Esprit juin 2013 - La mondialisation par la mer

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L'image d'un porte-conteneur massif voguant sur l'océan, avec ses milliers de boîtes empilées les unes sur les autres, nous est aujourd'hui devenue familière. Mais que dit-elle de la mondialisation ? Notre dossier de juin, " La mondialisation par la mer ", s'interroge sur le rôle des ports (Le Havre, Marseille, Tanger Med) dans le commerce international, sur l'importance de l'" économie bleue " pour notre avenir, mais aussi sur l'imaginaire maritime qui sous-tend la mondialisation, cette liquidité des flux qui parfois nous fait perdre le nord (articles d'Alice Béja, Zakya Daoud, Emmanuel Desclèves, Antoine Frémont, Olivier Mongin, Jean Viard). Nous parlons aussi ce mois-ci des francs-maçons, du centenaire de Paul Ricoeur, de l'an I de François Hollande, de la situation en Italie, de cinéma, d'art et de bien d'autres sujets.


Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9791090270336
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SOMMAIRE
Éditorial : Le président, sur son socle, isolé.Esprit Positions – Catholiques néo-tradis et « cathos zombies »(Marc-Olivier Padis).L’ouverture des données publiques : les risques d’une bonne idée(Richard Robert) ARTICLES L’expérience maçonnique.Jean-Charles Auque Loin des « unes » à sensation et des fantasmes journalistiques, cet article témoigne de ce que signifie être franc-maçon pour ceux qui ne cherchent pas, à travers cette affiliation, à accélérer leur carrière ou à se créer un réseau. S’agit-il d’une expérience spirituelle ? De l’expression d’un besoin de rites et de rencontres ? Pourquoi y rester fidèle ? La culture européenne vue du Portugal. Entretien avec Eduardo Lourenço Pendant longtemps, le Portugal a été très influencé par la culture fran-çaise, sans que la France se soucie vraiment du Portugal. Aujourd’hui, l’asymétrie s’estompe, du fait de l’hégémonie de la culture anglo-saxonne, de la présence portugaise en France et de l’appartenance des deux pays à l’Europe. Eduardo Lourenço revient sur ces échos, et sur son œuvre, de Montaigne à Pessoa.
LA MONDIALISATION PAR LA MER Que faire dans un monde liquide ? Introduction.Alice Béja L’économie bleue au cœur de la mondialisation. Emmanuel Desclèves Aujourd’hui, 95 % des communications mondiales passent par des réseaux sous-marins, près de 90 % du commerce entre États se fait par voie mari-time. La mer est, de manière inhérente, liée à la mondialisation, et de nombreuses questions centrales à notre avenir économique, mais aussi scientifique, sanitaire, etc., se jouent dans le domaine maritime. Le flux tendu du fret maritime. Le conteneur et ses ports. Olivier Mongin « Flux tendu, stock zéro » est la devise du transport par mer. La révolution des conteneurs et la construction de ports gigantesques facilitent des connexions rapides et déterritorialisées. Mais cette fluidité croissante, qui crée de nouvelles routes et de nouveaux nœuds commerciaux, se fait en rupture par rapport à la culture portuaire historique. Le Havre, l’axe Paris-Seine et les routes maritimes mondiales. Antoine Frémont Le port du Havre est en perte de vitesse face à Anvers ou Rotterdam : pour des raisons économiques (dynamisme allemand) et géographiques diffi-ciles à modifier à court terme, mais aussi du fait de choix stratégiques sur lesquels on peut influer, pour mieux insérer la France dans les échanges mondiaux en transformant le rapport entre les terres intérieures et l’ouver-ture au grand large.
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Sommaire
Marseille, maritime et cosmopolite.Entretien avec Jean Viard La ville de Marseille semble souvent « à part » dans le paysage hexagonal. Comme si sa dimension presque intrinsèquement maritime et cosmopolite la mettait en porte à faux par rapport à un pays plus terrien. Mais qu’en est-il de l’évolution de son rapport à la mer ? Assiste-t-on aujourd’hui à une nouvelle « littoralisation » de Marseille, qui pourrait contribuer, par le développement d’activités comme la culture, le loisir et les nouvelles tech-nologies, à libérer son potentiel ? Tanger Med : un pari sur l’avenir du détroit de Gibraltar. Zakya Daoud Projet monumental visant à accaparer, avec Algésiras, le trafic maritime dans le détroit de Gibraltar, Tanger Med veut se mettre au niveau des plus grands ports internationaux. Mais la construction de digues, la mise en place de zones franches, le déplacement du trafic bouleversent la région. Comment l’avancée économique que représente Tanger Med peut-elle s’ac-corder avec un immobilisme politique ? L’Amérique vue de l’océan.Alice Béja La « Frontière » de l’Ouest américain est en réalité un avatar de la pre-mière « frontière », celle de l’océan Atlantique, franchie par les Pères e pèlerins auXVIIsiècle. La mer participe largement à la construction de l’identité et de la mythologie nationales des États-Unis ; l’imaginaire de la conquête (les corsaires de la guerre d’indépendance), l’esprit d’entreprise (industrie baleinière) y sont associés, en oubliant parfois trop facilement ceux qui sont à fond de cale du rêve américain, notamment les esclaves africains. JOURNAL L’an I de François Hollande : I. Contrainte et orthodoxie écono-miques(Philippe Frémeaux). II. Ligne claire, résultats en berne (Michel Marian). Pour un bon usage du référendum(Gil Delannoi). Le fantôme de Giulio Andreotti(Alice Béja). De l’Allemagne… et de la France(Paul Thibaud). Quand l’art hallucine(Isabelle Danto). La pensée à l’écran : à propos deHannah Arendt (Carole Widmaier)
BIBLIOTHÈQUE 141 Repère – Relectures de Paul Ricœur,par Marc-Antoine Vallée 145 Librairie. Brèves. En écho. Avis
Abstracts on our website :www.esprit.presse.fr Couverture : © Fonds photographique du Grand Port Maritime du Havre
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Éditorial
Le président, sur son socle, isolé
F ATALITÉde la gauche ? La première année de l’exercice du pouvoir de François Hollande correspond à l’anniversaire des vingt ans de 1983, cette année du « tournant » qui symbolise la rigueur et le renoncement au programme commun qui avait porté François Mitterrand au pouvoir en mai 1981. Une coïncidence de calendrier qui évoque fâcheusement le destin du socialisme de gouvernement, accusé sur sa gauche de trahir son idéal, sans pour autant convaincre, sur sa droite, qu’il soit capable de réalisme. Mais faut-il retenir de 1983 le symbole du réalisme économique et du recours à l’Europe comme utopie de secours ? On l’a souvent remarqué : l’absence de discours politique fort pour accompagner le tournant gestionnaire, puisqu’il n’était alors question que d’une « pause », a sapé toute revendication explicite de la rénovation idéologique à gauche. Mais si la mue se faisait sans voix, c’est que les socialistes assu-maient ainsi, implicitement et à contrecœur, la fin d’un exception-nalisme à la française dans la famille socialiste européenne. Exceptionnalisme, car le programme commun formulait une démarche singulière (les nationalisations) et assumait une stra-tégie du « socialisme dans un seul pays »… avant d’être rattrapé par l’interdépendance économique (déjà !). Or, si la gauche française s’est rapprochée de la « social-démocratie » européenne, ce qu’elle pouvait faire en s’appuyant sur un « sérieux » économique de tradi-tion mendésiste, elle est restée handicapée sur le terrain qui définit proprement la social-démocratie : la conception de son rapport à la société. Un rapport conçu sur un mode très politique en France, alors qu’il se traduit par une multiplication des institutions sociales chez nos voisins, à travers le monde coopératif, syndical,
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Esprit
associatifquifournissentauxpolitiquesdesrelaisculturels profonds. Ce manque de lien à la société explique aujourd’hui la situation difficile de François Hollande. Le socialisme français, en effet, voit son lien à la société par l’in-termédiaire de l’État. Certes, l’équipe gouvernementale de Jean-Marc Ayrault montre un respect bienvenu de la négociation sociale, qui tranche heureusement avec les pratiques précédentes. Mais la décision publique impulsée par l’État reste le cœur de sa concep-tion de l’action. Quand François Hollande tente de s’affranchir du modèle vertical des politiques publiques, il propose une « boîte à outils » que l’État met à la disposition des acteurs de la croissance économique mais sans savoir comment mobiliser cette société, passer des outils à l’action, puisque l’État ne parvient pas seul à inventer la nouvelle croissance. Les bons scores socialistes à toutes les échelles territoriales (villes, métropoles, départements, régions) et l’arrivée d’une majo-rité de gauche au Sénat ont créé une illusion : occuper les lieux de pouvoir ne suffit pas à assurer une présence diffuse dans l’en-semble de la société. Le manque structurel de militants est aggravé par le cumul des mandats, qui limite l’afflux de nouveaux profils dans la vie politique et rend les partis hermétiques aux mouvements de la société. La résistance incroyable des socialistes à la suppres-sion de ce cumul traduit une inertie intellectuelle grave pour un parti qui n’est pas capable de relayer dans les profondeurs du pays l’action du gouvernement qu’il soutient. Une lecture très politicienne des rapports de force au sein de la société, appuyée par un jeu élec-toral qui favorise le bipartisme et l’alternance, ne peut tenir lieu d’analyse des évolutions de la société française. Comment, dès lors, s’étonner que les taux de soutien enregistrés par les sondeurs à la politique de François Hollande soient si faibles (autour de 25 % d’avis favorables, selon différentes enquêtes) ? Celui-ci n’est pas impopulaire, il est replié sur son socle électoral, qui est extrêmement étroit. L’élection présidentielle n’avait pas créé d’élan politique. Elle sanctionnait un désir d’alternance mais sans exprimer un changement d’ambiance profond dans un pays marqué par le repli devant la mondialisation, la crainte de l’impuissance poli-tique, l’usure de la crise. François Hollande, qui n’a pas été élu pour soigner sa cote de popularité, doit s’inquiéter d’un autre lien politique entre le président et le pays, qui excède la fonction exécutive et les aléas de la conjoncture économique. Esprit
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Position
Catholiques néo-tradis et « cathos zombies »
C OMMENTle mouvement d’opposition à la loi sur le mariage « pour tous » va-t-il s’offrir à la récupération politique ? Au centre de cette interrogation se trouve un électorat catholique déchiré et mécontent, par nature méfiant vis-à-vis des discours extrémistes, susceptible de se mobiliser lors des prochaines municipales. Les petites manœuvres politiciennes accompagnent le mouvement qui s’étire sans perspectives dans un mai pluvieux. Mais un conflit des interprétations est aussi à l’œuvre, surplombé par les tentations de rapprochement stratégique, explicites ou non, entre l’UMPet le FN. Le tout réactive un débat, trop souvent caricatural, sur le rapport des catholiques à la démocratie. En effet, une double lecture réductrice est entretenue, pour des raisons antagonistes, par les camps en présence. Du côté des mani-festants, on ressort le cliché d’une république sans principes ni morale, cédant aux revendications de « groupes de pression » par opportunisme électoral. Face à cette opposition plus forte qu’attendu, et à la résurgence de mouvements radicaux traditionalistes, on fait un lien, du côté de la majorité socialiste, entre les manifestants et la tradi-tion contre-révolutionnaire catholique comme si cette dernière avait été, ou pouvait redevenir, majoritaire ou même influente auprès de la masse des fidèles. Dans les deux cas, on veut faire croire à l’incom-patibilité des choix démocratiques et des références catholiques. Ainsi, les partisans du « Printemps français » se persuadent qu’ils apportent un renouveau politique, en partie générationnel, contre l’« hédonisme ultra-individualiste ». Ils n’hésitent pas à revendiquer un héritage chrétien, « dont le recul intellectuel et la force morale [permettent] de résister au prêt-à-penser d’une
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Marc-Olivier Padis
1 époque ». Mais cet héritage revendiqué est en même temps prudemment dissous parmi « les exigences morales d’un humanisme universaliste » et les références historiques sont habilement élargies à une généalogie très œcuménique : Le Printemps français revendique un héritage pluriel : le franc-parler des prophètes juifs, la sagesse gréco-romaine, la fraternité évangélique, la liberté des Lumières, les luttes populaires pour la 2 justice sociale . La série de cette énumération est faussement linéaire car elle associe des traditions dont l’histoire est largement conflictuelle. Le catholicisme, dans cet ensemble, n’est d’ailleurs pas le plus hostile à l’affirmation individualiste puisqu’il peut représenter, selon les contextes, une force de revendication de la liberté de conscience contre les régimes de parti unique (on pense ici à l’expérience histo-rique du pape polonais Jean-Paul II et à l’impact de son élection) ou une demande de reconnaissance de la dignité des personnes contre les forces impersonnelles du marché (cela peut être la domi-nante du pape argentin François). Le montage idéologique chancelant du « Printemps français » se trouve néanmoins fortifié par la lecture adverse, qui surjoue l’anta-gonisme des « deux France ». En effet, un discours républicain, à juste titre vigilant contre les remontées d’influence de l’extrême droite, construit néanmoins une généalogie des relations entre les catholiques et la République qui fait complètement l’impasse sur l’existence majoritaire d’un catholicisme attaché aux institutions démocratiques et très engagé dans la vie sociale et politique natio-nale. Même s’il a existé une tradition maurassienne forte dans le catholicisme français, tranchée sinon éradiquée par la condamna-tion officielle de 1926 par Pie XI, et même si l’on peut être choqué de voir, à la faveur des manifestations récentes, resurgir des grou-puscules traditionalistes, il est trop rapide d’affirmer que la France demeure un « pays catholique où s’affrontent deux conceptions jamais réconciliées de la nation et du bien commun » parce qu’il reste chez les catholiques l’idée que « la volonté d’agir dans le domaine proprement politique est directement liée à une morale, à 3 des principes transcendants qui découlent de l’ordre naturel ». Car
1. Béatrice Bourges, « Le “Printemps français” : une révolte d’avant-garde »,Le Monde, 18 avril 2013. 2.Ibid. 3. Jean-Yves Camus, « Le “printemps français”, une voie entre FN et UMP»,Le Monde, 18 avril 2013.
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Catholiques néo-tradis et « cathos zombies »
c’est confondre les positions défendues en théologie morale (avor-tement, contraception, euthanasie…), qui s’appuient effectivement toujours sur une idée de la nature issue de la tradition thomiste, et celles qui concernent les institutions politiques, qui ne découlent pas du même ordre de préoccupation. Le ralliement des catholiques e à la République, dès la fin duXIXsiècle, s’est en effet appuyé sur la distinction entre le « pouvoir constitué » (les institutions poli-tiques) et la « législation » : les catholiques doivent participer à l’éla-boration du « bien commun », dans le cadre de leurs institutions politiques, même si cela peut les conduire à contester des disposi-tions de loi. La contestation ne signifie donc pas une rupture de loyauté et un retour de flamme contre-révolutionnaire ! La résurgence d’une mobilisation à forte coloration catholique n’implique pas un programme compact de reconquête politique. Au contraire, pour les démographes Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, on ne distingue plus, du point de vue de l’influence politique, qu’un catholicisme qu’ils appellent, avec un sens assez rôdé de la provocation, « zombie », c’est-à-dire un catholicisme qui se survit à lui-même puisqu’il s’éteint en tant que croyance mais qu’il laisse une forte empreinte culturelle, notamment dans la France du grand 4 Ouest, le Pays basque et le sud-est du Massif central . Or, la gauche n’a pas compris ce mouvement de fond, qui lui a pourtant bénéficié puisque le vote catholique modéré est le seul qui a fait progresser la gauche depuis 1981. Mais cet électorat a été froissé par le chan-gement du mariage et son mécontentement explique en partie l’éro-sion de popularité du président. Cet électorat est néanmoins aux antipodes du vote de droite dure et d’extrême droite qui se déve-loppe, lui, dans les anciennes terres communistes, laïques et égali-taires (dont l’empreinte culturelle se révèle beaucoup moins 5 durable ). L’évolution culturelle lente qui a détaché les catholiques d’une affiliation automatique à droite rend peu probable une radi-calisation brutale d’un électorat qui reste fondamentalement légi-timiste, modéré et pro-européen. Mais la visée de l’autonomie personnelle peut-elle encore être le terrain de rencontre d’une gauche plus relativiste et libertaire qu’émancipatrice et d’un catho-licisme plus fantomatique qu’affirmatif ?
Marc-Olivier Padis
4. Hervé Le Bras, Emmanuel Todd,le Mystère français, Paris, Le Seuil/La République des idées, 2013, en particulier le premier chapitre, « Fondements anthropologiques et religieux », p. 72. 5. H. Le Bras, « Hollande a réussi à braquer une partie de son électorat »,Libération, 13 mai 2013.
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Position
L’ouverture des données publiques : les risques d’une bonne idée
D ÉPENSESde la sécurité sociale, résultat des élections, chiffres de la délinquance, fiscalité locale : l’ouverture des données publiques crée des possibilités inédites, porteuses de progrès démocratique et de renouveau économique. Mais elle comporte aussi des risques encore informulés. La capacité d’opérateurs comme Google à analyser des masses gigantesques de données numériques amène certes à relativiser la valeur des données publiques. Sur nombre de sujets, de l’épidé-miologie à la délinquance, les données incomplètes et mal structu-rées qui transitent chaque seconde sur l’internet permettent déjà de construire une représentation très précise de la réalité, et de le faire en temps réel. Mais les données publiques ont une qualité particu-lière, du fait des procédures de recueil et de leur formalisationa priori. Nous parlons bien sûr de données qui ne sont ni personnelles, ni nominatives, ni sensibles pour la sécurité mais dont l’ouverture au public reste sensible, car si l’on accepte volontiers un certain monopole de l’État sur des données utiles à son action, que peut-il se passer avec une large dissémination ? Pour autant, un puissant mouvement va aujourd’hui dans le sens de l’ouverture des données publiques. Ce phénomène est récent : la notion d’open governmentest apparue en 2007, l’administration Obama en a fait un élément clé de son action dès 2009, et la France a suivi en 2010. De quoi s’agit-il précisément, et en quoi l’ouverture des données publiques diffère-t-elle de leur simple publication ? Jusqu’ici, n’étaient véritablement publiés que les résultats agrégés d’un corpus
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