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André Chénier - Drame en trois actes et en vers

De
75 pages

La Conciergerie. Porte grillée au fond. (Elle ne doit s’ouvrir qu’à la fin.) Deux autres portes également au fond ; la première, à droite du spectateur, conduit au tribunal révolutionnaire ; la seconde sert à toutes les entrées qui se font du dehors. Sur le premier plan, à droite et à gauche, cellules des prisonniers.

Au lever du rideau, le DEUXIÈME GEÔLIER se promène au fond du théâtre. Des PRISONNIERS, formant différents groupes, causent à voix basse ou dessinent.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Julien Daillière

André Chénier

Drame en trois actes et en vers

A MON AMI GEFFROY,

 

 

SOCIÉTAIRE DU THÉATRE FRANÇAIS.

L’auteur d’André Chénier, ayant décliné la responsabilité d’une préface, nous avons choisi, dans les journaux de Paris qui ont salué l’œuvre de notre concitoyen avec une unanimité, il faut le dire, aussi flatteuse que rare, une appréciation délicate et élevée. Celle que nous avons préférée nous a semblé, mieux que toute autre, devoir initier le lecteur à la pensée créatrice du premier drame qu’ait produit le sol angevin depuis ceux de Jean Michel, au XVIe siècle. Sans doute, la critique éloquente de M. Eug. Pelletan n’est pas complète ; elle ne descend pas des hauteurs de l’art, elle ne juge pas l’effet même de la représentation, si saisissant, que la redoutable, mais généreuse jeunesse de l’Odéon lui a répondu par un sympathique enthousiasme.

Nous croyons devoir combler cette lacune et interpréter le sentiment de l’auteur si reconnaissant d’ailleurs pour tous ceux dont le dévouement amical s’est multiplié autour de lui, en rendant ici hommage à la grâce touchante de Mlle Em. Volet dans le rôle de la Jeune Captive, au jeu plein de chaleur et de sensibilité de M. Darcourt dans le père de la noble racedes Chénier, et surtout au talent si vrai, si pathétique de M. Bouchet, qui a su reproduire avec une rare distinction, la poétique figure d’André Chénier, et qui eût fait à lui seul le succès de la pièce, lors même qu’il n’eut pas été si bien secondé par tous les artistes du second Théâtre-Français.

COSNIER ET LACHÈSE.

*
**

THÉÂTRE DE L’ODÉON. — ANDRÉ CHÉNIER.

 

Si le parterre de l’Odéon, qui représente la jeunesse des écoles, les recrues de l’intelligence, veut opérer une sérieuse réaction au profit de la poésie, de la grande littérature, des vrais sentiments humains enveloppés de belles formes ; si ce parterre veut se soustraire à la fantaisie, qui est le doute dans le domaine de l’art ; si cette jeunesse, qui vit dans l’intimité de tous les grands génies, qui a le sentiment naïf du beau, veut réagir contre l’esprit de comptoir, le goût frélaté du beau monde, alors, oh ! alors nous sommes des siens.

 

 

Nous n’osons croire encore, pour notre part, à cette bienheureuse réaction littéraire... Cependant il est incontestable qu’il se fait par là quelques mutations silencieuses dans l’esprit des gens qui allaient se mettre sur la machine électrique du drame, pour être un peu secoués. On veut être pris un peu moins par les nerfs et plus par le coeur ; moins par la curiosité, plus par la sensibilité, s’il faut en juger par le succès de larmes que vient d’obtenir la pièce d’André Chénier.

Certes, si nous avons demandé en toute humilité, une action plus dramatique à la tragédie de Racine, nous étions loin de demander dans notre for intérieur une action compliquée. Nous admettons de toutes les forces de notre âme, qu’avec notre grand vers français, il faut une action simple, ce qui ne l’empêche pas d’être émouvante. La tragédie doit plutôt se passer en sentiments qu’en mouvements. L’intérêt sera seulement déplacé. Dans les positions dramatiques où se trouveront les personnages, on voudra savoir ce qu’ils vont dire, et non ce qu’ils vont faire.

Et comment concevoir une autre tragédie ? L’action est le désordre, le vers est l’ordre. L’action, c’est l’infirmité prosaïque de notre nature ; elle a besoin d’agents matériels plus ou moins grossiers, plus ou moins vulgaires : de couloirs, de trappes, de clefs, de couteaux. La poésie, au contraire, a besoin de sentiments, de pensées, de grand air, de nature, de ciel étoilé, de lyriques aspirations.

Tout le secret de la tragédie, et c’est un terrible secret, consiste à trouver une action et des situations suffisamment dramatiques, pour que les personnages, placés au milieu d’une tempête, sur les flots bouillonnants d’une passion, puissent logiquement s’élever aux plus sublimes expressions dans la forme la plus haute de la littérature. Trouver l’équilibre entre l’action et la poésie, c’est l’art dramatique parfait.

M.J. Dallière a bien compris, dans le sujet d’André Chénier, les nécessités du drame versifié. Il eût pu multiplier les péripéties autour de cette existence, trouver des moyens de salut, de fuite, enfoncer les portes dérobées, pour faire retomber son héros aux mains des terroristes. Il nous eût montré ainsi les marches et les contre-marches, les efforts impuissants et désespérés d’un gibier pris sous le filet.

Le véritable intérêt n’était pas là. L’illusion ne pouvait se prêter à une possibilité de salut. Tout le monde connaissait le dernier mot de cette tragique et poétique destinée.

Le jeune dramaturge s’est attaché à nous faire connaître la grande âme du jeune poète, ses nobles qualités de cœur, afin qu’en voyant le dernier coup de hache révolutionnaire tomber sur cette tête touchée par le doigt de Dieu, illuminée par l’étoile mystique des poètes, notre âme fût plus religieusement et plus profondément attendrie. Nous mesurons nos larmes non pas à l’horreur de la catastrophe, mais à la sainteté des victimes.