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Destruction massive. Géopolitique de la faim

De
352 pages

Toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim, tandis que des dizaines de millions d'autres, et leurs parents avec eux, souffrent de la sous-alimentation et de ses terribles séquelles physiques et psychologiques.


Et pourtant, les experts le savent bien, l'agriculture mondiale d'aujourd'hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d'êtres humains, soit près du double de la population mondiale. Nulle fatalité, donc, à cette destruction massive. Comment y mettre fin ?


En prenant d'abord conscience des dimensions exactes du désastre : un état des lieux documenté, mais vibrant de la connaissance acquise sur le terrain par celui qui fut si longtemps en charge du dossier à l'ONU, ouvre le livre. Il s'agit tout aussitôt de comprendre les raisons de l'échec des formidables moyens mis en œuvre depuis la Deuxième Guerre mondiale pour éradiquer la faim. Puis d'identifier les ennemis du droit à l'alimentation. Pour saisir enfin le ressort des deux grandes stratégies à travers lesquelles progresse à présent le fléau : la production des agrocarburants et la spéculation sur les biens agricoles.


Comme toujours avec Jean Ziegler, la souffrance a un visage, l'oppression un nom, et les mécanismes à l'œuvre sont saisis dans leur application concrète.


Mais l'espoir est là, qui s'incarne dans la résistance quotidienne de ceux qui, dans les régions dévastées, occupent les terres et opposent le droit à l'alimentation à la puissance des trusts agro-alimentaires. Ils attendent de nous un indéfectible soutien.


Au nom de la justice et de la dignité de l'Homme.






Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler est aujourd'hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Professeur émérite de sociologie à l'Université de Genève, il a consacré l'essentiel de son œuvre à dénoncer les mécanismes d'assujettissement des peuples du monde. Récemment : L'Empire de la honte (2005) et la Haine de l'Occident (2008).


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DESTRUCTION MASSIVE
JEAN ZIEGLER
DESTRUCTION MASSIVE
GÉOPOLITIQUEDELAFAIM
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, ParisXIV
ISBN: 978202106115-4
© Éditions du Seuil, octobre 2011
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« L’homme qui veut demeurer fidèle à la justice doit se faire incessamment infidèle aux injustices inépuisablement triomphantes. »
Charles Péguy
Avant-propos
Je me souviens d’une aube claire de la saison sèche dans le petit village de Saga, à une centaine de kilomètres au sud de Niamey, au Niger. Toute la région est en détresse. Plusieurs fac-teurs y conjuguent leurs effets : une chaleur jamais atteinte de mémoire d’anciens, avec des pics à 47,5 degrés à l’ombre, une sécheresse de deux ans, une mauvaise récolte de mil lors du pré-cédent hivernage, l’épuisement des fourrages, une période de 1 soudure de plus de quatre mois et même une attaque de criquets. 2 Les murs des cases en banco , les toits de paille, le sol sont chauffés à blanc. Le paludisme, les fièvres secouent les enfants. Les hommes et les bêtes souffrent de la soif et de la faim. J’attends devant le dispensaire des sœurs de Mère Teresa. Le rendez-vous a été fixé par le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) à Niamey. Trois bâtiments blancs, couverts de tôle. Une cour avec, au milieu, un immense baobab. Une chapelle, des dépôts et,
1. On appelle soudure la période qui sépare l’épuisement de la récolte précédente de la nouvelle récolte, période pendant laquelle les paysans doivent acheter de la nourriture. 2. Briques faites d’un mélange de terre argileuse, de latérite sableuse, de paille hachée et de bouse de vache.
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D E S T R U C T I O N M A S S I V E
tout autour, un mur de ciment interrompu par un portail de fer. J’attends devant le portail, au milieu de la foule, entouré de mères. Le ciel est rouge. Le grand disque pourpre du soleil monte lentement à l’horizon. Devant la porte de métal gris, les femmes s’agglutinent, le visage marqué par l’angoisse. Certaines ont des gestes ner-veux, tandis que d’autres, les yeux vides, montrent une infinie lassitude. Toutes portent dans leurs bras un enfant, parfois deux, couvert de haillons. Ces tas de chiffons se soulèvent doucement au rythme des respirations. Beaucoup de ces femmes ont marché toute la nuit, certaines même plusieurs jours. Elles viennent de villages attaqués par les criquets, éloi-gnés de 30 ou 50 kilomètres. Elles sont visiblement épuisées. Devant la porte obstinément fermée, elles tiennent à peine debout. Les petits êtres squelettiques qu’elles portent dans leurs bras semblent leur peser démesurément. Les mouches tournent autour des haillons. Malgré l’heure matinale, la cha-leur est étouffante. Un chien passe et fait se lever un nuage de poussière. Une odeur de sueur flotte dans l’air. Des dizaines de femmes ont passé une ou plusieurs nuits dans des trous creusés à mains nues dans le sol dur de la savane. Refoulées la veille ou l’avant-veille, elles vont, avec une infinie patience, tenter leur chance une nouvelle fois ce matin. Enfin, j’entends des pas dans la cour. Une clé tourne dans la serrure. Une sœur d’origine européenne, aux beaux yeux graves, appa-raît, entrouvre le portail de quelques dizaines de centimètres. La grappe humaine s’agite, vibrionne, pousse, se colle au portail. La sœur soulève un haillon, puis un autre, un autre encore. D’un rapide coup d’œil elle tente d’identifier les enfants qui ont encore une chance de vivre.
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Un pour Un
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