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Echec à Panurge. L'audiovisuel public au service de la différence

De
160 pages

L'actualité annonce comme probables pour bientôt des choix politiques qui vont peser sur tout le système de l'audiovisuel français des prochaines décennies. Dans le concert bruyant des doctrines opposées, Jean-Noël Jeanneney intervient. Sa thèse se fonde sur l'expérience qu'il a vécue durant près de quatre ans à la tête de la radio nationale : il est d'intérêt public et du privé. Il faut qu'en face de la radio et de la télévision privées mues surtout par la recherche du profit, un service public animé par d'autres logiques prospère tant à Paris, avec ses grandes chaînes nationales, qu'en régions, avec ses stations locales. Développant un esprit d'entreprise aiguillonné par la concurrence, le secteur public peut seul offrir aux citoyens une information abondante et libre, protégée par la Haute Autorité contre les pressions de l'argent et des divers pouvoirs politiques, et une profusion de richesses culturelles affranchies des tyrannies de la mode, enracinées dans le patrimoine et préparant les créations de l'avenir. Le rayonnement et l'image de la France au-dehors y trouveront de surcroît un puissant renfort.


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DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS DU SEUIL
Le Riz et le Rouge Cinq mois en Extrême-Orient 1969 François de Wendel en République L’argent et le pouvoir (1914-1940) coll. « L’univers historique », 1976 Leçon d’histoire pour une gauche au pouvoir La faillite du Cartel (1924-1926) e 1977 ; 2 éd., coll. « Points Histoire », 1982 L’Argent caché Milieux d’affaires et pouvoirs politiques e dans la France du XX siècle Fayard, 1981 ; rééd. Éd. du Seuil coll. « Points Histoire », 1984
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« Le Monde » de Beuve-Méry ou le Métier d’Alceste 1979
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Télévision, nouvelle mémoire Les magazines de grand reportage, 1959-1968 1982
CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS
Le Journal politique de Jules Jeanneney (septembre 1939-juillet 1942) édition critique, Armand Colin, 1972 Charles Rist : une Saison gâtée
Journal de la guerre et de l’Occupation, 1939-1945
édition critique, Fayard, 1983
ISBN 978-2-02-134255-0
© ÉDITIONS DU SEUIL, AVRIL 1986
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Ce livre est dédié
à l’équipe de direction
de Radio France.
Soubdain, je ne sçay comment, le cas feut subit, je ne eus loisir le consydérer, Panurge, sans aultre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons, crians et bellans en pareille intonation, commencèrent soy jecter et saulter en mer après, à la file. La foule estoit à qui premier y saulteroit après leur compaignon. Possible n’estoit les en guarder, comme vous sçavez du mouton le naturel, tousjours suyvre le premier, quelque part qu’il aille. FRANÇOIS RABELAIS,Le Quart Livre, ch. VIII.
Introduction
Lepetit livre que voici est à proprement parler un ouvrage de circonstance : avec tout ce que cette définition comporte de limites acceptées et d’optimiste ambition. La conjoncture électorale nous annonce dans ce pays un renouveau du débat sur les structures de l’audiovisuel : pièce majeure dans le mécanisme d’une démocratie moderne. Au moment où je donne ce manuscrit à l’imprimeur le 21 février 1986, j’ignore comme tout le monde ce que seront les nouvelles donnes du jeu politique lorsque, deux mois plus tard, l’ouvrage paraîtra en librairie. Mais je prévois, comme tout le monde, que l’on débattra alors ardemment de ce grand sujet national et que certains, l’équilibre des forces étant en tout cas modifié, s’efforceront de promouvoir des bouleversements majeurs. C’est dans ce concert-là que je veux faire entendre ma voix, c’est à ce grand dossier que je souhaite verser ma contribution. Ma thèse sera simple. Il s’agit d’un plaidoyer pour les vertus du double secteur public et privé dans le champ de l’audiovisuel. Je tiens que cette mixité est conforme, en premier lieu, au tempérament particulier de notre peuple, tel qu’il s’est manifesté depuis le début du siècle, dans les domaines économiques, sociaux et culturels. Un regard cavalier porté sur les quatre-vingts dernières années convainc que la coexistence dynamique du public et du privé a constitué finalement, avec tous les tâtonnements et les zigzags aléatoires de l’histoire, un alliage heureux, un facteur important de l’essor français. Si l’on se reporte un instant aux débats théoriques qui se déroulèrent aux alentours de 1900 avec la qualité d’expression qui est la marque de l’époque, on est frappé par l’actualité des arguments échangés, et notamment par la filiation directe qui rattache les antiétatistes d’alors aux actuels tenants du libéralisme économique à tout crin, aux paladins d’un reaganisme barbouillé de francité : ceux qui pensent (pour faire bref) que le seul ressort du profit peut pourvoir à peu près à tout, et finalement au meilleur, et que l’on peut refouler l’État dans son rôle antique et étroit d’organisateur de l’ordre public et de la défense nationale. Tel pourra bien soutenir que cette sagesse-là a été fort regrettablement oubliée et qu’il faut y revenir au plus tôt. Pour ma part, il me semble au contraire qu’y renvoyer avec tant de fidélité, c’est faire bon marché de l’apport éclatant des huit décennies qui nous en séparent – alors que leurs fruits prouvent assez bien que les positions de nos néolibéraux ont grand tort de faire fi des leçons de cette histoire-là… Que si l’on restreint l’angle de vision au domaine de la communication télévisuelle et radiophonique, je veux plaider dans ces pages que les mérites du double secteur y sont plus évidents encore qu’ailleurs. Il est sain, il est indispensable qu’existe et prospère un secteur privé où le principal aiguillon de l’action est la recherche du profit.
Rien que d’honorable en cela à nos yeux, parce que le profit, quand son empire n’est pas débridé, est évidemment l’une des formes et l’une des garanties de la liberté. De surcroît, il constitue pour le secteur public un stimulant utile, propre à le protéger contre les risques d’assoupissement dont celui-ci est toujours menacé. Oui. Mais le privé, on le sait bien par les expériences étrangères, tend, dans le domaine des programmes, à se porter au plus petit commun dénominateur des goûts du public, simplement parce que c’est là que se trouve le meilleur gain escompté : je montrerai, chemin faisant, comment l’histoire des radios locales privées, de 1981 à 1986, en offre la démonstration. Il est donc indispensable que vive et rayonne concomitamment un secteur public qui, tout en bénéficiant, chose essentielle, du stimulant de la concurrence, réponde à d’autres critères et serve d’autres ambitions : qu’il installe ses objectifs dans la longue durée et se choisisse la cible de publics minoritaires – entre autres. Développant cette conviction, je ne cache pas ma volonté de défendre et d’illustrer le rôle de Radio France contre les menaces qu’à l’égard de son intégrité on agite ici ou là. Je voudrais montrer aussi que l’expérience que l’entreprise a vécue ces dernières années est riche d’enseignements pour la télévision aussi et qu’en somme la radio a joué, en l’occurrence, un rôle d’éclaireur pour les autres : ce n’était peut-être pas un mérite, mais pour le moins une donnée chronologique… Au moment où les progrès techniques, satellites, câbles, magnétoscopes, viennent bousculer le monde de la télévision – longtemps protégé, au fond – et où l’arrivée de chaînes privées françaises et étrangères n’est plus un choix politique mais une certitude inexorable, les enseignements de la radio, grâce à l’avance qu’elle a prise, valent, au service des décisions raisonnables et contre les emportements des doctrinaires, d’être attentivement considérés.
CHAPITRE I
La règle et les tricheurs
Une liberté dévoyée - « Varsovie » au Châtelet - La mansuétude, hélas ! - La Haute Autorité juste et démunie - Le cynisme et le chagrin - Le simple droit d’entendre.
L’histoire de l’installation tonitruante de NRJ sur la bande de la modulation de fréquence dans la région parisienne mérite d’être racontée avec quelque détail. Non point sous l’angle ordinaire que choisissent les journaux pour en rendre compte : professionnalisme des programmateurs, habileté des choix musicaux propres à séduire le plus grand nombre d’auditeurs d’une même classe d’âge. Il s’agit de considérer la genèse d’un succès et les procédés d’un progrès si rapide. On découvre ainsi la valeur topique d’un épisode dont le récit peut éclairer toute une conjoncture radiophonique et poser efficacement, pour l’ensemble de l’audiovisuel, quelques-uns des problèmes évoqués par ce livre.
Une liberté dévoyée
En juillet 1982, le gouvernement socialiste fait adopter par le Parlement une loi sur er la communication audiovisuelle qui pose dans son article 1 que celle-ci est libre. Il s’agit de faire sortir de la clandestinité ces radios locales qui, depuis quelques mois, sont apparues en grand nombre sur l’ensemble du territoire, en toute illégalité. Il s’agit de tenir une promesse d’avant mai 1981. Il s’agit d’ouvrir un champ nouveau aux libertés publiques. L’ambition est posée : on doit voir fleurir des centaines d’antennes diverses qui répondent, chacune à sa place, aux aspirations spécifiques des communautés de pensée ou de religion, des partis politiques, des minorités linguistiques. Toute la vie du pays dans ses profondeurs en sera enrichie et, en prime, on se protégera mieux contre la domination que fait peser la musique anglo-saxonne sur les goûts des plus jeunes auditeurs en particulier. C’est renouer heureusement avec le fil d’une tradition très féconde qu’avait interrompue la Seconde Guerre mondiale. C’est rendre à la radio, média longtemps empêché de valoriser l’une de ses richesses potentielles, la chance de retrouver les vertus et les charmes des émissions de proximité. Les gouvernements de la Libération,
imprégnés de l’expérience de la radio de propagande, avaient rudement amené les antennes sous l’emprise des pouvoirs d’État – en vif contraste avec la situation des années 1920 et 1930 où secteur public et secteur privé s’enrichissaient (déjà !) de leurs différences et de leur concurrence. Ainsi avait-on vu, pendant le tiers de siècle qui courut de la Libération à 1982, les radios régionales et locales, auparavant si vivantes, disparaître pour la plupart ou se rabougrir. Le système des « décrochages », assez généralement inefficace, ne pouvait plus fournir qu’une caricature dérisoire des initiatives qui s’étaient épanouies avant la guerre. Cette conséquence spécifique des choix de 1945 a échappé trop souvent à l’attention. Elle est pourtant essentielle. Car on privait ainsi la radio d’un de ses atouts majeurs : cette chaleur du voisinage qu’elle peut seule proposer, cette promptitude dans l’adaptation aux événements qui affectent des communautés géographiques limitées. En 1982, c’est cette malheureuse et trop longue parenthèse historique que la loi va refermer : et, pour servir ce dessein généreux, on fixe d’un même élan quelques interdictions protectrices : interdiction de se constituer en réseau, interdiction de vendre des fréquences, interdiction de toute publicité, interdiction de dépasser des limites techniques d’émission au-delà desquelles chacune risquerait d’empêcher l’autre d’être entendue. Quatre ans ont passé ! On ouvre les yeux, on examine le paysage. Une donnée s’impose : parmi beaucoup d’échecs et de découragements, l’émergence brillante de quelques stations – NRJ prenant figure d’archétype. Dans la région parisienne et dans plusieurs grandes villes de France, les stations créées par M. Baudecroux sont désormais capables de concurrencer à niveau similaire les radios nationales ou périphériques. Elles le font selon une recette simple : peu de paroles, peu d’informations, et, martelée, une obsessionnelle autosatisfaction destinée à valoriser les auditeurs en même temps que leur station favorite. Quant à la musique : le service attentif des goûts moyens des adolescents. Parmi les raisons du succès, l’une prime toutes les autres : d’emblée, NRJ a choisi de violer sans vergogne les limites imposées par la loi. Violer la règle qui imposait de ne pas faire de publicité : c’était avant que le gouvernement ait dû se résigner, bon gré mal gré, et faute de pouvoir faire respecter le droit, à finalement le changer. Violer aussi l’interdiction de se constituer en réseau ; on avait voulu garantir la tessiture proprement locale des radios locales privées et les protéger contre tout effet de domination : bien en vain, puisque NRJ a pratiqué bientôt sur une grande échelle la mise en « franchise » de son nom sur une grande partie de l’Hexagone et jusque dans les Dom-Tom. Violer surtout, avec une impudence tranquille, les limites techniques fixées aux émissions. Certes, celles-ci (500 watts) avaient été trop chichement prévues, à l’origine, mais les 100 kW ou plus dont NRJ accable désormais la région parisienne sortent tout à fait de l’épure. De telle sorte que dans plusieurs quartiers de Paris la violence de NRJ vient baver sur des émissions d’autres antennes et les rendre inaudibles.
« Varsovie » au Châtelet
Ici surgit la question centrale, et toute simple : comment se peut-il faire que cette
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