Petit manuel de survie pour la droite

De
Publié par

Dès la fin des années 1980, face aux divisions de la droite, Charles Pasqua invente les « primaires à la française ». Il y voit le seul moyen d’enrayer la « machine à perdre ».
Plus de vingt ans plus tard, ce ténor de la vie politique française réactive cette idée pour que la France sorte de sa crise politique mortifère. 
Ce texte, défense et illustration des primaires, est aussi une  fresque sans concession du paysage politique et de la droite française.

Charles Pasqua, Résistant, fidèle parmi les fidèles du général de Gaulle, député puis sénateur des Hauts-de-Seine, fut deux fois ministre de l’Intérieur et homme-clef du RPR. Disparu le 29 juin 2015, il n’aura pu voir la publication de cet ouvrage, qu’il avait souhaité léguer à ses amis politiques.

Pierre Monzani, ancien élève de l’ENS et de l’ENA, agrégé d’histoire, a partagé bien des combats avec Charles Pasqua, de la place Beauvau au Parlement européen, du RPR au RPF, et des Hauts-de-Seine à « Demain la France ».
 
Publié le : mercredi 23 septembre 2015
Lecture(s) : 3
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213689470
Nombre de pages : 176
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture
pagetitre

Du même auteur

Ce que je sais… (vol. 2), Un magnifique désastre (1988-1995), Seuil, 2008, Points, 2009.

Ce que je sais… (vol. 1), Les Atrides (1974-1988), Seuil, 2007, Points, 2008.

Non à la décadence, Albin Michel, 2001.

Tous pour la France, Albin Michel, 1999.

Demain la France (vol. 2), La Reconquête du territoire, Albin Michel, 1993.

Demain la France (vol. 1), La Priorité sociale, Albin Michel, 1992.

Que demande le peuple…, Albin Michel, 1992, LGF, 1993.

L’Ardeur nouvelle, Albin Michel, 1985.

À Pierre-Philippe

 

Le manuscrit de ce livre a été achevé avant le congrès des « Républicains » du 30 mai 2015. Le sigle UMP a été conservé pour désigner cette famille politique et pour rendre l’analyse plus claire.

Préface

Parce qu’il avait le sens de l’Histoire, Charles Pasqua avait le sens des archives. De ces multiples actions, il a conservé de nombreux dossiers qui ne manquent pas d’intérêt. Aussi, quand les primaires à droite redevinrent d’actualité, me demanda-t-il de parcourir avec lui ses archives sur ce sujet, lui qui fut l’inventeur des « primaires à la française ». Ce livre débuta ainsi fin 2014. Il fut achevé en mai 2015, et Charles Pasqua en relut les épreuves avant sa mort, qui le faucha en pleine lucidité intellectuelle et politique. Ce livre, que nous avons coécrit, est pleinement le sien. Il m’a demandé de faire figurer mon nom à côté du sien. Je le remercie de cette marque de confiance et d’amitié.

Que notre famille politique n’ait pas souligné, en réfléchissant à la future primaire de la droite, le rôle de son père spirituel l’a simplement convaincu de la nécessité de ce témoignage. Le ressentiment n’a jamais été un moteur pour Charles Pasqua. La mise au point lui tenait à cœur.

Au fil de nos échanges, le livre d’histoire politique a été complété par quelques réflexions pour l’avenir. Nous ne savions pas qu’elles seraient ses dernières. Même si, par fidélité à son combat, je n’exclus pas, en accord avec sa chère famille, d’utiliser d’autres archives qui pourraient utilement éclairer les Français.

Au lecteur de ce livre, je veux adresser un message simple. À la fin de sa vie, Charles Pasqua n’éprouvait ni amertume ni aigreur. La mort de son fils l’avait affecté en profondeur sans altérer son goût du combat. Il avait, comme beaucoup de Français, mal à la France, en la voyant si mal gouvernée et livrée aux ambitions médiocres et aux passions vaines. Il m’avait même proposé de relancer « Demain la France », l’association créée avec Philippe Séguin pour la bataille de Maastricht. Il souhaitait, au soir de sa vie, ranimer le mouvement gaulliste, en mêlant quelques compagnons de ses combats et quelques jeunes pousses patriotes.

À ses fidèles et à tous les Français qui se sont reconnus dans son courage hors du commun et dans sa parole claire et forte incombe désormais le devoir de poursuivre le combat. À son exemple, nous ne « poserons jamais sac à terre », pour reprendre une de ses expressions favorites. Est-il besoin d’ajouter qu’en lisant ce livre, le lecteur voudra bien se souvenir que Charles Pasqua a eu très souvent raison trop tôt ? Sur les exigences de la lutte antiterroriste, sur les flux migratoires, sur la monnaie unique sans convergence fiscale et sociale préalable, sur l’aménagement du territoire et la proximité des politiques publiques, sur l’innovation sociale, urbaine et universitaire, c’est un grand politique visionnaire qui apparaît avec force.

Charles Pasqua, c’était l’instinct de la France, une politique d’une grande authenticité, gaulliste et patriote. Il n’aimait guère le mot « souverainiste », que certains lui collaient arbitrairement, car il le trouvait étroit et rabougri pour une France qu’il souhaitait forte dans une Europe unie et indépendante.

Ce grand Français n’a jamais désespéré de la France. Puisse le lecteur trouver dans ces lignes des raisons d’espérer et de se préparer aux épreuves que la France va devoir affronter et où le courage sera d’autant plus nécessaire que la lâcheté de nos élites aura été grande.

Au-delà de la mort, il restera ainsi un exemple et un repère.

Pierre Monzani

 

A priori, les primaires apparaissent comme une anomalie, dans les habitudes et la logique de la vie politique française en général, et dans celle de la Ve République en particulier.

Le général de Gaulle a voulu, par l’élection du président de la République au suffrage universel, dans une réforme de 1962 qui mobilisa contre lui toute la classe politique, tous les « politichiens » comme il aimait à dire, faire de ce moment électif, de l’homme choisi par les Français, hissé sur le pavois national, l’instant décisif du temps politique. Là était l’origine de la légitimité, surplombant tout le reste, dans le fait qu’un homme avait été désigné par la majorité des Français (d’où le second tour réservé à deux candidats).

Dans ce cadre, les primaires ont lieu naturellement au premier tour de l’élection présidentielle. Chaque camp politique choisit son champion et, s’il y en a trop, le peuple élimine les surnuméraires dans ce premier tour. Ainsi fut choisi Valéry Giscard d’Estaing contre Jacques Chirac, et ce dernier, ensuite, contre Édouard Balladur. Ainsi se fit le basculement de la gauche de son centre de gravité communiste vers son nouveau pôle dominant socialiste, François Mitterrand l’emportant sur Georges Marchais.

En revanche, la supposée capacité du système qui permettrait que l’homme providentiel s’émancipe des partis fit long feu. Sans soutien d’un grand parti, point de salut. Et l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le financement public et strictement encadré de la vie politique et élective a achevé d’enfermer les hommes providentiels dans le système des partis, contribuant ainsi à nourrir la médiocrité des candidats à la fonction suprême.

D’un système fait pour un homme, nous avons laissé faire un système contrôlé par les partis, qui choisissent leur champion souvent loin des souhaits du peuple. Pire, l’émergence, puis l’affirmation de l’extrême droite, et le maintien d’une extrême gauche néocommuniste et écologiste ont transformé le premier tour sélectif de la présidentielle en piège à favori, comme Lionel Jospin en fit l’expérience cuisante en 2002.

Dès lors, l’excès du nombre de candidats peut conduire à, paradoxe de la démocratie, biaiser le choix des Français, puisque la victoire n’est pas promise au meilleur mais à celui qui a su, par habileté ou par chance, minorer les divisions de son camp.

La compétition entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing avait ainsi favorisé l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. En 2002, les Français eurent un choix de second tour atypique à cause des divisions de la gauche, et ils auront peut-être des frustrations du même type en 2017.

 

Voilà pourquoi, dès la fin des années 1980, j’ai eu l’idée des « primaires à la française » – singulière démarche pour un gaulliste d’aller chercher son inspiration aux États-Unis ! Mais, en fait, réalisme salutaire pour éviter, alors, que le combat fratricide entre les champions du RPR et de l’UDF ne fasse de nouveau le miel de la gauche.

Pour que les primaires servent à quelque chose, il est impératif qu’elles mobilisent l’ensemble de la gauche socialiste d’une part et l’ensemble de la droite dite républicaine de l’autre. Sinon, chacun comprendra qu’elles ne seraient que le choix d’un leader par les militants d’un parti, et qu’elles ne serviraient à rien, en empêchant d’aucune façon l’émiettement défavorable à l’expression de la véritable aspiration des Français.

Le paradoxe – et le danger – de la situation présente de la France est bien là. Les divisions nombrilistes de la classe politique, accompagnées des communautarismes et des poujadismes nourris de toutes les frustrations sociales, conduisent à un choix démocratique illisible.

À cet égard, l’intérêt politique du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, n’est pas tant ce que les médias en disent que le choix tronqué d’un second tour de présidentielle qui donne le choix aux Français entre un parti d’extrême droite et un parti religieux musulman. C’est-à-dire entre deux options dont chacune est, en fait, repoussée et répulsive pour une majorité de Français.

Ainsi, la présidentielle n’offre plus au second tour un choix roboratif et satisfaisant pour l’esprit démocratique et pour le corps national entre deux hommes d’État, mais l’adhésion forcée au supposé « moins pire » entre deux opportunistes. Qui peut se satisfaire du choix romancé de Michel Houellebecq, ou du choix possible en 2017 entre François Hollande et Marine Le Pen, entre deux incapables notoires d’incarner la fonction suprême, pour dire les choses clairement ?

Quand le peuple est amené à choisir le moins pire, si tant est qu’il y en ait un, c’est l’ensemble de la confiance démocratique qui est miné.

En effet, un choix par défaut donne à la France un chef sans véritable appui. Ainsi est réalisée la prouesse de faire une incarnation sans adhésion, sans âme, sans reconnaissance populaire. Ainsi est réalisé l’oxymore politique d’un président de la Ve impuissant.

Mesurent-ils cet enjeu, ceux qui minaudent en contestant par avance les primaires et en indiquant leur volonté d’être candidats ? Ont-ils deux doigts d’intelligence, pour saisir que non seulement ils affaiblissent leur camp, mais qu’ils affaiblissent la République elle-même ?

À la fin des années 1980, il me semblait utile de créer des primaires pour éviter les erreurs fatales à notre famille politique et favorables aux socialistes.

Aujourd’hui, il nous faut faire des primaires de qualité et incontestables pour redonner au choix du second tour, conditionné par les concurrences du premier tour, son sens, sa dignité et son utilité.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.