Afrique subsaharienne, Côte d'Ivoire : dans l'engrenage de la Françafrique

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La plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne se sont vu octroyer l’indépendance pendant la période de la guerre froide. Ces pays ne bénéficieront jamais véritablement de leur statut d’État souverain. La France nostalgique feint d’apporter une aide publique à leur développement et institue la Françafrique : un instrument de perpétuation de sa domination, caractérisé par des réseaux politiques, des officines mafieuses et des filières occultes. Elle poursuit ainsi l’exploitation des ressources naturelles de ces pays devenus son pré carré, sa zone d’influence et véritables vaches à lait. Tous ces pays, dont la Côte d’Ivoire, sont pris dans l’engrenage constitué par la Françafrique qui suscite la corruption, la guerre, le clientélisme dans les pays africains.


Publié le : vendredi 5 juillet 2013
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EAN13 : 9782332559197
Nombre de pages : 270
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-55917-3

 

© Edilivre, 2013

 

Dédicace

 

À

• Mes enfants et mon épouse, pour leur soutien indéfectible ;

• Ma mère qui meurt vainement d’envie de me revoir ;

• Tous ces Ivoiriens qui croupissent dans les prisons du régime de l’imposture pour avoir osé défendre l’intérêt de leur pays et dire non à la Françafrique ;

• Tous les Ivoiriens qui souffrent de cette injustice dans l’indifférence sauvage des donneurs de leçons de démocratie et des Droits de l’homme.

Au

Président Laurent Gbagbo, l’élu du peuple ivoirien, victime de la Françafrique et de l’imposture, une pensée particulière pour dire que le combat continue pour une Côte d’Ivoire libre et prospère nonobstant les intimidations et les exactions des ennemis.

À

Tous ceux avec qui se mène la lutte pour la libération de notre pays. Qu’ils ne désespèrent pas, car au bout de cette bataille qui risque d’être longue et périlleuse se trouvent indéniablement la liberté et le bonheur du peuple ivoirien, de notre pays et, partant, de l’Afrique.

À

Tous ceux qui sont tombés pour la défense de la patrie agressée par les néo-colonisateurs et les prédateurs car livrée par des assoiffés de pouvoir et des incrédules nationaux. Que leur âme recouvre un repos éternel ! Le combat continue et le peuple vaincra vaille que vaille. Ainsi va l’histoire des grandes Nations et de leurs peuples.

Nous dédions cet ouvrage.

Citations

 

 

« Écoutez ma parole car elle est pure de tout mensonge. Elle a la limpidité de l’eau de pluie Et la violence de l’ouragan. Le monde est malheureux parce que les hommes ne se souviennent pas. Or hier n’est pas encore loin. Et demain est profond, d’une profondeur pleine d’espoir. Écoutez ma parole : elle ne sait qu’avancer ! Écoutez ma parole : l’Histoire est Vérité ! »

(Laurent Gbagbo,
Soundjata, le lion du Manding).

« Aucun État ne peut s’arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun État ne peut dicter aux autres ce qu’ils doivent faire (…) Ceux-là qui hier étaient les amis de nos ennemis, ont aujourd’hui le toupet de me proposer de ne pas visiter mon frère Kadhafi, ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis d’hier. »

(Nelson Mandela
en réponse à ceux qui lui reprochaient.
de s’être rendu en Libye).

« Mon intention n’est pas de perpétuer les rancunes et encore moins la haine, mais de vous expliquer, à vous les enfants du monde, qu’il faut rester vigilants. Les combats pour la liberté humaine n’ont pas de fin. »

(Boubacar Joseph N’Diaye
Il fut un jour à Gorée :
l’esclavage raconté aux enfants
).

« La force et la vraie liberté de l’Afrique viendront de sa capacité à poser des actes réfléchis et en assumer les conséquences. La dignité et la respectabilité ont un prix. Sommes-nous disposés à le payer ? Sinon, notre place reste à la cuisine, aux toilettes pour garantir le confort des autres. »

(Jean-Paul Pougala)

Ces pensées, plus que de simples épigraphes, nous guideront tout au long de cet ouvrage.

(*)Liste des sigles et abréviations

ANC : African National Congress / Congrès National Africain

APD : Aide Publique au Développement

BAI : Banque Africaine d’Investissement

BCA : Banque Centrale Africaine

CEI : Commission Electorale Indépendante

CFTC : Fonds du Commonwealth pour la Coopération Technique

CICPSRE : Comité Interministériel de la Coordination du Programme de Stabilisation et de la Relance Economique

CNSP : Conseil National de Salut Public

CPI : Cours Pénale Internationale

CPO : Cours Pénale Occidentale

DGSE : Direction Générale de la Sécurité Extérieure

DPSD : Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense

DRM : Direction du Renseignement Militaire

DST : Direction de la Surveillance du Territoire

FANCI : Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire

FDS : Forces de Défense et de Sécurité

FMA : Fonds Monétaire Africain

FMI : Fonds Monétaire International

FRCI : Forces Républicaines de Côte d’Ivoire

MAD : Mutual Assured Destruction ou Destruction Mutuelle Assurée

MIRV : Lanceurs à ogives multiples

OCDE : Organisation de Coopération pour le Développement Economique

ONG : Organisations Non Gouvernementales

ONU : Organisation des Nations Unies

ONUCI : Organisation des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire

OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

OUA : Organisation de l’Unité Africaine

RDA : République Démocratique Allemande

RDC : République Démocratique du Congo

RDR : Rassemblement Des Républicains

RFA : République Fédérale d’Allemagne

RHDP : Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix

RSSG : Représentant Spécial du Secrétaire Général

SALT : Strategic Armements Limitation Talks

SDN : Société Des Nations

TNP : Traité de Non-Prolifération Nucléaire

UA : Union Africaine

URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques

UPM : Union Pour la Méditerranée

USA : Etats Unis d’Amérique

Hommage spécial à
François-Xavier Verschave
pour son combat inébranlable
contre la Françafrique

« Je crois que notre tâche ici doit être d’informer la population et les élus sur ce qui se trame dans les hautes sphères de la Françafrique. Multiplier les articles, les livres, les conférences et les interventions, les interpellations, afin que la politique étrangère de la France devienne un enjeu des débats publics. Il faut que des garde-fous d’importance soient mis en place pour que cette politique criminelle cesse d’être possible. C’est urgent. »

(François-Xavier Verschave,
France-Afrique,
le crime continue
).

Toutes nos pensées à ce grand homme, cet intellectuel français qui a toujours su dénoncer, sans langue de bois, ni hypocrisie et encore de débordement, en faisant preuve de responsabilité et avec gravité, la politique de prédation et néocoloniale de son pays : la France, dans ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne. Paix à son âme !

Avant-propos

Nous voulons, à travers les quelques lignes qui constituent cet ouvrage, rendre un grand hommage, en guise de reconnaissance et surtout pour dire merci, à ces grands hommes qui ont marqué, marquent et marqueront toujours notre histoire, l’histoire de notre continent, particulièrement l’Afrique subsaharienne.

En effet :

Comme il y a eu de grands hommes dans certains pays, en Côte d’Ivoire nous reconnaissons Laurent Gbagbo comme le symbole de notre pays et au-delà de toute l’Afrique, à l’instar de Lumumba, Nkrumah, Sékou Touré, Sankara, Mandela, entre autres, qui l’ont été pour leur pays et l’Afrique.

Alors,

Il est de notre devoir de poursuivre le combat. Le combat pour la liberté, comme pour donner un sens à notre existence.

Et surtout,

En guise de réponse à Laurent Gbagbo qui ne cesse de dire : « si je tombe, enjambez mon corps, et continuez le combat ». Nous devons essuyer nos larmes, quitter nos émotions, combattre l’imposture pour imposer notre liberté confisquée et surtout mettre fin à la soumission que l’on nous impose et qui compromet indubitablement le développement de notre pays. C’est donc là, notre obligation et notre devoir vis-à-vis de nous-mêmes, de nos enfants et des générations futures. Taisons nos égoïsmes et privilégions l’intérêt général de notre pays et du continent tout entier pour donner enfin un sens à notre existence sur cette planète où l’on veut faire croire que l’Africain voire le Noir est incapable de se prendre en charge. Refusons la tentative de formatage de nos esprits par nos ennemis à leur profit et à nos dépens. Nous devons combattre, sans hésiter, cette nouvelle forme d’esclavage que nous imposent nos ennemis. Unissons-nous comme un seul homme pour mieux défendre nos intérêts tout en respectant les intérêts des autres.

 

Introduction

Les années 1960 sont pour la plupart des pays d’Afrique, une période de soulagement dans leur existence. Du moins, il s’agit de ce que la théorie en matière de relations internationales entre les États dans le concert des Nations nous enseigne.

En effet les pays africains, longtemps sous domination des pays occidentaux, notamment la France, la Grande-Bretagne et le Portugal entre autres, vont théoriquement recouvrer leur indépendance, voire leur souveraineté, pour la plupart dans les années 1960.

Ce qui devrait être une réelle liberté pour tous les peuples africains qui ont pendant plus d’un siècle subi le diktat de leurs colonisateurs, l’a réellement été pour une infime partie de ceux-ci. Du moins, il faut dire que lorsque les pays africains ont accédé à l’indépendance, les peuples se sont crus au bout de leurs peines car la liberté était à leur portée. Trop beau pour être vrai. En effet la grande majorité de ces peuples vivant sous la colonisation française, n’a eu qu’une liberté de façade. Autrement dit, une liberté qui n’a de sens que dans la théorie.

En réalité, pour ce qui est des pays sous colonisation française, il s’agissait purement et simplement, pour la France et ses dirigeants, d’un changement de stratégie de domination voire de contrôle de leurs anciennes colonies sur le continent africain. Comment cela peut-il en être autrement, quand on sait que ces pays ont accédé à l’indépendance sans gloire, car sans effort des peuples qui, à cet égard, ne peuvent donc pas mesurer la valeur et l’importance de la liberté pour la préserver jalousement et à n’importe quel prix ? En tout cas, nonobstant la souffrance et l’humiliation que la France inflige sans vergogne aux peuples dans les pays d’Afrique francophone et à leurs dirigeants, ces derniers n’osent ou ne peuvent pas manifester leur colère. Cela peut être difficile à comprendre et pourtant c’est bien ce à quoi nous assistons, hélas ! dans nos pays au sud du Sahara en Afrique où tout se passe encore entre la France et ces pays comme au temps colonial. Une situation de fait, face à laquelle il est de plus en plus impossible de faire preuve d’immobilisme. Il est clair que l’ancienne puissance coloniale et ceux qui sont aux leviers de commande veulent perpétuer leur domination dans les anciennes colonies où ils procèdent par tous les moyens à des privations de liberté.

La liberté ne vaut que lorsqu’on mesure sa valeur et son importance pour sa propre existence. Il faut dire que, ordinairement, les peuples qui ont combattu pour arracher et imposer leur liberté confisquée par les colons ou du fait de l’impérialisme, savent la préserver contre toute atteinte d’où quelle vienne. En la matière les exemples abondent. Tout près de nous en 1962, souvenons-nous du peuple algérien qui a su dire non à la France. Les Français eux-mêmes avec l’aident des alliés occidentaux, en 1945, ont recouvré leur liberté mise à mal cinq ans durant par l’Allemagne de Hitler ; ou alors les Vietnamiens face aux États-Unis d’Amérique, etc. Il est clair qu’un peuple qui se bat pour imposer sa liberté et sa dignité à son oppresseur, est un peuple qui peut prendre farouchement et indubitablement conscience que la liberté est un maillon essentiel de son existence. Car sans liberté, il est impossible pour un pays d’amorcer son développement. Le bien-être de son peuple ne peut donc pas être assuré dignement et sereinement.

C’est d’ailleurs ce qui fait dire, à juste titre, à Patrice E. Lumumba que « Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille en liberté »1. Il est clair qu’il faut donc se battre pour imposer sa liberté aux colonisateurs ou néo-colonisateurs, aux impérialistes et à tout oppresseur quel qu’il soit. Cette bataille pour la liberté doit être constante, permanente car à tout moment, la liberté peut être mise à mal ou violée et échapper. Le risque de basculer dans la domination et la soumission étant tout aussi grand et omniprésent dès lors que l’impérialisme est quelque chose qui abrite constamment l’esprit des puissances et des colonisateurs nostalgiques. C’est pourquoi, il importe de préserver en permanence et sans relâche cette liberté qui est à bien des égards le centre névralgique de notre existence.

En clair, il faut être aux aguets pour que nul ne vous prive de votre liberté, car personne ne peut se donner le droit de priver autrui de sa liberté. Il s’agit d’un élément juridique fondamental qui compose l’ensemble des droits élémentaires de l’existence des êtres humains. À la limite, il faut refuser la liberté toute faite, la liberté octroyée qui peut cacher bien des surprises désagréables et compromettre l’avenir d’un pays et de son peuple. C’est justement ce à quoi nous assistons dans nos pays en Afrique où la France, après des années de domination, va officiellement feindre de se retirer sans vraiment baisser la garde en ayant toujours à cœur la volonté de contrôler les richesses et l’économie de ses anciennes colonies. Il paraît donc inéluctable de comprendre que la souveraineté d’un pays et la liberté de son peuple demeurent des questions essentielles. Le Président Laurent Gbagbo qui l’a très bien compris en fait justement un combat qu’il ne se lassera jamais de mener. En effet, selon lui : « pour cette cause, aucune humiliation ne sera de trop pour moi, j’entends mener ce combat en faisant corps avec mon peuple »2. Pour mener inlassablement un tel combat, il faut avoir compris son essence, sa portée, sa nécessité. Laurent Gbagbo l’a compris, eu égard à ce qui s’est déroulé sous nos yeux, ce 11 avril 2011, où le Président Gbagbo, au risque de sa vie, alors qu’il aurait pu fuir avec sa famille les bombes françaises et onusiennes, s’est fait kidnapper par les forces de Nicolas Sarkozy avant d’être remis aux forces rebelles de Dramane Ouattara, sans écarter le fait que ces derniers auraient pu le tuer comme c’est le cas du ministre de l’Intérieur, Désiré Tagro, qui n’a malheureusement pas eu la même chance que le Président.

La France, en octroyant l’indépendance à la plupart de ses anciennes colonies dans les années 1960, avait alors bien à l’esprit de poursuivre sa mainmise sur ces pays. C’est bien pourquoi elle va très vite instituer une nouvelle forme de domination. En effet, elle va concocter, avec la complicité naïve ou aveugle de certains chefs de ces jeunes États, un nouveau plan de pérennisation de sa domination et du contrôle des richesses de ces pays. La Françafrique sera l’instrument de mise en œuvre de cette nouvelle forme de domination qui va dorénavant poursuivre la mise au pas, par la France, de ces jeunes États. Ces derniers vont donc désormais obtenir une personnalité juridique, ou du moins un droit d’existence en tant qu’États souverains et « libres » ayant un statut juridique mondial auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ils vont alors, sans se douter du piège néocolonialiste, faire confiance à la France pour les accompagner dans leur développement. Ils deviennent, par principe en tant qu’État souverain, membres de l’ONU. Cette dernière étant censée regrouper tous les pays souverains de la planète pour une protection mutuelle, l’essence et l’objectif même de tout regroupement.

Commence alors une nouvelle phase de domination des pays africains désormais dirigés par des chefs d’État originaires de ces pays. Mais ces nouveaux dirigeants – choix, pour la plupart, de la France, pour ne pas dire imposés par celle-ci – vont se mettre, pour la plupart, au service de l’ancienne puissance coloniale. Ils deviendront très rapidement de véritables valets qui doivent soumission et respect aveugle à leurs anciens maîtres à qui, ils ne doivent rien refuser au risque de répression et de coups d’État contre leur régime, in fine la destitution. Des menaces du maître à des valets qui n’ont d’autre choix que de se soumettre à tout jamais au mépris de la liberté et de la dignité de leur peuple ainsi que de la souveraineté de leur pays et de son développement. La France va maintenir et développer sans discontinuer une pression farouche sur ses anciennes colonies au travers des dirigeants qu’elle a soigneusement installés à la tête de chacune d’elles.

Il faut dire que cette pression de la France, jusqu’à ce jour, demeure inchangée, bien au contraire. Les Africains qui ont naïvement pensé ou cru qu’avec les changements successifs de dirigeants en France, la volonté de mainmise de l’ancienne puissance colonisatrice allait s’atténuer ou se dissiper pour favoriser un espace de liberté à leur pays, doivent se détromper. Car en France, les régimes passent et se succèdent, mais le postulat de base demeure. Il n’est pas question, pour la France, de céder ou de permettre le moindre brin de liberté à ses anciennes colonies de décider au gré de leurs intérêts la politique qu’elles jugent bonnes pour leur pays et leur peuple. De quoi décevoir profondément ceux qui pensaient que l’élection du socialiste François Mitterrand en 1981, allait apporter un changement à la politique africaine de la France. À cet égard, force est de penser ou de croire que l’élection d’un autre socialiste en France, ne changera en rien le principe directeur de la politique africaine de la France. En tout cas, à moins de se tromper, le nouveau chef de l’État français ne pourra nullement déroger au vieux principe sacrosaint selon lequel « un pays n’a pas d’ami, mais des intérêts ». L’euphorie qui a abrité les nombreux Africains et singulièrement les Ivoiriens lors de l’élection de François Hollande, s’est vite estompée. Les interrogations, le scepticisme et la colère regagnent rapidement les esprits. Encore une fois les Africains font preuve de naïveté à l’endroit d’une France qui, fidèle à elle-même, poursuit une logique qui est bien sienne, à savoir : perpétuation et pérennisation de la domination et du contrôle de ses ex-colonies d’Afrique.

S’il importe de dénoncer le comportement de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies d’Afrique, il est tout aussi judicieux d’en faire autant vis-à-vis de l’attitude du monde occidental à l’égard des pays pauvres ou émergents depuis la fin de la Guerre froide en 1989 avec la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS)3 qui s’en est suivie.

Ce second aspect des relations internationales va constituer la première analyse de cet ouvrage qui se veut un outil de réflexion et d’interrogation sur les relations entre les États du monde dans lequel nous évoluons. Quelle place pour les nouveaux pays qui émergent pour certains ou tentent de sortir de la pauvreté pour d’autres ? Comment se libérer des griffes des maîtres d’hier tout en sachant que leur volonté de domination est omniprésente maintenant et plus que jamais ? N’est-il pas indispensable de repenser voire de reconsidérer le discours de la peur que nous véhiculent les grandes puissances nucléaires par rapport à certains pays en phase d’accéder au nucléaire ? Quels sont vraiment les plus dangereux et de qui nous devons avoir réellement peur ? Autant de préoccupations qui abritent les citoyens du monde entier d’où qu’ils soient.

Au regard de toutes ces préoccupations, il importe de porter nos réflexions et nos analyses sur les trois principaux axes suivants : d’une part, les relations internationales depuis la fin de la Guerre froide (Chapitre I), d’autre part, le bâillonnement des pays d’Afrique francophone par la France (Chapitre II), et enfin, la Côte d’Ivoire : la conquête de la souveraineté perdue aux fins d’un développement durable (Chapitre III).


1. Patrice Émery Lumumba, extrait de son discours du 30 juin 1960.

2. Laurent Gbagbo, après sa capture le 11 avril 2012 par l’armée française, depuis sa résidence surveillée de Korhogo.

3. Devenue, depuis sa dislocation, Russie.

Chapitre I

Les relations internationales
depuis la fin de la Guerre froide

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à la chute du mur de Berlin, le monde entier a vécu de véritables tensions et des confrontations idéologiques ainsi que politiques entre les États-Unis d’Amérique (USA) et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), les deux grandes superpuissances d’alors, et leurs alliés.

En effet, dès 1947, le monde s’est divisé en deux blocs : le bloc de l’Ouest incarné par les USA et leurs alliés, et celui de l’Est incarné par l’URSS et ses alliés. Il s’agit de deux camps ennemis qui vont cohabiter en chiens de faïence, avec une méfiance mutuelle inouïe durant près d’un demi-siècle. Nous allons assister à une bipolarisation du monde qui va favoriser ce qu’il est convenu d’appeler la Guerre froide qui va s’installer dès la fin de la deuxième guerre mondiale et prend fin avec la chute du mur de Berlin, en 1989.

La Guerre froide, de sa traduction anglo-saxonne the Cold War, est une expression employée en 1945 par l’écrivain anglais George Orwell4. Elle est utilisée pour qualifier la période de méfiance mutuelle, somme toute logique, qui a suivi la seconde guerre, entre les deux superpuissances, grandes victorieuses de ladite guerre. L’expression est très vite reprise, deux ans plus tard en 1947, par Bernard Baruch, un homme politique américain, avant d’être rendue populaire par les médias internationaux. Ainsi, comme le précise assez justement Raymond Aron, il s’agit « d’une guerre limitée ou paix belliqueuse », d’où son expression « paix impossible, guerre improbable »5. En clair, dans ce monde bipolaire, les belligérants évitaient l’affrontement direct, sans doute pour ne pas provoquer une troisième guerre mondiale, la seconde étant toujours dans les mémoires. Il va donc y avoir, entre les deux blocs, une méfiance réciproque qui illustre aisément cette période de ni paix, ni guerre.

Pendant plus de quarante ans, la planète va vivre la peur au ventre dans la crainte d’une troisième guerre mondiale. Chaque superpuissance, en chien de garde, va veiller à ce que son territoire, du moins l’un des pays qui lui sont alliés, ne soit pas agressé par l’autre superpuissance pour accroitre son hégémonie ou étendre sa zone géographique de domination ou d’influence. La géopolitique mondiale était ainsi définie et scellée jusqu’à la chute du mur de Berlin.

En réalité, la chute de ce qu’il était convenu d’appeler le mur de la honte qui fut un pur produit de la Guerre froide et un véritable symbole du partage du monde en deux blocs, marquera le début d’une nouvelle ère mondiale dans les relations internationales. En effet, au regard des causes profondes de cette chute, l’on comprend bien mieux les relations du monde actuellement entre les pays pauvres et les pays riches du monde occidental. Ces derniers, du fait des difficultés économiques qui les menacent et par hégémonisme, essaient sans gêne ni scrupule de relancer une politique impérialiste dans les pays pauvres ou en développement. Pour cela, la stratégie mise en place par les puissances occidentales est simple et elle marche à coup sûr. Elle consiste à créer, dans ces pays où le déficit de démocratie et la notion d’État-Nation sont encore mal ancrés dans l’esprit des populations, des situations de tension, allant jusqu’à imaginer ou inventer des histoires rocambolesques, erronées, souvent montées de toutes pièces aux fins de préparer les esprits tant au niveau de leur propre opinion qu’au niveau de celle de la communauté internationale. Il s’agit d’une véritable stratégie de communication que déploie l’Occident qui parvient le plus souvent à atteindre son objectif ou à fragiliser davantage ces pays cibles. Une fois la stratégie machiavélique finement mise en place, la machine de destruction peut être lancée, le terrain étant désormais propice aux puissances occidentales dans leur conquête du monde. En la matière, les exemples abondent. En effet, souvenons-nous de l’Irak, la Côte d’Ivoire et la Lybie6 ainsi que la tentative actuelle en direction de la Syrie qui, tant bien que mal, résiste, non sans les soutiens russe et chinois. Il faut vivement souhaiter que la Russie et la Chine poursuivent jusqu’au bout leur soutien. Le salut des pays fragiles, désormais la proie idéale de l’Occident, est sans doute dans ce soutien. Dans le cas contraire, les opérations de prédation de l’Occident en direction de ces pays pauvres et fragiles, ne peuvent que réussir dès lors qu’il n’y a plus aucune résistance. Désormais en effet, le bloc occidental est seul maître au monde, le bloc de l’Est étant en véritable perdition avec l’URSS qui s’est disloquée et la Russie préoccupée par sa stabilité. À cet égard, l’on peut légitimement regretter la fin de la bipolarisation du monde. Car l’« unipolarisation » du monde à laquelle nous assistons n’est que source d’injustices, le moment rêvé pour l’Occident d’assurer une mainmise sur les pays pauvres qui regorgent de richesses incontestables et de matières premières dont il a besoin pour renforcer son développement et son hégémonie. Toutefois, l’espoir subsiste encore, car ces opérations de prédation peuvent être vouées à l’échec si véritablement la Russie et la Chine, toutes deux des puissances nucléaires, ont compris le jeu sordide de l’Occident et l’enjeu de leur alliance dans l’évolution des relations internationales, car il faut dire que c’est un souhait, dans le contexte actuel du monde, de voir mettre en place le couple sino-russe, pour faire un contrepoids à l’impérialisme occidental dans les pays en développement. Le cas de la Syrie fonde aisément ce souhait. Espérons profondément que Chinois et Russes le comprennent et acceptent de jouer ce nouveau rôle nécessaire d’équilibre dans la diplomatie du monde, disparu depuis la fin de la Guerre froide.

La fin de la Guerre froide annonce donc indubitablement des changements géopolitiques mondiaux. Il ne peut d’ailleurs en être autrement, dès lors que cette fin de période de méfiance n’est rien d’autre que le fléchissement de l’URSS, l’une des deux superpuissances antagonistes. L’URSS va jeter l’éponge, comme pour signer le K.O. après un long combat contre l’Occident et le capitalisme sauvage, qui a duré près d’un demi-siècle. Il faut dire que la disparition de l’Empire russe est tout de même un coup dur dans l’équilibre diplomatique du monde. Désormais, les USA et leurs alliés occidentaux étant seuls sur la scène géopolitique mondiale, se permettent, comme il est de constater, certains actes qu’ils n’auraient jamais pu commettre si la dissuasion soviétique était en place. En tout état de cause ce déséquilibre est bien palpable et visible au regard de ce qui se passe dans les nouvelles relations du monde.

Il convient de jeter un bref regard sur la fin de la période de ni paix, ni guerre qui a prévalu depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à la chute du mur de Berlin. Cette fin marque le début d’une ère nouvelle dans les rapports des pays dans un monde qui rompt avec la bipolarisation. Une ère nouvelle dont les conséquences sont bien apparentes dans les nouvelles relations internationales entre les États avec la valse des conflits dans les pays pauvres ou émergents provoqués ou soutenus directement ou indirectement par les puissances occidentales. Il s’agit d’un état de fait qui peut être diversement interprété selon qu’on soit de l’Occident ou issu de pays confrontés à ces escalades d’agression. Des agressions, généralement étrangères, mais savamment et méthodiquement masquées avec bien souvent des soutiens apparents de minorités nationales corrompues et acquises aveuglément à une cause insensée voire même imaginaire qu’inventent les Occidentaux, les maîtres actuels du monde, pour justifier leur ingérence dans les pays pauvres ou émergents où en réalité, leur seul intérêt est soit économique, soit stratégique, le tout guidé par un esprit impérialiste abject, d’un autre âge.

I. Guerre froide : perspectives historiques rapides

Après la seconde guerre mondiale avec son cortège de dégâts et surtout de conséquences en Europe, il était impérieux pour le monde, notamment pour les États-Unis et l’Union soviétique, les deux grands vainqueurs, d’instaurer une quiétude dans la vie des êtres humains sur la planète. La paix s’impose donc à tous, si l’on veut sauver ce monde des humains censés civilisés par opposition aux autres êtres vivants de la planète, en l’occurrence, les animaux dont on connaît la férocité pour nombre d’entre eux qui n’hésitent pas à recourir à la force pour s’imposer aux plus faibles aux fins de déterminer ou de circonscrire leur territoire de domination ou alors de satisfaire à leurs intérêts aux mépris de ceux des autres, c’est-à-dire des plus faibles.

Cette paix devant normalement intervenir après la guerre pour justifier l’adage selon lequel « après la pluie vient le beau temps », n’est en réalité qu’une paix belliqueuse, où les belligérants, à défaut de s’affronter directement, se défient dangereusement et s’observent mutuellement avec méfiance. Si la paix, au sens propre du terme, paraissait impossible, la guerre, elle, était improbable. En effet, cette longue période a été émaillée par de nombreuses crises. Au point où l’on peut dire que le monde a, par moments, frôlé une troisième guerre mondiale, tellement, parfois, les crises étaient profondes voire tendues. Une étude séquentielle non exhaustive doit permettre de nous rendre compte des fondements de cette période de tensions entre les deux grandes puissances divisées en deux camps depuis près d’un demi-siècle.

1.1 Fondements de la période glaciale

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