//img.uscri.be/pth/057063d6b2ed7deb1a65a6d3d438c4e7da1f8d29
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 24,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Cinémas du monde

De
462 pages
Gilles Marsolais est l’un des critiques de cinéma les plus respectés au Québec. Il a rassemblé dans ce livre les critiques de près de 200 films du répertoire cinématographique des 25 dernières années. Chaque texte se termine par les renseignements « bibliographiques » d’usage : titre, lieu et année de réalisation, réalisateur, scénariste, photo, musique et interprètes, durée, etc.
Voir plus Voir moins
Gilles Marsolais
CINÉMAS DU MONDE
Toute image est porteuse d’un point de vue
Extrait de la publication
Extrait de la publication
CINÉMAS DU MONDE
Du même auteur :
L’aventure du cinéma direct,essai, Seghers, 1974. Prix de la Société des écrivains de cinéma et de télévision, Cannes 1975. L’aventure du cinéma direct revisitée,essai, Les 400 coups, 1997. Traces et repentirs,poésie, Écrits des Forges, 2000. Le film sur l’art, l’art et le cinéma : fragments, passages,essai, Triptyque, 2005. Prix de la Société des écrivains francophones d’Amérique : mention d’excellence, Montréal 2006. Cinéma québécois. De l’artisanat à l’industrie,essai, Triptyque, 2011.
GILLES MARSOLAIS
CINÉMAS DU MONDE
Toute image est porteuse d’un point de vue
essai
Extrait de la publication
Maquette de la couverture : AnneMarie Jacques Illustration de la couverture : Emilio Sanchez,La ventanita Reproduit avec l’aimable autorisation de la Emilio Sanchez Foundation Photocomposition : CompoMagny enr.
Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2
Distribution pour la France : Distribution du Nouveau Monde
© Les éditions de L’instant même, 2012
L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012 ISBN 978-2-89502-757-7
L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
Introduction
Ce livre ne cherche pas à entretenir la nostalgie du passé ni à s’imposer comme une pièce incontournable destinée à garnir quelque pyramide du savoir. Il vise tout simplement à une fonction utile, ici et maintenant, en remettant en circulation des textes sur des 1 cinéastes importants et certains de leurs films . Non pas réécrits mais systématiquement révisés et contextualisés, voire actualisés lorsque le contexte l’exigeait, ces textes, issus d’une pratique critique conséquente échelonnée sur plusieurs années, visent à rafraîchir la mémoire du lecteur et du cinéphile qui sommeille en lui, en privilégiant surtout la notion dupoint de vue. Au cinéma, plus qu’ailleurs, toute image est porteuse d’un point de vue impliquant la position et le savoir des personnages, du spectateur et du narrateur par rapport à ce qui est dévoilé ou dissimulé. Les textes retenus ici sont rassemblés à l’intérieur de chapitres thématiques, et l’effet de continuité qui peut en résulter correspond au fait que les films s’appellent et se répondent à l’intérieur de l’œuvre d’un même cinéaste, et souvent d’un cinéaste à un autre, participant ainsi à la constitution de ce qu’il est convenu d’appeler la culture cinématographique. Le lecteur peut choisir de s’abandonner au plaisir de cette continuité, mais il peut aussi aborder chacun de ces textes séparément comme on le fait pour une entrée dans un dictionnaire ; les index des films et des réalisateurs sont conçus à cette fin. Cinémas du monde. Toute image est porteuse d’un point de vue s’intéresse à la modernité du cinéma international, dans sa diversité,
1. À part les inédits et quelques courts extraits parus ailleurs, les originaux de ces textes revisités, voire restructurés, ont été publiés dans la revue24 images.
5
Cinémas du monde
en prenant en considération aussi bien le contenu que les procédés d’écriture ou les stratégies narratives. Cette approche assume sa part d’arbitraire en privilégiant, selon le contexte, l’un ou l’autre de ces axes pour un film donné. D’une façon générale, ces textes critiques, le plus souvent écrits dans l’urgence, vont à l’essentiel d’une œuvre dans un style direct et concis, écartant toute effusion lyrique ou sentimentale qui traduirait (même sur le mode littéraire) les états d’âme de leur auteur, et ils cernent leur objet au moyen d’un langage qui se veut simple et précis, accessible à tous. Néanmoins, loin d’avoir la prétention d’épuiser la signification d’un film, ces textes, rassemblés par le fil d’Ariane incontournable qu’est la notion dupoint de vue,compte du rendent choc esthétique ressenti au contact d’une œuvre, d’un cinéaste et de son univers. À leur façon, ils brillent de cette étincelle qui avive le désir et qui est de nature à entretenir la passion pour un art, en même temps qu’ils amorcent l’indispensable travail d’analyse et de lucidité face à une œuvre, en indiquant les pistes les plus prometteuses à explorer pour en approfondir la signification. Il va sans dire que la présente version de ces textes prévaut sur les autres qui lui sont antérieures. Aussi, si quelques inédits retrouvent ici leurs droits, plusieurs textes de bonne tenue ont été écartés tout simplement parce qu’ils cadraient peu ou mal avec le but et les paramètres de ce projet.
1
Les rapports familiaux
Trouver un sens à sa propre existence L’enfant, Keane, The King
On ne dira jamais assez le mérite du Festival de Cannes, qui demeure un lieu privilégié d’exposition et de défense d’une certaine idée du cinéma. La conception du cinéma qui s’y rattache nous interpelle de diverses façons, même si, pour peu qu’on n’abdique pas son esprit critique, certains films présentés peuvent parfois susciter des réserves, ou s’avérer des déceptions à la mesure des attentes suscitées. Cette manifestation unique en son genre, à laquelle il est fait référence à l’occasion en ces pages, a jusqu’à ce jour confirmé son rôle de tête chercheuse par la cohérence de sa programmation. Par exemple, on ne peut qu’être frappé par les évidences thématiques qui ressortent de la sélection de l’année 2005, choisie au hasard. On y traite des relations de couple : désassortis, dansLemming(Dominik Moll) ; fantasmant sur l’échangisme sur le ton du marivaudage chic, dansPeindre ou faire l’amour; fissurés, à l’occasion de la(Arnaud et JeanMarie Larrieu) révélation d’une vérité cachée, dansA History of Violence (David Cronenberg) et dansCaché (Michael Haneke) ; déjanté, sur fond de culpabilité chrétienne, dansBatalla en el cielo (Carlos Reygadas) ; résolument marginal, dansL’enfant (JeanPierre ;et Luc Dardenne) ou en voie de reconstitution, même improbable, dansDon’t Come Knocking (Wim Wenders) etBroken Flowers (Jim Jarmusch). On y traite aussi, corollaire obligé, des rapports malaisés à la paternité. Cela, d’une façon incidente chez Haneke et Cronenberg, où l’intrusion
7
Extrait de la publication
Cinémas du monde
de la violence dans un univers en apparence lisse et contrôlé entraîne une relecture des rapports pèrefils ; mais plutôt d’une façon frontale chez Wenders, Jarmusch et les frères Dardenne. Plus particulièrement, Wenders et Jarmusch traitent de ces rapports sur le ton de l’humour, à travers une approche autoréférentielle un peu lourdingue chez le premier, aérienne chez le second. Mais tous deux traduisent le désir exacerbé de paternité des babyboomers cinquantenaires qui, sur le tard, cherchent à trouver un sens à leur propre existence, à se convaincre qu’ils laisseront (même symboliquement) des traces de leur passage sur terre. Mais estce là le bon angle pour aborder un cinéma qui se veut différent, à l’avantgarde, puisque le cinéma dominant fait lui aussi son pain et son beurre de ce double courant thématique des relations de couple et des rapports à la paternité ? Audelà de leur sujet, ces films – comme tant d’autres retenus dans ce livre – n’ont évidemment de pertinence que dans la mesure où ils ravivent notre regard désabusé sur une réalité que nous croyons connaître (ou son fantasme), au moyen d’un dispositif qui en renouvelle la représentation et qui propose un véritable point de vue sur la question. À cet égard, la radicalité comme vecteur de la vérité constitue une piste à suivre pour mieux cerner notre objet dans le vaste domaine du film de fiction.À coup sûr,L’enfantdes frères Luc et JeanPierre Dardenne offre la démarche la plus radicale, autant dans son contenu que sur le plan de la narration, indissociables, même si l’image et le point de vue ne sont pas aussi rugueux que dansLapromesse,Rosetta, ouLe fils,leurs trois films précédents qui ont tour à tour sérieusement bousculé les habitudes de lecture du spectateur. La radicalité de L’enfantfait une œuvre irrécupérable. Effet miroir de notre en société déréglée, l’inconscience et l’amoralité de Bruno, jeune père au comportement irréfléchi, sont filmées sans pathos au moyen d’un dispositif d’observation quasi documentaire attentif au détail révélateur. À l’aide d’une courte focale et sans profondeur de champ, la caméra suit Bruno à la trace dans son incessant mouvement d’une magouille à l’autre, dont les répercussions confinent au tragique, mais sans adopter un point de vue hypersubjectif comme dansRosetta.La violence de la situation n’en ressort pas moins avec force, ne laissant pour ainsi dire aucun répit ni aucune possibilité de fuite au spectateur confronté à la dureté du monde telle qu’elle se vit au sein d’une relation de couple immature et d’une paternité mise à mal, coupée de ses émotions. Mais
8
Extrait de la publication