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Sinon j'oublie

De
240 pages
Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions trouvées dans la rue. Chaque trouvaille est pour elle prétexte à se raconter une histoire. Qui est l’auteur ? Quels sont ses rêves, ses envies ? À partir d’une sélection de 99 listes (reproduites en image et en couleur), voici un portrait drôle et tendre d’hommes et de femmes qui se confient à la première personne, parlent de leurs vies, de nos vies. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.
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L’humanité se divise en deux catégories : les jeteurs et les gardeurs. C’est de famille. Quand j’étais enfant, les plus beaux dimanches étaient ceux des virées à la décharge publique (le tas d’or dur). À l’époque, on trouvait encore en pleine campagne des fragments de vies inconnues, entassés comme après un naufrage, mis au rebut, délaissés. Nous avions un prétexte : chercher des seaux en émail, matière première des sculptures de mon père. Mais nous trouvions aussi des poupées aux cheveux pas trop brûlés, des manteaux en poil d e bouc, des chaussures rapiécées, des quincailleries et vestiges divers, brandis comme des trophées et aussitôt fourrés dans le coffre de la Méhari. En toute simplicité, nous accordions à ces choses une nouvelle vie. Au plaisir de découvreur que suscitaient ces explorations s’ajoutait le sent iment diffus d’aller à l’encontre d’une règle, de nager à contre-courant, de choquer le bourgeois. Ce que les autres jetaient, nous en faisions des trésors. Les tas d’ordures ont disparu depuis longtemps, mais on trouve aujourd’hui sur les trottoirs des villes des fragments plus fragiles de la vie des au tres. Il suffit d’être attentif et de se promener en regardant par terre. Les bouts de papier qui traînent sont souvent des listes de commissions. Personne ne les convoite, il n’y a qu’à se baisser. Comme il y a des coins à champignons, il y a des coins à listes : autour des supermarchés, bien sûr, mais au ssi n’importe où ailleurs, et ce sont là les plus belles trouvailles car plus inattendues. J’ai le plaisir des listes et de ce qu’elles m’appr ennent de l’intimité des gens, avec un voyeurisme atténué par l’anonymat. Tout le monde ou presqueécritdes listes, et c’est bien d’écriture dont il est question à travers cette collection. Écrire pour ne pas oublier, écrire sans se surveiller, sans fioritures, tel qu’en soi-même, écrire ce dont on a vraiment besoin. Les listes de commissions, comme le journal intime, ne sont pas censées être lues. Elles révèlent les manies, les habitudes, le caractère, la graphie et l’orthographe de chacun. On les jette pourtant sans façons (elles sont biodégradables), on les expose de façon impudique aux yeux de tous. Qui s’intéresse à un bout de papier qui traîne ? Cela n’a aucune importance. Et pourtant. Dès que j’en découvre une, je me dis « ah ! Celle-l à je ne l’avais pas ! » Comme pourrait s’écrier un enfant qui collectionne les images Panini. Je me livre ensuite à une parodie d’enquête pour tenter de deviner qui se cache derrière cette écriture. Est-ce un homme ou une femme ? Celui-ci suit un régime, celle-là va faire un gâteau, reçoit-elle de la visite ? Son chat a l’air trop gâté, il est maniaque, elle est étourdie, quel âge a-t-il ? L’étude que je mène n’est qu’une fiction, un jeu. Je me raconte des histoires. Mais la poésie qui se dégage de ces listes est bien réelle. Ces écritures en disent beaucoup sur nos habitudes communes, nos manies, notre histoire et nos tics. Elles captent une vérité qui me touche. De cette collection (qui tient dans plusieurs boîtes à chaussures), j’ai extrait quatre-vingt-dix-neuf listes. Chacune a été écrite par un quelqu’un ou une quelqu’une dont j’ai imaginé la vie, les préoccupations et le langage. Ils forment ensemble les personnages de ce livre, ces histoires sont leurs portraits.
Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? Georges PEREC,l’infra-ordinaire
Arlequin • Alcols ménage • Ici Paris maxi • yaourts • cacaouettes bisquits aperitifs • fruits pommes • boudin • langue • VIN propre • grenaille • omega • langue • confiture
Pierrette
L’autre jour, avec Pierrot, on est allés chez Unico. On y va tôt, chez Unico, avant l’ouverture, vers 9 heures, pour ne pas avoir la foule. Alors là, il était trop tôt, il a fallu attendre dans la voiture que ça ouvre. C’est mieux d’y aller tôt. Surtout si on veut de la viande. Le boucher de chez Unico, je le connais – un petit jeune… il a été avec Isabelle par un moment, mais c’est fini. Quand j’ai du monde à manger, que je veux un rôti ou un rosbif pour huit personnes, par exemple, il me met toujours les meilleurs morceaux. Et il me dit toujours « Mademoiselle » ! : « Voilà votre rosbif, Mademoiselle. » Alors moi, je le laisse dire ! Enfin, ce jour-là, on attendait dans la voiture qu’Unico ouvre et j’ai entendu comme un bruit de moustique, mais je ne l’ai pas vu ! Je l’ai bien dit à Pierrot, mais impossible de l’avoir, on ne le voyait pas, ce satané moustique. Depuis, ça me gratte ! Ça me gratte ! Enfin ! On aura beau dire tout ce qu’on voudr a, chez Unico, c’est mieux d’y aller tôt.
farine • lait • yaourts fruits • œufs • fromages • pain • salade • fruits viande • légumes • biere • beurre • beurre
Christophe
Le « Bonheur des Français ». Non mais sérieusement. Mesurer le bien-être d’une population en fonction de son activité économique, c’est complètement con. Comme si le fait de consommer était une preuve de bonne humeur. « Tout va bien, j’ai une nouvelle voiture ! » ’en ai une, de voiture neuve avec toutes les options, et ça ne va pas du tout. e sais bien que je fais des raccourcis, mais je ne peux pas m’empêcher d’être agacé par leurs tournures de phrases. Merde, à la fin, avec vos indicateurs de progrès durable et vos taux de croissance. ’ai une carte gold et je vais mal si je veux.
Biscottes • 1 Beurre
Élodie
Jene me souviens plus du titre de ce film qu’ils ont passé l’autre soir sur la 6,De l’Amour à la haine, quelque chose comme ça. C’était nul mais ça m’a changé les idées. Ça se passait en Floride, au soleil. Il y avait Brian, un super beau mec, brun avec une mâchoire volontaire et une petite fossette sur le menton comme Michael Jackson a voulu se faire, il était père célibataire parce qu’il avait perdu sa femme très jeune dans un accident. Il rencontrait une fausse blonde avec un maquillage impeccable qui ne savait pas trop quo i faire de sa vie. Il leur arrivait toute une série d’aventures pas possibles. Au début ils se détesta ient, évidemment. Ils s’envoyaient des vacheries à la figure, mais bien sûr à la fin ils finissaient ensemble. C’est pas à moi que ça arriverait. De toute façon, dans ce genre de films, même quand il y a une explosion, les brushings restent parfaits et ils conduisent des 4 × 4 de la taille d’un tank, à croire que là-bas les voitures roulent à l’eau. Alors que moi dès qu’il pleut j’ai les cheveux qui gonflent, la Clio fait un bruit bizarre quan d on change les vitesses et rien qu’à regarder une assiette de spaghettis, j’ai une tache sur mon pantalon. C’est vraiment nul.
DU MÊME AUTEUR
CENT TITRES, Grasset, 2014. JEAN-LOUP FAIT DES TRUCS, Les Fourmis Rouges, 2015.