Esprit mai 2013 - De quoi se moque-t-on?

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La dérision, l'ironie semblent aujourd'hui avoir conquis tous les domaines de l'activité humaine, de la politique à l'art en passant par la religion, l'habillement ou les nouvelles technologies. Cette vision perpétuellement double, par strates, représente-t-elle une lucidité bienvenue sur les faiblesses des hommes, dès lors qu'ils prétendent s'élever au-dessus de leur condition, ou masque-t-elle une absence de véritable subversion et une crainte du " sérieux " comme possibilité d'accomplir quelque chose ? Notre dossier cherche à analyser un phénomène de plus en plus présent dans les pays occidentaux, et de moins en moins subversif. L'ironie n'est plus un vecteur de critique sociale ou politique, mais devient un moyen de protection, de mise à distance d'un monde que l'on n'approuve pas mais que l'on ne parvient pas à critiquer ni à changer. Cela est également lié à la crise de la démocratie représentative, à l'impuissance perçue du politique, à l'impossibilité pour l'ironie d'avoir prise sur ce qu'elle voudrait vraiment viser (les marchés financiers, la mondialisation, etc...). Il en va tout autrement dans des régions ou des pays, où, comme on l'a bien vu pendant les printemps arabes, l'ironie "déboulonne" un pouvoir autoritaire, et où elle ne va pas sans conséquences potentiellement dangereuses. Mais le décalage des situations politiques, entre les pays où l'ironie n'est qu'une forme de conformisme et ceux où elle reste une arme critique contre le pouvoir, est particulièrement sensible quand la circulation quasi instantanée des images, notamment des images se moquant des religions, abolit les séparations géographiques et produit des rapprochements potentiellement explosifs.


Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9791090270312
Nombre de pages : 160
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SOMMAIRE
Éditorial : La gauche et l’argent.Esprit Positions – Après l’affaire Baby Loup(Marc-Olivier Padis). La révolution tunisienne en cours de confiscation(Édith Jendoubi). 1914 : questions pour une commémoration(collectif)
DE QUOI SE MOQUE-T-ON ? Ironie partout, critique nulle part. Introduction. Alice Béja et Ève Charrin Rire pour se protéger du monde.Ève Charrin L’ironie est devenue, dans nos démocraties occidentales, une habitude de pensée qui permet de prendre ses distances vis-à-vis d’une réalité navrante tout en gardant bonne conscience. Mais il n’en va pas de même partout, tout le temps ; il existe un cycle de l’ironie. En France sous la monarchie de Juillet, en Tunisie sous Ben Ali, elle est efficace. Peut-on retrouver cette ironie des commencements ? « Dégage ! » Quand les Tunisiens persiflent le pouvoir. Hind Meddeb En Tunisie, l’humour est décidément subversif. Que ce soit chez des acti-vistes comme Azyz Amami, dans la musique du chanteur Bendirman ou les dessins de Nadia Khiari, c’est aussi l’humour qui a fait tomber Ben Ali. Aujourd’hui encore, caricaturistes et satiristes attaquent la volonté de cen-sure, le conservatisme et l’hypocrisie d’Ennahda. En s’en prenant à la nou-velle omniprésence du sacré dans l’espace public, c’est le pluralisme qu’ils veulent défendre. La moquerie par l’image : un retour du blasphème ? Entretien avec François Bœspflug La dérision envers la religion n’est pas une nouveauté, et le christianisme, e dès ses origines, n’a pas été épargné. Depuis le début duXXsiècle, la multiplication des œuvres d’art qui s’attaquent à la religion va de pair avec e la sécularisation des sociétés occidentales. Mais, auXXIsiècle, la diffu-sion mondialisée des images et leur utilisation politique invitent à réinter-roger la notion de « blasphème ». L’acharnement ironique.Entretien avec Benoît Peeters La Belgique est un modèle réduit de la systématisation du geste ironique. Sa dissolution en direct lors d’une émission télévisée parodique en 2006 a donné lieu à de nombreuses réflexions sur les dangers de l’ironie. Celle-ci peut en effet être subversive, mais également devenir une sorte de réflexe, qui finit par détruire le discours politique et mener au nihilisme. Mo Yan : se moquer sans faire de vagues.Perry Link L’attribution du prix Nobel de littérature à Mo Yan en 2012 a suscité de nombreuses controverses, souvent plus politiques que littéraires, sur le danger d’accorder un prix si prestigieux à un écrivain reconnu par les autorités chinoises. Car si Mo Yan, dans ses œuvres, manie le grotesque, le sarcasme et l’ironie, le résultat n’est pas une critique en profondeur mais un éclat de rire généralisé qui met sur le même plan victimes et bourreaux. Sans faire trop de vagues.
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Sommaire
Hegel, Kierkegaard et l’ironie contemporaine.Michaël Fœssel L’ironie est avant tout un jeu sur le langage, qui moque sa déconnexion d’avec le réel. L’ironiste, s’il ne propose pas de vision du monde alterna-tive à celle qu’il critique, peut dès lors apparaître, ce que dénonce Hegel, comme en surplomb, occupé uniquement par lui-même. Mais il peut aussi être humble, et se contenter, comme le fit Socrate selon Kierkegaard, de débusquer les trop grandes certitudes à travers l’ignorance et le doute.
ARTICLES La dignité dans le débat sur la fin de vie.Paula La Marne Les pistes actuellement à l’étude sur la fin de vie placent de nouveau la dignité au premier plan des considérations sur le mourir. Mais que signifie ce terme, selon qu’il est employé par les soins palliatifs, ou par les parti-sans de la mort volontaire ? Revues et accès libre. Les pièges de la transparence. Entretien avec Patrick Fridenson Développement du numérique, concentration de l’édition scientifique, transformation du rôle des bibliothèques… Ces évolutions ont eu d’impor-tantes conséquences sur les revues et leur modèle économique. Faut-il rendre accessibles librement les articles issus de la recherche publique, comme le recommande la Commission européenne ? Ne risque-t-on pas ainsi de plaquer un modèle conçu pour les sciences exactes sur le paysage bien plus divers et bien plus fragile de l’édition en sciences humaines ? Régression postdémocratique en Hongrie.Jacques Rupnik La Hongrie, naguère considérée comme le « bon élève » des démocraties postsoviétiques, laisse aujourd’hui de nombreux observateurs perplexes et provoque l’inquiétude. Comment le Fidesz de Viktor Orbán est-il devenu un parti souverainiste et nationaliste ? L’évolution de la Hongrie est-elle un cas isolé, ou un symptôme de la crise de la démocratie en Europe ? JOURNAL « Moralisation » de la vie publique : comment rendre des comptes sans régler des comptes ?(Olivier Mongin).Austérité et populisme : un cocktail risqué(Michel Marian). Fractures maliennes(Pierre Boilley). Les Kurdes, force mouvante dans une région instable(Hamit Bozarslan). Consommation numé-rique : qui crée la valeur ?(Nicolas Colin). Une nouvelle ciné-philie ?(Louis Andrieu): Debord à la B. Finir en beauté NF (Jean-Louis Violeau). Robert Castel(Jacques Donzelot) BIBLIOTHÈQUE Repère – Cités, terres étrangères,par Anne Wyvekens. À propos de Jacques Donzelot, Hugues Lagrange, Michel Kokoreff et Didier Lapeyronnie Librairie. Brèves. En écho. Avis
Abstracts on our website :www.esprit.presse.fr Couverture : Yue Minjun,Untitled, 1994, huile sur toile, collection privée © Yue Minjun
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Éditorial
La gauche et l’argent
A RGENT, fraude, soupçon de corruption… Que va-t-on encore découvrir à l’occasion de l’affaire Cahuzac ? Le sang-froid dans le mensonge, l’utilisation cynique du pouvoir, une stratégie complè-tement utilitaire de l’aveu au juge donnent une piètre idée du sens des responsabilités d’un homme qui, maire, député, ministre, a connu toutes les charges publiques. L’aplomb de l’ancien ministre du Budget, chargé de la lutte contre la fraude fiscale, trahit un étrange sentiment d’impunité. Inconscience ? Protection ? Il révèle à coup sûr une incroyable distance vis-à-vis des angoisses qui étreignent les Français plongés dans la crise et qui se demandent de quoi demain sera fait. Mais d’où viennent cette indécence et ce déni des réalités de l’une des figures de la gauche moderniste ? L’évasion fiscale, qui rencontre beaucoup d’indulgence quand elle concerne les mondes artistique et sportif, ne traduit pas simple-ment un manque de civisme. Elle exprime un désintérêt pour le monde commun. Le consentement à l’impôt, une construction histo-rique récente et toujours contestée, exprime, autant qu’il suppose, le sentiment d’une communauté de sort. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’il est aussi étroitement lié au sentiment national (l’idée d’un impôt européen, par exemple, est inséparable d’une vision fédé-rale). Mais le partage d’un sort commun suppose une commune mesure des valeurs. Or, avec l’explosion des très hauts revenus, cette échelle s’est étendue, déformée, au point d’offrir aux très riches des possibilités inédites de s’excepter du sort commun. L’argent, au lieu de ramener à une commune grandeur des valeurs d’ordres différents, permet aujourd’hui une séparation des sorts quand une poignée de très hauts revenus accaparent des sommes qui défient l’imagination
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et l’expérience ordinaires (des journaux suisses parlent d’un trans-fert de 15 millions d’euros de Jérôme Cahuzac à Singapour). Quel contraste avec les contraintes de la rigueur imposées aux citoyens européens ! Pour les ménages endettés, le contrôle scru-puleux et un avenir bouché ; pour les capitaux liquides, un monde d’autant plus ouvert que le contournement des règles est organisé à grande échelle, avocats et banquiers faisant les intermédiaires. Les penseurs libéraux voyaient dans l’enrichissement une passion modé-ratrice parce qu’elle pouvait s’accorder à toutes sortes de valeurs antagonistes et qu’elle apprend à transiger ! Mais l’enrichissement hors d’échelle fait perdre le sens de la mesure et prépare désormais les chutes de haut. À quoi pensait Jérôme Cahuzac en signant sa déclaration « sur l’honneur » au moment de son entrée au gouvernement ? À la « spirale de mensonges » dans laquelle il s’enfonçait encore un peu plus ? À ses conseillers en communication, payés pour le sortir de tout mauvais pas ? Si l’on a noté l’ironie de la situation d’un ministre du Budget qui fraudait ses propres services, il faut aussi reconnaître le coup porté au « sérieux » économique que Cahuzac représentait à gauche. En effet, ses mensonges ont un impact politique parce qu’ils mettent dans l’embarras une gauche moderniste qui s’était imposée en fustigeant le manque de réalisme d’un socialisme réduit à l’étatisme traditionnel ou à un idéalisme sans solutions. Accepter l’économie, c’était faire preuve du sens des réalités, refuser le dogmatisme et l’antilibéralisme, remonter les manches pour de bon contre les inégalités, valoriser une politique de résultats plutôt que des bonnes intentions. Cette gauche paraît aujourd’hui se four-voyer dans un double standard moral : aux salariés, la rigueur ; aux très hauts revenus, l’impunité et la mobilité. L’onde de choc, très au-delà de la personne du ministre du Budget, qui relève désormais de la chronique judiciaire, touche la crédibilité de la gauche de gouvernement, qui doit maintenir la visée de la justice sociale. L’argent n’est pas une affaire de réussite et d’envie, comme le croient les communicants, ni une affaire de compé-tence et de rigueur, à quoi se réduit le débat économique. La violence potentielle de la contradiction entre l’argent comme instrument de mesure, qui produit une logique d’équivalence permettant les échanges, et l’argent comme fin en soi, qui subvertit toute échelle de valeurs, doit être contenue par les institutions politiques et les choix collectifs. Sans quoi, la voracité libère son pouvoir destructeur. Esprit
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Position
Après l’affaire Baby Loup : les associations au piège d’une laïcité nouvelle
Fnouvelle loi sur l- une AUT ILa laïcité ? Une nouvelle « affaire » de foulard pourrait conduire à étendre aux associations les règles de neutralité de la fonction publique. Les associations y trouveraient-elles une reconnaissance de leur rôle public au service de l’intérêt général ou y perdraient-elles, au contraire, une part de leur auto-nomie ? Le 19 mars 2013, la Cour de cassation a rendu deux avis sur le voile au travail, dont un seul a été commenté, celui de la crèche associative privée Baby Loup qui annulait le licenciement d’une puéricultrice portant un voile sur son lieu de travail. Pour bien comprendre la portée de cet arrêt, il faut cependant le mettre en regard de la décision, inverse, prise le même jour par les mêmes juges, considérant qu’une employée de la Caisse primaire d’assu-rance-maladie (CPAM) qui portait un bonnet tenant lieu de voile pouvait être licenciée. Pourquoi une telle différence d’approche dans deux casa priori semblables ? Parce que la cour a considéré dans un cas, celui de la crèche, que le contrat de travail relevait du droit privé, et ne tombait donc pas sous les mêmes obligations que celles qu’impose le droit public en matière de laïcité, et dans l’autre, celui de l’assurance-maladie, que ce contrat, bien que privé, relevait tout de même des règles du secteur public, car l’employée remplissait une mission de service public. Mais où se trouve l’équilibre entre ce qu’on peut opposer à l’autonomie d’une personne en raison de son contrat de travail et ce qu’on peut lui imposer en raison du type de mission qu’elle remplit ?
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Marc-Olivier Padis
La décision de la cour choisit clairement, contrairement aux 1 affirmations de ceux qui y ont vu une défaite de la laïcité , une extension de la portée des règles du service public, puisqu’elle considère qu’un agent d’un organisme de droit privé comme la CPAMest soumis aux mêmes règles de neutralité qu’un fonction-2 naire . Jusqu’où cette extension est-elle souhaitable ? Fallait-il considérer que la crèche Baby Loup remplissait elle aussi, en accueillant de jeunes enfants, une mission de service public de la petite enfance ? Imposer le respect des règles de neutralité du service public dans une association, ce serait assimiler les salariés associatifs à des agents publics. Les associations doivent-elles participer à cette extension du principe de neutralité ? L’apparence des salariés au travail est encadrée par deux règles symétriques. Pour la fonction publique, c’est le principe de neutra-lité des agents de l’État qui s’impose : ceux-ci ne doivent manifester aucune affiliation religieuse. Mais les règles de la laïcité imposent 3 la neutralité de l’État, et non celle de la société . Les agents du secteur privé sont donc soumis à une autre logique, précisée par le Code du travail : les contraintes d’habillement doivent y être justi-fiées par la nature de la tâche à accomplir, de manière proportionnée au but recherché. Les associations se trouvent ici dans une position intermédiaire, car elles sont juridiquement des structures privées mais se trouvent souvent en situation de délégation de service public. Peut-on donc tenir pour négligeable leur autonomie juri-dique et leur imposer les règles de la fonction publique en consi-dérant que le financement public et une mission d’« intérêt général », l’accueil de la petite enfance, les assimilent à une sorte de service public ? Cela reviendrait à annuler l’autonomie des asso-ciations vis-à-vis de l’État, alors que celle-ci est déjà bien fragile. En effet, le grand public, qui n’a qu’une image floue du monde asso-ciatif, admire les associations pour leur efficacité mais ne comprend pas bien les motivations d’agir des bénévoles et craint des convic-4 tions trop affirmées . L’identité des associations, leur raison d’être, est souvent oubliée au nom de leur utilité et des services rendus, comme si la motivation à s’engager était négligeable.
1. Voir l’appel « Laïcité : aux élus de nous sortir de la confusion ! »,Marianne, 22 mars 2013. 2. Sophie Gherardi, « Interdire le voile au travail ? »,Le Monde, 29 mars 2013. 3. La loi de 2010 sur la burqa est fondée sur le respect de l’ordre public et non sur le prin-cipe de laïcité, bien que le motif religieux n’en soit pas tout à fait absent, voir Patrick Weil, « La loi sur la burqa risque l’invalidation par l’Europe »,Le Monde, 24 novembre 2010. 4. Marc-Olivier Padis, « Les associations, béquilles du service public ? »,Esprit, mars-avril 2012.
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Après l’affaire Baby Loup : les associations au piège d’une laïcité nouvelle
La restriction des libertés individuelles est trop grave pour ne pas être rigoureusement justifiée, surtout au travail, où les salariés sont, par contrat, dans une position de subordination, et plus encore pour les femmes, déjà confrontées à de nombreuses discriminations. Le règlement intérieur des établissements doit justifier précisément les raisons de limiter la protection des salariés. En l’espèce, la cour a considéré que celui de la crèche était trop flou et large en censu-rant toute expression de la liberté de conscience. Faut-il donc une 5 nouvelle loi ? Certains parlent de « vide juridique » alors qu’ils veulent, en réalité, non combler une lacune mais inverser la hiérar-chie entre la protection des salariés et le principe de neutralité ! Selon les partisans d’une nouvelle loi, il y aurait urgence en raison d’une « offensive » des fondamentalismes, faisant pression sur les femmes, argument déjà présenté, avec succès, devant la commission Stasi. Dans une confusion délibérée, il s’agirait de traiter toutes les femmes, indépendamment de leur liberté de conscience, comme si elles étaient victimes d’une pression extérieure. L’émancipation républicaine commencerait donc par un déni de l’autonomie de jugement. Il faudrait en outre « protéger les enfants », comme si le port du voile n’était plus qu’une arme de prosélytisme, indépen-damment des motifs personnels de le porter, qui appartiennent au for interne. Avec cette nouvelle polémique, on observe la poursuite inquié-tante d’une transformation de l’idée de laïcité, réduite au choix de la neutralité. En effet, l’instrumentalisation trop évidente de la référence laïque pour stigmatiser la pratique de l’islam finit par affaiblir l’idéal laïc, qui garantit la liberté de conscience. D’ailleurs, l’abstention des convictions personnelles, même religieuses, ne peut résumer toute figure du civisme. C’est pourquoi l’autonomie des associations est indispensable à la vitalité de l’esprit civique face à un intérêt général identifié à la fonction publique et à l’État. Une loi assimilant, par les règles de l’emploi, les associations au service public affaiblirait la raison d’être du monde associatif, indisso-ciable du pluralisme des convictions et de la liberté des personnes. La loi de 1905 est une loi libérale de compromis qui a su être inclu-sive, elle ne doit pas se caricaturer et servir, à contre-emploi, à rallumer de pseudo-querelles religieuses. Marc-Olivier Padis
5. Daniel Verba, « Baby Loup, débat pollué »,Libération, 28 mars 2013.
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Position
La révolution tunisienne en cours de confiscation
Lcouverture indigente, par les médias français, du Forum social A mondial tenu à Tunis du 26 au 30 mars 2013 témoigne de la diffi-culté à écouter une société civile étonnamment vivante, en dépit de la gravité de la situation économique ; son action demeure déter-minante pour sauvegarder les valeurs d’une révolution détournée par la troïka actuellement au pouvoir. Comment ne pas voir le rôle moteur de cette frange active de la société avec, parmi ses principaux acteurs, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), l’Association des magistrats, le Syndicat national des journalistes tunisiens, les collectifs de femmes, de blogueurs, de jeunes chômeurs, etc. qui, depuis décembre 2011, n’a eu de cesse de se faire entendre ? Mieux, elle a obligé un pouvoir au projet démocratique dévoyé à faire (parfois) machine arrière. Sans être malheureusement décisifs, faute d’une opposition politique assez lucide et unifiée pour les capitaliser, ces quelques reculs constituent le principal, voire actuellement le seul, garde-fou aux tentatives d’OPApar le parti Ennahda du processus de démocratisa-tion amorcé en janvier 2011. Le poids des deux autres protagonistes, nonobstant les dénégations de leurs anciens chefs de file (Mustafa Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante, ANC, et Moncef Marzouki, chef de l’État), n’a d’autre réalité que la volonté de ces deux anciens opposants de garder coûte que coûte leurs fonctions, malgré le délitement de leurs formations respectives. Et si l’altermondialisme, qui a réuni quelque 40 000 personnes, n’a certes pas connu à Tunis, en ces temps de régression économique et de vide idéologique, d’initiatives marquantes, le forum a permis
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