Bio-anthropologie de la sexualité

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Bien qu’elle soit une pratique universelle, aussi vieille que l’humanité elle-même, traversant toutes les espèces vivantes, l’homosexualité a, pourtant, souvent été honnie. Les adeptes de cette préférence sexuelle, selon les religions, les cultures et les époques du devenir humain, sont vilipendés, agressés, violentés, humiliés et voués aux gémonies.
Comment faut-il comprendre la violence de ces postures de l’être humain par rapport à ce choix sexuel spécifique ? Tel est le but de ces investigations : démontrer que l’homosexualité, loin d’être une pratique contre nature, comme le prétend la folie des hommes, est elle-même le produit du fonctionnement biochimique du vivant.


Publié le : mardi 22 avril 2014
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– Algies nocturnales – L’insoutenable précarité du désir humain –

– Un gentilhomme français sous les tropiques pendant la colonisation

Dédicace

 

 

A tous ceux qui, de par le monde, subissent le rejet et l’incompréhension des hommes en raison de leurs préférences sexuelles

Première Partie

Au cœur de la question de l’homosexualité : entre nature, controverses et théologie de la christophanie

Introduction

« Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés… » (Luc 6-36-37, InLa Bible de Jérusalem – Desclée de Brouwer, Paris 1975 –)

Les sociétés humaines, dans leur quasi totalité, et aussi loin qu’on puisse remonter dans leur histoire, ont édifié des barrières autour de la sexualité. Ces précautions supposent des causes multiples dont il est possible d’en retenir trois essentiellement.

D’abord, l’énergie sexuelle est perçue comme fondamentalement dangereuse et mortifère. Elle a besoin d’être nécessairement canalisée, domestiquée à défaut d’être totalement maîtrisée. C’est ce qui a conduit toutes les sociétés à codifier les pratiques sexuelles, à légiférer à propos de celles-ci. Nonobstant ce, la lecture quotidienne des journaux permet à tout un chacun de se rendre à l’évidence que, sur ce point, il y a une faillite des hommes à se protéger totalement des désordres générés par leur sexualité. Car des crimes sexuels se commettent en permanence dans de nombreux pays du monde dont les femmes et les enfants sont les premières et les principales victimes1.

Ensuite, cette réglementation relative à la pratique sexuelle s’est imposée comme un moyen permettant d’instaurer et de réguler les échanges matrimoniaux ; et ceci pour diverses raisons dont nous ne retiendrons seulement que deux : d’une part, il s’agit d’avoir un droit de regard sur la paternité des enfants. Conformément à la maxime latine « pater incerto, mater certa », dans le mariage, bien que ce n’en soit pas un gage absolu, on s’assure que le lignage ne serait pas perturbé, bouleversé en profondeur. D’autre part, en vertu de l’attrait irrésistible des particuliers dans les milieux familiaux qui incline aux diverses formes d’actes incestueux, l’hypothèse de Claude Lévi-Strauss2 se comprend fort bien et fort aisément. En échangeant les sœurs, on résout la tentation de l’inceste et on ouvre les sociétés les unes aux autres. Dans cette perspective, la femme apparaît alors comme la fondatrice et la source à la fois de la réciprocité dans les échanges matrimoniaux et, donc, de l’émergence de toute société.

Enfin, d’un point de vue théologique, la sexualité inaugure l’avènement du mal en ce monde, c’est-à-dire dans la dimension des réalités humaines. Même si le vétéro testamentaire ne le dit pas expressément, des commentateurs de la Torah comme Achkenazi De Janow Jacob ben Isaac soutiennent que le mal est advenu au monde suite à la consommation de l’acte sexuel par Adam et Eve ; la manducation du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’étant qu’une métaphore de cet acte fondamental. En fait, tout se passe comme si Dieu n’était pas satisfait de sa créature. D’une part, il commence par créer Adam seul qu’il institue comme roi de la Création. Mais, très vite, il réalise qu’il n’est pas heureux ni accompli, malgré le pouvoir qu’il est censé exercer sur toute la terre. Adam a le sentiment d’être incomplet, inachevé. Quelque chose d’essentiel lui manque pour être heureux. Alors, selon la deuxième version du premier livre de la Genèse, Dieu crée Eve pour lui tenir compagnie. Mais, aussitôt après, il leur interdit de se connaître (sexuellement) tout en les dotant d’organes destinés à cet office. Or, la perpétuation de l’espèce humaine ne pouvait être envisagée sans passer par l’acte sexuel. On eût dit que le Créateur aurait voulu les garder dans leur ignorance initiale tout en les privant d’une quelconque progéniture. Le paradoxe du mal demeure dans l’intention même de Dieu, suivant une certaine lecture du premier Livre de la Genèse.

Quant à l’homosexualité, elle est évoquée pour être indirectement condamnée par Dieu lui-même comme une abomination3. Est-ce l’acte sexuel lui-même qui est condamné ? Dans ce cas, est-ce au nom d’une certaine morale ? Est-ce parce que cette pratique sexuelle, destinée au plaisir essentiellement et non à la procréation, comme le révèle Genèse 19-1 à 29, qu’elle est frappée d’abomination ?

Ce passage du vétéro testamentaire a toujours été utilisé par la doctrine de l’église chrétienne comme prétexte pour condamner l’homosexualité. En son sein, depuis sa création au IVe siècle après J.-C., l’Eglise a toujours compté des religieux qui pratiquent l’homosexualité que, pourtant, elle ne veut pas voir. C’est le cas dans les monastères, les couvents que nous avons fréquentés pendant de longues années ; et où nous avons été nous-mêmes témoins de telles pratiques. Alors, l’église est-elle la mieux placée pour condamner les homosexuels ?


1. Il semblerait que les crimes homosexuels soient moins répandus et moins fréquents que ceux qui sont perpétrés dans les mondes hétérosexuels. L’impulsion animale, dans l’hétérosexualité, doit expliquer, en partie du moins, cette fréquence et cette abondance de crimes sexuels. Car la fureur prédatrice animale, voire l’aveuglement du scrotum désirant que Freud appelle le « chaudron » ou le ça, l’emporte sur le raisonnable chez le masculin.

2Les structures élémentaires de parenté (Presses Universitaires de France, Paris 1949)

3. Nous verrons qu’il s’agit, en fait, d’une mauvaise compréhension de ce texte ou d’une volonté maligne de l’interpréter ainsi afin d’avoir des raisons théologico-religieuses de condamner cette sorte de préférence sexuelle.

Chapitre I
L’homosexualité
un phénomène naturel irréfutable

A) La copulation avec les individus du même sexe est un phénomène universel

Si l’on s’accorde avec le principe d’Epicure sur la définition de l’essence du vivant, selon lequel tout vivant, quel qu’il soit, recherche comme par nécessité, le plaisir et fuit, comme par nécessité, tout ce qui est source de douleur, alors peu importe la forme par laquelle il obtient ce plaisir. Dès lors, ce qui compte et qui est premier, c’est le fait d’atteindre une forme de bonheur puisque celui-ci est synonyme de plaisir ou absence de douleur. Epicure précise bien ce phénomène propre à l’être humain, voire au vivant, en général : le bonheur et/ou plaisir « est au principe de nos choix et refus, il est le terme auquel nous atteignons chaque fois que nous décidons quelque chose, avec, comme critère du bien, notre sensibilité. Précisément parce qu’il est le bien premier, épousant notre nature {…} Tout plaisir est en tant que tel un bien… »4 En cette vie, que nous avons en partage, chacun recherche donc le bonheur/plaisir qui est conforme à sa propre nature sans que personne n’ait à en juger. Il est d’office disqualifié parce qu’il est étranger à la personne d’autrui qu’il s’octroie injustement le droit de juger.

Si, donc, il y a chez le vivant, en général et, particulièrement chez l’espèce humaine, ce que Maurice T. Maschino appelle « le terrorisme de la jouissance »5, on conçoit mal qu’au nom de la morale, religieuse notamment, dans le champ de la culture où l’on prétend nier les réalités biochimiques, on veuille juger les comportements sexuels en vertu de leur conformité supposée ou non à la nature. Tel semble être l’anathème qui frappe l’homosexualité comme genre de recherche de plaisir. Sur ce point, de nos jours, les interprétations biologiques, censées accorder les esprits compétents et éclairés dans ces matières varient considérablement en fonction de l’idéologie, de l’éthique religieuse et de la posture intellectuelle des auteurs.

D’abord, il y a ceux qui pensent que la recherche du plaisir est réduite au besoin de la reproduction chez toutes les espèces vivantes, hormis l’humaine. Ainsi, au fil de ses différents travaux biologiques, Diamond Jared s’emploie à démontrer que la recherche du plaisir pour le plaisir, en dehors de toute finalité procréatrice, apparaît comme une évolution de la sexualité de l’espèce humaine. L’un des aspects de sa thèse nous paraît un truisme : si les êtres humains passent le plus clair de leur temps de vie à faire l’amour, c’est parce qu’ils aiment particulièrement cette activité, source de plaisir. Et le fait qu’ils l’aiment tant tient essentiellement à la nature de la sexualité qui est pourvoyeuse de plaisir. Cette inclination à la recherche continue du plaisir sans but procréateur résulte, selon lui, d’une évolution spécifique que l’espèce humaine aurait opérée au cours de sa courte histoire au regard de celle des autres vivants sur notre commune terre. C’est en ce sens qu’il écrit : « l’exception humaine que représente la dissimulation de l’ovulation, la réceptivité permanente et l’importance du plaisir dans notre sexualité s’explique forcément par l’évolution. Il est tout particulièrement paradoxal que chez l’Homo sapiens, seule espèce capable de porter un regard sur elle-même, la femelle ne soit pas consciente de sa propre ovulation, contrairement à une femelle aussi bête que la vache. Il a fallu que quelque chose intervienne pour cacher sa propre ovulation à une femelle aussi perspicace et aussi avertie que la femme » 6

Naturellement, ce physiologiste analyse le plaisir essentiellement dans le cadre des relations hétérosexuelles. Cette transformation des mœurs sexuelles a été le fait des femelles, depuis le temps des cavernes. En effet, par peur de perdre un procréateur et pour se l’attacher, elle a dû lui offrir des compensations : pour permettre à celui-ci de copuler avec elle à sa guise, elle prolongea sa réceptivité sexuelle au-delà de l’ovulation. Un tel état des faits a eu un double avantage pour elle : elle eut droit au partage des butins de la chasse pour nourrir sa progéniture, d’une part, et de l’autre, elle favorisa la cohésion du couple en suscitant chez le mâle la nécessité d’élever ensemble la progéniture issue de leur union. En somme, l’ingéniosité de la femelle humaine est l’origine de l’histoire du couple chez l’espèce humaine.

Cette thèse et bien d’autres, comme celle de Donald Symons7 ou d’Edward Wilson8, laissent sous-entendre que la recherche du plaisir sexuel se limite, chez les autres espèces vivantes, à la seule nécessité de la reproduction. Qu’il s’agisse de livres ou de documentaires consacrés à ce thème, on s’accorde à insister sur ce seul aspect de la sexualité animale, oubliant souvent que, faute d’échanges avec ces espèces vivantes, c’est l’interprétation anthropomorphique qui domine. Il ne saurait en être autrement. Ces thèses biologiques posent, en effet, ceci : chez toutes les espèces animales, ce qu’on appelle d’un terme anthropomorphique « la période des amours » inaugure la lutte à mort, quelquefois, des mâles pour accéder aux femelles en vue de copuler et de se reproduire. Pendant le reste de l’année, les animaux seraient indifférents à la recherche du plaisir. Or, cette lecture des phénomènes du vivant, qui est justifiée quand il s’agit de la reproduction des espèces, occulte totalement l’impératif de la recherche du plaisir spécifique à tout vivant, d’une part ; d’autre part, la sexualité animale ne se réduit pas aux seuls rapports hétérosexuels. Il nous suffit de lire les ouvrages abondants traitant d’éthologie animale ou d’être attentif aux comportements sexuels des animaux sauvages ou domestiques pour nous rendre à l’évidence de la portée de la thèse d’Epicure. D’abord, l’apprentissage des comportements sexuels hétéro ou homosexuels chez les enfants et les petits animaux9 est très courant. A titre d’exemple, un paragraphe du livre de Maurice T. Maschino s’intitule « une homosexualité multidéterminée ». Parmi les exemples qu’il rapporte sur ce cas, on découvre que les comportements incestueux, dans les familles, ne se limitent pas seulement à la seule sphère hétérosexuelle (père/fille, mère/fils). Ils sont aussi homosexuels d’après le cas suivant : « J’ai commencé avec mes frères, raconte Maxime. C’est l’aîné – il avait, moi dix – qui m’a donné mes premiers plaisirs. Jusque-là, à l’école, j’étais toujours attiré par des copains plus grands, plus forts, mais c’était purement « sentimental », je me sentais protégé et j’étais bien.

Jusqu’au jour où, en vacances, mon frère m’a touché : nous dormions à deux dans un grand lit, et je me souviens très bien qu’un soir, alors que, ne trouvant pas le sommeil, je me tournais et retournais sous les draps, il m’a proposé de me calmer. Me serrant cotre lui, il s’est mis à m’embrasser doucement, à caresser mon sexe, à le lécher. J’ai eu beaucoup de plaisir. Nous avons continué ces rapports quelques années – à trois, puisque j’ai fait l’« éducation » de mon jeune frère »10. Il en est de même chez les animaux : très tôt, les petits s’adonnent aux comportements sexuels, d’abord, par imitation du monde des adultes dont ils sont constamment témoins de la vie sexuelle ; ensuite, pour la recherche du plaisir. Comme la morale est absente dans le monde animal, les individus copulent par nécessité, quand il s’agit d’une tension au plaisir, phénomène purement hormonal dont la finalité est intrinsèque. Dans un milieu homogène, dominé par un grand nombre de mâles, ceux-ci copulent entre eux sans hésiter. Même dans un cadre hétérogène composé de mâles et de femelles, les rapports sexuels avec les individus du même sexe sont courants.

Ensuite, en dehors de tout jugement moral, la sexualité n’a pas de raison propre, ni de sens immanent. Tout se passe comme si, le fait même d’être vivant, incline à rechercher des sources de plaisir11, comme la nécessité de satisfaire les besoins naturels et nécessaires, tels que boire, manger, dormir ; quelles que soient la nature ou la source du plaisir qui en résultent. Dès lors, ce qui importe, c’est le plaisir en lui-même. C’est en ce sens que l’on peut concevoir la portée des remarquables travaux du biologiste Bruce Bagemihl sur l’homosexualité animale12. Ce chercheur minutieux s’emploie à montrer que l’homosexualité, la bisexualité, voire la masturbation, sont des comportements sexuels très répandus dans le règne animal. La copulation entre deux individus de même sexe se pratique au moins chez quatre cent cinquante espèces animales ; ceci, quelle que soit la zone géographique considérée. Il s’agit d’une preuve scientifique qui réfute élégamment la croyance culturelle fort répandue parmi les hommes selon laquelle l’homosexualité humaine ne serait rien d’autre qu’une aberration biologique. Si l’espèce humaine n’est qu’une espèce vivante parmi tant d’autres, par-delà sa spiritualité, sa raison et sa conscience etc. qui la magnifient, on ne peut soutenir raisonnablement qu’elle ne soit pas capable de faire preuve de comportements sexuels similaires à ceux des autres êtres vivants. Jusqu’à la preuve du contraire, elle n’a pas encore accédé au rang du divin ou d’ange. Les réticences et les dogmatismes, religieux notamment, sur ce point, dérivent de la raison biologique constituée : l’on s’arc-boute à la compréhension présente des phénomènes du vivant, intelligence des choses qui est toujours partielle et transitoire, pour interpréter, de manière biaisée, tronquée même, le fait que l’hétérosexualité serait conforme à la nature, en tant qu’elle est essentiellement pourvoyeuse de vie. Mais pour combien de temps encore, puisque aujourd’hui aucune science ne prévoit un grand futur de l’espèce humaine sur notre commune terre ? Cette croyance commune au nom de laquelle on a tendance à condamner l’homosexualité est vigoureusement réfutée, avec ses excès ordinaires, par le Marquis de Sade. Selon lui, malgré la vaine prétention de l’espèce humaine à se penser comme le nombril de l’univers, sa perpétuation sur terre ne relève d’aucune nécessité dérivant de la Nature elle-même. Tel est, du moins, le sens de ses propos suivants : « Ah ! loin d’outrager la nature, persuadons-nous bien, au contraire, que le sodomite et la tribade la servent, en se refusant opiniâtrement à une conjonction dont il ne résulte qu’une progéniture fastidieuse. Cette propagation, ne nous trompons point, ne fut jamais une de ses lois, mais une tolérance tout au plus, je vous l’ai dit. Eh ! que lui importe que la race des hommes s’éteigne ou s’anéantisse sur terre ! Elle rit de notre orgueil à nous persuader que tout finirait si ce malheur avait lieu ! Mais elle ne s’en apercevrait seulement pas. S’imagine-t-on qu’il n’y ait pas déjà de races éteintes ? Buffon en compte plusieurs, et la nature, muette à une telle perte aussi précieuse, ne s’en aperçoit seulement pas. L’espèce entière s’anéantirait que ni l’air n’en serait moins pur, ni l’astre moins brillant, ni la marche de l’univers moins exacte. Qu’il fallait d’imbécillité, cependant, pour croire que notre espèce est tellement utile au monde que celui qui ne travaillerait pas à la propager ou celui qui troublerait cette propagation deviendrait nécessairement un criminel ! »13

Or, les études de Bruce Bagemihl démontrent que, quel que soit le genre de vivants que l’on observe sur la terre, notamment les mammifères et les oiseaux, les comportements homosexuels et transgenres sont partout répandus comme une donnée universelle de la vie. Il réfute aussi les données biologiques traditionnelles qui posent que les animaux s’accouplent uniquement pour se reproduire et non par plaisir. Même Diamond Jared est obligé d’admettre que, chez les mammifères, comme les bonobos, la répétition des actes et des comportements sexuels l’emportent nettement sur celle des êtres humains. En effet, écrit-il, « les bonobos s’accouplent encore plus souvent que nous (jusqu’à sept fois par jour)… »14. D’ailleurs, tous les éthologues spécialistes de ces animaux insistent sur leurs pratiques de la promiscuité ; ce qui conduit à toutes les formes exubérantes de relations sexuelles. Non seulement, ils pratiquent couramment la bisexualité, mais en outre, les mâles aussi bien que les femelles s’accouplent à leur guise avec des individus du même sexe. Les adultes n’hésitent pas non plus à copuler avec des individus immatures (les petits) ; quand bien même, dans ce cas, il s’agirait d’apprentissage de la vie sexuelle. Donc, la pratique homosexuelle, selon ces données biologiques, est, par essence, universelle15. Car ce qui compte absolument tient au fait que l’état de besoin, qui exprime un manque essentiel dans le vivant, doit être nécessairement satisfait. Qu’importe de quelle manière et sous quelle forme cela se réalise !

B) Une compréhension rationnelle et génétique de l’homosexualité

Dans une récente publication, fruit d’une dizaine d’années de recherches sur l’essence du féminin16, nous avons insisté sur la première tentative, dans l’histoire de la pensée occidentale, de penser rationnellement le phénomène de la sexualité humaine, en l’occurrence, celle de Platon dans son Banquet. Plus précisément, le « Discours d’Aristophane » (189 c-193 e)17, sous sa forme mythique, remonte au passé originel de l’homme sous la figure de « trois catégories d’êtres humains ». D’abord, l’androgyne, la plus parfaite de ces figures humaines ancestrales, mais qui a malheureusement disparu, s’adjoignait à la fois le mâle et la femelle. Le double mâle était fils du soleil et la double femelle, fille de la terre. L’androgyne lui-même était le rejeton de la lune dès lors que cette dernière participait de deux forces, solaire et terrestre. L’appariement de la deuxième catégorie était composé de deux mâles et la troisième, de deux femelles. Mais, comme l’attestent toutes les traditions mythico-religieuses de l’Humanité, les dieux finissent par punir celle-ci en raison de son orgueil démesuré consistant, entre autres ambitions et tentations, à vouloir devenir semblables aux dieux. Et dans le cas de ce discours d’Aristophane, ces êtres ronds ont été punis par Zeus, qui les scinda en deux en les condamnant ainsi à un désastre ontologique, en raison de leur volonté de puissance dans l’acte de défier les dieux. Car cette scission a eu pour effet de les jeter à la recherche de leur moitié. Les retrouvailles s’accompagnent d’enlacement sempiternel, du désir de se fondre l’un dans l’autre pour retrouver l’unité originaire, éternellement. Ce faisant, les couples ainsi réunifiés oublient tout ce qui est nécessaire à leur survie, comme le fait de se nourrir, de boire, etc. Voyant qu’ils courent le risque d’extinction, Zeus, par pitié, transféra leurs organes sexuels du même côté que leur visage, telle que se présente l’espèce humaine sous sa figure présente, afin de rendre possible leur conjonction ; et de leur octroyer, ainsi, la possibilité de procréer.

Ce mythe est riche de divers enseignements. D’abord, il rend possible la pensée rationnelle d’une typologie des attirances et/ou préférences sexuelles. En effet, ceux qui constituaient la figure emblématique de l’« androgyne » deviennent homme et femme, mâle et femelle. Aristophane précise que c’est cette catégorie d’êtres humains qui est l’origine même de l’adultère dans les couples. Car ce genre de conjoints ne sont jamais certains d’avoir trouvé leur vraie et réelle moitié. De même, les femmes qui sont une scission de double de femme initiale vont rechercher frénétiquement leur moitié parmi les femmes et qu’on appelle lesbiennes, celles qui s’adonnent à l’amour saphique. Quant à l’appariement homme/homme, ils sont enclins à n’aimer que les hommes parmi lesquels ils recherchent leur âme sœur. Aristophane valorise cette figure, en l’occurrence, l’attachement homosexuel masculin. Car, selon lui, il ne s’agit guère d’impudicité ni même de défi aux normes dites naturelles de l’hétérosexualité, dès lors qu’elle-même relève des mêmes normes ou penchants naturels. Bien au contraire, en dehors du procédé d’accouplement lui-même, ce genre d’appariement humain résulte d’une « hardiesse » et d’un renforcement de virilité. Sont qualifiés comme les meilleurs parmi les hommes, selon lui, tous ceux qui ont le courage de braver les pudibonderies civiles, religieuses pour s’engager dans ce genre de relations. En effet, ils s’adonnent à la philosophie qualifiée de science pure de la raison, qui magnifie l’espèce humaine en lui conférant l’intelligence supérieure des phénomènes humains et matériels ; mais aussi à la littérature, à la carrière politique, à la garantie et à la préservation des valeurs publiques. Ils transmettent même, par le truchement de leur affection mutuelle, aux éphèbes qu’ils aiment le sens des valeurs civiques et du devoir guerrier, entres autres18. Enfin, le « Discours d’Aristophane » démontre, de façon claire, le fait que l’être humain souffre d’un manque essentiel exprimé par le désir de s’adjoindre à l’autre comme source d’apaisement de notre feu intérieur qui brûle en creux. L’amour représente le désir de « l’âme » et qui semble être comme « quelque chose qu’elle est incapable d’exprimer » autrement. D’où la proposition d’Héphaïstos, le dieu forgeron, introduite dans le cours du récit d’unir les deux figures en un être indissoluble fait d’alliage charnel et spirituel. Cet être ferait en sorte qu’ils ne forment désormais plus qu’« un seul être » jusqu’à la mort, comme Platon le précise : « s’unir avec l’être aimé et se fondre en lui, de façon à ne faire qu’un seul être au lieu de deux ». Il s’agit ni plus ni moins de « retrouver cette totalité », qui est la figure de l’unité primordiale des êtres humains. Dès lors, cette recherche effrénée qu’on appelle « amour », et qui peut prendre des formes d’amour idéal ou absolu, est indifférente aux jugements moraux, religieux. Car ce peut être celui d’une femme et d’un homme, d’un homme et d’un homme, d’une femme et d’une femme.

Freud, dans les temps modernes, va reprendre l’explication du phénomène de l’homosexualité dans le cadre de la psychanalyse. A l’instar d’Aristophane du Banquet, il démontre qu’il s’agit d’un phénomène relevant de tendances purement biologiques. Dans la recherche du partenaire, il met en avant l’objet sexuel qui suscite une inclination naturelle spécifique. Il établit trois catégories d’individus, au niveau des comportements sexuels, qu’il appelle des « invertis ». D’abord, « les invertis absolus » recherchent comme partenaires sexuels, uniquement des individus du même genre de sexe qu’eux-mêmes. Ils n’éprouvent du plaisir que dans les actes sexuels avec eux. A l’inverse, ils manifestent une indifférence royale (Freud parle d’« aversion sexuelle ») par rapport aux individus de l’autre genre de sexe. Ensuite, « les invertis amphigènes (hermaphrodisme psychosexuel) »19 caractérisent les individus non exclusifs en matière de recherche de partenaires sexuels. Ils éprouvent autant de plaisir avec les hommes qu’avec les femmes. Ce qu’on appelle aujourd’hui la « bisexualité » est plus répandue qu’on ne...

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