Ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes

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Prenant son essor au XIXe siècle avec la découverte de milliers de papyrus en Égypte, la papyrologie consiste à étudier les textes grecs et latins écrits sur un support transportable (papyrus, tessons de poterie, tablettes de bois ou parchemin). Alors que les inscriptions et les sources littéraires peuvent présenter une image normative, idéalisée ou parfois déformée des individus, les papyrus – aussi fragmentaires soient-ils – nous font entrer dans leur quotidien, rendant possible une archéologie de leurs pratiques culturelles.
Tenter de déchiffrer « ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes », pour paraphraser Léonard de Vinci, tel est le défi du papyrologue, qui ne cesse ainsi de renouveler notre connaissance du passé.
 
Jean-Luc Fournet est papyrologue byzantiniste. Il a été membre de l’Institut français d’archéologie orientale du Caire, chargé de recherche au CNRS, puis directeur d’études en papyrologie grecque à l’École pratique des hautes études. En mars 2015, il a été nommé professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Culture écrite de l’Antiquité tardive et papyrologie byzantine ».
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782213703411
Nombre de pages : 88
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Couverture : Jean-Luc Fournet Ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes
Page de titre : Jean-Luc Fournet Ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes

Les Leçons inaugurales du Collège de France

Depuis sa fondation en 1530, le Collège de France a pour principale mission d’enseigner, non des savoirs constitués, mais « le savoir en train de se faire » : la recherche scientifique et intellectuelle elle-même. Les cours y sont ouverts à tous, gratuitement, sans inscription ni délivrance de diplôme.

Conformément à sa devise (Docet omnia, « Il enseigne toutes choses »), le Collège de France est organisé en cinquante-deux chaires couvrant un vaste ensemble de disciplines. Les professeurs sont choisis librement par leurs pairs, en fonction de l’évolution des sciences et des connaissances. À l’arrivée de chaque nouveau professeur, une chaire nouvelle est créée qui peut ou bien reprendre, au moins en partie, l’héritage d’une chaire antérieure, ou bien instaurer un enseignement neuf.

Plusieurs chaires annuelles thématiques permettent également d’accueillir des professeurs invités pour une année (Création artistique, Développement durable, Informatique et sciences numériques, Innovation technologique).

Le premier cours d’un nouveau professeur est sa leçon inaugurale.

Solennellement prononcée en présence de ses collègues et d’un large public, elle est pour lui l’occasion de situer ses travaux et son enseignement par rapport à ceux de ses prédécesseurs et aux développements les plus récents de la recherche.

Non seulement les leçons inaugurales dressent un tableau de l’état de nos connaissances et contribuent ainsi à l’histoire de chaque discipline, mais elles nous introduisent, en outre, dans l’atelier du savant et du chercheur. Beaucoup d’entre elles ont constitué, dans leur domaine et en leur temps, des événements marquants, voire retentissants.

Elles s’adressent à un large public éclairé, soucieux de mieux comprendre les évolutions de la science et de la vie intellectuelle contemporaines.

Leçon inaugurale
prononcée le jeudi 7 janvier 2016
par Jean-Luc Fournet,
professeur

LEÇONINAUGURALENo 260

 

À la mémoire de Gilbert Dagron
et d’Antonio Velluto

 

Le cose disunite s’uniranno e riceveranno in sé tal virtù che renderanno la persa memoria alli omini. Cioè i palpiri che sono fatti di peli disuniti e tengano memoria delle cosse e fatti delli omini.

 

« Les choses désunies s’uniront et acquerront la faculté de rendre aux hommes leur mémoire perdue : ce sont les papyrus, qui sont faits de brins désunis et gardent la mémoire des choses et des actions humaines. »

Léonard de Vinci,
Maximes, fables et devinettes

 

Monsieur l’Administrateur,

Monsieur l’Ambassadeur,

Messieurs les Présidents,

Chers collègues,

Chers amis,

Mesdames, Messieurs,

 

Il m’arrive de me demander ce que serait notre connaissance de l’art italien de la Renaissance si nous n’avions, pour en juger, que Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes de Giorgio Vasari, ouvrage certes essentiel pour l’histoire et l’historiographie de l’art, mais qui réduit la production artistique à une réalité de papier. Heureusement, nous avons conservé une partie des œuvres originales qui, avant de nous aider à comprendre ce mouvement artistique unique, nous permettent de l’appréhender dans la réalité et la diversité de ses formes. Eh bien, mutatis mutandis, la Renaissance sans les œuvres originales, c’est un peu ce à quoi serait condamné un historien de la culture antique sans les papyrus, « ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes », pour paraphraser la saisissante définition que Léonard de Vinci en a donnée le premier dans l’Europe moderne. Personne n’oserait aujourd’hui nier l’apport des papyrus à notre connaissance de l’Antiquité et du début de l’époque byzantine. La nécessité de tenir compte des papyrus est pourtant une évidence qui a mis du temps à s’imposer en France. Ainsi le Collège de France, fidèle baromètre, depuis sa création, de la science en train de s’élaborer et de se réinventer, a-t-il attendu 2015 pour ouvrir sa première chaire de Papyrologie. Si je suis honoré d’en être le premier titulaire et si je remercie chaleureusement mes collègues de la confiance qu’ils m’ont accordée, il n’en reste pas moins vrai que ce retard est symptomatique d’une exception française qu’il n’est pas inintéressant de dégager et d’interpréter.

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