Esprit mai 2014 - Les convertis, avenir de la religion?

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Qui sont les convertis ? Que signifie aujourd'hui se convertir, dans un âge que l'on qualifie de " séculier " ? La conversion a une signification sociale, philosophique, mais recouvre aussi des enjeux concrets pour différentes religions : l'église catholique cherche à se " moderniser " et à enrayer son déclin, les nouveaux musulmans sont trop souvent réduits à l'image du djihadiste, et les évangéliques partent à la conquête des cœurs... y compris via Internet. Franck Frégosi, Philippe Gonzalez, Loïc Le Pape et Corinne Valasik nous éclairent sur ces enjeux cruciaux, à l'heure du retour du religieux. A lire également dans ce numéro, un débat sur l'Europe : le philosophe allemand Jürgen Habermas et le directeur de la revue italienne Micromega Paolo Flores d'Arcais tentent de penser l'Europe autrement, à la veille des élections. Retrouvez également des textes sur l'Ukraine (Marie Mendras, Jacques Rupnik), la crise de la presse, le chanteur Stromae, l'artiste Bill Viola et bien d'autres sujets.


Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9791090270664
Nombre de pages : 160
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SOMMAIRE
Éditorial : Anesthésie du débat, défiance des urnes.Esprit
Positions – D’Ayrault à Valls : toujours le déni de réalité !(Olivier Mongin). Contrer l’offensive russe en Ukraine(Marie Mendras). Un traité transatlantique, pour quoi faire ?(Zaki Laïdi)
LES CONVERTIS, AVENIR DE LA RELIGION ? À l’âge séculier, quel retour à la foi ? Introduction. Marc-Olivier Padis Changement intérieur, récit de soi et regard social.Loïc Le Pape La conversion est souvent perçue comme un acte purement individuel, une transformation radicale de soi. Or elle doit aussi être reconnue par une insti-tution cléricale, selon ses propres règles. Mais ce changement intérieur doit se dire d’une manière qui le rende acceptable dans un âge séculier qui ne lui réserve pas d’espace d’expression publique. La philosophie, un exercice spirituel.Jean-Louis Schlegel Il existe une forte tradition philosophique de « conversion intérieure », notamment dans la philosophie antique, à travers les exercices spirituels, qui seront repris par les jésuites. Si la philosophie moderne s’en est détachée, on voit aujourd’hui revenir les appels à la transformation de soi pour « bien vivre » : mais ce ne sont bien souvent que des « astuces » pour individus en mal de sens…
L’Église catholique en quête de convertis
?Corinne Valasik
Comment se convertit-on au catholicisme ? Le catéchuménat est une procé-dure longue, qui vise à lier la demande individuelle et l’intégration commu-nautaire. L’Église présente, à travers les convertis, une nouvelle image, plus « moderne », de la religion, mais fait en sorte que l’institution ne se laisse pas déborder par les nouveaux entrants.
Changer les cœurs, gagner les nations : la conversion dans l’évangélisme.Philippe Gonzalez
Les évangéliques insistent sur la relation personnelle que le converti doit entretenir avec Dieu, et contrairement aux Églises « traditionnelles », ne se reconnaissent pas dans une appartenance ecclésiale stricte. L’un des lieux du prosélytisme évangélique est d’ailleurs l’internet, où l’on peut pratiquement se convertir en quelques clics.
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Sommaire
Les nouveaux musulmans : entre surexposition et invisibilité. Franck Frégosi Si les médias mettent l’accent sur les nouveaux musulmans qui s’engagent dans la voie du djihad, la réalité des conversions à l’islam en France est bien plus complexe… et ne date pas d’hier. Et la majorité des convertis préfèrent vivre leur foi nouvelle dans le cadre privé et en toute discrétion.
POUR UN NOUVEL ESPRIT EUROPÉEN Mais que veut dire « une Europe forte » ?Jürgen Habermas La crise de légitimité de l’Europe est évidente : la politique d’austérité menée sous l’impulsion de l’Allemagne, la multiplication des décisions prises sans contrôle démocratique direct et les limites de l’union monétaire creusent le fossé entre l’Europe et ses citoyens. Ce fossé peut être comblé ; pour cela il faut faire évoluer non seulement les institutions européennes, mais le dis-cours que les politiques tiennent sur « Bruxelles ». Comment sauver l’Europe.Paolo Flores d’Arcais En appeler à des transformations institutionnelles de l’Europe ne suffit pas aujourd’hui, car l’Europe connaît une crise profonde de sa représentation. Les conditions préalables à l’exercice d’un vote démocratique ne sont pas réunies, et ce n’est que par la mobilisation des citoyens que l’on peut échap-per aux nouveaux nationalismes comme à la doctrine ultralibérale.
ARTICLES La presse survivra-t-elle à ses crises ?Nicolas Clément Les causes de la crise actuelle de la presse sont multiples ; l’option du « tout numérique », avancée par beaucoup, n’est pas la panacée, car les recettes perdues sur le papier ne se retrouvent pas, pour l’instant, sur le web. Il faut donc repenser le modèle de la presse, tout comme celui des aides que l’État lui apporte. André Velter. « Tout est départ ». Poèmes présentés par Jacques Darras
JOURNAL 117 Socialisme en déroute(Erwan Lecœur): le retour de la. Russie politique postimpériale(Jacques Rupnik). Le Venezuela se déchire (Victoria Zurita). Stromae, icône pop et jeune homme triste(Nico-las Léger). Le monde de Bill Viola(Isabelle Danto).Apocalypse, des images conflictuelles ?(Louis Andrieu)
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BIBLIOTHÈQUE
Repère – Et l’Homme créa la Terre,par Olivier Fressard
Librairie. Brèves. En écho. Avis
Abstracts on our website :www.esprit.presse.fr Couverture : © Darcy Padilla/Agence Vu
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Éditorial
Anesthésie du débat, défiance des urnes
Edeux élections, les municipales et les européennes, le NTRE crédit accordé au président de la République est au plus bas. À travers lui, dans une République qui personnalise le pouvoir, le mécontentement atteint plus largement la politique instituée. Plus grave, le doute touche à la capacité transformatrice du vote. Celui-ci en effet ne tranche pas seulement l’attribution du pouvoir, même pour des élections locales, il donne aussi l’occasion de métaboliser une attente inquiète, une colère sourde en force collective, en proposition d’avenir. Mais l’abstention grandissante et le vote à l’extrême droite expriment un décrochage inquiétant. L’échec est particulièrement sensible pour un socialisme au pouvoir qui se veut pragmatique mais qui n’a pas pris la mesure des bouleversements de la crise de 2008. Dans la crise démocratique de la représentation, l’inertie des partis (professionnalisation, cumul des mandats, sous-représentation de nombreux territoires) a anes-1 thésié jusqu’au débat d’idées . Le hollandisme proposait une synthèse entre un ancrage politique local, l’expérience du socialisme municipal (que représentait Jean-Marc Ayrault) et la haute fonction publique venue de l’ENA(la fameuse promotion Voltaire). Le recul historique des socialistes aux élections municipales et le change-ment de Premier ministre montrent l’échec d’un socialisme bureau-cratique replié sur les enjeux d’appareils. Le parti, qui a neutralisé ses débats internes en raison de ses divisions idéologiques (notam-ment sur l’Europe), ne peut plus se reposer sur son ancrage local,
1. Voir notre numéro d’août-septembre 2013 : « À quoi servent les partis politiques ? ».
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qui vient de s’effondrer, ni sur la stratégie des grandes métropoles dont il a perdu la maîtrise. Cet ancrage dans la gestion locale n’avait, curieusement, jamais donné lieu à une renaissance programmatique. Il exprimait simple-ment un pragmatisme qui désarme l’argumentaire politique au moment où des choix difficiles sont faits. Le débat sur les choix poli-tiques en reste ainsi à des formules toutes faites qui n’éclairent en rien des décisions essentielles. Qui peut croire que le passage de Jean-Marc Ayrault à Manuel Valls exprime une évolution du choix « social-démocrate » au « social-libéralisme » ? Comme s’il existait à gauche un intense débat idéologique ! Hormis dans des inflexions du jeu de la communication, ces termes ne correspondent plus ni à des courants de pensée constitués ni à des options politiques clai-rement identifiables. Car le débat idéologique est depuis long-temps jugé trop subalterne dans les enjeux partisans internes pour qu’on puisse identifier des courants derrière les étiquettes. Dans l’ensemble, c’est la politique présidentielle d’adaptation aux contraintes qui reste la ligne conductrice. Mais surtout, un tel conflit de doctrine n’a plus de sens, tant les termes du débat ont été déplacés par la crise qui balaie violemment l’Europe. Le casse-tête budgétaire de l’État absorbe l’essentiel de l’atten-tion médiatique alors que les recettes habituelles de la dépense publique et des exemptions de cotisations pour les entreprises, qui permettaient de s’ajuster à la conjoncture par temps calme, ne peuvent plus produire des résultats suffisants à l’échelle des diffi-cultés que traverse l’Europe. Le débat politique, figé dans des posi-tions établies, traite comme une question de pilotage conjoncturel ce qui est en réalité une mutation de notre régime économique. On gère les déficits comme si les chiffres devenaient en eux-mêmes des objectifs à atteindre. Pourtant, depuis la crise bancaire, transformée en crise des dettes souveraines, les rendez-vous se précisent : les déséquilibres mondiaux s’accumulent, les contraintes environne-mentales affectent déjà les modes de vie, un nouveau régime de crois-sance durable reste à inventer. Il ne faut plus limiter le débat politique aux controverses macroéconomiques sur la « libération de la croissance » alors que le désarroi politique exprime des attentes de compréhension plus larges, qui appellent un discours substantiel sur le devenir de la France dans un espace mondial qui se recom-pose rapidement après le choc de la crise financière. Esprit
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Position
D’Ayrault à Valls : toujours le déni de réalité !
O Nl’avait écrit ici même dans une récente position : le président Hollande était d’autant plus fragilisé et affaibli, en mal d’autorité, que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avait accaparé le pouvoir et faisait montre d’autorité, celle qui incombe au chef de la 1 police et de la gendarmerie . Qu’en est-il après le score catastro-phique des municipales ? Au premier abord, le président persiste et signe dans l’échec : d’un côté, il demande à Manuel Valls, sa « dernière cartouche », comme cela a été dit et redit, mais aussi son rival à l’horizon des présidentielles de 2017, de le sauver de la noyade (il reconnaît ainsi sa faiblesse) ; de l’autre, il forme un gouvernementbismarqué du sceau de Hollande et ne laisse à Valls d’autre issue que de poursuivre sa politique (il confirme ainsi qu’il ne parvient pas à s’ouvrir et à sortir de ses cercles proches). Valls est-il alors prisonnier de son président qui a tant de mal à « présider » et à « incarner le pays » ? On a insisté sur le changement de style et de ton par rapport à Jean-Marc Ayrault. Cela ne fait guère de doute. Plus encore, cela saute aux yeux : Euro-RSCG(aujourd’hui Havas Worldwide) a repris en main la communication et l’incontournable Stéphane Fouks est plus que jamais là. Ceux qui ont conseillé Jérôme Cahuzac et
1. Voir Olivier Mongin, « Un pouvoir sans autorité ! Hollande aspiré par Valls »,Esprit, décembre 2013.
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Olivier Mongin
Dominique Strauss-Kahn sont de retour. Certes, la déclaration de politique générale était précise, cadrée, fluide. Valls a fait preuve de savoir-faire et de conviction, s’est voulu rassembleur à gauche mais aussi vis-à-vis de la nation. Valls le grand communicant n’est donc pas seulement « l’homme du président ». Il l’est d’autant moins qu’Alain Bauer, le troisième larron de la bande de Tolbiac (il était à la fac avec Fouks et Valls), qui fut l’un des conseillers sécu-2 rité de Sarkozy, vient aussi le seconder . Il y a bien une marque Valls qui s’est immédiatement imposée : l’énergie, la capacité de réagir, d’aller vite et de mieux faire travailler ensemble gouvernement et Parlement. Reste qu’évoquer l’influence de Lionel Jospin, dont Valls a été le conseiller « com » à Matignon, fait oublier ce qui le rapproche d’un Sarkozy, qui ne lui a pas fait des appels du pied par 3 hasard . Un « gouvernement Hollande » qui communique enfin, voilà donc ce qu’est le « gouvernement Valls ». Mais la politique ne se passe pas qu’à l’Assemblée nationale ; l’examen de passage de Valls était la conséquence d’un fiasco électoral et d’un taux d’abstention d’autant plus inquiétant qu’il n’en finit pas de grimper d’une élection à l’autre. Le communicant Valls sait mieux que personne que la volonté politique doit se traduire dans l’opinion publique. Mais qu’en est-il de celle-ci ? Qu’a-t-elle entendu ? Cet après-midi du 8 avril, Valls a cité à l’Assemblée nationale plus de quarante fois le mot « France » (avec des accents à la Guaino), et trois ou quatre fois seulement les mots « socialisme » et « gauche ». Plus étrange encore, les principaux présidents de groupes politiques chargés de réagir à sa déclaration n’ont en général pas cru bon, à l’image du Premier ministre, de citer le Front national, alors même que cette élection rend manifeste sa « dédiabolisation ». Faut-il aller trop vite et affirmer, comme l’a fait le président du groupe socialiste (Bruno Leroux), que la France démobilisée et désabusée est une France en demande de citoyenneté ? Si c’est le cas, on ne peut se satisfaire du sempiternel discours républicain et de l’éloge émouvant de la France « arrogante car généreuse » ; la France de toujours participe de l’histoire du monde, de l’histoire d’un monde (évoqué furtivement comme celui de l’économie globalisée) qui porte des défis inédits pour elle… À un seul moment, on a senti que le vent de l’histoire
2. Voir l’article d’Ariane Chemin, « En attendant le nouveau gouvernement : rêves, pres-sions et comédie du pouvoir »,Le Monde, 2 avril 2014. 3. Un côté renforcé par les références à l’accueil de l’immigré par la France (le « sang-mêlé » Sarkozy, dont le père est hongrois, le Catalan Valls).
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D’Ayrault à Valls : toujours le déni de réalité !
avait tourné, c’est quand Valls a égrené ses réformes institutionnelles concernant les collectivités territoriales (régions, intercommunalités, départements, compétences). Tout le monde était ébahi dans les travées, à droite comme à gauche. De fait, comment Valls va-t-il et peut-il faire bouger tous ces élus qui ont approuvé les propos du président du groupe UDI(François Sauvadet) quand il a évoqué le sort des campagnes et des villes abandonnées ? La France arrogante et généreuse doit être réformée, encore faut-il ne pas remettre aux calendes grecques des réformes urgentes et décisives. Si l’on doit souhaiter pour le pays une stabilisation de ce gouver-nement, il est utile de rappeler l’un des propos de Jean-Marc Ayrault quand il a quitté Matignon : « Je n’ai qu’un regret, avoir obéi au président quand je lui ai demandé dès 2012 de pouvoir dire aux Français la profondeur et la gravité de la crise, et qu’il m’a répondu qu’il ne fallait surtout pas les démoraliser. » Aujourd’hui, Valls a, lui, le droit de rappeler aux Français démoralisés l’ampleur des diffi-cultés et d’évoquer leur « souffrance ». Faut-il en conclure que le « déni de réalité », dont le président est le principal responsable en raison de sa croyance démiurgique en une sortie de crise qui lui vaut une sortie de route, est derrière nous ? Lever le déni de réalité, faire écho au regret justifié de Jean-Marc Ayrault, cela exige plus que de poursuivre la politique de Hollande (les pactes) avec une meilleure communication et d’annoncer des projets de réforme irréalisables à court terme : il faut parler du monde tel qu’il va. Si le duo Valls/Hollande veut rompre avec le déni de réalité dont la gauche est friande, s’il veut se coltiner le réel pur et dur et ne pas le laisser en pâture au FN, il va falloir en dire beaucoup plus et commencer à entrer dans l’histoire du monde. Pour cela, il ne suffit pas de prononcer le mot France toutes les minutes pour rassurer ceux dont on ne parle pas, cette France arrogante (avec les Roms) et géné-reuse (avec les brillants Catalans)…
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Olivier Mongin 15 avril 2014
Position
Contrer l’offensive russe en Ukraine
L ARussie a gagné la Crimée par unespetsoperatsiia, opération spéciale digne des grandes heures du KGB, et elle poursuit une véri-table bataille rangée dans les villes de l’Est. Elle utilise les moyens les plus subversifs et les plus dangereux : occupation armée des bâti-ments de la police, de l’Intérieur, de l’administration, par des tireurs d’élite cagoulés et des hommes de main présentés comme des « manifestants », matraquage de citoyens, rouleau compresseur de la propagande russe dans tous les médias, intimidation des respon-sables ukrainiens. Nous observons le mêmemodus operandiqu’en Crimée, mais beaucoup plus brutal car, contrairement à la petite péninsule, les populations de ces provinces orientales sont majoritairement ukrai-niennes, très attachées à leur pays et de plus en plus exaspérées par l’ingérence décomplexée de Moscou. Vladimir Poutine ne cache plus qu’il veut diviser la société ukrainienne, déstabiliser le gouverne-ment de transition et empêcher la bonne tenue des élections, prési-dentielles et locales, le 25 mai 2014. Ce ne sont pas des citoyens d’Ukraine « pro-Russes » qui mènent la danse, mais des Russes de Russie qui sont introduits pour agiter des populations inquiètes et orchestrer les appels au « séparatisme » ou à la « fédéralisation », qui signifierait tout simplement l’implosion de l’Ukraine. Pour annexer la Crimée, jusqu’alors république autonome dans l’État ukrainien, Poutine avait certes préparé de longue date et dans les moindres détails le coup de force. Mais la Crimée se trouvait déjàde factosous contrôle militaire russe et échappait au gouvernement central depuis longtemps. Le fruit mûr est tombé faci-lement. Pour continuer à démembrer l’État ukrainien, Moscou doit d’abord déstabiliser des villes industrielles en crise, comme Donetsk, Slaviantsk ou Lougansk. Et créer de toutes pièces les conditions d’un affrontement fratricide. Le calcul de Poutine est de pouvoir dire
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