Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Comment vivre ensemble. Cours et séminaires au Collège de France (1976-1977)

De
256 pages

Dans la leçon inaugurale de cette chaire, on avait postulé la possibilité de lier la recherche à l'imaginaire du chercheur. On a souhaité, cette année, explorer un imaginaire particulier : non pas toutes les formes de "vivre ensemble" (sociétés, phalanstères, familles, couples), mais principalement le "vivre ensemble" de groupes très restreints, dans lesquels la cohabitation n'exclut pas la liberté individuelle ; s'inspirant de certains modèles religieux, notamment athonites, on a appelé cet imaginaire fantasme d'idiorrythmie. Beaucoup de matériaux qui ont servi au cours ont donc été empruntés au monachisme oriental, le corpus proprement dit restant cependant littéraire. Ce corpus a réuni (d'une façon évidemment arbitraire) quelques œuvres documentaires ou romanesques, dans lesquelles la vie quotidienne du sujet ou du groupe est liée à un espace typique : la chambre solitaire (A. Gide, La Séquestrée de Poitiers) ; le repaire (D. Defoe, Robinson Crusoé) ; le désert (Pallade, Histoire lausiaque) ; le grand hôtel (Th. Mann, La Montagne magique) ; l'immeuble bourgeois (Zola, Pot-Bouille).


R. B.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

ROLAND BARTHES
COMMENT VIVREENSEMBLE
SIMULATIONS ROMANESQUES DE QUELQUES ESPACES QUOTIDIENS
Notes de cours au Collège de
et de séminaires France, 1976-1977
Texte établi, annoté et présentépar Claude Coste
SEUIL / IMEC
TRACES
ÉCRITES
Collection dirigée parThierry Marchaisse et Dominique Séglard
Les archives qui ont servi à l'élaboration de cette éditionsont déposées et consultables à l'IMEC (fonds Roland Barthes)
www.seuil.com
I S B N978-2-02-121972-2
© Éditions du Seuil, novembre2002
LeCodedelapropriétéintellectuelleinterditlescopiesoureproductionsdestinéesàuneutilisationcollective.Toutereprésentationoureproductionintégraleoupartiellefaiteparquelqueprocédéquecesoit,sansleconsentementdel'auteuroudesesayantscause, estilliciteetconstitueunecontrefaçonsanctionnéeparlesarticlesL.335-2etsuivantsduCodedelapropriétéintellectuelle.
Cette collection se veut un lieu éditorial appropri é à descours, conférences et séminaires. Un double principe la sin-gularise et la légitime.On y trouvera exclusivement des transcriptions d'év éne-ments de pensée d'origine orale.Les traces, écrites ou non (notes, bandes magnétiques, etc.),utilisées comme matériaux de base, seront toujours trans-crites telles quelles, au plus près de leur statut initia l.Traces écrites – écho d'une parole donc,et non point  écrit ;translation d'un espace public à un autre, et non point « publi-cation ».T.M. et D.S.
7
AVANT-PROPOS
«Laformecoûtecher,disaitValéry,quandonluidemandaitpourquoi il ne publiait pas ses cours au Collège de  France.Pourtant,il y a eu une période,celle de l'écriture  bourgeoisetriomphante, où la forme coûtait à peu près le prix de la pen-sée. » C'est par ces lignes que s'ouvre « L'artisanat du style », quifut d'abord un article paru dansCombat, le 16 novembre 1950,avant d'être repris dansLe Degré zéro de l'écriture.Barthes,alors,engageait,auxcôtésetaureversdeSartreet de Blanchot, une réflexion sur la possibilité d'une  éthiquelittéraire qui fût — ni terrorisme,ni nihilisme — une res-ponsabilité de la forme. S'il ignorait qu'il serait un  jour pro-fesseur au Collège de France et que la question de pu blier sescours se poserait, il est clair pourtant qu'au trav ers deValéry, c'était avant tout une éthique personnelle qu'il s'agis-sait pour lui d'édifier et non un traité de morale pour sescontemporains. Cette éthique, loin d'être liste de prescrip-tions ou de sommations, supposait en effet bien plus qu 'unengagement intellectuel : elle était d'une certaine façonun traité de style.En matière littéraire comme ailleurs, il n'y a, on le sait,jamais de dernières volontés,et quand par naïveté ou parremords un écrivain a cru bon, au dernier moment, de laisserdesconsignes,c'estbiensûrpourqu'ellessoienttrahies,cequi est toujours le cas. Aussi, lorsqu'il a été que stion depublier les « Cours du Collège de France » de Barth es, nousn'avons pas songé à un quelconque testament, ni à une pieusefidélitéaumort,maisnousavonsvoulupensercettepublication dans la logique globale de l'œuvre, de la pe nsée quila guidait et de l'éthique qui en avait été tout à la fois  l'objetet le gardien. C'est donc tout naturellement qu'au point dedépart de notre réflexion, nous nous sommes rappelé c e pro-pos sur Valéry, véritablemise en abymedu jeune Barthes aucœur du Barthes posthume.
Le premier principe de cette édition, et qui est pr esque unaxiome, est que ces cours du Collège de France ne po uvaientpas et ne devaient pas être deslivres. De ce fait, ont été écartées d'emblée deux hypothèses : soit laréécriture de ces cours qui leur aurait assuré l'ap parenced'une production écrite,soit la transcription imprimée de laversion orale enregistrée qui en aurait fait des ar tefactsd'œuvre. Chacune de ces hypothèses possède sa logique. On voi t bience qui nous a fait écarter la première. La réécritu re de laparole du Maître par un disciple n'a de sens et de ju stifica-tion que dans le cas extrêmement singulier où il s'agit, aprèssa mort, de suppléer à une volontaire rareté éditoriale, d'ajou-ter à l'ésotérisme de la doctrine l'espace d'une éluci  dationpossible, ou encore de fédérer disciples et lecteurs par le déploiement du message doctrinal en une biblio thèqueposthume. Un tel projet n'aurait évidemment pas de sens àproposdeBarthesquifutunhommedulivre,dontl'ensei-gnement était une pratique séculière et profane et dont leslivres constituaient, à eux seuls, l'essentiel de c e qui luiimportait de transmettre. D'ailleurs, dans les cas où Barthesa été tenté de transformer tel ou tel séminaire en livre(S/Z, Fragments d'un discours amoureux), celui-ci ne fut en aucun1 cas le prolongement écrit du cours mais un objet neuf. Le refus de la seconde hypothèse, celle d'une transcription dela version orale des cours, possède d'autres justifications plusprofondes encore, fournies par Barthes lui-même et qu i tou-chent à la question de la relation entre la parole et l'écrit, soit à la question même de l'éthosde l'œuvre. C'est dans untexte de jeunesse — 1959 —, à propos de la publication  d'unetable ronde sur le Nouveau Roman, que Barthes écrit :« Passe encore que l'écrivain parle (à la Radio par exemple) :on peut toujours apprendre quelque chose de son souffle, de lamanière de sa voix ; mais que cette parole soit ensuite recon-vertie en écriture comme si l'ordre et la nature des langagesétaient indifférents […] ce n'est rien d'autre que de produireune écriture bâtarde et insignifiante, qui n'a ni la distancefrappée de la chose écrite, ni la pression poétique de la choseparlée. Bref, toute Table ronde extrait du meilleur des écri-
8
1. De cette distinction entre le « séminaire » et le livre, Barthes donne une illus tratiroangments d'un discours am,Poauries,uÉxd.duSeuil,1977,àl'égardà propos deFs duquel certains des participants avaient pu ressentir un e forme de ddsiocLelivresurleesnE-erv«:elbmsrsoucVieluritsnoadsntionéceprsq,lou'rils êatmreopulruesupxauvrequeleséminaire,maiessjteletienspourplusvrai.»peut-
9
vains la pire de ses paroles : le discours. Or la parole et l'écri-ture ne peuvent s'interchanger ni s'accoupler, car ce qu'il y aentre elles c'est tout simplement quelque chose comme un défi :2 l'écriture est faite d'un refus de tous les autres langages.» Un cours prononcé n'a certes pas la vacuité de propos  tenuslors d'une table ronde, mais il porte en lui la fatalité même delaparole,sacontingence,soncaractèreéphémèreettransi-toire, sa continuité irréversible, son lourd flux vocal qui l'op-poseencelaàlachoseécrite,nécessaire,cernée,récursive,durable et fluide, discontinue et mesurée. Et puis il y  a, par-delà même ces oppositions, par-delà la trivialité dont s'épaissittout parole fondue en un imprimé, ce par quoi Barthes définitl'écriture : « Écrire est précisément cette contradiction qui faitde l'échec d'une communication une communication seconde,3 parole pour autrui mais parole sans l'autre. »
Le rejet de l'hypothèse de la réécriture des cours de Bartheset de celle d'une transcription « rewritée » ne fut pas seule-ment une question de principe relevant de la doctrine b arthé-sienne du livre. Si ces deux hypothèses ont été exclue s, c'estégalement en raison de la nature même de ces cours, d e leurstatut concret et singulier dans le parcours intell ectuel deBarthes. À l'évidence, l'écart entre la production écrite et la p ratiquede l'enseignement s'est radicalisé avec l'entrée au Collège deFrance en 1977. Car, si auparavant, lorsque Barthes animaitun séminaire restreint à l'École pratique des hautes études, ila pu,comme on l'a dit, être tenté de transformer tel ou telcours en livre, cette hypothèse a totalement disparu, lor squevint le temps du Collège,où plus rien de l'assemblée  socra-tique d'autrefois ne subsistait pour susciter le dé sir d'unepérennisation de la parole magistrale.AvecleCollègedeFrance,lescourspourBarthesn'ontplusrien d'explicitement fondateur pour sa pensée,ni de généagique pour l'œuvre. Et cela est sans doute lié aussi à la périodede transformation personnelle que Barthes connaît alors.On n'épiloguera pas sur cette situation, sauf à rappele r queBarthes explique au détour de tel ou tel cours les raisonspour lesquelles son propre discours semble se dé-th éoriseret, de ce fait-là, décevoir la demande de l'auditoire : « Noussommes très précisément dans une phase active de décon s-truction “saine” de la “mission” de l'intellectuel : cette décons-
2. « Tables rondeŒs »u,vres comp,ltè.tI,ePsaris,Éd.duSeuil,1993,p.803(désor-mais abrégé OCI, 803).3.Ibid,.p. 802.
truction peut prendre la forme d'un retrait, mais aussi d'unbrouillage, d'une série d'affirmations décentrées. » Et il ajoute,un peu plus loin dans ce cours sur le Neutre : « jou issance desubstituer un savoir irénique (peut-être obsessionnel : chosi-fication, inventaire) à un combat d'idées ».Ce qui caractérise en effet ces cours et qui rendra it facticetout travestissement, toute réécriture qui voudrait leur faireprendre l'apparence d'une œuvre, toute transcription qui leurconférerait, comme dans un simulacre, l'emphase du l ivre,c ' e s t ,si l'on peut oser ce mot, la pratique d'une sor te d'un-derstatementpresque systématique de l'objet du cours ; pra-tique allant parfois jusqu'à donner l'impression que certainesséances sont la simple lecture de fiches de travail.La structure même des cours, organisés, non selon le dévelop-pement d'un discours, selon l'orbe d'une logique ou d'une pen-sée, mais selon ce que Barthes appelle destraits, ordonnés soitselon l'ordre alphabétique,soit selon une mathématique  de4 l'aléatoire , vise à suspendre radicalement toute fonction doc-trinaleaupropos.Pendantcesannées,lecoursfaitainsisesuccéder,selonl'ordrequel'onadit,c'est-à-diresansordre,des sortes de « chapitres » de taille et d'importance inégales, quisont des « fiches » brèves ou longues ; fiches plus ou moins ency-clopédiques, plus ou moins personnelles, inspirées par lechamp de savoir déployé par l'objet du cours : « Le  Vivre-Ensemble », « Le Neutre », « La Préparation du roman ».Il y a de la part de Barthes un double mouvement qu i peutsembler contradictoire. D'une part la volonté de fa ire uncoursu, c'est-à-dire d'assumer tout ce que peut avoir d'un pe rébarbatif l'exploration positive d'un champ de connaissance,mais d'autre part et parallèlement un refus d'explo iter cesavoir,de le développer en une phénoménologie pers onnellecomme c'était autrefois sa pratique. De sorte qu'en un certainsens ces cours peuvent paraître décevants.C'est une déception non seulement prévue par Barthes ma isen quelque sorte voulue par lui. Bien évidemment,i l fautconcevoir cette idée de déception non de manière ordin airemais, pour être tout à fait barthésien, selon unebathmologie, c'est-à-dire une science des degrés. Barthes, on le s ait, attri-buait à Gide ce mot profond selon lequel même un di eu ne pourrait prendre pour devise « Je déçois ». C'est d ire, par4.L'ordrealphabétiqueestchoisipour«LeVivre-Ensemble»,l'ordre poumra«tLheéNmeautitqreue». Seul le cours sur « La Préparatio n du roman » obéira parpoptaorceolmedmuednitscours,maisc'estalorssouslaformed'une«simulation»adue pdruéproarmaatino.nVoiràceproposAntoineCompagnon,«LeromandeRoland Barthes » inLe Livre imaginaiArec.tireCyseuqoedRecolldues,vue des Sciences humaines,automne 2002.
1 0