L'Enfant Perdu

De
Publié par

La maltraitance infantile reste un fléau trop commun.
Ignorance, inconscience, laissez-faire, non assistance, complicité…
Le témoignage d’un enfant en proie à ses parents maléfiques éclaire plus avant sur le vécu et les conséquences… dont vous ressortirez avec un autre regard sur le monde.
Survivre à une expérience aussi diabolique requiert tout l’instinct de survie et l’aide que l’on peut trouver même si cette aide reste loin de la portée de la plupart des enfants maltraités et battus.
Un réflexion sur le monde et le mode de la famille.
Un ode à la bonne éducation.
Publié le : lundi 11 novembre 2013
Lecture(s) : 149
Licence : Tous droits réservés
Nombre de pages : 82
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Symphonie en lamine.À Emile et Simone,
Joël,
Viviane,
Razmick,
Jenny,
Colette
et Raymond…
par ordre d’entrée en scène
Marie Cardinal m’a mis la main à la plume.
« Dans l’espace, personne ne t’entend crier ». Alien
‘Souviens-toi du vase de Soissons !’ Clovis…
TABLEAU DE JACKSON POLLOCKEn découvrant l’histoire de Yochanon, j’étais loin d’imaginer qu’elle allait m’emmener
aussi loin dans ma propre histoire… au-delà de ma vie et du temps.
Le harcèlement et le mauvais traitement répétés sont un viol.
Un viol de la personnalité irréversible. Un dommage irréparable.
Le viol est non seulement physique mais biologique psychologique et spirituel.
Une torture à nulle autre comparable.
Cette série noire vécue en épisodes récurrents persistants me semble aujourd’hui un
cauchemar tellement loin de moi que je ne sais pas si je pourrai jamais en parler…
L ’insoutenable légèreté de l’être.
Si le temps n’attend personne le temps ne panse pas les plaies que le temps inflige.
Ses cicatrices restent visibles et profondes. L ’être que le non-être afflige.Le plus beau jour de ma vie a été le pire…
À tout bien prendre j’aurais préféré tout laisser… Laisser tomber… Ne jamais être
né.
Certains sont nés doués dotés sur le pari douteux d’un dieu facétieux… qui leur a
donné le ticket le billet gagnant le gros lot la clé qui ouvre toutes les portes… y
compris celle de l’amour…
Je n’ai pu arriver ici que par la volonté d’une méchante fée d’une sorcière… qui n’a
vu dans le sort qu’elle m’a jeté d’entrée de jeu qu’un autre défi jeté à la face du
monde.
Ceux-là qui ont été mes géniteurs auteurs de mes jours ont d’emblée tout mis en
œuvre pour me montrer ce que je ne devais jamais être… ce que j’aurais pu être…
Ce que j’aurais dû être…
Ceux-là mêmes qui furent mes géniteurs n’ont jamais été mes parents. Ils ne m’ont
donné la vie que pour mieux me la reprendre… Ils auraient pu me laisser la vie mais
m’en ont pris la majeure partie…
Ils ne m’ont laissé que très peu de vie à défaut de me tuer car les séquelles me
hantent en tout lieu tout instant… Enfant de la méchance et de la violence…
Bien plus que les blessures du corps il y a les cicatrices de l’âme.
Elles transcendent la régénérescence des squames.
Il y a des gens pour lesquels la vie est un long fleuve tranquille … D’autres qui restent
sur le pont entre le paradis et l’enfer et regardent l’eau passer sous le pont…
D’autres qui traversent le pont de l’enfer au paradis et d’autres qui traversent le pont
du paradis à l’enfer.
Il en est d’autres qui font des allers et retours et ne voient même pas l’eau couler…
Je ne sais s’il était établi si j’y étais destiné prédestiné… Que c’était ma destinée…
Si j’y avais été préparé… Tout se passe comme si tout se passait dans l’ordre établi
des choses… Une convenance… Un contrat convenu à mon insu.Comme la victime d’un viol l’enfant maltraité a honte.
Il a honte de lui de ce qui lui a été fait de sa responsabilité.
Honte d’en parler honte qu’on s’en aperçoive honte qu’on le sache …
Pis encore lorsqu’on lui a fait croire tout le temps que c’était pour son éducation pour
son bien.
Aucun enfant au monde ne doute que ses parents font de leur mieux pour lui.
Pour son bien.. .Il ne lui viendrait pas à l’idée qu’il y a aberration harcèlement
mauvais traitement torture… Ça lui est tout bonnement inconcevable ! Forcément le
traitement qu’il reçoit est un bon traitement.Mon enfance s’étend comme une immense tache.
Une immense tache noire qui s’étale en toutes parts sur la page de mon histoire
jusqu’à la recouvrir entièrement.
Quand je me retourne aujourd’hui que je regarde en arrière il n’y a qu’un puits sans
fonds. L ’eau noire et profonde d’un fjord gravide de trolls prêts à surgir à mon insu
pour mon plus grand malheur ma perte ma fin… à des fins de défunt…
Mes souvenirs de toutes ces années englouties semblent s’être déroulés dans un
incommensurable trou noir. Noire la lumière noir le décor noir le jour et noire la nuit…
Tout se déroule sur le fond impitoyable de ces quatre lettres. N. O. I. R.
Océan d’encre étale qui s’étale avec toute l’apparence de reposer en paix. Ce même
noir dont je ne pourrai jamais faire le deuil.
Je n’ai aucun souvenir d’enfance.
Mes souvenirs d’enfance mes souvenirs d’enfants sont absents.
Mes souvenirs sont absents en ce sens qu’ils manquent à l’appel… au rappel …
Parce que mon enfance-même est absente. Mon enfance est absence.
Mon enfance n’est pas l’enfance. Mon engeance n’a pas d’enfance.
Les souvenirs ceux que j’appelle souvenirs sont souvenance d’une période qui fut en
même temps la mienne et pas la mienne. Celle que j’ai faite mienne. Mais dont les
repères se perdent dans la nuit de mes origines.
Un précipice où je me précipite… un abîme où je m’abîme.. .un tonneau des
Danaïdes où je plonge mais ne touche jamais le fond…
Je n’ai jamais été l’enfant que j’ai cru être…
Je n’ai jamais été l’enfant que j’aurais dû être !
Quand c’est trop dur la mémoire préfère oublier. La violence est un terreau acide sur
lequel ne pousse que la violence. La mémoire ne s’accommode jamais.
Je navigue à l’aveugle entre la vie et le morne au rythme d’une boussole
complètement folle qui me traîne et m’entraîne entre Charybde et Scylla. Sur les
rapides de la vie d’enfer qu’elle m’impose. Le grand timonier est son deuxième
couteau et le second de mon radeau de la méduse.
Quelquefois je plonge je tombe je m’y plonge mais n’en remonte que du plus profond
désespoir… Je me jette je me lâche je sombre dans ce brouillard obscur et j’y broie
du noir. Cette ivresse des profondeurs me fait jusqu’à perdre le sens des réalités…
Je nage je flotte je m’échoue sur les écueils de mon parcours.
Je ne vois en moi dans ma glace qu’un crapaud sombre et désarticulé apeuré et tant
avide que gravide de vie…
Extrêmement précautionneux au point de ne jamais m’engager en mon nom…
J’évitais je repoussais j’abandonnais toute tentative de m’exprimer en mon nom sans
validation de l’autre. Je m’abandonnais à l’avis des autres et ne réagissais qu’en bon
élément. L ’aval m’empêchait de déglutir et ma révolte s’en trouvait d’autant plus
vivace… Je pétais un câble et perdais la connexion sociale.
Une enfance ni policée ni polissonne… Dirigée… une bonne éducation en somme… Une bonne culture générale qui devrait m’emmener loin.
L ’analyse j’en avais bien sûr entendu parler comme tout le monde. Dans mon
adolescence j’avais même acheté un livre sur le sujet mais moi non jamais.
‘Racontez-moi votre enfance…’ ce n’était pas pour moi. D’ailleurs de mon enfance
qu’en restait-il à ce jour ? Et pour quoi faire ?
Cette seule invitation suffit toujours à me faire fuir…
Il me semblait avoir eu une enfance somme toute plutôt ordinaire des parents
autoritaires mais pour mon bien… Mais à tout bien y réfléchir je ne me rappelais pas
vraiment mon enfance pas cette enfance-là pas moi. J’avais le souvenir d’une
enfance convenable comme il faut comme il se doit. Cette enfance dont on ne parle
pas. Cette vie de famille discrète qui ne dit pas son nom qui ne fait pas de bruit et en
aucun cas de remous ! Une enfance sans relief sans aspérité et sans anicroches.
De cette enfance dont on ne retient que les bons moments qu’on se rappelle en
regardant les photos de famille de vacances d’une enfance sans vie… d’une enfance
en attente d’une enfance qui enfante l’adulte responsable que l’on doit être un jour
avec toute ce que cela impose. Une enfance sans enfance… Une vie sans enfance.
La construction d’être en devenir mais qui n’est pas ou en tout cas n’a pas droit de
cité… Jusqu ’au jour où… par bonheur pour mon malheur …
J’ai passé quarante années de ma vie à aller chercher ailleurs qui je suis avant de
trouver qui j’étais… que j’étais là sous mes propres yeux tout le temps…
Ceux qui croient connaître mon histoire n’ont jamais rien su et ceux qui croient savoir
n’ont jamais rien compris. J’ai longtemps fréquenté l’envers de la vie avant d’en
connaître l’endroit.
Et ceux qui croyaient connaître la vie n’en savaient rien en fait.Je suis un survivant !
Tel notre planète dans un univers hostile maltraitée par des attaques incessantes et
répétées… menaçant jusqu’à son existence même. Mon oncle et ma tante ont été
mon Jupiter me protégeant de l’attaque ultime portée à mes jours et ayant raison de
ma fin tragique …
C’est sûr maintenant … j’aurais pu mourir tous les jours à toute heure à tout instant…
J’aurais pu j’aurai dû mourir mille fois… tous les jours à toute heure n’importe où…
mais même la vie m’a refusé la porte de sortie de la mort précoce.
Aux portes de la mort refoulé rejeté refloué… Permis de séjour refusé. Biffé radié.
C’est bien grâce à eux que je suis venu au monde mais ce n’est pour autant pas de
leur faute si je suis toujours ici toutes ces années plus tard…
Entre tomber sous les coups tomber et dévaler l’escalier jusqu’à ma mort avoir une
crise cardiaque conséquente au stress permanent je n’avais que l’embarras des
opportunités.
Dès vingt ans je découvre que je souffre de très graves problèmes structuraux de
santé qui devaient handicaper ma vie pour le reste de mes jours…
Toutes ses années j’ai vécu dans une dimension parallèle une sorte de prison hors
du monde réel. Loin du monde… loin de mon monde… loin de moi… où je ne
pensais qu’à l’évasion. Un jour je vivrais enfin libre.
Je ne connaissais rien du monde réel.
J’ai enfoui et laissé s’embourber mon histoire sous les sédiments de ma vie au fil de
mes ans… Sur chacune de ces strates s’est bâtie une nouvelle histoire un nouveau
moi érigé émané du compost de l’ancien. Phénix renaissant de mes cendres je
devais repousser sur cette terre brûlée.
J’ai longtemps perdu contact avec le monde.
Je me suis réfugié dans ma patrie inviolable au plus profond de moi-même … où
personne ne peut me voir où personne ne peut me trouver où personne ne peut me
blesser… Les gens dans ce monde qui m’entoure me semblent si loin dans le
lointain…
Partir…
J’ai voulu disparaître.
J’ai voulu ne plus être.
J’ai voulu disparaître pour ne plus être.
J’ai voulu disparaître ne plus être jusqu’à me réfugier finalement dans le confort
indifférent et parallèle de l’infini. Battu rebattu rabattu.
Battu ! Battu ! Battu !
Je n’allais pas battre en retraite au point où j’en étais… Au point de non-retour.
J’allais me battre pour moi.
J’avais tant et tout perdu au point que je n’avais plus rien à perdre…
Partir… M’en aller si loin que j’allais finalement revenir à moi. J’allais me battre en
retraite.
Au moment précis où je me voyais libre où je me croyais libre où je me sentais libre
enfin arriva la fin de l’innocence… Et ce que je pensais la fin s’avéra n’être que le

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Sur le fil

de Manuscrit

Conséquences

de erato-editions

Noteur

de JesseCRAIGNOU

Au Bord D'Elles

de JesseCRAIGNOU

À L'Antenne

de JesseCRAIGNOU

suivant