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Adam & Ève

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Cinquante lignes : telle est la modeste place qu’occupe l’histoire d’Adam et Ève dans la Bible. Pourtant, rien n’a plus durablement influencé notre conception des origines de l’homme. Ce bref épisode recèle des paradoxes prodigieux : un homme et une femme nés adultes, un serpent doué de parole, un arbre conférant la connaissance du bien et du mal… Comment cet invraisemblable récit peut-il être considéré, encore aujourd’hui, comme le miroir exact de l’aube de l’humanité ?
Stephen Greenblatt, auteur de l’inoubliable Quattrocento, part ici pour une impressionnante épopée narrative en retraçant l’histoire sans fin de nos origines. Pour en toucher du doigt le cœur mystérieux, il nous emmène avec lui des récits millénaires de la Création jusqu’aux rivages darwiniens de l’évolutionnisme, en passant par les voies tumultueuses de la pensée de saint Augustin, par l’atelier des plus grands artistes de la Renaissance, de Dürer au Caravage, ou par Le Paradis perdu de Milton.
Chercheur érudit et conteur passionné, l’auteur nous guide dans ce labyrinthe d’interprétations rivales, célébrant en chacun de ses détours l’inextinguible pouvoir de la narration.
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Stephen Greenblatt
Adam & Ève
L’histoire sans fin de nos origines
Flammarion
Titre original :The Rise and Fall of Adam and Eve © Stephen Greenblatt, 2017 © Flammarion, 2017, pour la traduction française
ISBN Epub : 9782081421813
ISBN PDF Web : 9782081421806
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081415942
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Cinquante lignes : telle est la modeste place qu’oc cupe l’histoire d’Adam et Ève dans la Bible. Pourtant, rien n’a plus durablement influ encé notre conception des origines de l’homme. Ce bref épisode recèle des paradoxes pr odigieux : un homme et une femme nés adultes, un serpent doué de parole, un arbre conférant la connaissance du bien et du mal… Comment cet invraisemblable récit p eut-il être considéré, encore aujourd’hui, comme le miroir exact de l’aube de l’h umanité ? Stephen Greenblatt, auteur de l’inoubliable Quattro cento, part ici pour une impressionnante épopée narrative en retraçant l’his toire sans fin de nos origines. Pour en toucher du doigt le cœur mystérieux, il nous emm ène avec lui des récits millénaires de la Création jusqu’aux rivages darwiniens de l’év olutionnisme, en passant par les voies tumultueuses de la pensée de saint Augustin, par l’atelier des plus grands artistes de la Renaissance, de Dürer au Caravage, o u par Le Paradis perdu de Milton. Chercheur érudit et conteur passionné, l’auteur nou s guide dans ce labyrinthe d’interprétations rivales, célébrant en chacun de s es détours l’inextinguible pouvoir de la narration.
Professeur de littérature anglaise à Harvard, Steph en Greenblatt est spécialiste de Shakespeare, auquel il a consacré la biographie Wil l le Magnifique (Flammarion, 2014), traduite dans plus de vingt langues. Il est également l’auteur de Quattrocento (Flammarion, 2013) consacré par de nombreux prix do nt le Pulitzer de l’essai.
Du même auteur
Quattrocento, Flammarion, 2013 ; Libres Champs, 2015. National Book Award, 2011, Pulitzer Prize 2012, Meilleur livre d’histoire du m agazineLire, 2013. Will le Magnifique, Flammarion, 2014 ; Libres Champs, 2016.
Adam & Ève L’histoire sans fin de nos origines
À Eden et Isaiah
PROLOGUE Au commencement
Q UAND J’ÉTAIS ENFANT, mes parents me disaient que pendant la bénédictio n qui conclut la cérémonie du shabbat, il fallait incline r la tête et garder les yeux baissés jusqu’à ce que le rabbin ait fini de parler. C’est extrêmement important, me disaient-ils, parce qu’à ce moment-là, Dieu passe au-dessus de no us. Or personne ne peut voir Dieu face-à-face sans mourir. Ces mots me hantaient. Voir la face du Seigneur, pe nsais-je, devait être la plus belle expérience qu’un être humain pût faire. Rien de ce que je pourrais jamais voir ni faire au cours de la vie qui s’étendait devant moi ne pou rrait approcher la splendeur de cette vision suprême. Je pris une décision capitale : je lèverais les yeux et je verrais Dieu. Ce serait un geste fatal, je le savais, mais le pri x à payer n’était pas trop grand. Je n’osai cependant pas en parler à mes parents, car j e savais qu’ils seraient désespérés et essaieraient de me faire changer d’avis. Je n’en parlai pas davantage à Marty, mon frère aîné, car je craignais qu’il ne me trahisse. Je savais que je devais agir seul. Plusieurs samedis passèrent avant que je trouve le courage d’agir, mais un beau matin, debout, tête baissée, je surmontai ma peur d e la mort. Lentement, très lentement, pendant que le rabbin entonnait les anci ennes bénédictions, je levai les yeux. L’air au-dessus de moi était totalement vide et je découvris que je n’étais absolument pas le seul à regarder autour de moi. De nombreux fidèles jetaient des regards de-ci de-là, ou lorgnaient par la fenêtre. Certains faisaient même des signes à leurs amis ou articulaient des bonjours silencieux. Je fus envahi d’indignation : « On m’avait menti. » Les années ont passé et je n’ai jamais recouvré la foi naïve qui m’avait rendu prêt à sacrifier ma vie en échange de la vision de Dieu, m ais quelque chose a subsisté en moi de ces illusions perdues. Toute ma vie j’ai été fasciné par les histoires que les hommes inventent pour donner sens à leur existence et j’ai fini par comprendre que le mot « mensonge » décrit de manière totalement inadé quate le mobile de ces histoires et leur contenu, même le plus extravagant. Les humains ne peuvent vivre sans histoires. Nous n ous en entourons, nous en fabriquons pendant notre sommeil, nous en racontons à nos enfants. Nous payons pour qu’on nous en raconte. Certains d’entre nous f ont profession d’en inventer. D’autres, comme moi, consacrent toute leur existenc e à essayer de comprendre leur beauté, leur pouvoir et leur influence. Ce livre raconte l’histoire d’une des histoires les plus extraordinaires qu’on ait jamais racontées. Dieu créa Adam et Ève, le premier homme et la première femme, et les plaça, nus et sans honte, dans un jardin des délice s. Il leur dit qu’ils pouvaient manger du fruit de tous les arbres du jardin, à l’exceptio n d’un seul : ils ne devaient pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et d u mal. Le jour où ils enfreindraient cette unique interdiction, ils mourraient. Un serpe nt, le plus rusé des animaux, entra en conversation avec la femme et lui dit que désobéir à Dieu n’entraînerait pas la mort mais, au contraire, que leurs yeux s’ouvriraient et qu’ils seraient comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Convaincue par le se rpent, Ève mangea du fruit défendu, elle en donna à Adam, qui en mangea à son tour et l eurs yeux s’ouvrirent. Se rendant compte qu’ils étaient nus, ils cousirent des feuill es de figuier pour se couvrir le corps. Dieu les appela et leur demanda ce qu’ils avaient f ait. Ils avouèrent et Dieu prononça
plusieurs châtiments. Dorénavant, les serpents devr aient ramper sur le ventre et manger la poussière. Les femmes enfanteraient dans la douleur et désireraient les hommes, qui les domineraient. Quant aux hommes, ils seraient obligés de travailler et de gagner leur subsistance à la sueur de leur front jusqu’à ce qu’ils retournent à la poussière dont ils avaient été tirés : « Car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 19). Pour les empêcher de mang er du fruit de l’autre arbre singulier – l’arbre de la vie – qui leur offrirait la vie éternelle, Dieu donna l’ordre de chasser les hommes du jardin et des chérubins armés montèrent la garde pour empêcher leur retour. L’histoire d’Adam et Ève, racontée au début de la G enèse, façonne depuis des siècles nos conceptions des origines de l’homme et de sa destinée. À première vue, ce n’est pas le genre d’histoire dont on eût imaginé q u’elle atteignît une telle prééminence. C’est un récit propre à captiver l’imagination d’un enfant impressionnable, tel que je l’étais, mais n’importe quel adulte, hier comme auj ourd’hui, voit sans difficulté qu’elle porte la marque de ce que peut produire l’esprit le plus extravagant : un jardin enchanté, un homme et une femme nus, créés comme au cun autre être humain ne l’a jamais été ; des adultes qui parlent et agissent sa ns être passés par le stade prolongé de l’enfance qui est le signe distinctif de notre e spèce ; une mystérieuse mise en garde contre la mort, dont des êtres si fraîchement créés n’auraient pu comprendre un traître mot ; un serpent qui parle ; un arbre qui confère l a connaissance du bien et du mal ; un autre qui confère la vie éternelle ; des gardes sur naturels brandissant des épées de flammes. C’est de la pure fiction, une histoire qui se délecte des plaisirs de l’imagination. Cependant, des millions de gens, dont certains des esprits les plus subtils et brillants de tous les temps, ont accepté le récit biblique d’ Adam et Ève comme la vérité nue. Et malgré l’accumulation colossale de preuves contrair es fournies par la géologie, la paléontologie, l’anthropologie et la biologie évolu tionniste, innombrables sont ceux de nos contemporains qui continuent à considérer ce te xte comme un récit historiquement exact des origines de l’univers et à se considérer eux-mêmes comme les descendants directs des premiers humains du jardin d’Éden. Peu de récits dans l’histoire de l’humanité ont connu une telle longévité et une si large renommée. Peu ont acquis une réalité aussi prégnante et ensorcelante.