Moi et François Mitterrand

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Pour féliciter François Mitterrand de son élection deux ans plus tôt, je lui ai écrit une carte postale d’Arcachon, en septembre 1983. François m’a répondu. Il me « remerciait de ma lettre », m’assurait que mes remarques recevraient « toute l’attention qu’elles méritaient » et seraient « prises en considération », « dans les délais les plus brefs ». Et il m’assurait de ses « sentiments les meilleurs ».
D’autres auraient pu confondre sa réponse avec une lettre-type. Pas moi. J’ai répondu, et reçu de François une nouvelle réponse, à la teneur assez proche. S’est ainsi établie une correspondance très personnelle entre lui et moi, jusqu’à sa disparition. Je l’ai poursuivie avec tous ceux qui lui ont succédé, de Jacques C. à François H., et tous, sans exception, ont pris mes remarques « en considération » et m’ont assuré de leurs « sentiments les meilleurs ».
C’est cette correspondance avec nos présidents que j’ai enfin décidé de révéler au public, afin de témoigner devant l’Histoire.
 
Publié le : mercredi 16 mars 2016
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EAN13 : 9782709656351
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Du même auteur

Sonates de bar, nouvelles, Seghers, 1991 ; Le Castor Astral, 2001.

Le Voleur de nostalgie, roman, Seghers, 1992 ; Le Castor Astral, 2005.

L’Orage en août, nouvelle, La Lettre volée, 1995.

De sincerita with las mujeres, dialogue, Plurielle, 1996.

Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable, pensées, Le Castor Astral, 1997.

La Disparition de Perek, roman noir, « Le Poulpe », Baleine, 1997.

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Quelques mousquetaires, nouvelles, Le Castor Astral, 1999.

Encyclopaedia inutilis, nouvelles, Le Castor Astral, 2002.

Joconde sur votre indulgence, points de vue, Le Castor Astral, 2002.

Guerre et Plaies, billets, Eden Production, 2003.

Cités de mémoire, récit, Berg International, 2004.

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Je m’attache très facilement, roman, Mille et une nuits, 2007.

Les Opossums célèbres, fables, Le Castor Astral, 2007.

Zindien, suivi de Maraboulipien, poésie, Le Castor Astral, 2009.

Assez parlé d’amour, roman, Jean-Claude Lattès, 2009.

L’Herbier des villes, collages et haïkus, Textuel, 2010.

Eléctrico W, roman, Jean-Claude Lattès, 2011.

Un fromage sans doute, historiettes, Hatier, 2011.

Contes liquides de Jaime Montestrela, « traduction », Éditions de l’Attente, 2012.

Demande au muet, Éditions Nous, 2014.

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Montaigne

Je n’en fais pas une affaire d’État et n’en tire aucune gloire personnelle, mais à partir de 1983, François Mitterrand et moi avons entretenu une correspondance assidue. Et même si nous nous sommes, par la force des choses, quelque peu éloignés l’un de l’autre, le fil n’est pas tout à fait rompu.

 

Le premier élément que je souhaiterais vous présenter est une lettre datée du 10 septembre 1983. C’est à vrai dire une carte postale que j’ai envoyée d’Arcachon, et dont voici le texte :

(Coll. Hervé Le Tellier)

(Coll. Hervé Le Tellier)

Cher François Mitterrand,

Je voulais vous féliciter – fût-ce avec un léger retard – de votre élection voici deux ans déjà. Je suis à Arcachon où je passe de bonnes vacances. Hier, à table, c’est incroyable, nous parlions justement de vous. Nous avons mangé des huîtres, excellentes, bien qu’un peu laiteuses.

Encore bravo.

Hervé Le Tellier

La réponse ne s’est pas fait attendre, puisque peu après, le 12 décembre 1983 exactement, François Mitterrand me faisait parvenir ce courrier, dont voici le texte intégral :



Présidence de la République

Paris, le 12 décembre 1983

Cher Monsieur,

Votre lettre en date du 10 septembre 1983 vient de me parvenir et je vous en remercie.

Ne doutez pas, cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l’attention qu’elles méritent et qu’elles seront prises en considération par nos services dans les délais les plus brefs.

Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Le Président de la République.

(Coll. Hervé Le Tellier)

(Coll. Hervé Le Tellier)

C’était, ma foi, une missive fort courtoise, même si, en raison sans doute du poids des charges de l’État, le Président s’y montrait quelque peu distrait, évoquant une lettre et non une carte postale. Quoi qu’il en soit, le second paragraphe insistait à juste titre sur la prise en considération par ses services de mes remarques : j’y repensai l’année suivante, lorsque, de retour à Arcachon, je m’aperçus avec satisfaction que la qualité des huîtres s’était améliorée.

J’ai aussitôt répondu à cette lettre, car une amitié naissante n’est pas chose négligeable. Voici le texte intégral de ma deuxième lettre, envoyée le 20 décembre 1983 :



Cher François,

Je vous remercie de votre charmant courrier. Je suis malheureusement très occupé en ce moment et ne puis vous répondre plus longuement. Je vous souhaite malgré tout une heureuse fête de Noël en famille.

Chaleureusement,

Hervé Le Tellier

C’est vrai, j’étais très occupé, car je venais de déménager de manière quelque peu précipitée de chez mon amie Madeleine, à la suite d’une dispute dont les raisons m’échappent aujourd’hui encore. François devait être aussi débordé que moi, car sa réponse ne m’est parvenue à ma nouvelle adresse que deux mois plus tard.

Le Président me disait ceci :



Présidence de la République

Paris, le 15 février 1984

Cher Monsieur,

Votre lettre en date du 20 décembre 1983 vient de me parvenir et je vous en remercie.

Ne doutez pas, cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l’attention qu’elles méritent et qu’elles seront prises en considération par nos services dans les délais les plus brefs.

Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Le Président de la République.

(Coll. Hervé Le Tellier)

(Coll. Hervé Le Tellier)

Dès les premiers mots, j’ai tout de suite reconnu le style de François, si aérien, si littéraire, et en même temps tellement précis et direct. J’ai apprécié ce « Cher Monsieur », distant et proche à la fois, ce signe de pudeur des sentiments naissants, ce reste de distance si touchant, malgré ou peut-être à cause de l’affection grandissante.

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