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Néodyme, praséodyme, erbium, lanthane, cérium, lutétium, terbium, ytterbium, thulium, holmium, samarium, gadolinium, prométhium, yttrium, scandium, europium et dysprosium : sans que le grand public en ait conscience, ces dix-sept éléments aux noms étranges sont à tout instant autour de nous et le seront plus encore demain, des aimants de nos casques hi-fi aux verres de lunettes en passant par les briquets, les moteurs de voitures ou encore les écrans tactiles de nos téléphones intelligents et autres tablettes numériques. Selon différentes sources qui arrivent toutes, peu ou prou, à la même conclusion, un quart des nouvelles technologies qui apparaitront dans les années à venir vont reposer sur l’utilisation des terres rares et que les applications de celles-ci vont croître d’au minimum 10 % par an pour les vingt prochaines années, ce qui nous allons le voir pose un certain nombre de questions d’ordre économique, environnemental et géo-politique à l’échelle de pays et zones économiques comme l’Union européenne, l’ALENA ou le Japon. Que ce soit une vieille industrie du secteur secondaire comme la sidérurgie ou une entreprise de haute technologie focalisée sur de la recherche et une production intellectuelle, l’emploi de ces matériaux aux caractéristiques électromagnétiques jusqu’à présent inégalées touche presque tous les secteurs. Pour simplifier et bien comprendre les enjeux qui se posent aux pays qui en ont et auront besoin, il est possible de dis-tinguer cinq grands secteurs consommateurs de terres rares qui aujour-d’hui forment la trame industrielle de l’Europe : l’industrie aéronautique, l’automobile, la production de biens manufacturés de grande consom-mation, les industries vertes liées à l’environnement et enfin de façon plus large l’ensemble du secteur des industries liées à la défense.
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Ces secteurs utilisent des capacités de production communes, des brevets communs, et tous ensemble présentent entre eux une forte ca-pillarité économique, fournissant ainsi un grand nombre d’emplois à leurs territoires d’implantation et sont la vitrine du savoir-faire français et européen à l’exportation. Ils sont d’autant plus critiques qu’ils assurent un maillage dense de savoir-faire à haute valeur ajoutée du continent, et plus spécifiquement de pays comme la France ou l’Allemagne. Si d’autres dichotomies sont bien sûr possibles, notamment par type d’application, il est plus lisible pour le non spécialiste de parler ici en terme de marchés finaux. Dans un souci d’exhaustivité et de bonne compréhension, il est cependant intéressant de catégoriser les princi-paux débouchés applicatifs des terres rares et de les remettre en per-spective avec les débouchés de ces secteurs les nécessitant. Une comparaison des besoins de 2008 et de la projection des débouchés applicatifs pour 2015 montre clairement que les alliages de métaux et la fabrication d’aimants sont estimés compter pour près de la moitié des utilisations, variant finalement peu sur la période. Le tableau ci-après en donne une synthèse.
(*) estimation moyenne à +/- 15 % Source : Adaptation d’une présentation de l’IMCOA et du rapport Humphries au congrès américain (septembre 2011) Les aspects de R&D sont bien entendu vitaux et communs à l’en-semble des secteurs cités plus haut, ainsi la définition du périmètre de la
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recherche et développement liée aux terres rares est nécessairement vaste à défaut de pouvoir être exhaustive. Admettons ici qu’elle soit celle englobant à la fois les aspects de re-cherche fondamentale et applicative de développements novateurs, en rupture de technologie ou non, sans encore avoir nécessairement ap-porté au marché un grand nombre de produits finis. Ceci englobe des laboratoires, des centres de recherches tout aussi bien que des sociétés de taille très variable. La recherche est la clé du futur et c’est avec la dimension démo-graphique et le niveau d’éducation là où se prépare en grande partie l’avenir économique d’un pays ou d’une zone et par conséquent sa pro-pension à créer de la richesse. Les espaces économiques se doivent donc d’avoir identifié les marchés porteurs de demain, les tendances de consommation qui naîtront et les technologies émergentes qui vont transformer la société. La seule façon de tirer un profit économique et sociétal du futur exige au préalable qu’on l’ait choisi, anticipé, développé selon ses propres desseins et les terres rares en sont l’un des ingrédients. Dans le domaine de la R&D, une situation peut parfaitement illustrer comment la recherche utilise ces précieuses terres : le service dévelop-pement d’une société européenne travaille sur un prototype de nouveau verre intelligent susceptible de révolutionner le marché du vitrage de l’habitation grâce à de meilleures performances thermiques et acous-tiques. Suite au protocole de Kyoto, les nouvelles normes d’efficience énergétique en construction définies par l’Union européenne applicables dès 2020 pour le bâtiment avec le passage à la maison passive lui ouvre un champ d’opportunité immense en Europe et partout où de telles tendances se sont inscrites dans un cadre législatif contraignant. Son produit, s’il voit le jour, est non seulement très performant mais a aussi le bon goût de pouvoir être commercialisé très tôt sur le marché. Les conditions semblent idéales, d’autant que le processus de fabrication envisagé permet des économies d’échelle significatives avec la gamme existante et donc une rentabilité améliorée pour un prix de vente sen-siblement égal.
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