Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

S'il est minuit en Europe

De
272 pages
La France s'apprête à entrer dans la campagne présidentielle de 2017. Or un sujet est absent depuis des mois, voire des années, du débat public français : l'Europe. Ou plutôt, l'Europe est présente, mais monopolisée par l'extrême droite et la galaxie des sympathisants souverainistes et eurosceptiques qui gravitent dans son sillage. C'est une erreur : l'Europe est un atout pour la France, dès lors qu'on comprend qu'elle ne sera jamais une réplique XXL de l'hexagone. 
L'Europe est fragile et menacée, par des crises multiples : ralentissement économique, crise des réfugiés, changement climatique, menace sécuritaire, Brexit, crise grecque… Il est minuit en Europe ! Et pourtant, elle est indispensable, car ces crises sont au minimum européennes, et les solutions le sont aussi.
Le projet européen a besoin de faire, de nouveau, la preuve de son efficacité. La reconquête des cœurs et des esprits passe par des résultats. Or l'Europe n'a pas convaincu sur ce plan ces dernières années. Pourquoi l'Europe n'a-t-elle pas de véritable politique économique? Est-elle un bouclier contre les excès de la mondialisation, ou un catalyseur des déstructurations qu'elle engendre ? Fallait-il élargir l'Union de 15 à 28 membres ? La France est-elle condamnée à voir son influence décroître, notamment face à son grand voisin d'outre-Rhin ? Que peut l'Europe contre la montée des inégalités ou la croissance encore trop modeste? Le traitement de la crise des réfugiés se fera-t-il au prix de l'abandon des valeurs humanistes du continent ? La vague populiste europhobe qui déferle sur l'Europe est-elle résistible, et à quelles conditions ? Faut-il développer un "patriotisme européen" ?
Tout candidat – a fortiori de gauche – à l'élection présidentielle devrait avoir une réponse à ces questions essentielles. Or la gauche, encore marquée par ses divisions passés, a fait de l'Europe un impensé. C'est contraire à son histoire, son identité et ses valeurs. Ce livre répond aux populistes anti-européens et aux mensonges du Front national. Il est un appel pour les autres, ceux qu'on n'entend plus ou pas assez, parce qu'ils se taisent ou parlent trop bas.
C'est le livre d'un artisan et d'un partisan de l'Europe, excédé par la médiocrité politique, un livre « coup de gueule » contre ceux qui laissent dépérir la grande idée européenne. C'est aussi un plaidoyer pour ceux qui pensent qu’il faut redonner une chance à notre continent et au projet européen. Une contribution à la fois personnelle et politique, par un Européen de cœur, qui connaît intimement l'Europe et se bat pour qu'elle avance.
Voir plus Voir moins
Première partie
Pour une Europe protectrice
Mai 2016, une longue émission télévisée, un dimanche soir sur BFM TV. La chaîne a souhaité me faire débattre avec un souverainiste convaincu, candidat obsessionnel et anecdotique à la présidentielle, un ancien député UMP bon chic bon genre, désormais résolument engagé dans une surenchère avec le Front national, qu’il veut dépasser par sa grossièreté et sa violence verbale, grand eurosceptique devant l’Eternel : Nicolas Dupont-Aignan. Sans surprise, nous avons peu de points de convergence. La journaliste m’interroge sur l’élection à Londres du travailliste Sadiq Khan, souligne qu’il s’agit du « premier maire musulman d’une capitale européenne ». On aurait pu parler aussi bien de ses origines modestes – père chauffeur de bus, mère couturière – ou de sa victoire face à un conservateur connu pour être le membre le plus riche du Parlement britannique. Je redis ce jour-là ma conviction : l’Europe « est une communauté de valeurs, un grand dessein et un grand destin culturel. Et l’Europe n’est pas chrétienne même s’il est vrai que sur notre continent il y a une majorité de la population de religion ou de culture chrétiennes. Je ne crois pas aux racines chrétiennes de l’Europe – ou alors on peut parler de racines, mais je crois que l’Europe est unie et diverse ». Tornade sur les réseaux sociaux, qui sont les nouveaux défouloirs des démocraties connectées. Mes propos, amputés et caricaturés, m’attirent les foudres de lafachosphère, de certains catholiques aussi, choqués ou blessés, qui n’en ont vu que des bribes, ou l’ire de Nicolas Sarkozy. Ils ont aussi créé un vrai débat, légitime et responsable.
Les racines de l’Europe
J’y suis revenu depuis, le format d’une interview télévisée laissant peu de place à un argumentaire développé et nuancé. Ce débat est en effet bordé à mes yeux par quelques points de repère. Et il n’est pas nouveau. Déjà la convention chargée de rédiger le projet de Constitution européenne en 2003, présidée par Valéry Giscard d’Estaing, où je représentais les autorités françaises, s’était écharpée sur le sujet. Fallait-il parler d’héritage chrétien, en s’inspirant des quatre constitutions d’Etats européens qui y faisaient alors explicitement référence ? D’héritage religieux ? Proposer au contraire, comme le suggéraient certains, d’y ajouter « le judaïsme, l’antiquité gréco-romaine, la chrétienté, l’humanisme de e la Renaissance, le siècle des Lumières, la pensée progressiste du XXI siècle, le socialisme » ? Comment prendre en compte les convictions de ceux qui n’ont pas de croyance ? Et comment réconcilier tout cela avec la laïcité à la française ? Au final, le texte évoquait le « patrimoine spirituel et moral » de l’Union, une formulation plus générale mais aussi plus complète, plus inclusive. Deux tiers environ de la population européenne se définit comme chrétienne aujourd’hui. Voilà une réalité indéniable. Je la connais et reconnais. Son pendant l’est tout autant : l’Europe d’aujourd’hui n’est pas un monolithe. Elle est riche de sa diversité religieuse, qui est une force mais n’est pas non plus allée de soi dans notre histoire, de la Saint-Barthélemy à Srebrenica, et bien sûr la Shoah. Et personne ne peut ignorer la place des musulmans en Europe. Que dire de plus des racines chrétiennes ? D’abord, ne soyons pas naïfs : ceux qui évoquent sans
cesse l’exclusivité des racines chrétiennes de l’Europe – dans un contexte de crise des réfugiés et de crise de la sécurité – sont souvent les héritiers de courants politiques qui voulaient jadis une Europe sans juifs, et rêvent aujourd’hui d’une Europe sans musulmans. Ils fantasment un continent homogène dans sa couleur, sa religion et sa culture. Vouloir réduire l’Europe à ces seulesracines chrétiennes, c’est à mes yeux occulter une partie de son identité et exclure une partie des Européens. Bien sûr, la foi chrétienne a été un facteur d’unification. Et la religion peut être une composante de l’identité et un véhicule de valeurs fortes de l’Europe encore aujourd’hui. Mais elle n’est pas le seul fait qui la constitue. Sinon, l’Amérique latine serait européenne… Les idées politiques et les mouvements culturels ont aussi considérablement façonné notre continent. Ce qui fait de nous des Européens, ce n’est pas seulement une religion, mais bel et bien des préférences collectives – une certaine idée d’un modèle social ou d’un humanisme politique. En réalité, les racines de l’Europe – et je parle cette fois du projet communautaire – sont politiques. Et non, contrairement à ce que je lis parfois, les douze étoiles du drapeau européen ne symbolisent pas la couronne de la Vierge Marie ! Le projet des pères fondateurs – qui étaient farouchement attachés à la laïcité – n’a jamais été de créer un club chrétien ou religieux mais d’en finir avec le nationalisme. Au cœur du projet européen, il y a un rejet – la guerre – et une quête – le progrès et la prospérité.
La tension identitaire
Mais ce débat a fait remonter à la surface une tension, une fissure, une crispation profonde. Identitaire avant tout. Il va d’ailleurs revenir dans la campagne présidentielle, poussé par une partie de la droite, qui veut inscrire ces racines chrétiennes dans la Constitution française. Le thème de l’« identité nationale » avait structuré son programme électoral en 2012, lui permettant de s’aventurer largement sur le terrain du Front national. Il est déjà présent dans la pré-campagne et s’affirmera probablement à mesure que les élections se rapprochent. Au demeurant, la France n’est pas le seul pays à connaître ces soubresauts. Si le FPÖ a fait une percée lors de l’élection présidentielle autrichienne en mai 2016, ce n’est pas en raison des contre-performances économiques d’un pays où le chômage est à 6 %. Derrière ce score ont joué les craintes d’Autrichiens fortement exposés à la crise des réfugiés, et qui regardent avec appréhension l’afflux de demandeurs d’asile – irakiens, syriens, afghans… – dans le pays. Au final, réapparaît ici un autre volet lié à la mondialisation et ses déstructurations, non pas dans sa version économique mais cette fois dans son versant culturel. C’est en ces termes que s’expriment certains de ses détracteurs. Ces deux volets ne sont pas étanches. C’est aussi parce qu’une certaine sociabilité ouvrière a été détruite avec le repli de l’activité industrielle en France – laissant un vide qui n’a pas été comblé – que s’expriment aujourd’hui ces angoisses d’une identité qui viendrait se dissoudre dans la mondialisation. Je ne me prononce pas sur le fond de ce débat, qui vire vite au nauséabond. Mais je fais le constat de son existence qui, comme toute question politique, même illégitime, appelle une réponse. Qu’est-ce que c’est aujourd’hui, l’Europe dans le monde ? Que veut dire pour notre continent d’être de fait dans la mondialisation ? Comment réconcilier le fait que l’Europe soit un géant dans l’économie mondiale, et le sentiment de vulnérabilité d’une part importante de sa population ? Je veux livrer ici trois pistes de réflexion. Première piste : avant de se demander ce que veut dire être l’Europe dans le monde d’aujourd’hui, il faut d’abord se demander ce qu’est l’Europe aujourd’hui, et ce qu’elle doit ou devrait être. Cela nécessite d’avoir un débat sans tabous sur nos frontières, sur l’élargissement, et sur son impact sur l’efficacité de notre processus décisionnel. Deuxième piste : il faut développer un patriotisme, mais un patriotisme européen, qui doit trouver à s’incarner en particulier dans les champs de la concurrence, du commerce et de la diplomatie économique. Troisième piste : nous devons construire une véritable « Union de la sécurité ». Les menaces liées à la montée du terrorisme, à la porosité des frontières externes de l’Union, au trafic d’êtres humains ignorent les frontières. Il faut y répondre de manière intégrée et coordonnée, bien moins fragmentée que nous ne le faisons aujourd’hui. Derrière ces questions qui semblent à première vue disparates, un fil rouge : il s’agit de préciser la nature de la frontière de l’Europe. Ce n’est pas un exercice dans lequel celle-ci a excellé jusqu’à présent. Elle a fait disparaître ses frontières internes avant d’avoir proprement sécurisé sa frontière externe. Les populismes d’extrême droite alimentent à loisir l’image d’une Europe qui se dissout économiquement et culturellement dans la mondialisation, échoue à protéger ses citoyens et son tissu
économique, et ne sait même plus où elle commence et où elle finit. Il faut – encore et encore – leur apporter la contradiction.
DU MÊME AUTEUR L’Heure des choix : pour une économie politique(avec François Hollande), Odile Jacob, 1991. À la recherche de la gauche perdue, Calmann-Lévy, 1994. L’Urgence : plaidoyer pour une autre politique, Plon, 1997. Au cœur de l’Europe(entretiens avec Henri de Bresson), Le Pré aux clercs, 1999. L’Europe, une puissance dans la mondialisation, Seuil, 2001. Un an après, Grasset, 2003. Les 10 questions qui fâchent les Européens, Perrin, 2004. L’Europe est morte, vive l’Europe, Perrin, 2006. Le Liquidateur, Hachette Littérature, 2008. Mission impossible ? Comment la gauche peut battre Sarkozy en 2012, Le Cherche Midi, 2009. Défaite interdite, Flammarion, 2011. Combats : Pour que la France s’en sorte, Flammarion, 2014.
Couverture : © Gettyimages ©Éditions Grasset & Fasquelle, 2016. ISBN : 978-2-246-86332-8 Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
Couverture Page de titre
Table
Première partie - POUR UNE EUROPE PROTECTRICE
Les racines de l’Europe
La tension identitaire
Du même auteur
Page de copyright