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Columbo ou La Revanche du petit

De
130 pages

C'est l'histoire d'un flic bavard, menteur, manipulateur, hypocrite, obséquieux, peureux, maniaque, phobique, roublard, mal fagoté, et petit. Pourquoi est-il aussi connu et aimé dans le monde entier ? C'est la question que s'est posé notre auteur...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01740-9

 

© Edilivre, 2017

Pourquoi ça
n’aurait jamais dû marcher

Le pari était osé : rendre intéressant à un large public un personnage de flic peureux et bavard qui mène ses enquêtes sans la moindre violence, sans bagarres, sans coups de feu, sans poursuite infernale en voiture, sans effets spéciaux et surtout sans mystère sur l’identité du coupable, on n’avait jamais vu ça !

Créé en 1960 par William Link et Richard Levinson, Columbo n’est d’ailleurs, au départ, qu’un rôle secondaire. C’est l’assassin, presque toujours brillant, qui tient le haut du pavé. Du moins est-ce là ce que prévoient ses créateurs.

Le premier pilote, un téléfilm de 95 minutes, Prescription murder diffusé en février 1968 et traduit très approximativement en français par Inculpé de meurtre (l’assassin n’étant jamais inculpé), fait comme prévu la part belle au méchant. Columbo n’y apparaît qu’au bout de 29 minutes et n’est présent à l’écran que pendant un peu plus de 52, contre 81 au psychiatre meurtrier. Sur les 69 épisodes, on ne le verra en fait que six fois au tout début, et pour des raisons indépendantes de l’enquête…

Peter Falk, son interprète, doit en outre se confronter dans nombre d’épisodes à de vraies stars du cinéma qui se bousculent pour y participer. L’un d’entre eux, Roddy Mc Dowall, s’en félicitait encore quelques années avant son décès :

« Les méchants sont toujours agréables à interpréter. Ce sont des rôles très savoureux. Et puis ne perdez pas de vue que le méchant monopolise les caméras pendant les vingt premières minutes, avant que Columbo ne fasse son entrée. »1

Malgré le succès de ce premier numéro, il faut attendre encore presque trois ans, en 1971, pour que la chaîne NBC commandite un second épisode-pilote, avant de se décider à lancer une série, tant elle craint que « la diffusion déjà lointaine de ce curieux téléfilm n’ait pas suffisamment marqué les téléspectateurs »2

Peter Falk, qui tient pour la deuxième fois le rôle, dit lui-même du lieutenant qu’il est « monsieur Tout-le-monde, le type qu’on ne remarque pas […] avec la dégaine d’un employé de super marché. »3

C’est effectivement un Américain moyen qui aime le foot (américain évidemment), les westerns, les polars, les séries télé populaires, le billard, le flipper, le chili accompagné de chips ou pas, le bowling qu’il pratique avec sa femme le mardi, et qu’il emmène en camping pour son anniversaire, parce que c’est moins cher qu’une croisière ou qu’un bijou, qui s’extasie devant un gagnant du loto, photographie la relève de la garde à Londres avec la frénésie d’un touriste japonais etc…

C’est l’anti-James Bond (un vrai héros, lui), dans toute sa splendeur.

Par la taille, déjà. Sean Connery, le premier, mesure 1m89. Daniel Craig, le plus récent, atteint 1m78, tandis que Falk ne fait qu’1m68, quand il n’est pas voûté, ce qui est fréquent. Une seule fois, dans l’épisode 38, on fait allusion à sa petite taille : le témoin du meurtre, propriétaire d’une épicerie, décrit ainsi l’agresseur dont le visage était masqué :

« Il est bien plus petit que moi. Votre taille. »

Derrière le lieutenant, un sourire amusé éclaire le visage du sergent. Sur son calepin, Columbo note avec mauvaise foi : « de taille moyenne ».

Le barman reprend avec un certain mépris : « disons de taille moyenne… ou plus petit. »

A contrecœur mais avec le sourire, le lieutenant rectifie : « plus petit. »

Il diffère aussi de l’élégant personnage de Ian Fleming, dont les costumes sont fabriqués sur mesure rue Saville Row à Londres, par son habillement. On est tellement habitué à son vieil imper élimé pas toujours propre, qu’on oublierait presque qu’il apparaît à son avantage en smoking ou en costume dans six des soixante-neuf épisodes. Mais c’est tout. Déjà dans le cinquième, il lui faut encaisser cette réflexion peu amène de Mme Stewart, qui le compare au meurtrier, le distingué général Hollister avec lequel elle entame une aventure :

« Lieutenant, certains hommes n’ont pas envie de ressembler à un lit défait. » Comme à son habitude, il subit le coup sans broncher.

Dans Le meurtre aux deux visages (n°62), il se retrouve à 2h30 du matin sur le lieu du crime, sans cravate et en chemise de pyjama, face à Faye Dunaway. Difficile de faire moins distingué. Le plus drôle survient dans le n°27. Il n’a pas dormi de la nuit, n’est pas rasé et s’apprête à interroger un SDF dans une mission tenue par des religieuses. Celle qui l’accueille le prend pour l’un d’entre eux et tient absolument à remplacer son vieil imper par un « petit manteau en laine et presque neuf ». Comme il finit par décliner son identité, la sœur croit comprendre :

« Je vois. Vous êtes sous une fausse identité. Vous êtes malin. Je me suis fait avoir. »

Sans rancune, le lieutenant finit par en sourire.

Mais Peter Falk lui aussi assume cette « dégaine » dans son autobiographie :

« Vu que votre ami Peter Falk parle comme un gamin des rues et s’habille comme un plouc, l’aspect ordinaire du lieutenant m’allait comme un gant. »

Si son apparence est très ordinaire, sa forme physique est carrément pitoyable. Falk tombe sans faire exprès en descendant d’une pente (11). Le réalisateur garde la séquence, car cela pourrait arriver à Columbo.

Celui-ci avoue ne pas savoir nager « même dans une baignoire » (26), tente en vain de soulever en catimini des haltères (26), n’arrive pas à suivre la course ni de Milo Janus, sportif entraîné (26), ni non plus de Tina, gravure de mode pour hommes (51) ; souffre d’éternuements allergiques (15), prend des médicaments pour l’estomac (du crabe qui n’est pas passé (15), des clams avariés (65)), a attrapé un gros rhume (30), s’est fait le coup du lapin en heurtant brutalement un véhicule de police (43), demande de l’aspirine pour un soi-disant mal de tête (62), accepte de bon cœur un thé au miel pour soulager une gorge irritée (63), et craint par-dessus tout le bruit de la roulette du dentiste (20, 54).

Comme si cela ne suffisait pas, le grand flic pâtit aussi de petits malaises physiologiques qui lui pourrissent l’existence lors de ses enquêtes : le mal de mer (5, 29)), le mal de l’air (2), le vertige même « sur un tabouret » (8, 24, 47), les ascenseurs qui lui provoquent des bourdonnements d’oreilles (21), et les piqûres qui le conduisent tout droit à l’évanouissement (15).

……………

Comment ce lieutenant pourrait-il faire le poids avec un vrai héros comme James Bond ? Jamais un petit rhume celui-là, jamais de maux de ventre, jamais le moindre bobo, sauf sous les coups et la torture, un traitement heureusement épargné à Columbo. Qualifié dans une étude collective4 d’« hyper mobile », James « maîtrise tous les moyens de transport : terrestre, aérien, nautique ». C’est un nageur et un plongeur émérite, un skieur d’élite, un surfeur hors pair. Dans Casino Royale Daniel Craig ajoute à cette palette le souffle d’un professionnel de la course à pied. Mieux vaut arrêter là la comparaison…

N’oublions pas non plus que Columbo vieillit. Cela se voit d’autant mieux que Peter Falk reste onze ans sans jouer le rôle, de 1978 à 1989. Dans le premier épisode, il est déjà âgé de 41 ans, dans le dernier de 75 (moins toutefois que Navarro 83 ans) ; alors que six acteurs différents ont maintenu à l’espion de sa majesté une certaine verdeur.

Et comme pour compléter ses défaillances physiques, Columbo est également affecté de certains handicaps psychologiques, la peur notamment des armes, inquiétant pour un policier de la criminelle, et dont il ne cherche d’ailleurs pas à se cacher. On peut même croire qu’il en rajoute.

Que penser en effet d’un flic rompu aux scènes de crime, qui détourne la tête devant une blessure par balle, s’abstient de jeter un œil sur les photos d’une autopsie, grimace à la vue d’un cadavre déchiqueté par un taureau, tremble devant un taurillon énervé, craint la vue du sang, et éprouve surtout tant de difficultés à se servir d’un révolver ?

Dans l’épisode 30, par exemple, il nous joue une comédie de boulevard. Il s’agit en l’occurrence d’un test qui nécessite de tirer un coup de feu dans un bac de sable. Il demande à l’officier qui l’accompagne de lui prêter son arme, vu qu’il n’en porte jamais (excepté les épisodes 60 et 64). Il a l’air inquiet :

« Elle est chargée ?

– Oui, lieutenant

– la sécurité est mise ?

– Oui »

De plus en plus inquiet :

« Vous pouvez la retirer ? »

Il regarde Harold Van Wyck qu’il suspecte fortement de l’assassinat de sa belle-mère :

« Je hais les armes. Protégez-vous, le bruit est très fort.

– Ça ira, répond celui-ci avec mépris.

– J’aimerais pouvoir en dire autant. »

Il se bouche soigneusement l’oreille droite avec la main gauche, regarde ailleurs et tire dans le sable. Ouf ! Personne n’est blessé. Nous sommes, il faut l’admettre, un peu loin de James Bond et de ses 387 cadavres, série en cours arrêtée à Casino Royale (2006).

……………

Si la liste de ses failles est longue, elle l’est encore insuffisamment pour les scénaristes qui en font aussi un maladroit, arrivant souvent quelque part comme un chien dans un jeu de quilles. Les exemples abondent. Il affectionne notamment de créer la pagaille sur un plateau télé ou dans une émission, obligeant le réalisateur à arrêter le tournage (24, 38, 43, 57, 63) ; de marcher sur une robe et la déchirer (33, 39), d’applaudir un artiste à contretemps (36), de faire craquer son affreux sachet en papier mâché pendant une répétition d’orchestre (68), de prendre des photos à un enterrement (27), d’interrompre une vente aux enchères (59) de s’emmêler les pieds dans un câble télé (21), d’ouvrir la porte d’un placard en croyant sortir (11), etc.

Gauche à danser, il l’est aussi à conduire, créant quatre accidents (35, 39, 43, 57), dont l’un lui vaut le coup du lapin.

Passer pour le ringard de service semble aussi beaucoup lui convenir.

« Contrairement à moi, reconnaît-il fièrement, la police de Los Angeles est très moderne ». Elle sait en effet retirer une cassette d’un porte-cassette !

L’apparition du fax dans la série (52), en février 90, provoque sa stupéfaction admirative. Il demande à la secrétaire de la victime Rebecca Christy de lui montrer comment il marche.

« Tous ces gadgets modernes me dépassent, commente-t-il. Ça m’énerve. Mais ma femme, elle vient d’acheter un ordinateur. Elle adore ça. Moi, je m’en approche jamais. »

Et il ajoute cette précieuse information d’un intérêt universel : « Nous avons été les derniers à avoir un portail électrique. »

A chaque invention, à chaque technique nouvelle, sur les trente-cinq années au long desquelles s’étale la série, il constate son impuissance, parfois son émerveillement devant par exemple des caméras intégrées à l’intérieur d’un parking souterrain (56), la télévision par satellite (63), le portable (63), le répondeur (8). Face à l’ordinateur de la victime Budd Clark (57), il admet :

« Je pige rien à ces machines ».

Comble de désuétude, à 63 ans, après 22 ans de service, il ne sait toujours pas qu’un gyrophare se branche sur l’allume-cigare !

……………

Pire encore : ses nombreuses manies, extrêmement REPETITIVES et souvent lassantes. Comment ne pas compatir par instants à l’énervement des assassins et autres protagonistes qui y sont soumis ?

La question se pose en effet en toute bonne foi : pourquoi fume-t-il le cigare, s’il n’a jamais d’allumettes ? Pourquoi posséder un carnet, s’il doit si souvent emprunter un crayon qu’il a du mal à rendre ? Pourquoi lui faut-il toujours solliciter les mouchoirs des sergents ? Pourquoi ses poches débordent-elles de bouts de papier froissés au milieu desquels se cache celui qu’il ne finit pas de chercher ? Pourquoi cette habitude de perdre des choses ?

Dès le deuxième épisode, il perd son stylo avant d’entrer dans la villa de la coupable, Leslie Williams. Au vingt-cinquième, c’est son cigare qu’il cherche désespérément dans la voiture du préfet. Au trente-et-unième, il croit avoir égaré son calepin. Au vingt-neuvième, il réussit même à perdre sa femme lors d’une croisière.

Car le lieutenant est aussi un distrait qui oublie souvent, et pas seulement les allumettes et les crayons. Au vingtième épisode, c’est le chéquier, au trente-deuxième, en arrivant à 1h30 du matin sur les lieux, il s’aperçoit qu’il a oublié sa veste, sa montre et son carnet.

« J’ai failli venir en pyjama » plaisante-t-il.

Ce sera seulement la chemise de son pyjama, dans l’épisode 62.

……………

Ses étourderies à répétition ne l’empêchent toutefois pas d’être extrêmement attentif au coût des choses. C’est un obsédé des prix. Un peu trop. Pas un épisode ou presque, sans qu’il soit question d’argent. Depuis l’épisode 12, c’est devenu systématique. La trouvaille vient de Peter Falk lui-même, qui en est très fier. C’est en voyant les belles chaussures de l’avocat de la victime qu’il a eu l’idée de lui en demander le prix. Il raconte :

« Cette question ne figurait pas dans le script. Je l’ai posée comme ça, pour rire, et elle a fait mouche auprès des téléspectateurs. Après la diffusion de cet épisode, les gens dans la rue me détaillaient de la tête aux pieds – godasses, costard, cravate – avant de lancer : vous avez payé ça combien ? »5

Quinze ans plus tard, dans la célèbre émission « l’Actor’s Studio », le présentateur James Lipton lui soumet le questionnaire de Bernard Pivot. A la dernière question : « si Dieu existe, qu’aimeriez-vous qu’Il vous dise quand vous arrivez devant lui ? », le facétieux Peter répond :

« Combien avez-vous payé vos godasses ? », suscitant l’hilarité de la salle.

……………

Columbo est en effet quelque peu radin. Un sou est un sou. Dans l’épisode 17, il a prêté son mouchoir – tiens, il en a parfois un – à Lisa Chambers, la fiancée de la victime, et comme elle ne l’a pas rendu, il s’en inquiète auprès du sergent Murray : L’a-t-il récupéré ? L’a-t-elle gardé ?

Dans le septième, il a payé le taxi de la riche mère de la meurtrière 11 dollars, pourboire compris, et compte bien se faire rembourser. Au trente-sixième, pour se faire expliquer un tour de magie, il a dépensé 17 dollars 35 de farces et attrapes et le fait savoir. Dans le cinquantième, sacrifiant aux besoins de son enquête, il a acheté du champagne deux étoiles à 175 dollars, une fortune.

« J’espère que ça passera sur ma note de frais. »

Il aime aussi à rappeler qu’il est un fonctionnaire mal payé. La réparation de sa voiture lui a coûté 65 dollars 25. Il ne les a pas. Pour rassurer le garagiste, il présente sa plaque.

« Vous êtes sous une fausse identité, demande-t-il.

– Non, je suis sous-payé. » (20)

On ne peut pas non plus ignorer que son imperméable n’est pas doublé. Il a si froid ce matin-là (54), qu’il apitoye le dentiste meurtrier bien obligé d’offrir à ce pauvre malheureux du café et deux bagels.

Si un épisode se déroule pendant une croisière de luxe (29), qu’on ne se fasse pas d’illusion, c’est uniquement parce que sa femme a gagné deux billets à une loterie de charité. D’ailleurs, pour l’anniversaire de celle-ci, il ira camper, au lieu de partir en croisière ou de lui offrir de la lingerie fine et des bijoux. Il faut savoir rester raisonnable.

Dans l’épisode 57, fidèle à son habitude, il ne peut s’empêcher de demander au journaliste Wade Anders le prix de sa chemise :

« Votre chemise est impeccable. Pas un seul pli. Ça vous a coûté cher ?

– Je ne sais pas. Peut-être 200 dollars.

– Juste pour la chemise ?

– Le col est spécial. C’est italien.

– C’est incroyable ! Ma chemise vient aussi de très loin et elle n’a coûté que 29 dollars 99. C’est coréen. »

……………

Est-ce en raison de cette grande pauvreté qu’il se croit obligé de temps en temps de se servir en boisson et nourriture sur les lieux du crime ? A moins que consommer du caviar au quinzième (à 15 dollars la cuillerée), du sel au dix-huitième, du Reggiano au cinquante-deuxième – un fromage d’Italie que son père adorait-, du jus d’orange au soixante-deuxième, ne serve à l’intérêt de l’enquête, directement ou indirectement. Optons avec bienveillance pour cette hypothèse.

« Il faut goûter ça ! crie-t-il au sergent, à propos du fromage.

Mais celui-ci, beaucoup plus circonspect que son supérieur, parce que c’est une scène de crime, décline l’offre.

« Ce truc doit être examiné, dit-il.

Mais le lieutenant semble désinvolte :

« On ne touchera à rien de ce qui a été utilisé. Attendez d’y goûter. Et puis c’est cher. Un morceau comme ça, ça vaut dix dollars. Goûtez !

– Non merci. »

Comme il insiste, le sergent cède.

« Alors ?

– C’est… particulier.

– Il est spécialement bon ! Demandez aux gars de le mettre de côté, je l’emporterai. »

En deux occasions, il va encore plus loin, se permettant de voler, ou plutôt de chaparder, comme ferait un gamin mal-élevé, incapable de se retenir : un cigare à « six dollars le centimètre » dans l’hélico d’un grand patron (51), et des chocolats dont il se bourre les poches, à 70 ans (66) !

……………

La plus grande exagération, à la limite du grotesque, demeure cependant sa façon de se comporter vis-à-vis de la nudité féminine. Il pourrait se contenter d’être un héros asexué, comme Tintin, Astérix, Sherlock Holmes, Hercule Poirot, et tant d’autres, sans que cela nuise à sa réputation. Qu’il soit amoureux d’une seule femme, même invisible, personne ne songe à s’en moquer. On sait bien que la comparaison avec Bond, cet homme à femmes et grand séducteur n’est pas concevable et on s’en fiche. Sa fidélité est même probablement un atout pour lui. Pourquoi, dès lors, cet homme mûr en apparence, et marié, a-t-il besoin de se comporter en puceau complexé dès qu’il aperçoit une femme dévêtue ?

A l’institut de Viveca Scott (18), le bronzage intégral de ces dames provoque une retraite anticipée. Les jeunes modèles en petite tenue d’un magazine pour hommes l’intimident (51). La promiscuité d’un vestiaire de footballeurs le rend nerveux (12). A la librairie, il feuillette un livre d’art érotique comme un ado qui craint de se faire prendre en flagrant délit, ce qui arrive (45).

A son extrême timidité, vient s’ajouter par moments une certaine moralisation des mœurs légères, qu’il doit tenir probablement de son ascendance italienne et qui accentue sa gêne.

Dans l’épisode 11, c’est lui qu’on voit embarrassé, à la limite de la désapprobation, quand l’épouse du mari kidnappé embrasse son amant sous ses yeux. Dans le vingt-sixième, il se...