Esprit octobre 2013 - Les controverses du féminisme

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Prostitution, pornographie, assistance à la procréation, voile islamique : toutes ces questions divisent les mouvements féministes et font souvent l'objet de polémiques médiatiques. Mais, au-delà des postures, ces sujets sont l'occasion de débats de fond : à l'heure des progrès de la science reproductive, qu'est-ce que la maîtrise du corps, et jusqu'où doit-elle aller ? La dignité de " la " femme va-t-elle à l'encontre de la liberté " des " femmes ? Faut-il bannir la religion de toute réflexion féministe ? Comment militer pour l'égalité dans un contexte de crise économique ? Autant de questions que nous explorons dans notre dossier, avec Christine Bard, Alix Béranger, Clara Carbunar, Caroline De Haas, Matthieu Lahure, Sarah-Marie Maffesoli, Nadia Marzouki et Diane Roman. A retrouver également, un article de Michel Aglietta qui se demande à quoi servent les économistes, un texte de Géraud Guibert sur la contestation des grands projets d'infrastructure, des analyses de la situation en Syrie, une critique du débat sur la transition écologique, un article sur les relations entre bande dessinée et cinéma, et bien d'autres sujets.


Publié le : jeudi 5 février 2015
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EAN13 : 9791090270398
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SOMMAIRE
Éditorial : La Syrie et les responsabilités occidentales.Esprit Positions – Le grand recul démocratique(Olivier Mongin). La transitionénergétiquenaurapaslieu(Louis Bouret):. Retraites l’échec de la pédagogie de la réforme(Marc-Olivier Padis)
LES CONTROVERSES DU FÉMINISME Combats féministes, débats de société. Introduction.Alice Béja L’État, les femmes et leur corps. La bioéthique, nouveau chantier du féminisme ?Diane Roman Fécondationin vitro, PMA, GPA… les techniques d’assistance médicale à la procréation progressent ; sont-elles pour autant un progrès ? Droit reproductif ou injonction à la maternité, les interprétations des féministes divergent : qui maîtrise le corps des femmes ? La pornographie, outil d’oppression ?Matthieu Lahure Féministes « abolitionnistes » et féministes « pro-sexe » s’opposent sur la question de la pornographie. Pour les premières, elle constitue une atteinte à la dignité des femmes ; pour les secondes, elle peut contribuer à mettre en avant des sexualités alternatives. Comment faire la part de l’influence, directe et indirecte, de la pornographie sur les représentations et les comportements qui en résultent ? Dignité de la femme et liberté des femmes. Les débats autour de la prostitution.Sarah-Marie Maffesoli Réglementarisme, prohibitionnisme, abolitionnisme : la France a connu tous les régimes juridiques concernant le travail sexuel. L’abolitionnisme revendi-qué aujourd’hui par le gouvernement – à travers notamment la pénalisation des clients – s’appuie sur la notion de dignité des personnes. Mais cette dignité ne peut-elle pas aller à l’encontre de la liberté individuelle, dont lÉtatestgarant? Vie professionnelle, vie familiale : lesmommy warsaux États-Unis. Encadré.Alice Béja La pudeur et l’affichage. Le féminisme est-il antireligieux ? Nadia Marzouki Les débats français autour du foulard islamique et de la burqa ont reposé sur la volonté d’attribuerunsens au voile, symbole d’oppression ou revendication d’identité. Or la dichotomie entre soumission et résistance ne rend pas compte de la polysémie des symboles religieux. Et le combat pour l’égalité peut parfois verser dans le désir d’exclusion totale du religieux, fondé sur des arguments anthropologiques plutôt que politiques.
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Sommaire
Le militantisme féministe aujourd’hui.Table ronde avec Christine Bard,Alix Béranger, Clara Carbunar, Caroline De Haas Ce que l’on appelle parfois le « nouveau » féminisme est en réalité bien ancré dans une tradition de lutte. Des organisations comme Osez le féminisme, La Barbe ou la Marche mondiale des femmes construisent des mobilisations, organisent le dialogue entre générations de féministes, interpellent l’État ou les syndicats, sans être pour autant homogènes dans leurs modes d’action comme dans leur diagnostic sur la société contemporaine et la manière dont elle traite les femmes.
ARTICLES À quoi servent les économistes ? Les économistes, l’éthique et la justice sociale.Michel Aglietta L’économie devrait être une science de la société ; or aujourd’hui, elle est bien davantage une idéologie qui s’abrite derrière la prétendue objectivité des chiffres. Pour que l’économie et les économistes servent enfin à quelque chose, il faut que l’économie renoue avec les sciences sociales et sorte de la pure idée du marché pour se poser, par exemple, la question des inégalités. La contestation des grands projets d’infrastructures.Géraud Guibert Gare de Stuttgart, liaison ferroviaire Lyon-Turin, aéroport de Notre-Dame-des-Landes… les « grands projets » suscitent contestation et débat partout en Europe. Ces mobilisations invitent à réfléchir sur le rôle et l’importance du débat public, sur la démocratie locale, ainsi que sur les questions écolo-giques (espace disponible, rareté des ressources) qui s’installent dans les pré-occupations des citoyens. Yvon Le Men. Le barde au ton juste. Poèmes présentés par Jacques Darras
JOURNAL 109 Répression et opposition en Russie(Sergei Guriev). Les faiblesses du Livre blanc sur la défense(Georges Le Guelte). La France dans dix ans(Pierre-Yves Cossé). L’arbitrage, une justice privée ?(Char-lotte Michellet). Trisha Brown, présent d’éternité (Isabelle Danto). Bande dessinée et cinéma(Louis Andrieu). Le rire du méchant (Véronique Nahoum-Grappe)
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BIBLIOTHÈQUE Repère – Habiter la ville des flux,par Jacques Donzelot Librairie. Brèves. En écho. Avis
Abstracts on our website :www.esprit.presse.fr Couverture : © Maia Flore/Agence Vu
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Éditorial
La Syrie et les responsabilités occidentales
Ed’armesyrie isation NS , l’util chimiques contre des civils le 21 août 2013 à la Ghouta, près de Damas, franchit un seuil dans la violence du régime contre sa population mais accroît aussi la confusion inter-nationale face à la résolution du régime d’Assad. Au-delà de l’horreur cynique de cette attaque, c’est l’idée même d’une réaction interna-tionale devant l’inacceptable qui perd du crédit après la transgres-sion délibérée de ce qui était considéré jusqu’alors comme une « ligne rouge » dans ce conflit et plus généralement comme un interdit international majeur. Depuis cette attaque chimique, il ne s’agit plus seulement de savoir si la révolution syrienne contre la dictature du clan Assad mérite un soutien mais s’il reste une capa-cité dissuasive qui puisse soutenir un traité international comme le traité d’interdiction des armes chimiques. Parler, comme l’ont fait les autorités françaises, de « punition » a semblé excessif et trop impro-visé pour paraître crédible, surtout après le recul britannique et la volte-face américaine, qui ont laissé le champ libre à un Poutine trop heureux de faire la leçon aux nations démocratiques. Les armes chimiques sont des armes de terreur : elles sont utiliséespourdiffuserlépouvantedanslapopulationetindiquerque le régime ira jusqu’au bout de l’horreur, y compris dans son effon-drement. Parce que leur usage est par nature indiscriminé (les gaz ne font pas de distinction entre combattants et civils, jeunes ou vieux, valides ou malades), il subvertit les (faibles) normes dujus in bello. Les armes chimiques, indétectables et cruelles, dénient sournoisement toute qualité humaine à leurs ennemis et consolident la dissymétrie radicale des forces. C’est pourquoi leur usage
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constitue un crime de guerre. C’est aussi pourquoi on imagine mal la nature de la riposte : qu’est-ce qu’une réponse « proportionnée » à l’usage de la terreur ? Sans doute pas la réponse « incroyablement petite » promise par un John Kerry soucieux de se démarquer du pénible souvenir de l’interventionnisme messianique des années Bush Jr. Qui est légitime pour intervenir ? Les chances de succès sont-elles assez crédibles pour que l’idée de riposte soit défendable ? Toutes ces questions convergent en une seule : la dissuasion a-t-elle un sens si aucun pays ne se sent responsable de sa signature au bas du traité d’interdiction de ces armes chimiques ? Et comment imaginer un monde de relations internationales où la dissuasion ne fonctionnerait plus ? Le terme de « ligne rouge » donnait l’impres-sion que les pays occidentaux n’étaient pas complètement irres-ponsables en Syrie. L’inaction incitera à l’interprétation opposée… En annonçant son souhait d’adhérer au traité d’interdiction des armes chimiques, le régime de Damas a reconnu qu’il possédait cette arme, ce qu’il niait jusqu’à présent alors que les preuves de son usage se multipliaient et qu’on connaît les précédents du régime (Hama en 1982). Le parrainage russe – la Russie armant le régime syrien tout en dénonçant les « ingérences » occidentales – augure mal du feuilleton diplomatique qui va s’ouvrir sur le contrôle et le démantèlement des stocks chimiques syriens, avec un régime expert en manipulation et en propagande, qui gagne du temps sans rien concéder sur le fond. Pendant ce temps, la destruction du pays continue. On invoque la dégradation de la situation en Libye et en Égypte pour se détourner du drame syrien et oublier sa singularité : les premiers mouvements civils contre Assad revendiquaient, avec l’Armée syrienne libre et le Conseil national syrien, un projet d’union natio-nale. En recourant à l’arme chimique, Assad a internationalisé le conflit, favorisant la médiation russe. Ce faisant, il a aussi révélé la fragilité d’un rapport de force mondial, passé en quelques années de l’hyperpuissance américaine à un monde « apolaire » instable. Il ne suffit pas de constater que l’échec américain en Irak a miné le récit optimiste de l’interventionnisme humanitaire. Car l’impunité chimique de Damas révèle aussi un inquiétant affaiblissement des capacités multilatérales de préserver la paix. Si les nations démo-cratiques ne tiennent pas leur rôle, elles laissent la place au pur rapport de puissance qui fait l’affaire des oligarchies et des régimes néo-autoritaires qui ont le vent en poupe.
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Le grand recul démocratique
D EPUISle déclenchement des violences en Syrie, depuis la trans-formation d’un mouvement pacifique (avant l’arrivée des djiha-distes) en une guerre insurrectionnelle qui conduit inéluctablement à la libanisation, voire à l’éclatement du pays, force est de constater que notre mémoire est courte et notre focalisation sur le présent invalidante. Ce qui se traduit par un recul de l’esprit démocratique pour au moins deux raisons. Alors que les actuelles discussions en vue des négociations pour 1 le contrôle des armes chimiques sont tout bénéfice pour la Russie (et donc la manipulation) sur le plan international, on voit dans l’État syrien un État « comme les autres » qui aurait fauté en franchissant la ligne rouge. C’est oublier que ce régime – longtemps apparu comme un État solide et stabilisateur (au nom de la laïcité, du panarabisme, de la protection des minorités…) – s’est comporté tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, au niveau régional (Liban, Israël…) et international, comme un redoutable facteur d’instabilité misant sur des stratégies de la terreur. Les Français ont toutes les raisons de s’en souvenir depuis des attentats perpétrés en plein Paris dans les années 1980 ! S’étonner de la résilience du régime revient à oublier ce qui le caractérise, cette capacité de produire de la violence et non pas de pacifier, d’asseoir la paix sur la terreur et pas uniquement en sappuyantsurlasécuritépolicière.Plusonaattendu,repousséles échéances d’une intervention possible, plus on a donné de la force et donc du crédit au régime, car on donnait du temps aux aides mili-taires russes et iraniennes. Ce qui avait commencé à Hama et
1. Voir l’éditorial de ce numéro, p. 3.
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Homs en 1982 (des quartiers entiers de Frères musulmans rasés par des bulldozers) s’est poursuivi sans plus pouvoir s’arrêter. Un autre défaut de mémoire n’a pas toujours permis de comprendre la posture d’un président américain sur la défensive. C’est devenu un leitmotiv que d’affirmer que les rebelles paient l’échec occidental (conduit par les États-Unis) en Irak, encore faut-il rappeler que la politique américaine qui a tourné au désastre en Irak (avec la mise en place d’un pouvoir chiite répressif) a été le fait d’une croisade néoconservatrice portée par la défense des valeurs démocratiques occidentales. Rien de tel que cet échec pour déva-loriser la démocratie et nous reconduire à un réalisme absolu en termes de relations internationales. Ce qui explique peut-être des prises de position dépassant l’opposition habituelle entre interven-tionnistes et réalistes, comme celles de Rony Brauman et de Hubert Védrine mettant en garde contre la passivité dès lors que la ligne rouge du recours aux armes chimiques était franchie. Ces terribles défauts de mémoire concernant le type de régime dans le cas de la Syrie et l’échec de la croisade démocratique ont au moins deux conséquences. Tout d’abord, la lutte contre le terro-risme (François Hollande s’y tient depuis le Mali, ce qui devrait le conduire à tenir compte de la nature du régime, alors que les non-interventionnistes ont souvent assimilé la terreur aux seuls djiha-distes) se retourne en faveur d’un pays que le recours à la terreur chimique amène paradoxalement à la table des négociations. Une seconde conséquence est perceptible pour qui suit l’évolution quoti-dienne en Égypte : l’échec de la campagne néoconservatrice qui avait pour mission d’imposer la démocratie par la force a laissé place à un soutien peu conditionnel aux États susceptibles d’imposer la stabilité. Depuis juillet, depuis ce qu’il faut bien appeler un coup d’État militaire, certes soutenu par les foules anti-Frères amassées place Tahrir (il y a un Tahrir 1 et un Tahrir 2), s’inquiéter de l’éra-dication en cours des Frères musulmans (éradiquer ne résout rien si l’on se rappelle Homs et Hama en 1982 !) suscite chez les démo-crates anti-Frères une comparaison immédiate avec la prise de pouvoir « démocratique » de Hitler dans les années 1930. Voilà où en est la défense de l’esprit de la démocratie à l’échelle mondiale : on négocie d’un côté avec un État qui n’en a rien à faire et d’un autre côté on écarte du jeu démocratique un parti « terro-riste » élu démocratiquement. Vive la stabilité militaire, vivent les États forts, vivent l’Arabie saoudite et les émirats ! La démocratie n’est pas, n’est plus la question et donc pas plus celle-ci : comment
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Le grand recul démocratique
négocier et avec qui ? Les intellectuels français en perdent leur latin, puisqu’on peut être interventionniste en Syrie et soutenir le coup d’État militaire au Caire au nom de la lutte contre les Frères « terro-2 ristes ». Alors que l’ambassadrice américaine au Caire, vite rappelée à Washington après les événements de l’été, misait à tort sur une alliance stable entre l’armée et les Frères musulmans, les États-Unis ne parviennent pas aujourd’hui à ramener ceux-ci à la table des négociations politiques : le général Al-Sissi n’en veut pas. C’est cela le grand recul démocratique à l’échelle des relations internationales. On est bien loin de l’esprit de l’après-1989 depuis que l’Amérique a ensablé l’« esprit de la démocratie » dans le désert irakien ! Triste plaisanterie, la chaîne russe NTVa suggéré que Poutine reçoive le prix Nobel de la paix alors même que Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, faisait sans tarder planer le doute sur le recours à la force en cas d’échec de l’accord russo-américain. Obama ne parviendra peut-être pas à faire tomber paci-fiquement le dictateur…
Oliver Mongin 17 septembre 2013
2. Au passage, on peut soupçonner François Hollande et le Quai d’Orsay de bien des secret-défense, reste que la manière dont des intellectuels français respectables sont encore aujour-d’hui à attendre que Poutine leur tende les preuves du recours syrien aux armes chimiques laisse pantois ! Entre-temps, même Ban-Ki-moon, pourtant lent à la détente, et Rafsandjani se sont prononcés…
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Position
La transition énergétique n’aura pas lieu
E Nseptembre 2012, le lancement d’un débat national sur la tran-sition énergétique avait fait naître de légitimes espoirs. Après Fukushima et face au défi climatique, l’idée d’une refondation démocratique de la politique énergétique du pays paraissait en effet s’imposer. Le débat s’est tenu dans les règles de l’art et nul doute qu’il a donné lieu à d’utiles échanges et travaux d’étude, ce dont témoigne la richesse des documents mis à disposition du public. Des groupes de travail ont fonctionné, des auditions et des réunions ont été organisées en région. Bref, le Conseil national chargé d’animer le débat a fait son travail. Tout cela, si l’on en juge 1 par le document de synthèse publié cet été , pour un résultat fort décevant au regard des enjeux. Certes, il eût fallu être naïf pour croire qu’un débat public permettrait de combler le fossé entre partisans et adversaires du nucléaire ou de rapprocher les points de vue sur le gaz de schiste. Mais sur d’autres sujets non moins décisifs, on espérait mieux. Le manque le plus critiquable concerne la fiscalité et le prix de l’énergie. S’il est un point qui fait consensus parmi les experts, c’est que la consommation d’énergie est fortement influencée par son prix. La réduction de notre dépendance aux énergies carbonées impose de les taxer pour anticiper des hausses qui se produiront tôt ou tard,
1. « Synthèse des travaux du débat national sur la transition énergétique de la France », présentée par le Conseil national le 18 juillet (http://www.transition-energetique.gouv.fr/). Précisons que cet article a été rédigé avant le discours d’ouverture de la conférence environ-nementale par François Hollande le 20 septembre 2013.
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