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Sortir la France de l'impasse

De
168 pages
A la question La France est-elle finie ? titre de son dernier ouvrage, couronné par le prix du Meilleur livre politique de l’année (30 000 ex.), l’ancien ministre et sénateur de Belfort apporte dans ce bref ouvrage une réponse optimiste et volontariste : si ce pays veut retrouver son rang ainsi que les moyens de restaurer l’emploi et de préserver le modèle social français, il lui faut rétablir sa puissance industrielle et ses capacités exportatrices, s’en réapproprier les moyens en rééquilibrant les relations franco-allemandes au sein de l’Union européenne, ce qui pose inéluctablement le problème de la monnaie unique et d’un euro identifié à un mark-bis. C’est sur ces bases que le fondateur du Mouvement des citoyens appelle à un sursaut des Français avant qu’il ne soit trop tard. Une plate-forme qui fait « bouger les lignes » selon l’expression consacrée, à moins de neuf mois de l’élection présidentielle.
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Couverture Atelier Didier Thimonier
© Librairie Arthème Fayard, 2011

ISBN : 978-2-213-66747-8

Du même auteur

L’Énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise, La Table ronde, 1967.

Socialisme ou Socialmédiocratie, Le Seuil, 1969.

(Ces deux ouvrages, en collaboration, sous le pseudonyme collectif de Jacques Mandrin.)

Le vieux, la crise, le neuf, Flammarion, 1972.

Les socialistes, les communistes et les autres, Aubier-Montaigne, 1977.

Apprendre pour entreprendre, Hachette, 1985.

Le Pari sur l’intelligence, Flammarion, 1985.

Une certaine idée de la République m’amène à…, Albin Michel, 1992.

Le Temps des citoyens, Le Rocher, 1993.

Le vert et le noir : intégrisme, pétrole, dollar, Grasset, 1995.

France-Allemagne, parlons franc, Plon, 1996.

Le Bêtisier de Maastricht, Arléa, 1997.

La République contre les bien-pensants, Plon, 1999.

La République prend le maquis, Mille et une nuits, 2001.

Le Courage de décider, Robert Laffont, 2002.

Défis républicains, Fayard, 2004.

La Faute de M. Monnet : la République et l’Europe, Fayard, 2006.

La France est-elle finie ?, Fayard, 2011.

Pour la France, l’heure des temps difficiles est venue. Elle ne sait plus où elle va. Elle a abandonné son marché, sa monnaie, son droit, c’est-à-dire son État, sa défense, à l’exception encore notable de sa dissuasion, et jusqu’à l’idée que, pendant des siècles, elle s’était faite d’elle-même : un pays libre, « franc » – c’est sa définition –, capable de s’assumer lui-même. Le roi était « empereur en son royaume » et la souveraineté était l’attribut essentiel de la République. Or, qui ne ressent aujourd’hui, même confusément, la tragique impasse dans laquelle la crise du capitalisme financier mondialisé et la crise de l’euro nous enferment ?

L’avenir de la France est en déshérence. Le symptôme le plus frappant est le chômage où se morfond depuis bientôt trois décennies un cinquième de sa jeunesse. Elle n’a plus de projet, sinon de conserver le « triple A » que lui attribuent encore les agences de notation. Or, qu’est-ce que la République française sans un projet dans lequel puissent se reconnaître ses citoyens ?

Première partie

L’Europe à refaire

I

Impasse du projet européen de la France

La France a failli périr à deux reprises dans les deux guerres mondiales. À l’issue de la seconde, elle a été, sous l’inspiration de Jean Monnet, à l’origine du « projet européen ». Au départ limité à six pays, il en concerne aujourd’hui vingt-sept. L’effondrement de l’URSS a conduit à la réunification de l’Allemagne et à l’élargissement à l’Est de la construction européenne. L’équilibre géopolitique de l’Europe en a été profondément modifié.

Jean Monnet a commencé petitement, par un marché commun initialement limité au charbon et à l’acier. Mais l’objectif a toujours été, pour lui, les États-Unis d’Europe. Son modèle était les États-Unis d’Amérique. Mais l’Europe, qui compte pour le moins trente peuples, n’est pas l’Amérique qui s’est faite à partir des treize colonies britanniques de la fin du xviiie siècle. C’est pourquoi Jean Monnet, pour parvenir à ses fins, a voulu placer les peuples d’Europe devant le fait accompli, ou plutôt devant une succession de faits accomplis.

La démocratie au déni

Le projet d’union monétaire, d’abord conçu dans les années 1970 à 1980, était censé compléter le Marché commun. Il a débouché sur une monnaie unique qui portait en elle la négation des nations, cadres naturels de l’exercice de la démocratie. C’était méconnaître l’essence politique même de l’Europe. La monnaie unique était une monnaie politique qui devait conduire au fédéralisme. Elle nous met aujourd’hui au pied du mur : c’est ici qu’il faut sauter ! Mais le principe d’une « union de transferts financiers » entre États plus ou moins impécunieux fait reculer l’Allemagne, et on peut la comprendre. La France elle-même n’a pas envie de sauter.

Le projet européen à six était à l’origine un projet commun aux sociaux-démocrates, aux chrétiens-démocrates et aux libéraux. Avec le triomphe du néolibéralisme à l’échelle mondiale au début des années 1980, le projet européen a repris l’essentiel du logiciel néolibéral. L’Acte unique, et notamment la libération des mouvements de capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers, a ouvert la voie au capitalisme financier. On a pompeusement célébré les quatre libertés de circulation – des biens, des capitaux, des services et des hommes – pour déguiser une complète dérégulation (sauf en ce qui concerne les flux migratoires). Au nom de la concurrence, on a supprimé les politiques industrielles et réduit les services publics. La déréglementation néolibérale s’est imposée au nom de l’« Europe », confusion regrettable. L’État français s’est fait le contrôleur vétilleux de sa propre déconstruction. Tout s’est passé comme si la France avait transféré à Bruxelles la capitale – Paris – qu’elle avait mis dix siècles à construire.

Sur tant de décisions essentielles, quand les peuples ont-ils été consultés ? En une seule occasion : François Mitterrand l’a fait pour faire approuver, d’extrême justesse, le traité de Maastricht. Et quand le projet de Constitution européenne fut soumis aux peuples, en 2005, le « non » retentissant français et néerlandais fit voir en pleine lumière que le projet européen supranational tel qu’il avait été mené, selon les vues de Jean Monnet et de ses émules, ne rencontrait nullement l’assentiment populaire.

Que croyez-vous qu’ensuite il arriva ? Fidèles à leur méthode oblique, les responsables politiques européens crièrent au « populisme » et s’entendirent sur le texte d’un traité de Lisbonne qui reprenait, selon les exigences de Mme Merkel, la « substance de la Constitution européenne ». On déplorera qu’en cette occasion une majorité de parlementaires socialistes aient cru bon de mêler leurs voix à celles de l’UMP, dans un Congrès convoqué à Versailles par M. Sarkozy, pour approuver un traité qui ne réglait rien et qui démontra rapidement, d’ailleurs, sa totale inadéquation face à la crise bancaire de 2008 et à celle de l’euro en 2010-2011. La monnaie unique qui prétendait au dépassement des nations révèle aujourd’hui son vice constitutif : l’oubli des réalités nationales.

Ainsi, la construction européenne apparaît-elle d’abord comme un déni de démocratie. Ses institutions, concoctées en catimini, il y a plus d’un demi-siècle, pour tenir en lisière les souverainetés nationales et réduire les gouvernements nationaux à « un simple rôle d’exécution » – je cite Jean Monnet – n’ont pas de vraie légitimité. Pourtant, l’essentiel des règles qui nous régissent aujourd’hui sont européennes. Nous les avons acceptées en fonction des traités passés « au nom du peuple français », mais que personne, en fait, n’avait lus ou compris. Le droit national n’est plus qu’un droit subordonné quand il n’a pas été éliminé.

Les peuples ont été ainsi « impuissantés ».

Aujourd’hui, Mme Merkel, avec l’aval de M. Sarkozy, prétend imposer dans toute l’Europe une cure d’austérité généralisée. Mais déjà la colère gronde à Athènes, Dublin, Lisbonne, Madrid. Peut-on faire confiance, pour sortir de l’impasse, à ceux qui nous ont fourvoyés ? Et ce n’est qu’un début : la crise de l’euro, celle de l’Europe supranationale, commence. Elle doit être l’occasion de reprendre le projet européen à la base.

Contours flous, volonté absente

L’Europe, d’abord, n’a pas de limites.

Qu’est-ce qu’une Europe dont on ne voit pas où elle finit ? Les peuples par où elle a commencé (les Six) s’inquiètent à juste titre de voir son centre de gravité se déplacer de plus en plus vers l’est. Comment donc leurs intérêts pourraient-ils être défendus par une Europe qui continuerait de s’élargir à la Turquie, à l’Ukraine, et pourquoi pas alors à la Russie ? Celle-ci, cependant, comme l’Ukraine, fait bien partie de la famille européenne, ce qui, s’agissant de la Turquie, est plus discutable. Ou alors faudrait-il appeler autrement qu’« Europe » les pays qui, à l’ouest du continent, auraient décidé d’unir leurs destinées ? Cela laisserait ouverte la possibilité de coopérations stratégiques, à géométrie variable, avec les peuple situés plus à l’est ou plus au sud (ce que j’appelle l’« Euroméditerranée »).

L’essentiel est de savoir quels peuples veulent réellement construire un acteur politique global au xxie siècle, bref, une « Europe européenne », pour parler comme le général de Gaulle.