Comprendre les produits d'hygiène moussants

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Le but de cet ouvrage est de fournir des éléments permettant de mieux comprendre l’univers des produits d’hygiène moussants, comprendre comment ces produits sont élaborés, fabriqués, contrôlés et à quelle réglementation ils obéissent. Le cas des produits dits « naturels » sera bien sûr étudié. Ceci vous permettra peut-être de choisir vos produits d’hygiène de manière plus éclairée que votre méthode actuelle ; car comment choisissez-vous un tel produit ? D’après le prix ? Le parfum ? L’emballage ? La marque ? Vous pourrez maintenant y ajouter un nouveau critère, le plus important sans doute : la qualité, et au meilleur prix !


Publié le : vendredi 31 juillet 2015
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EAN13 : 9782332965233
Nombre de pages : 218
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ISBN numérique : 978-2-332-96521-9
© Edilivre, 2015
Le but de cet ouvrage est de fournir des éléments permettant de mieux comprendre l’univers des produits d’hygiène moussante, comprendre comment les produits sont élaborés, fabriqués, contrôlés et à quelle réglementation ils obéissent. Le cas des produits dits « naturels » sera bien sûr, étudié. Ceci vous permettra peut-être dechoisirproduits vos d’hygiène de manière plus éclairée que votre méthode actuelle, car comment choisissez-vous un produit d’hygiène ? D’après le prix ? Le parfum ? L’emballage ? La marque ? Vous pourrez maintenant y ajouter un nouveau critère, le plus important sans doute : laqualité et au meilleur prix !
Si cet ouvrage peut être lu par tous, certains aspects techniques peuvent sembler rebutants. Dans ce but, en fin d’ouvrage, figurent plusieurs annexes traitant ou de questions plus techniques (les tensioactifs, les conservateurs) ou de définitions et d’un lexique.
Les produits cosmétiques possèdent différentes fonctions et nous pouvons classer leurs actions sur la peau selon les grands axes suivants : • modifier son odeur (parfums, déodorants) • modifier sa couleur (maquillage, coloration capillaire et même tatouage) • soigner sa peau (produits de soins corporels) nettoyer sa peauet c’est cet aspect que nous développerons ici. ème Le mothygiènesiècle, vient de Hygie, déesse grecque de la santé, créé à la fin du XVI et de la propreté. Nous ne parlerons que del’hygiène corporelle et négligerons de parler, bien que ce soit également important, d’hygiène vestimentaire, alimentaire ou domestique (entretien du linge et de la maison). Nous parlerons ici du nettoyage du corps et de certaines parties spécifiques (les cheveux, les parties intimes, les pieds) avec les produits lavants que nous connaissons tous. Qu’est-ce quelaver? Le dictionnaire Larousse indique que c’est :nettoyer avec de l’eau et un produit déterminé. C’est vrai que, spontanément lorsqu’on parle de lavage, on voit de l’eau et un produit (savon, gel douche) mais il est possible de nettoyer la peau sans eau, du moins sans beaucoup d’eau, c’est ce qui est fait, par exemple, par l’emploi de produits démaquillants qui ne seront pas détaillés ici. Il est important de savoir que la notion même de propreté est un concept relatif qui dépend de plusieurs paramètres : – un paramètre géographique : la notion de propreté est variable d’une région du monde à l’autre de par des paramètres climatiques (il est plus facile et agréable de se laver à l’extérieur quand il fait + 20°C que quand il fait -20°C…). Les produits qui seront décrits dans cet ouvrage sont des produits français, non par nationalisme, mais parce que l’auteur les connaît mieux. ème – Un paramètre temporel ; à titre d’exemple, au XVII siècle, être propre consistait à porter des vêtements propres sur un corps qui n’était lavé qu’une ou deux fois par an, ou pas du tout… – Un paramètre culturel, dans la mesure où chacun définit lui-même sa notion de propre. Pour certains, c’est être propre extérieurement (mains, visage), pour d’autres, c’est être lavé (avec du savon) : avoir la peau propre, pour d’autres c’est être lavé (avec du gel-douche) et parfumé : être propre et sentir bon, pour d’autres enfin c’est être lavé, parfumé et maquillé : être propre, sentir bon et optimiser son aspect extérieur. – Le dernier mais pas le moins important : un paramètre médical, l’hygiène pouvant être considérée comme l’alliée de la santé. Inhérente à cette notion de propreté, une question : quelle est la limite entre le propre et le sale ? En d’autres termes : sur quels critères nous appuyons-nous lorsque nous disons d’une personne qu’elle est propre ou sale ? Et une question sous-jacente : à partir de quel niveau de saleté, une personne propre devient sale ?… De telles questions dépendent de critères culturels et individuels qui ne seront pas abordés ici. Nous essaierons de répondre à un maximum de questions que chacun se pose : avec quoi se laver ? Est-il préférable d’utiliser un savon ou un produit liquide (savon liquide, gel
douche) ? Lequel présente la meilleure efficacité ? Comment se lavait-on dans le passé et quelles étaient les règles d’hygiène ? N’est-il pas préférable, et plus économique, de fabriquer son savon, son gel douche ou son bain moussant soi-même ? Comment essayer de décrypter l’étiquetage des produits cosmétiques ? En bref que contiennent-ils vraiment et comment comparer deux produits ? A ces questions d’ordre éminemment pratiques, nous essaierons de répondre par des éléments techniques pour ne pas se contenter de réponses toutes faites et primaires du genre :le savon c’est mieux parce que c’est naturel.
La préhistoire et un peu plus… :
Histoire de l’hygiène
Il était une fois l’homme… La naissance de l’hygiène coïncide avec l’apparition des premiers hommes sur la terre qui ont appris, par l’expérience, à ne pas porter n’importe quelle substance à la bouche, ni à toucher n’importe quoi. Ils vivaient à proximité de points d’eau et se rinçaient peut être les mains et le corps. Le rinçage des mains était nécessité par des aspects pratiques : perte de préhension car les mains, devenant sales, glissaient ou collaient lorsqu’ils voulaient saisir des objets. Une chose qui apparaît comme une évidence : l’eau est au cœur de l’hygiène, pas de lavage sans eau du moins dans les temps anciens. Dans la plupart des sociétés antiques, l’eau est sacralisée : l’ablution précède souvent toute initiation, tel le baptême chrétien, car l’eau a la vertu de purifier l’âme et de la régénérer, comme en témoignent les bains que prennent les Grecs après un deuil ou une calamité. Chez les égyptiens, les prêtres étaient tenus à des ablutions quotidiennes (trois fois le jour, deux fois la nuit) obligatoires et les bains étaient de pratique fréquente chez tous les égyptiens.
Les grecs : Selon les découvertes archéologiques, les premières installations de bains datent de 2000 ans av. J.-C. mais les premières descriptions datent des grecs qui ont toujours apporté beaucoup de soin et d’attention à l’hygiène et à la toilette du corps. Cette activité est de deux types : individuelle et collective. Au niveau de l’individuelle : le bain se prenait dans une cuve de grandes dimensions (bois ou marbre parfois, et même en argent pour les plus riches) où le baigneur se tenait debout. C’est l’hygiène collective qui était la plus fréquente car elle n’était pas réservée à l’élite et il y a deux manières de pratiquer l’hygiène collective : liée à l’activité sportive et celle liée à la convivialité. Elle se pratiquait dans un gymnase qui comportait plusieurs salles : • une salle réservée aux exercices • des bains auxquels était annexée une étuve • une garde-robe : endroit où on se déshabillait • la pièce où le corps des sportifs était frotté d’huile • et enfin l’endroit où le corps des lutteurs était saupoudré de sable ou de poussière. L’entraînement physique était nécessairement précédé d’une douche prise dans des vasques surmontées de fontaines et d’un bain collectif dans la piscine du gymnase. Après l’exercice, il fallait débarrasser la peau des résidus d’huile et de sable, dont avaient été enduits le corps, à l’aide d’une sorte de racloir, le strigile, puis retourner sous la douche et s’enduire à nouveau d’onguents et d’huile parfumés. Arrêtons-nous quelques instants sur cet instrument indispensable à l’hygiène qu’était le strigile et qui sera encore utilisé à l’époque romaine. Il s’agit d’un instrument proprement génial car simple et sans doute efficace. Le strigile est à rapprocher du verbe « étriller » ; c’est un racloir dont on se servait pour nettoyer et frictionner le corps (Petit Robert). Le strigile est un grattoir de bronze, de fer, ou parfois en argent, long de 20 à 30 cm, certains sont courbés comme une petite faux ; les autres droits, mais tous creusés en cuiller dans la partie opposée à la poignée, de manière à s’appliquer aisément sur les rotondités des bras, des épaules, des cuisses ou des jambes. Compte-tenu des substances qui se trouvaient sur le corps (sueur, huile, argile), le seul moyen de les éliminer efficacement était de les racler ; cette opération semblant impossible avec un textile par exemple. Il s’agissait d’un moyen mécanique de nettoyage du corps.
Noyon ; musée du Noyonnais MN 1261 ; 89 30 02 (I.R.R.A.P. n° Labo)
Pour la majorité des Athéniens, qui n’avaient pas chez eux de baignoire et ne se rendaient pas au gymnase, les bains publics offraient, pour un prix minime, de l’eau chaude et l’occasion de se délasser grâce aux ablutions. Le plaisir du bain, c’était aussi de pouvoir bavarder à loisir, chaudement installé dans des baignoires de type sabot. La fréquentation des établissements de bains était au moins quotidienne, avant le repas du soir ou vers le milieu de l’après-midi, certains allait aux thermes deux ou trois fois par jour : c’était un lieu de rendez-vous, comme le café aujourd’hui… Les Athéniens plus aisés avaient une pièce réservée à la toilette, souvent proche de la cuisine, qui bénéficiait ainsi de la chaleur des fours, et où était installée une baignoire ou une vasque à pied. Le savon n’existait pas : si les athlètes débarrassaient leur corps des impuretés en le raclant avec un strigile, les clients des bains publics se contentaient d’un carbonate de soude impur, de la potasse mélangée de cendres de bois ou d’une sorte d’argile le tout irritant considérablement les yeux. Le corps lavé était ensuite parfumé avec des huiles aromatisées dont la préparation était soigneusement assurée par les parfumeurs de l’agora : des plantes odorantes et des fleurs étaient mêlées à de l’huile d’olive, d’amande ou de sésame. Les femmes pouvaient compléter ces soins d’un maquillage à l’aide de fards qu’elles se procuraient au marché ou qu’elles fabriquaient elles-mêmes : le blanc, le rouge et le noir étaient obtenus en mélangeant des pigments d’origine végétale ou minérale à des huiles et des poudres. La coiffure, enfin, mobilisait autant l’attention que les autres soins. La longueur des cheveux, la façon de les coiffer, le port de la barbe ou de la moustache pour les hommes varient en fonction de la mode, des classes sociales ou des époques. La longue chevelure des anciens Grecs laisse place progressivement à des cheveux mi-longs, voire courts. Les enfants et les femmes libres gardent les cheveux longs (les adolescents coupent ensuite leurs cheveux et les offrent aux dieux) et les esclaves sont rasés. A Sparte, ce sont les enfants qui ont les cheveux rasés et les adultes qui les portent longs. La barbe et la moustache sont soigneusement taillées par les soins d’un barbier. Les femmes ne se coupaient les cheveux
qu’en période de deuil ; qu’elles les tressent ou les ramènent en chignon, qu’elles les bouclent, les frisent ou les teignent en blond, de grandes variétés de coiffure existaient.
Les romains :
Sous laRépublique romaine, on se lavait chaque jour les bras et les jambes pour éliminer les souillures dues au travail ; le lavage de tout le corps n’était effectué qu’une fois par semaine, les jours de marché. La température de l’eau employée pour cette opération, de plus en plus chaude au fil du temps, était plus importante que sa limpidité, l’eau ne servant qu’à décrasser. Le bain était nécessaire car le linge de corps n’était pas connu et l’ample toge qui était portée laissait s’engouffrer la poussière. Avant le premier siècle de notre ère, les baigneurs utilisaient les fleuves. Dans cette première période, la pièce où l’on se baignait était dans le voisinage immédiat de la cuisine pour disposer d’eau chaude. Chez les personnes aisées, le local était construit au-dessus d’un souterrain où circulait de l’air chauffé. Dans certaines villas (villa Diomède en dehors de l’enceinte de Pompéi), on a trouvé des piscines dont le rebord était dallé de marbre et où plusieurs personnes pouvaient nager. Ce type de piscine était extérieur mais pourvue d’un toit pour protéger les baigneurs du soleil. A Pompéi, on a trouvé des baignoires en bronze assez semblable à nos baignoires, mais les personnes riches se servaient de baignoires en marbre ou en porphyre. A Rome, le gymnase est une dépendance du bain, l’exercice physique servait à rester en bonne santé, manger de bon appétit et bien dormir. La dénomination dethermesêtre réservée aux vastes édifices, alors que les bains doit simples et modestes ne portèrent jamais que les noms delavatrina,balneaoubalineae. Ceux-e ci se multiplièrent et leur nombre s’accrut tellement qu’au IV siècle, Publius Victor en compte huit cent cinquante-six dans sa statistique de Rome. Quant aux thermes proprement dits, ils ne datent que de l’époque impériale ; ce ne fut que sous Auguste et ses successeurs qu’ils devinrent, à l’instar des gymnases des Grecs, des constructions dans lesquelles les Romains ont déployé le plus de luxe et de magnificence. Les thermes sont des édifices publics où les romains qui n’avaient pas de bains particuliers venaient pour se laver, se détendre en prenant des bains d’eau chaude, d’eau froide ou de vapeur. Comme chez les grecs, les thermes étaient un lieu de rencontre où les romains aimaient se retrouver. Le nécessaire de bain était composé de plusieurs éléments : – le strigile dont nous avons déjà parlé – la patère qui était un récipient servant à puiser l’eau pour la répartir sur le corps – l’aryballe qui était une fiole contenant de l’huile. A ces ustensiles, il faut ajouter l’emploi de la pierre ponce, fragment de roche volcanique poreuse, qui a un aspect spongieux mais est relativement dure et permet de ce fait d’être abrasive et exfoliante. Les femmes utilisaient des liquides variés pour leurs bains ; on rapporte l’utilisation de vin parfumé avec des plantes odoriférantes, Poppée femme de Néron, utilisait du lait d’ânesse pour conserver la peau blanche et effacer les rides.
Le moyen âge :
Au moyen âge, le manque de sources écrites ne permet pas de se faire une idée précise de la pratique du bain pendant les premiers siècles. Le bain est pratiqué par les personnages importants et les communautés religieuses. Dans l’Église primitive, la netteté du corps est le reflet de la pureté de l’âme et, au e VIII siècle, le pape Adrien recommande au clergé de chaque paroisse un bain hebdomadaire. Parallèlement, l’Église n’a de cesse de dénoncer l’usage du bain, du fait du relâchement des mœurs qui a cours dans les bains publics. La reconstruction totale de l’abbaye de Saint-Riquier par saint Angilbert (avant 800) montre
qu’il existait des bains pour les novices, des bains chauds pour les moines, les domestiques prenant un bain froid dans la rivière à la saison estivale. Les bains étaient très répandus dans les institutions religieuses et les religieux étaient tenus de prendre des bains lors de certaines fêtes. Dans certains établissements religieux, le bain n’était utilisé qu’à titre de remède. La position de l’Eglise sur l’utilisation des bains était ambiguë : elle n’en interdisait pas e l’usage mais considérait que son abus était un plaisir illicite. A partir du XII siècle, les bains froids et chauds sont tellement entrés dans les habitudes, toutes classes confondues, que les établissements balnéaires sont soumis à des droits seigneuriaux. Avant cette période, le bain était donné à certaines occasions : à la naissance et au décès où le cadavre était lavé avant d’être enterré. A d’autres occasions également : après un exercice physique ou un combat, avant le mariage, au retour de voyage ; en toutes occasions où le but unique était la propreté. Toute cérémonie importante (accès d’un clerc à la prêtrise, réception d’un chevalier), était précédée d’un bain. Ce cérémonial n’avait pas pour but la propreté mais était une sorte de baptême qui faisait passer le récipiendaire d’un état à un autre plus élevé. Le futur chevalier passait d’abord dans une étuve pour transpirer et assurer ainsi un nettoyage en profondeur avant un bain de rinçage. e Au XII siècle, l’habitude de se laver devient plus régulière et quasiment quotidienne : le matin, au lever. Les chambres souterraines des donjons sont transformées en salle de bains rudimentaires où les baignoires sont de simples baquets en bois fabriqués par des tonneliers. Le bois utilisé pour ces baignoires était le chêne ou le sapin ; ces baignoires avaient l’avantage de conserver la chaleur mais aussi de produire des échardes, c’est pourquoi elles étaient souvent garnies de draps. Les cuves métalliques (argent et même or) étaient réservées aux nobles (Charles le Téméraire en avait une en argent). e Dès le XII siècle, bons nombre de documents nous révèlent que l’eau faisait partie du plaisir de vivre. L’enluminure nous livre une clef parmi d’autres des mentalités de ces hommes et de ces femmes du passé. Malgré l’abandon des thermes, l’habitude des bains chauds se conserve et le riche Parisien e du XIII siècle dispose encore de vingt-six établissements différents pour sa « toilette ». Mais ces établissements sont surtout des endroits où la moralité laisse à désirer, où l’on se baigne souvent à plusieurs, où l’on boit, mange, se fait raser, épiler, parfumer et masser. Bien évidemment, le peuple ne connaît pas ces bains rituels aromatisés de parfums et d’herbes rares, et lui préfère l’eau du ruisseau. e Le bain faisait également partie de l’arsenal thérapeutique ; au XIII siècle, le médecin Arnaud de Villeneuve conseille de prendre trois bains par semaine en avril et mai, dans une décoction à l’eau tiède de plantes (romarin, sureau, camomille et mélilot), de fleurs (roses rouges et nénuphars) et de racines diverses. Le bain doit être pris à jeun, durer une heure et être suivi d’une infusion et de repos. On se lavait fréquemment, non seulement pour être propre, mais aussi par plaisir. Le maître de maison accueillant des invités leur proposait de se baigner avant de dîner, ce bain est souvent pris en présence des serviteurs et de visiteurs impromptus sans que cela ne provoque aucune gêne. Le nouveau-né est lavé plusieurs fois par jour, ce qui ne sera plus le cas à partir du e XVI siècle. Les cuviers sont bâtis aux dimensions d’un nouveau-né allongé : ils sont ovales ou circulaires, faits de bois. Dans les milieux princiers, ils peuvent être métalliques. Ainsi, dans les Chroniquesde Froissart, en 1382, il est écrit que, en pillant le mobilier du comte de Flandres, on trouva une «cuvelette où on l’avait d’enfance baigné, qui était d’or et d’argent ». Certains cuviers possèdent un dais, sorte de pavillon de toile nouée au sommet d’une perche de bois qui surmonte la cuve, afin de protéger l’enfant des courants d’air ; ce raffinement est réservé aux milieux aristocratiques. Dans la plupart des miniatures, on voit toujours la mère ou la
servante tâter l’eau avant d’y tremper l’enfant. On ne donne pas le bain à l’enfant sans prendre quelques précautions : le cuvier est placé devant la cheminée ; la sortie de bain est assez grande pour bien envelopper le bambin. A l’instar des coutumes de l’Antiquité, le premier bain de la naissance est un rite de reconnaissance par la communauté familiale. A l’époque chrétienne, on peut dire que le baptême de l’enfant nouveau-né a repris à son compte les gestes de l’hygiène néonatale à cette différence près qu’il s’agit de débarrasser l’enfant non plus de ses mucosités, mais du péché originel. De toute façon, que l’usage en soit symbolique ou matériel, l’eau est considérée sous l’aspect bienfaisant et purificateur. A l’âge adulte, les bains semblent tout à fait intégrés à la vie quotidienne, surtout à partir du e XIV siècle. Dans les centres urbains, au bas Moyen Age, chaque quartier possédait ses bains propres, avec pignon sur rue. Il était plus facile d’aller aux étuves que de se préparer un bain chaud chez soi. Au point du jour les crieurs passaient dans les rues pour avertir la population que les bains étaient prêts. e e Aux XIV et XV siècles, les étuves publiques connaissent leur apogée : Bruxelles en compte 40, il y en a autant à Bruges ; Bade, en 1400, en possède une trentaine. En France, en dehors de Paris, on sait, que Dijon, Digne, Rouen, Strasbourg sont équipées de bains ; une petite ville comme Chartres en a cinq. Ces établissements sont extrêmement florissants et rapportent beaucoup d’argent et certains appartiennent au clergé. A l’origine d’ordre essentiellement hygiénique, il semble qu’au fil des ans cette pratique ait pris un caractère plaisant prétexte à toutes sortes d’agréments galants. Les étuves étaient, chez les moins riches, plus fréquentées que les bains car elles coûtaient moitié moins cher. En 1258, Etienne Boileau, prévôt de Paris sous Saint Louis et auteur duLivre des métiers, qui codifie les usages corporatifs, fait déjà la différence entre les bains et les étuves dites sèches et humides. Il y avait deux manières pour créer de la vapeur dans un lieu clos : chauffer celui-ci en envoyant un courant d’air chaud (étuve sèche), soit en y faisant pénétrer la vapeur d’eau (étuve humide). A Paris, nous savons, par l’ordonnance des métiers de 1380, que le prix du bain de vapeur est de deux deniers, celui du bain d’eau tiède de quatre deniers ; mais s’estuveret se baigner coûte huit deniers. Le bain de vapeur est économique parce qu’il ne nécessite que quelques pierres brulantes et un seau d’eau. A cela, il faut ajouter un denier pour un drap. A titre comparatif, une grosse miche de pain se vendait un denier. Les étuviers sont constitués en corps de métiers, et leurs prix sont fixés par le prévôt de Paris ; les étuviers, constituaient une véritable corporation sous la surveillance de 3 jurés élus. Les statuts interdisaient d’accueillir les malades, principalement les lépreux, mais aussi les prostituées. Il est évident qu’au début, les gens y allaient pour se laver et se relaxer. On n’ignorait pas le côté prophylactique des bains ; tous les médecins répétaient que cette pratique aidait à se e conserver en bonne santé, et cela dès le XI siècle. Il y a tout un environnement social qui pousse les gens, surtout en ville, à prendre soin de leur corps. De plus, les produits de toilette ne manquaient pas : le savon existait et, si on n’avait pas de savon on se servait de plantes, comme la saponaire, une herbacée à fleur rose et odorante dont le suc, dissous dans l’eau, mousse. Il existait plusieurs sortes de savon fabriqué avec de l’huile ou de la graisse animale mélangée à de la potasse. Les bains offrent également à leur clientèle des prestations complémentaires : des barbiers procèdent à l’épilation qui se pratique avec des pinces, des bandes de tissu imbibés de poix brûlante ou des aiguilles chauffées introduites dans le bulbe pileux. On pouvait aussi se faire masser ou enduire le corps de parfums, boire, manger et dormir sur place. e Se laver la tête ne pose pas plus de problème. Un herbier du XIII siècle conseille le jus de
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