Apogée et déclin

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La culture et l’Histoire espagnoles sont fortement marquées par le desvivirse. Cette notion difficile à traduire – une sorte d’intensité dévorante aux prises avec la réalité – est pourtant cruciale pour comprendre notre pays voisin, à la fois proche et lointain. Afin de nous faciliter le chemin, Verena von der Heyden-Rynsch nous offre ici une plongée dans la culture ibérique. Son récit est organisé autour de trois axes : la cohabitation des trois grandes religions au Moyen Âge, l’influence de la pensée d’Érasme, et enfin, ladite philosophie du desvivirse du moraliste Gracian.
À partir de quelques données historiques clefs, esquissées avec concision et clarté, l’auteur parvient à brosser un portrait très vivant de l’Espagne comme s’il s’agissait d’une personne morale et non d’un pays. En décrivant le chemin parcouru entre le IXe siècle où le pays incarnait la tolérance interreligieuse en Europe, et l’obsession du «sang pur» du XVIe siècle, elle décèle une faille qui se renforcera encore par l’obscurantisme de la contre-réforme, malgré l’influence incontestable de la pensée érasmienne. L’auteur parvient ainsi à dessiner un large arc de cercle dans l’histoire culturelle espagnole – en puisant son argumentation aussi bien dans la peinture, la philosophie, la littérature que dans l’histoire politique.
Son essai lumineux touchera non seulement les lecteurs curieux de la culture espagnole, mais aussi tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des idées en Europe ou qui s’interrogent sur la question de la tolérance religieuse.
Publié le : jeudi 20 octobre 2011
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EAN13 : 9782072416859
Nombre de pages : 183
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
SALONS EUROPÉENS. LES BEAUX MOMENTS D’UNE CULTURE FÉMININE DISPARUE. ÉCRI RE LA VI E. TROI S SI ÈCLES DE J OURNAUX I NTI MES FÉMININS. CHRISTINE DE SUÈDE. LA SOUVERAINE ÉNIGMATIQUE. LA PASSION DE SÉDUIRE. UNE HISTOIRE DE LA GALANTERIE EN EUROPE.
A P O G É EE TD É C L I N
VERENA VON DER HEYDENRYNSCH
A P O G É E E T D É C L I N
Le Siècle d’or espagnol
Traduit de l’allemand par Philippe Giraudon
G A L L I M A R D
Titre original :
E I NL E B E N,D A SS I C HS E L B S TV E R Z E H RT
© Éditions Gallimard, 2011. © Éditions Gallimard, 2011, pour la traduction française.
Pour mon père In memoriam
Introduction
Il est presque impossible de comprendre l’être de l’Es pagne. Le pays « invertébré », comme le définit Ortega y Gasset, l’un de ses plus grands penseurs, ne se conforme pas aux critères européens habituels. La situation margi nale de la péninsule Ibérique, son « excentricité », eut dès les origines un double caractère : géographique, à cause de l’isolement imposé par la barrière des Pyrénées, et his torique et culturel du fait des trois religions qui, des pre miers siècles du Moyen Âge jusqu’à nos jours, ont forgé la conscience nationale espagnole. Le fervent amoureux de l’Espagne qu’était E. M. Cioran évoque, pour caractériser l’histoire et la mentalité de ce peuple, « un destin génial et inachevé », « un Rimbaud incarné dans une collectivité ». L’Espagne a toujours été en quête de son essence. Pour reprendre la formule frappante de l’historien Américo Cas tro, elle est « obsédée par ellemême ». L’Homo hispanicusse caractérise par la passion de l’indépendance aussi bien intérieure qu’extérieure, et par une tendance au particula risme n’empêchant pas un désir d’universalité. Ce dernier e fut singulièrement favorisé par la découverte auXVsiècle des Indes occidentales, qui ouvrit à la mère patrie des
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horizons insoupçonnés. Le conflit encore irrésolu de nos jours entre la volonté d’unité représentée par le pouvoir central et les exigences séparatistes des différentes pro vinces reflète ce besoin profond de dépasser les frontières. La diversité régionale est telle qu’il a toujours existé plu sieurs Espagnes. La Castille, la Catalogne, le Pays basque, la Galice, l’Andalousie tour à tour ont revendiqué leur exi gence d’indépendance et créé leurs propres mythes, depuis le donquichottisme du Nord jusqu’au donjuanisme du Sud. Depuis le Siècle d’or, les valeurs de la société castillane ont imprégné la presque totalité des Espagnols. La diver sité reste pourtant favorisée par un substrat encore plus profond, qu’ont modelé dès l’aube du Moyen Âge les trois groupes religieux et ethniques de la péninsule, à savoir les Ibères, les Arabes et les Juifs. L’Espagne hispanomau resque fut un creuset incomparable, dont l’épanouisse ment a marqué aussi bien la philosophie scolastique, les connaissances médicales et l’architecture de l’Europe d’alors que les chansons des troubadours et la poésie mys 1 tique de Dante . Son rayonnement dans l’Occident médié val et encore à notre époque n’a guère d’équivalent dans l’histoire.
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Le peuplement de l’Espagne remonte à une haute Anti quité, même si le sens exact du mot « Ibère » n’est pas tout à fait clair. Il semble qu’il désigne partiellement une population berbère venue d’Afrique et ayant progressé de la côte méditerranéenne jusqu’aux Pyrénées. Les Celtes constituent une autre composante de l’ethnographie espa
1. Pierre Vilar,Histoire de l’Espagne, Paris, P.U.F., 2008, chapitre I.
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