Esprit juillet 2013 - Contre les maîtres à penser

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Comment sortir des sentiers battus de la pensée ? Notre dossier de juillet, " Contre les maîtres à penser ", propose de décentrer le regard intellectuel. Dans un long entretien, Eric Marty revient sur la période de l'après-guerre, tentant de redonner leur spécificité, leur individualité à des intellectuels (Barthes, Althusser, Lacan...) dont on a trop souvent voulu figer la pensée en système. Les autres articles explorent les parcours d'Edouard Glissant, poète et philosophe, et de François Roustang, thérapeute critique de la psychanalyse, deux figures qui elles aussi font voir l'histoire intellectuelle sous un nouvel angle. Comment sortir des sentiers battus de la pensée ? Notre dossier de juillet, " Contre les maîtres à penser ", propose de décentrer le regard intellectuel. Dans un long entretien, Eric Marty revient sur la période de l'après-guerre, tentant de redonner leur spécificité, leur individualité à des intellectuels (Barthes, Althusser, Lacan...) dont on a trop souvent voulu figer la pensée en système. Les autres articles explorent les parcours d'Edouard Glissant, poète et philosophe, et de François Roustang, thérapeute critique de la psychanalyse, deux figures qui elles aussi font voir l'histoire intellectuelle sous un nouvel angle. A retrouver également, des articles sur le paternalisme libéral et la nécessité de refonder la politique de la drogue, un voyage en Arménie, des hommages à Pierre Mauroy et Michel Crozier, récemment disparus, et bien d'autres sujets.


Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9791090270350
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SOMMAIRE
Éditorial : Au-delà des ajustements, repenser l’action publique. Esprit Positions – La guerre écologique(Dominique Bourg). D’une place à l’autre : Le Caire, Kiev, Istanbul(Olivier Mongin). Ressusciter les « langues mortes »(Philippe Cibois)
ARTICLES Le « paternalisme libéral », oxymore ou avenir de l’État-providence ? Frédéric Orobon Libéralisme et paternalisme peuvent sembler contradictoires, l’un prônant la liberté de l’individu, l’autre voulant protéger l’individu de lui-même. Pour-tant, la théorie du « paternalisme libéral » de Cass Sunstein et Richard Thalerassocielesdeux,aunomdumieux-êtredelasociétéetdesindividus qui la composent. Drogues : comment changer de politique ?Dominique Demangel Au niveau mondial, la lutte contre la drogue est un échec : la stratégie répres-sive a montré ses limites. Il est donc nécessaire de réorienter les politiques nationales en faveur de la prévention des risques, d’un accompagnement des usagers sur le plan sanitaire et social, afin de combattre non seulement le tra-fic de drogue mais également ses conséquences sur les personnes. Medellín : contre la drogue, reconquérir la ville. Encadré.Judit Carrera Carnet de route en Arménie. Lieux et fardeaux de la mémoire. Antoine Maurice Parcourant les paysages d’Arménie, l’auteur fait le portrait d’un pays hanté par sa mémoire : le génocide de 1915 et le tremblement de terre de 1988 tra-versent encore les esprits des Arméniens. Tout comme le conflit territorial autour du Nagorny Karabagh, encore non résolu. Comme si l’Arménie indé-pendante, malgré le dynamisme de sa diaspora et de certains acteurs de ter-rain, demeurait alourdie par ce passé qui ne passe pas. Les Arméniens, à jamais dispersés ? Encadré.Jacques Goulet
CONTRE LES MAÎTRES À PENSER Perturber l’histoire intellectuelle. Introduction.Alice Béja Le pouvoir de dire « je ». Les intellectuels, la politique et l’écri-ture.Entretien avec Éric Marty La littérature permet d’aborder les questions philosophiques et politiques sans renoncer à l’affirmation de la subjectivité, qui se manifeste dans l’écri-ture. C’est ce qui a poussé Éric Marty à s’intéresser à Gide, Char ou Barthes, et à analyser, dans son dernier livre, la manière dont les intellectuels des années 1970 (Klossowski, Bataille, Blanchot, Lacan, Deleuze, Barthes) ont abordé les œuvres de Sade, et ce que leurs relectures du « divin marquis » e révèlent de leur vision duXXsiècle.
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Sommaire
Éloge du non-savoir. François Roustang, thérapeute et philosophe. Nicolas Duruz Lorsque François Roustang écrit sur Socrate, il transforme l’image du philo-sophe, de maître à penser en shaman qui cherche à transformer l’existence plutôt qu’à rechercher la vérité. C’est aussi ce que pratique Roustang en tant que thérapeute, allant à l’encontre des présupposés de la psychanalyse, et traçant un chemin original sans jamais céder aux postures de savoir. Tours et détours d’Édouard Glissant.Raphaël Lauro Poète du Tout-monde, Édouard Glissant, Antillais ayant fait ses études de philosophie à Paris, a voulu très tôt se défaire du regard de l’Autre, de ce regard de l’Occident qui figeait les choses en essences éternelles, sans pour autant renoncer au dialogue. Penseur de l’archipel et de la créolisation, il décale le regard et le verbe, s’érigeant contre le fantasme de l’Un pour donner à voir un monde mouvant, en perpétuel « tremblement ».
JOURNAL Le DSM-5, une inquiétude française(Steeves Demazeux).Le Monde de Jean-Marie Colombani(Olivier Mongin). Pierre Mauroy, une synthèse sans héritage ?(Robert Chapuis). À droite, une défaite qui se prolonge(Michel Marian). Michel Crozier, ambitions et blo-cages de la réforme(Pierre Grémion). Quels liens entre chrétiens et musulmans en Égypte ?(Jean-Jacques Pérennès). Anri Sala, l’image mouvement(Isabelle Danto). Peinture et salut selon Simon Hantaï(Paul Thibaud)
BIBLIOTHÈQUE 139 Repère – L’urbanisation planétaire : l’oubli de la Cité ?,par Thierry Paquot 142 Librairie. Brèves. En écho. Avis
Abstracts on our website :www.esprit.presse.fr Couverture : © Quentin Bertoux/Agence Vu
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Éditorial
Au-delà des ajustements, repenser l’action publique
R ETRAITES: rendez-vous dans dix ans pour une nouvelle « réforme » ! Voilà un autre dossier sur lequel le gouvernement annonce qu’il choisira d’en rester à des ajustements à la marge, au lieu d’engager une réforme de fond, ce qui imposera d’y revenir (mais qui sera au pouvoir, alors, pour la mener ?). La stratégie du pouvoir est désormais lisible : maximiser les efforts d’adaptation mais sans jamais repenser, comme il le faudrait, le cadre même de l’action publique, les formes de la solidarité, la place de l’État dans la société. Sur plusieurs grands sujets, le gouvernement se contente du service minimum : des hausses d’impôts mais pas de réforme fiscale d’ensemble rétablissant progressivité et lisibilité ; la possi-bilité pour les collectivités locales de négocier la répartition des compétences au sein d’une « conférence territoriale de l’action publique » mais pas de réforme ambitieuse pour clarifier les respon-sabilités et contenir les dépenses ; un nouveau plafonnement du quotient familial mais pas de refonte de la politique familiale qui, mettant l’accent sur la petite enfance, pourrait constituer le socle d’une réorganisation des politiques sociales adaptées à des parcours individuels erratiques… Ces avancées prudentes sont défendues au nom de la persévé-rance réformiste : mieux vaut continuer à avancer, car le gouverne-ment n’est pas inerte, que de bloquer la société française, allergique à la réforme. François Hollande sait à quoi s’en tenir : il a été élu par désir d’alternance et rejet de son prédécesseur, pas par adhé-sion à une vision ni à sa personne. Il agit donc en sachant qu’il est privé, dans les profondeurs du pays, de vraie majorité. D’ailleurs,
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FO et la CGTn’ont-elles pas déjà annoncé un rejet pur et simple de toute nouvelle réforme des retraites ? En outre, en période de recul de l’activité et d’explosion affolante du chômage, l’heure n’est pas à la baisse des prestations. Au final, se défend le gouvernement, des réformes pérennes sont engagées, sans bloquer la société. Cette stratégie serait raisonnable s’il s’agissait de consolider un système encore suffisamment performant pour susciter l’adhésion. Mais la confiance n’est pas au rendez-vous dès lors que les contre-performances s’accumulent : montée de la pauvreté et des inégalités, recul du travail, crainte de l’avenir, repli national. Au lieu d’inspirer une adhésion favorable à une mobilisation positive, le sang-froid de François Hollande renforce maladroitement l’anxiété qu’il prétend combattre parce qu’il donne l’impression qu’il n’a pas pris la mesure du basculement d’époque. Il faut passer d’une adaptation mesurée à la conjoncture à une prise de conscience que la crise est bien structurelle et cumulative : le basculement géopolitique du monde, la provincialisation de l’Europe, la crise énergétique et climatique, l’économie des bulles et des krachs, des paradis financiers et des flux immatériels appellent bien d’autres actions qu’un optimisme de façade sur « le retour de la croissance et de l’emploi ». Mais les Français sont-ils prêts à entendre un discours churchillien ? Ils ont relativement moins souffert de la crise que leurs voisins et, souligne-t-on à Berlin, se disputaient, lors de la cohabitation Chirac-Jospin, sur l’usage de la « cagnotte » alors que les Allemands se serraient la ceinture pour réussir la réunification et défendre leur statut d’économie exportatrice. Pourquoi les Français cultivent-ils leur déprime tout en reculant les décisions importantes ? Il faut croire que le coût de l’immobilité est toujours inférieur à celui du changement. Cette impression destatu quoest pourtant fausse, car la crise est ressentie très durement en France. Mais son impact est très diffé-rencié : tout le monde ne souffre pas également du chômage ou de la précarisation du travail ; et tout le monde n’a pas un accès équi-valent à la parole ou à la protestation visible. La question n’est donc pas de savoir si la France a suffisamment ressenti les effets de la crise pour accepter, de gré ou de force, de repenser son modèle. Il s’agit de refonder notre pacte social en débattant de la juste répar-tition des efforts et de la lisibilité d’ensemble des systèmes de soli-darité, car il n’y a pas de monde commun sans justice et pas de justice sans effort partagé. Esprit
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Position
La guerre écologique
L ESécologistes et autres défenseurs de relations plus harmo-nieuses entre l’humanité et la nature perdent presque systémati-quement les batailles qu’ils livrent. Sont-ils pour autant voués à perdre la guerre ? Après plus d’un siècle et demi de défense des espèces, des milieux et de la biosphère, force est de constater que le rapport de force ne leur est pas favorable. La plupart des batailles engagées ont été perdues et les défenseurs de la nature sont en passe de perdre définitivement – ou ont déjà perdu ? – les deux combats majeurs qu’ils livrent encore : la protection du climat et de la bio-diversité. Est-ce à dire que la guerre elle-même est perdue ? Pour les écologistes, certainement. En revanche, il en va tout autrement pour la nature. Il est au contraire probable que les batailles gagnées par les hommes dans leur lutte contre la nature les rapprochent d’une défaite inexorable, à la manière de Koutousov remportant la campagne de Russie en raison même de ses batailles perdues ou 1 esquivées contre Napoléon . Il en ira en effet de notre combat contre la nature comme de l’agression d’un vaste territoire telle que l’analyse Clausewitz. Ce dernier théorise la supériorité de la stratégie défensive contre la stra-tégie offensive, pour autant que l’étendue du territoire investi par des troupes hostiles lui permette de se déployer. Plus les troupes pénètrent sur le territoire ennemi et plus elles allongent et fragilisent leurs lignes de communication ; plus elles sont contraintes de distraire sur le territoire adverse une part croissante de leurs effectifs;lesagresseursvoientfaiblirleurénergieaufuretàmesure
1. Carl von Clausewitz,De la guerre, Paris, Minuit, 1955.
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qu’ils s’éloignent de leur base. Et les conséquences sont en quelque sorte inverses pour les troupes sur la défensive. Plus elles se concentrent et se ramassent, plus leur énergie devient vitale. À l’instar de Napoléon, plus nous remportons de victoires contre la nature et plus nous nous affaiblissons. Et ce en épuisant les éner-gies fossiles et les minéraux extractibles à faible coût, en vidant les mers, en appauvrissant les sols et plus généralement en affaiblis-sant les services écosystémiques. En d’autres termes, nous ne cessons de fragiliser nos moyens d’agression et notre intendance. Dans le même temps, nous sommes en train de pénétrer dans l’hiver 2 russe, sous les espèces du changement climatique et d’un probable 3 basculement des écosystèmes . À quoi s’ajoute la profondeur tempo-relle de la nature, sorte d’équivalent à l’étendue du territoire russe. En termes crus, combien d’hommes comportera la grande armée humaine au milieu du siècle et au cours des décennies suivantes, compte tenu de la conséquence probable du changement climatique en cours et d’un possible basculement des écosystèmes, à savoir une chute de nos capacités mondiales de production alimentaire ? Nous ne parviendrons plus en effet à stabiliser la hausse de la température moyenne à la surface du globe en deçà de la barre des 2 °C d’ici à la fin de ce siècle. Nous aurions peut-être pu en 2015 stabiliser les émissions mondiales, puis à partir de 2016 les réduire de 3 % par an. Un objectif difficile mais qui aurait pu dans l’absolu être tenu. Désormais, il n’est plus possible d’espérer la mise en œuvre d’un accord analogue avant 2021. Il faudrait alors, pour atteindre le même objectif, réduire les émissions mondiales de 6 % 4 par an, ce qui est inatteignable . À quoi s’ajoutent les engagements volontaires des pays pour la période 2013-2020 et les choix d’in-frastructures que nous faisons et ferons dans les toutes prochaines années. Sans compter la ruée sur les gaz ou huiles de schiste aux États-Unis et ailleurs. Ils nous placent sur une trajectoire nous éloignant irrémédiablement et significativement de l’objectif des 2 °C, dépassant les 3 °C et pouvant même atteindre les 5 °C.
2. Rachel Warren, “The Role of Interactions in a World Implementing Adaptation and Mitigation Solutions to Climate Change”, dans le dossier “Four Degrees and Beyond: The Potential for a Global Temperature Increase of Four Degrees and its Implications”,Philosophical Transactions of the Royal Society A, 13 janvier 2011, vol. 369. 3. Anthony Barnoskyet al., “Approaching a State Shift in Earth’s Biosphere”,Nature, 7 juin 2012, vol. 486. 4. Pour un calcul moins pessimiste mais avec la même idée de fenêtre d’action se refer-mant définitivement, voir Thomas F. Stocker dans “The Closing Door of Climate Targets”, Science, 18 janvier 2013, vol. 339, p. 280-282.
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La guerre écologique
5 Certains rêvent que la géo-ingénierie nous permettra de calmer l’ire climatique. Le pari est en réalité hautement risqué. Autant nous sommes capables de remédier localement à nos dégâts, et parfois d’une façon époustouflante, autant nous en sommes incapables, semble-t-il, à une échelle globale. Toutes les techniques de géo-ingénierie envisageables souffrent en effet des mêmes défauts : être sous-dimensionnées et impliquer un coût faramineux. À quoi s’ajou-tent encore trois tares majeures : celle de pouvoir, comme certaines techniques, provoquer des effets secondaires dramatiques, et celle de devoir être maintenues et entretenues pour une durée indéter-minée, ce qui en accroît encore le coût ; enfin, autorisés à émettre sans compter, nous provoquerons d’autres perturbations, à 6 commencer par l’accélération de l’acidification en cours des océans . La victoire de la nature sur l’incurie et la cupidité cosmiques humaines signifierait-elle la victoire des écologistes ? Non, les écologistes ne sauraient s’affranchir de leur propre humanité. Leur défaite serait même double, celle du genre humain en totalité et celle de la part dudit genre qui aurait échoué à convaincre la majorité. Voire triple, au sens d’une défaite de l’idéal de justice intra-humaine, les plus pauvres devant probablement payer les premiers le tribut de l’égoïsme humain généralisé. Il reste cependant un espoir, celui de la construction sur ces ruines d’une humanité décidée à cultiver une plus grande harmonie en son sein et dans ses relations à la nature.
Dominique Bourg
5. Bertrand Guillaume et Valéry Laramée de Tannenberg,Scénarios d’avenir. Futurs possibles du climat et de la technologie, Paris, Armand Colin, 2012. 6. Pour un bilan plus général, voir notamment Graham M. Turner, “On the Cusp of Global Collapse? Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical Data”,GAiA, juin 2012, o vol. 21, n 2, p. 116-124.
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Position
D’une place à l’autre : Le Caire, Kiev, Istanbul
Limages de la place Tahrir(midan Tahrir), celles que l’on voit ES 1 dans le film de Stefano Savona(Tahrir, place de la Libération, 2011), sont encore dans toutes les mémoires. Mais les images de liberté et d’émancipation d’hier sont aujourd’hui des images de violence, de viol et de harcèlement, les seules que l’on retienne désormais. « Vidé » un temps par la révolution du 11 janvier 2011 de tous les instruments et de tous les agents de pouvoir – partis, mili-taires, policiers… –, ce havre de discussion a été réoccupé par les militants et hommes de main du pouvoir déchu et des partis reli-gieux (salafistes et Frères musulmans) qui y sèment régulièrement des graines de violence. Si la liberté de parole retrouvée ne fait guère de doute, deux ans après le début de la révolution de janvier 2011, si les gens s’expriment sans s’inquiéter des contrôles et des repré-sailles policières et militaires, ils se plaignent plutôt de la dispari-tion de ceux qui ont pour mission d’assurer la sécurité : hier l’une des villes les plus policières du monde, Le Caire est devenue un territoire d’insécurité du fait de la désertion apparente de la police. Mais la ville n’est pourtant pas réduite à l’état de nature, la jungle n’est pas la règle, les pistolets et les armes ne sont pas visibles comme dans les villes mafieuses. Le Caire vibre encore par ses mots, mais la ville est inquiète des menaces qui pèsent. Elle est triste de ne pas voir d’issue politique (tant la division du Front démo-cratique est forte, comme en Tunisie) à la prise de pouvoir par les
1. Voir la présentation d’Élise Domenach,Esprit, octobre 2011.
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