, celles de l’individua-lisme et du chacun pour soi. Car demain ne sera jamais comme hier. Ouvrons les yeux et souvenons-nous. La Marie-Galante de 2012 n’est déjà plus celle de 1980, encore moins celle de l’après guerre, décrite par le Père Barbotin. Qu’en sera-t-il en 2020, en 2030 ? Le déclin est-il une fatalité ? Jusqu’où ira-t-il ? Rompre des cercles vicieux établis depuis si longtemps, est-ce encore possible ? Sous quelles conditions, au prix de quels efforts, de quels changements les Marie-Galantais pourraient-ils, ensemble, mettre cette île attachante sur la voie d’une renaissance har-monieuse ?
Une question de regard
Le regard que le coordonnateur de ce livre porte sur Marie-Galante, est encore un regard extérieur, celui d’un nouvel arrivant. Mais de nom-breux Marie-Galantais ont contribué explicitement ou anonymement à
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son élaboration. Qu’ils en soient remerciés. Tenter de porter un regard d’ensemble sur des faits, des contraintes, sur tout ce qui peut conditionner, orienter l’évolution de Marie-Galante, représente notre objectif central et occupera la seconde partie – la plus développée – de ce livre. Mais une lourde erreur serait d’imaginer que la Marie-Galante du futur devrait se construire à partir d’une page blanche. Nous verrons que des actions ont déjà été initiées, que de bonnes décisions ont été prises, que le profil d’une Marie-Galante souhaitable est déjà, par bien des aspects, l’objet d’un consensus – il suffit pour s’en convaincre de lire laCharte du Pays Marie-Galante. De bonnes idées circulent sur cette île. Notre travail sera avant tout de les présenter, de les mettre en perspective. De réfléchir, dans la troisième partie de cet ouvrage, aux conditions qui leur permettraient de se concrétiser, d’aboutir à un développement économique, à des créations d’emplois, sans détériorer la qualité de vie si chère aux Marie-Galantais.
Exercice bien difficile, car tout est lié. Ce «tout est lié» reviendra comme unleitmotivdans les différents chapitres. Faire prospérer un hôtel est difficile si les clients doivent attendre des heures leur correspondance dans l’inconfort de Bergevin. Quand on ne leur impose pas une nuit inu-tile à Pointe-à-Pitre. Atteindre la rentabilité pour des lignes aériennes des-servant Marie-Galante semble impossible si l’offre d’hébergements et d’activités reste insuffisante ou médiocre. Faire pousser, récolter, fabri-quer, exporter des productions est-il envisageable si l’on est étouffé par la double insularité, par les surcoûts dissuasifs du transfert des biens ? Et s’il n’y a pas un port digne de ce nom ? Comment maintenir, développer des institutions, des services structurants indispensables à notre économie, si la population continue de rétrécir comme une peau de chagrin. Si les jeunes sont poussés à l’exil ; si le tourisme offre si peu d’emplois ? Nous nous en doutons, tout est lié…
Il ne s’agit en aucun cas, répétons-le, d’élaborer un programme poli-tique, encore moins « électoral ». Si l’on peut se mettre d’accord sur des constats, des objectifs, désirer construire une destinée commune, plusieurs types de véhicules sont capables d’y mener. Les mêmes routes peuvent se négocier plus à gauche ou plus à droite – surtout dans la Caraïbe. Peu importe, si l’on ne perd pas de vue le but et la réalité. Cette « biodiversité politique », sensible chez ceux qui ont permis la réalisation de ce livre, nous semble être le gage d’un dialogue plus riche, d’une réussite plus pro-bable. Rien ne nous semble plus dangereux que l’unanimisme en poli-tique, car alors le seul recours des mécontents, des laissés pour compte est de suivre quelques extrémistes coupés de toute réalité, parfois de toute humanité.
Les trois scénarios d’avenir que nous allons évoquer dans la première partie, ne sont pas figés. Ils représentent sans doute des limites entre les-quelles pourrait évoluer Marie-Galante. Nous nous efforcerons de ne pas en faire des caricatures. Restons prudents, car plus encore que l’histoire, le futur a la manie de réserver des surprises, c’est même sa raison d’être !
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Parfois les chemins les mieux balisés bifurquent sans prévenir ou se re-joignent au grand dam des experts et des guides. Mais il nous semble pro-bable que le futur de Marie-Galante se construira entre ces trois pôles du possible.
Une question de méthode Si plus d’une trentaine de personnes ont contribué à l’élaboration de ce livre, si une dizaine l’ont relu presque à chaque étape, amendé, enrichi, la rédaction définitive est l’œuvre d’une seule main. Ceci pour garantir la cohérence et la lisibilité de notre propos. Dans la même perspective, pour ne pas alourdir la lecture, certaines données sont présentées sous la forme de fiches, insérées dans le texte mais avec une forme distincte. Cinq dres-sent le portrait d’autres îles, proches ou lointaines, dont la présentation nous semble instructive. Dans certains cas parce qu’elles sont plutôt des exemples, dans d’autres des écueils à éviter. Enfin, quelques fiches se trou-vent à la fin de ce livre ; elles sont là pour exprimer les nuances ou les avis divergents apportés par certains contributeurs. Un des principaux obstacles rencontré dans cette étude est la pauvreté des données propres à Marie-Galante. Bien des paramètres de notre éco-nomie sont noyés dans les statistiques globales de la Guadeloupe. Or, la réalisation de cet ouvrage nous a montré qu’il faut se garder d’extrapoler pour Marie-Galante ce que l’on observe sur l’ensemble de la Guadeloupe. Chaque fois que nous avons pu disposer de données propres à Marie-Ga-lante, cela nous a montré combien la personnalité de cette île pouvait dif-férer de celle du « continent » guadeloupéen. Il convient de saluer le travail remarquable réalisé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Nous avons tiré la majorité des données pré-cises rapportées dans ce livre, d’un dossierINSEEconsacré à Marie-Ga-lante, mis à jour en juin 2011. D’autres éléments ont été récupérés aux Archives départementales. Cependant, dans trop de secteurs, nous ne pouvons avancer que des estimations. La formule «nous estimons que», suivie d’un nombre ou d’un pourcentage sera utilisée pour souligner la fiabilité toute relative de la donnée avancée. Nous nous sommes efforcés de vérifier le mieux possible ces estimations, de confronter les sources et d’aborder le chiffrage par différents biais de calcul pour vérifier que les résultats convergeaient. Cette pauvreté des données propres à une île dotée d’une personnalité aussi forte que Marie-Galante souligne bien les écueils du statut de « dépendance ». Il objective un certain déficit de l’at-tention accordée à cette île depuis plusieurs décennies.
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