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Éditorial
Le désarroi des institutions
U NE FOIS DE PLUSi, les élections ont mis en évidence un malaise auss palpable que difficile à diagnostiquer. De nombreux symptômes, peu de remèdes: abstention, montée de l’extrême droite, discrédit de l’action politique même. Des élus locaux parlent d’un «sentiment d’abandon» largement partagé. La formule exprime à la fois une rupture d e confiance et la sanction d’une impuissance publique. Mais tranche-t-elle nos dilemmes politiques? Elle signifie aussi bien une attente d’action publique q ue la mise en cause des castes dirigeantes. Elle appelle la protection auta nt que l’innovation, une recentralisation de l’État aussi bien que des mobil isations plus locales et imaginatives. C’est sans doute pourquoi le débat en reste le plus souvent aux codes bien connus du jeu politicien, qui recouvre t rop vite l’expression de la crise identitaire, individuelle et collective. Il se passe pourtant quelque chose d’inédit dans la représentation, qui excède la défiance électorale. La perspective de l’alternance, qui a stabilisé le système partisan, ne comble plus le désir d’alterna tive politique. Avec l’installation du Front national dans les instituti ons locales, le tripartisme s’impose dans un système fait pour le bipartisme. Non pas que la domination de deux partis de gouvernement ait jamais reflété un é tat sociologique du pays: les passions politiques françaises ont toujours suscité une profusion des formes partisanes. Entre scissions et tendances groupusculaires, le paysage des partis est plus agité en France que dans les démocraties b ritannique ou américaine. Même le centre, dont la disparition est inlassablement annoncée, résiste depuis e les débuts de la V République à la logique d’un antagonisme oligopolistique. Il est vrai qu’il sait composer avec l’obligation de nouer des alliances pour arriver au pouvoir, qui est le corollaire de notre système présidentiel – un art dont les socialistes semblent avoir perdu la pratique. e Le jeu à trois signifie que la logique de la V République ne contient plus la conflictualité politique entre les seuls partis de gouvernement. Le futur congrès socialiste et le changement de nom de l’UMPsuffiront pas à inverser la ne tendance de fond. Ce qui relance les spéculations s ur l’avenir des institutions gaulliennes. Mais une réforme constitutionnelle sou s la pression populiste aurait-elle du sens? Ne serait-elle pas perçue comme une adaptationad hoc pour préserver les situations acquises? Quoi qu’il en soit des initiatives constitutionnelles, qui pourraient réactiver le déb at politique, les défauts du système sont connus. Le privilège de l’exécutif dans notre culture politique, par choix du volontarisme et crainte de l’instabilité g ouvernementale, a longtemps négligé le système représentatif, simple outil pour accéder au pouvoir. L’essentiel était de s’assurer que le pays était gouvernable. Mais aujourd’hui, le prestige de l’exécutif s’est érodé, plombé par une conjoncture économique considérée comme seule sanction du réel. Les défaillances de la représentation – la faiblesse du Parlement, la dépendance du pouvo ir local, la timidité de la société civile – ne sont plus compensées par la personnalisation du pouvoir. Le mécontentement n’est plus un ingrédient de la compétition démocratique, il peut déstabiliser tout le système.
Parmi les ruptures exprimées par l’abstention et le vote Front national, l’indifférence d’une grande partie de la jeunesse a pparaît particulièrement inquiétante. L’abstention et le rejet des partis de gouvernement sont en effet particulièrement forts chez les jeunes électeurs. E t pour cause: les difficultés d’entrée dans la vie active (chômage, précarité, lo gement…) bloquent leurs perspectives d’avenir. C’est l’autre versant de not re malaise institutionnel: enfermées dans l’urgence et le court-terme, les ins titutions publiques n’aident plus à construire de la durée. Or elles ont pour rôle d’associer des temporalités différentes et de nouer les promesses entre les gén érations. Miser sur la jeunesse qui risque de décrocher doit demeurer une priorité, faute de quoi les messages vertueux sur «le peuple qu’on écoute» resteront de la mauvaise rhétorique de soirée électorale. Esprit
Position
Les dangers de la pensée unique en économie
I MAGINONSqu’il n’y ait en France qu’une seule école de journalisme et que ses enseignants ne viennent que duFigaro. Ou bien un seul cours sur l’industrie nucléaire qui serait tenu par des élus d’Europe Éco logie Les Verts. Ou encore que l’on enseignerait dans nos universités d’économie un seul mode de pensée dont les deux résultats majeurs en 2007 étaient que les crises appartiennent au passé et que les bulles financières n’existent pas. Dans ce dernier cas, ce n’est malheureusement pas u ne fiction. La théorie dominante encore très majoritairement inculquée à n os futurs économistes repose sur le modèle standard d’une approche formal isée (remplie de mathématiques et de modèles), dont les résultats dépendent d’hypothèses très restrictives, comme celles selon lesquelles toute l ’économie d’un pays se comporte comme le ferait un individu, les décisions sont prises de manière rationnelle, la monnaie n’est là que pour faciliter les échanges, la finance ne joue aucun rôle dans l’économie, etc. Ses défenseurs tiennent majoritairement les cours, les laboratoires, les universités. Et donc les budgets de recherche et le s postes clés de sélection des futurs économistes. Bref, ils ont la capacité d e définir qui est un bon économiste et qui ne l’est pas. Depuis quelques années, l’Association française d’économie politique (Afep) et ses six cents adhérents se battent pour que des économistes différents, ceux qui s’inspirent plus d e Keynes, de Marx, de Perroux, des institutionnalistes américains, etc., que de cette économie dominante, aient le droit de cité. Ceux pour qui les maths sont un moyen et non une fin, pour qui la monnaie n’est pas un voile mai s une institution, pour qui l’histoire, la morale et l’analyse des rapports de force font partie de l’économie et, surtout, pour qui il existe plusieurs façons de penser l’économie. Ce groupe-là est, tout simplement, en train de mour ir. En 2013, la chercheuse Florence Jany-Catrice a montré que depui s le début des années 2000, le jury qui choisit les professeurs d’économi e – avec les budgets et le statut qui vont avec – parmi les maîtres de confére nces n’a sélectionné que 10,5ceux que l’on appelle les hétérodoxes. Ces dern ières années, cette de part est même tombée à 5. À ce rythme-là, il n’y aura bientôt plus qu’une pensée unique, qu’une seule façon de penser l’écono mie à avoir le droit d’exister en France. L’Afep a été créée pour éviter cette issue fatale. Son combat? Que le gouvernement autorise la création d’un autre jury, d’une nouvelle section du Conseil national des universités, plus ouverte aux différentes cultures, aux différentes méthodes de l’économie. Benoît Hamon, l ’ancien ministre de l’Éducation nationale, y était favorable. Najat Val laud-Belkacem, qui le remplace, aussi. Le 18 décembre 2014, le ministère indique à l’Afep que la décision est prise de créer ce nouveau jury. Mais celle-ci à peine connue, les défenseurs de la pensée unique partent au combat. Alain Ayong Le Kama, qui préside le jury ac tuel, menace d’une démission collective. Dans une lettre à la ministre , il reconnaît que certains économistes se sentent «marginalisés, d’autres découragés, voire exclus», il
reconnaît même un «déficit de pluralisme, indéniable» et propose donc… de ne surtout pas créer de nouvelle section! Pire: dans les coulisses, les économistes Philippe Aghion et Jean Tirole montent au créneau de l’Élysée et de Matignon pour faire annuler la décision. Pour qu elles raisons? On ne le saura pas. Philippe Aghion dit ne pas vouloir s’exp rimer publiquement sur le sujet. Le secrétariat de Jean Tirole répond que le professeur s’est trop dispersé et souhaite consacrer son temps à ses recherches. I l a tout de même trouvé quelques minutes pour écrire une petite lettre au g ouvernement dénonçant l’éventuelle nouvelle section et tous ceux qui ne p artagent pas sa vision de l’économie comme une «antichambre de l’archaïsme»… Les réseaux médiatiques sont mobilisés etLe Figarodénonce les défenseurs de la nouvelle section comme les ratés et les frustrés de l’univer sité… André Orléan, Michel Aglietta, Robert Boyer, Olivier Favereau, Luc Bolta nski, Dominique Méda et tous les autres grands noms qui soutiennent la nouvelle section, tous des ratés! Le gouvernement décide pourtant de reculer et la dé cision est annulée. Le vent du boulet étant passé très près, M. Le Kama s’ engage à recruter plus d’hétérodoxes. Le ministère promet un bilan de la s ituation avant la fin de l’année et annonce le 13 janvier 2015 un moratoire sur la création de la nouvelle section. Mais la procédure de recrutement des professeurs a été lancée depuis plusieurs semaines déjà et lorsque les résultats to mbent mi-mars, on voit combien les réticences à changer sont toujours là. La part des sélectionnés classés comme défenseurs du pluralisme est passée à un quart. Merveilleux. Selon l’Afep, tel hétérodoxe est retoqué pour sa je unesse et tel jeune mainstreamcomme professeur… Bref, le problème du pluralisme de la qualifié pensée économique en France reste entier. On ne comprend pas pourquoi les économistes dominants sont si arc-boutés devant la possible création d’une nouvelle section. Cela scinderait en deux le petit monde des économistes français? C’est déjà fait et ils en portent la responsabilité. Cela permettrait à des gens qui n’o nt pas le niveau de s’autopromouvoir? Si c’est le cas, ils ne trouveront pas de poste de professeur. Et s’ils en trouvent dans des universités qui les s électionneraient sans prendre garde à la qualité de leur travail, les étudiants les fuiront. On se dit plutôt que des enseignants proposant un c ursus pluraliste sur les méthodes et les pensées, moins formalisateur et plus ouvert sur les problèmes réels du monde et sur les autres disciplines, serai ent susceptibles de motiver beaucoup plus les étudiants, de moins en moins inté ressés par les facs d’économie. En fait, face à une offre innovante de formation, le monopole du mainstreamtente de maintenir les règles institutionnelles permettant de refuser la concurrence. Le gouvernement peut-il sérieusement soutenir ce po int de vue? Les mois qui viennent vont être cruciaux pour savoir si notr e pays a le droit ou pas à l’existence d’une pensée économique pluraliste.
* Christian Chavagneux
*
Éditorialiste àAlternatives économiqueset àAlterEcoPlus.
Position
Face au Front national, faire vivre les idées
Q UELLEinterprétation donner des résultats des élections départementales des 22 et 29 mars 2015i? Pas de surprises, à première vue. L’échec du part socialiste était attendu, comme la victoire de l’UMPet de l’UDIet la progression 1 marquée du score du Front national . L’abstention a dépassé les 50. Le mode de scrutin a favorisé les sortants implantés sur leur territoire et les alliances de premier tour à droite, et les socialistes ont payé le tribut des élections de mi-mandat. Pas de surprises, mais des inquiétudes. Si le Front national est resté aux portes du pouvoir exécutif départemental, il es t passé de un à soixante-deux élus et a réussi sa stratégie d’implantation locale à partir des municipalités remportées l’année dernière. Tout est en place pour une réussite électorale de ce parti aux élections régionales, avec un mode de scrutin qui lui sera plus favorable. C’est une perspective inacceptable, qui appelle à changer en profondeur et rapidement le climat de notre vie pol itique. Encore faut-il savoir comment. Ces résultats doivent être replacés dans une logiqu e moins étroitement électorale. Le succès du Front national, l’enracine ment de l’abstention s’alimentent bien sûr du chômage et de la montée de s inégalités. Mais il tient aussi de plus en plus, alors que Marine Le Pen a en gagé la normalisation de son parti, à l’absence de confrontation des projets politiques dans la vie démocratique aujourd’hui et à une forme de «désarticulation» entre les valeurs proclamées et les politiques menées. Ainsi, il y a quelques mois, l’attentat contreCharlie Hebdoles deux jours d’assassinats et de prise d’otag es et sanglante qui ont provoqué la mort de dix-sept pers onnes avaient conduit des millions de personnes à manifester pour la liberté d’expression. Si, depuis, le gouvernement a multiplié les preuves qu’il prenait la menace sur la sécurité des personnes au sérieux, les interrogations de fond de meurent. Il y a des décennies que les responsables, toutes familles pol itiques confondues, sont paralysés lorsqu’il s’agit de définir la place des religions dans l’espace public, de parler de l’ouverture de la société française au monde et à l’Europe ou de tenir un discours équilibré sur les questions migratoires . À quoi bon durcir l’arsenal législatif sécuritaire, s’adresser aux victimes ou invoquer la République si le projet commun n’existe plus? Dans ce contexte, la menace du Front national est t rop souvent utilisée comme un argument qui n’invite qu’à rassembler les troupes. À deux semaines des élections départementales, le Premier ministre s’interrogeait ainsi sur le silence des intellectuels et se demandait où était la gauche par rapport à la montée de l’extrême droite. À quelques jours du premier tour, c’est la possibilité 2 de rendre le vote obligatoire pour combattre l’abstention qui avait été largement relayée avec des pour et des contre à fro nts renversés: à gauche pour, à droite contre. Faire porter sur les électeu rs la responsabilité de la situation était-il la bonne solution? La figure de Marine Le Pen continue de surplomber l’actualité. La fausse protection, le ni d douillet de l’entre-Français offerts par le Front national sont renforcés.
C’estjustementl’absencedeprojetargumentéopposéàceluidecepartiqui
C’est justement l’absence de projet argumenté opposé à celui de ce parti qui autorise sa progression. Marine Le Pen et ses proches ne se contentent pas de policer leur langage. Ils sont aussi à l’initiative et bousculent les lignes en lançant par exemple une pétition de défense des lib ertés contre la loi sur le renseignement en discussion à l’Assemblée nationale. Il y a quelques mois, la création d’unthinktankdu Front national autour du thème de l’écologie patriote a été rapidement oubliée. Or si le concept d’«écologie patriote» décrédibilise d’emblée l’approche (le nuage de Tchernobyl ne s’est pas arrêté aux frontières de la France…), peut-on vraiment être sûr que la plupart des Français fassent la différence avec la politique d’un gouvernement q ui n’hésite pas à parler d’écologie punitive et renonce à l’écotaxe? En s’appropriant pas à pas l’ensemble des thèmes du débat public, le Front nat ional affiche qu’il n’a peur d’aucun sujet. Il est temps de le prendre au mot. Que l’on nous comprenne bien. Le combat sur les val eurs garde toute son importance, particulièrement lorsqu’il s’agit d’assumer l’ouverture à l’Europe et au monde et de défendre la figure de l’étranger. Ma is la confrontation programmatique doit avoir lieu sans exclusive. À ne pas l’assumer, on laisse le Front national donner le sentiment qu’il est non seulement un parti antisystème mais un parti qui porte un projet politique dans un désert programmatique. C’est la responsabilité de l’ensemble des familles politiques de droite, de gauche et de l’écologie de reprendre l’initiative des idées. Il est temps que les campagnes électorales donnent aux électeurs l’occasion de con naître réellement les propositions portées par les candidats qui se prése ntent aux suffrages et non leurs seules photographies retouchées et autres doc uments de propagande. Il est temps que les écologistes portent au débat publ ic leurs propositions pour réaliser la transition énergétique au lieu d’afficher leurs dissensions, il est temps de porter enfin le vote des étrangers devant les assemblées. Il s’agit de recréer un espace politique digne de ce nom, dont la fonction ne soit pas seulement de lutter pour le leadership éle ctoral ou l’accès au pouvoir institutionnel. Que ce soit sur les questions d’emp loi, de choix budgétaires, de santé, d’éducation, de fiscalité, le débat et l’arg umentation sont une condition essentielle de la crédibilité politique. L’esprit de nos institutions est celui-là. * Lucile Schmid
1Bien que les résultats de cette élection aient été particulièrement difficiles à interpréter pour des raisons tenant aux étiquettes politiques adoptées et à la présentation en binôme, on note que le ministère de l’Intérieur attribue un résultat de 22,23 aux binômes FN au second tour contre 16,06Parti socialiste ou 27,61 au  aux binômes Union de la droite. 2Le 15 avril 2015 le président de l’Assemblée nationale s’y est officiellement déclaré favorable dans un rapport sur l’«esprit du 11 Janvier». *Vice-présidente du conseil de surveillance de la Fondation de l’écologie politique.
Position
Lasurveillance, versionFrench Tech
L A FRANCE n’a pas tous les jours droit à un éditorial duNew York Times. Lorsque c’est le cas, comme le 31 mars 2015, il n’y a guère de quoi se réjouir. 1 Le titre est des plus explicites: “The French Surveillance State ”. Alors que les dirigeants français, depuis les attentats de janvier 2015, ne cessent de clamer qu’il n’y aura pas de Patriot Act à la française, l e quotidien américain met en 2 garde contre les dérives possibles des lois récemment votées ou proposées . Il pointe les désignations trop vagues des cas dans le squels l’extension de la surveillance pourrait être autorisée, le délitement du contrôle judiciaire au profit du contrôle administratif, les risques de restriction de la liberté de la presse. En France aussi, certains se sont émus des proposit ions faites par le Premier ministre, et notamment le Conseil national du numérique, qui dans un communiqué s’inquiète de l’absence de garanties suf fisantes en termes de libertés, des modalités du contrôle du renseignemen t, en particulier dans sa dimension technique, et plus généralement de «la tendance à l’accumulation de dispositions législatives visant à une surveilla nce accrue des citoyens sur 3 internet». L’épouvantail du Patriot Act semble pourtant en avo ir convaincu beaucoup, chez les politiques comme dans l’opinion publique, que la France ne se laisserait jamais aller aux excès des systèmes de renseignement américains au lendemain du 11 Septembre, aidé sans doute par un s olide fond d’antiaméricanisme qui peut porter à croire que, qu oi que nous fassions – et même si nous avons un parti de droite qui s’appelle «Les Républicains» – nous ne serons jamais «comme eux». Or en matière de surveillance, la France n’est 4 pas en reste. Et le débat public sur ces questions demeure des plus discrets . Au moment des révélations d’Edward Snowden, en 2013 , le journalLe Monde avait publié une enquête sur le système de renseign ement français, qui à bien 5 des égards n’a rien à envier à celui de la NSA, dont les échos ont été minimes. Au même moment, le débat autour de la vie privée et de la surveillance du net faisait rage en Allemagne… Nous n’analyserons pas ici en détail les raisons de cette indifférence, à la fois historiques (rôle de l’État central), politiqu es (institutions qui ne favorisent pas la prise de parole collective des citoyens) et peut-être même psychologiques (confiance dans l’État ou cynisme dé sabusé). Mais celles-ci, surtout à l’heure du numérique, ne doivent pas nous conduire au fatalisme; il doit être possible, en France, d’ouvrir un débat pu blic sur ce que le gouvernement peut savoir de nous, ce qu’il doit savoir de nous, comment il doit utiliser ces informations et qui peut contrôler son action dans ces domaines. Le débat, surtout lorsqu’il concerne le numérique, peut sembler technique, abscons, rébarbatif. Il est aussi faussé par le voc abulaire même qu’il emploie. Parler de «donnéesont», c’est supposer d’une part que ces informations s vraies, qu’elles ne sont pas construites, d’autre p art qu’elles sont cédées volontairement, une sorte de cadeau que les internautes feraient spontanément aux gouvernements et aux entreprises qui les recueillent. C’est le mirage dubig
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