Un Panier de houblon : Tome 2

De
Publié par

Dans cette ample fresque, qui est aussi un itinéraire spirituel, nous est restituée la vie de la communauté juive en Alsace, pendant l'entre- deux-guerre. Alors resurgissant dans un présent éternel les fêtes foraines, cirques et théatres ambulants, la bonhomie de la vie religieuse juive, les drames de l'amour fou, les conflits cocasses des langues frontalières à "l'école des mutiques", le travail obscur des artisans, la découverte du cinéma muet, les aventures des collégiens à l'approche de l'adolescence, et même les boulversements du Front populaire. Après la cueillette du dernier houblon en septembre 1937, cette saga, qui s'ouvre par l'évocation de l'agonie des parents et se clôt par les obsèques du grand-père Léopold, un des héros principaux du récit, annonce l'arrachement au lieu natal, l'errance sans fin et la perte du royaume de l'enfance. A travers la diversité des scènes individuelles, la singularité tragique des situations et des personnages hauts en couleur, c'est l'univer- salité de l'humaine condition qui est évoquée dans ce livre.

Ecrivain, poète, universitaire, Claude Vigée vit aujourd'hui entre Paris et Jérusalem. Originaire d'Alsace, il a ensuite émigré aux Etats-Unis et en Israël. Son oeuvre considérable l'a établi comme l'un des plus grand écrivains de l'après-guerre.
Publié le : mercredi 15 mars 1995
Lecture(s) : 25
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782709641388
Nombre de pages : 404
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Sommaire
Exergue
Première journée, Des myosotis sous nos décombres
978-2-709-64138-8
DU MÊME AUTEUR
L’Été indienLes Artistes de la faimRévolte et LouangesMoisson de Canaan,La Lune d’hiver,Le Soleil sous la merDélivrance du souffle,
Du bec à l’oreille
Claude Vigée,
L’Art et le Démonique
L’Extase et l’Errance
Pâque de la parole,
Le Parfum et la Cendre
Les Orties noires
Heimat des Hauches,
Une voix dans le défilé,

La Manne et la Rosée
La Faille du regard
Wénderôwefîr,
La manna e la rugiada,
Aux sources de la littérature moderne 1
Le Feu d’une nuit d’hiver
Leben in Jerusalem,
Apprendre la nuit
La Terre et le Souffle, Claude Vigée,
Selected Poems,
Dans le silence de l’Aleph
L’Héritage du feu
Le Puits d’eaux vives,
Un panier de houblonLa verte enfance du monde,
TRADUCTIONS
Cinquante Poèmes de R.M. Rilke, « Les Lettres », 1953, et « Jeunes amis du livre », 1957.
Mon printemps viendra, poèmes de D. Seter, adaptés par Claude Vigée, P. Seghers, 1965.
poèmes de David Rokéah, traduits de l’hébreu par Claude Vigée, José Corti, 1968.Les Yeux dans le rocher,
L’Herbe du songe, poèmes d’Yvan Goll, traduits de l’allemand par Claude Vigée, Éditions Caractères, 1971 ; Arfuyen, 1988.
Le Vent du retour, poèmes de R.M. Rilke, Arfuyen, 1989.
Quatre Quatuors, poèmes de T.S. Eliot, traduits de l’anglais, The Menard Press, Londres, 1992.
Exergue
« Étrange surrection de ma mémoire vivante ! Je joue encore au ballon, en ce moment même, sur la place du Lion-d’Or à Bischwiller, avec les enfants Bohler, Posth ou Morell. Tout ce qui s’est ajouté depuis n’a rien déplacé. Notre existence fragile crée un univers indestructible qui va s’élargissant, un monde qui ne cesse de se nourrir de temps et d’englober en lui, peu à peu, une série d’éternités. La vie et l’univers se dilatent sans se défaire. L’appoint du présent ne détruit pas l’apport permanent de l’enfance. Tout est simultané, dans un crescendo invincible. L’être ne cesse de se multiplier : les moments clairs remontés des puits de la mémoire sont les indices de cette expansion continue du réel en nous. Ainsi, je puis éprouver à la fois l’amour de ces moments-témoins, et me libérer de leur hantise en les conjurant devant mes yeux. La fidélité donne l’indépendance, la liberté intérieure d’être nouveau. Le regard précaire permane dans le paysage. Je, c’est le monde lui-même, tel qu’il s’est, dans mes yeux fugaces, quelquefois révélé. »
 
Journal de l’Été indien
 
« Va-t’en par-devers toi, hors du pays des pères ;
Renonce à ton passé rempli de pierres peintes.
Mû par ta connaissance du désert, Aventure-toi dans le pays de nulle part Qui est la vraie patrie. »
 
Les Idoles de Taré
 
 
 
« C’est là le mal de tout ce qui se fait sous le soleil, qu’un même sort y soit réservé à tous.
Aussi le cœur des hommes déborde-t-il de méchanceté ; la folie emplit leur âme la vie durant : et après cela, en route vers les morts ! »
 
L’Ecclésiaste, IX, 3
PREMIÈRE JOURNÉE
Des myosotis sur nos décombres
I
« Plus amer que la mort,
Le goût du mauvais sort ! »
 
Ma mère était une excellente cantatrice. La nature l’avait douée d’une voix de soprano magnifique, qu’elle cultiva jusqu’à son mariage. Dès son retour du pensionnat nancéen, et pendant toutes ses années de jeunesse, elle fréquenta le conservatoire de Strasbourg. Elle s’y rendait plusieurs fois par semaine pour prendre des leçons de chant et de vocalise chez une célèbre chanteuse d’opéra viennoise, qui s’appelait la Sacour. Ma mère l’adorait autant qu’elle admirait son talent. Souvent elle m’a parlé de cette grande artiste lyrique, auprès de laquelle elle apprit la science difficile de la modulation, puis celle de la colorature, de la respiration juste et du phrasé exigés par les airs de Mozart, de Schubert, de Schumann. Elle plaçait la musique romantique au-dessus de tout, comme la plupart des jeunes provinciales de son temps. Au conservatoire elle étudia aussi le piano dont elle s’accompagnait pour chanter ses lieder préférés. Elle jouait fort bien les de Mendelssohn, la d’Albeniz, des études de Liszt, des nocturnes de Chopin que j’écoutais avec une attention intense, accroupi sans souffler mot dans un coin du lourd salon Louis XVI en noyer tapissé de velours mauve damassé, que mes parents avaient acheté à Strasbourg peu après leur mariage. Je n’avais le droit d’y pénétrer que pour entendre maman jouer de la musique ou chanter ses lieder. Ma mère a éveillé en moi l’amour passionné de la musique, qui m’a été révélée d’abord par sa voix. Parfois, le soir, pour interpréter de Goethe, mis en musique par Mozart, elle allumait les deux flambeaux de cuivre fixés aux extrémités du piano droit Steinway en bois noir laqué. Elle s’exerçait à jouer dans la pénombre, tournant avec un bruissement rapide au-dessus des touches d’ivoire luisantes les pages magiques de la partition du de Schubert. Celles-ci, en bougeant, faisaient sur le mur illuminé d’en face une vaste tache de ténèbres, avant de retomber dans le recueil carré et sombre des notes, posé à plat contre le support de l’instrument.Airs sans parolesGrenadaDas VeilchenTilleul
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant