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Calvaire d'amour

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246 pages

Mignonne me dit un jour
En prenant des airs superbes :
« Veux-tu venir par les herbes
Cueillir les fraises d’amour ?

C’est le temps où chaque couple
Va courir par les buissons ;
C’est la saison des chansons
Où l’âme à l’âme s’accouple.

Je ne sais ce qui se dit
Dans un petit sentier sombre ;
Mais j’imagine qu’à l’ombre
Du chaud soleil de Midi

Il doit se passer des choses
A faire battre le cœur,
A mettre, avec du bonheur,
Dans l’âme, des aubes roses.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Albert Hüe

Calvaire d'amour

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FRAISES D’AMOUR

I

Mignonne me dit un jour
En prenant des airs superbes :
« Veux-tu venir par les herbes
Cueillir les fraises d’amour ?

 

 

C’est le temps où chaque couple
Va courir par les buissons ;
C’est la saison des chansons
Où l’âme à l’âme s’accouple.

 

 

Je ne sais ce qui se dit
Dans un petit sentier sombre ;
Mais j’imagine qu’à l’ombre
Du chaud soleil de Midi

 

 

Il doit se passer des choses
A faire battre le cœur,
A mettre, avec du bonheur,
Dans l’âme, des aubes roses. »

 

 

Et fermant presque les yeux,
Ses lèvres, avec délice,
Soulignant cette malice,
Claquèrent d’un bruit Joyeux.

II

Par les sentiers blancs de neige
Qui pleuvait des églantiers,
Nous fûmes des jours entiers
Nous égarer... mais j’abrège :

 

 

Mignonne se fit un jeu
De dévorer les fruits roses
Qui lui dirent bien des choses,
Et mirent sa lèvre en feu.

III

Plus tard je dis à mignonne :
« La clochette des amours
Que l’Avril sonne toujours
De plus belle carillonne :

 

 

Veux-tu venir par les prés
Effeuiller les églantines
Et cueillir, sous les épines.
Les fruits mûris et pourprés ?

 

 

Nous y fûmes l’autre année,
L’Eté, si tu t’en souviens :
C’est toi qui m’avais dit — Viens — 
Mon amoureuse effrénée. »

IV

Mignonne me prit la main
Et me dit courbant la tête :
« La première fois est fête
Qui n’a pas de lendemain. »

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VELLÉITÉS

Mignonne, le Printemps sourit,
De feuilles le buisson se couvre.
Le bourgeon parfumé s’entrouvre.
De nouveau l’arbuste fleurit.

 

 

Le Rossignol, sous la ramée,
Fatigué d’un trop long repos,
Reprend ses amoureux duos
Avec sa douce bien aimée.

 

 

Si tu veux, Mignonne, comme eux
Au souvenir d’autan fidèles,
Nous donnerons de grands coups d’ailes
Et nous rajeunirons tous deux.

 

 

Nous redirons la cantilène
De nos chants d’amour d’autrefois,
Et tu verras encor ma voix
Suspendue à la fraîche haleine.

 

 

Moi, je serai le Rossignol
Amoureux de toi, ma pauvrette,
Et toi tu seras la Fauvette
Que je poursuivrai dans mon vol.

 

 

Nous choisirons dans la vallée
Le buisson vert aux jeunes jets,
Et, là, blottis, à nos projets
Nous redonnerons la volée.

 

 

Nous irons reprendre en exil
Nos décevants rêves de flamme,
Et les illusions de l’âme
Que donne et que reprend l’Avril.

 

 

Mais nous aurons l’expérience
Des êtres par le Temps vaincus,
Que les projets ne sont vécus
Qu’en songes et qu’en espérance.

 

 

Nous saurons encor, l’ayant vu,
Que Rossignol et que Fauvette
Prennent chacun une retraite
Loin des buissons, l’hiver venu.

 

 

Et que le vent qui des ramures
Fait pleuvoir les feuilles en tas,
Transforme à l’heure des frimas
Les douces chansons en murmures.

 

 

Nous saurons que, dans l’Univers,
Les amours aux soucis moroses
Ne peuvent pas plus que les roses
Survivre aux neiges des hivers.

ENVOI

Puisqu’il faut que tout s’étiole
Sous l’effort d’une rude main,
Que l’amour d’aujourd’hui, demain,
Comme un furtif éclair s’envole ;

 

 

Mignonne, quand les vents glacés
Auront fait neiger sur nos têtes,
Au moins ayons encor des fêtes
Au souvenir des jours passés.

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IDYLLE

La marguerite était près du bluet pensive ;
Le Merle était songeur et la Fauvette oisive :
C’était l’heure énivrante où l’horizon vermeil
Se colore des longs traits de feu du Soleil,

 

 

Qui lentement descend de la voûte azurée
Laissant, après son char, une effluve éthérée
D’un charme envahissant qui porte droit au cœur
Les relents infinis d’une douce langueur.

 

 

Ils marchaient appuyés — deux amoureux, sans douté,
Du vulgaire fuyant la trop vulgaire route — 
A travers les grands foins mûrs ou déjà fauchés,
Trouvant à chaque pas des moissonneurs couchés,
Se disant à mi-voix leurs espoirs et leurs rêves
Et parfois s’égarant dans les grands plants de fèves.
Ils s’étaient déjà dit ces choses-là cent fois !
Mais, hélas ! les amants, qu’ils les disent aux bois,
Auxchamps, dans leurs boudoirs, sans oser, ou sans voiles,
Devant un beau soleil ou devant les étoiles,
N’ont-ils pas le secret de retrouver toujours
Quelque chose de neuf dans tous ces vieux discours ?

 

 

Quand ils eurent tous deux, abusant des paroles,
Exprimé sans détour leurs espérances folles,
Leurs craintes, leurs regrets, leurs projets délaissés