Dans la peau de Marine Le Pen

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En quelques années, Marine Le Pen a réussi un tour de force : incarner et imposer le nouveau discours du Front national. Une stratégie pensée et calculée.
Depuis 2007, l’héritière Le Pen laboure son fief du Pas-de-Calais, où elle enchaîne les bons scores électoraux. Elle en a fait son laboratoire politique et rêve d’y devenir députée, face à une gauche dépassée et à une droite impuissante.
Patrice Machuret dresse ici un portrait de Marine Le Pen qui s’attache autant à sa personnalité, à son entourage amical et aux pressions familiales, qu’à sa trajectoire politique. Il entreprend, loin de toute démarche militante, de saisir au plus juste le nouveau Front national à travers sa présidente. Dure et agressive dans les médias, à qui elle doit tout, Marine Le Pen est une personnalité complexe, fragile et colérique, égocentrique et bonne copine, revancharde et désintéressée. Elle est le nouveau visage de l’extrême droite.
Publié le : jeudi 19 janvier 2012
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EAN13 : 9782021074550
Nombre de pages : 202
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DANS LA PEAU DE MARINE LE PEN
Extrait de la publication
Du même auteur
L’Enfant terrible La vie à l’Élysée sous Sarkozy Seuil, 2009
Un dimanche à Versailles La République à La Lanterne Seuil, 2010
PATRICE MACHURET
Dans la peau de Marine Le Pen
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
ISBN 978-2-02-107456-7
©ÉDITIONSDUSEUIL,JANVIER2012
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À la mémoire de Charles Sanviti, journaliste politique, personnalité marquante et manquante de la famille France 3.
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Avant-propos
Ce souvenir est resté gravé, figé dans ma mémoire. Ce lundi 22 avril 2002 au matin, des dizaines de jour-nalistes, cadres, techniciens, monteurs ou personnels administratifs se serraient sous la « tente », la salle de la conférence de rédaction. À France 3, à l’instar des autres médias, une réunion de crise était organisée avec l’ensemble des forces vives, et pas seulement les rédacteurs « politiques ». Jean-Marie Le Pen venait de se qualifier pour le second tour de la présidentielle, et la nuit passée, personne ne l’avait encore digéré. Il fal-lait en parler, réfléchir ensemble, s’écouter. Chacun avait son mot à dire, son analyse, ses regrets, ses conseils, ses accusations… Avec un constat commun, la diabolisation et l’omerta médiatique, pratiquées depuis des années à l’encontre du Front national, avaient finalement profité au parti d’extrême droite. Cette stratégie, avouée ou non avouée, le renforçait. Elle légitimait sa « théorie du complot », développée depuis toujours, cache-misère efficace de son pro-gramme politique. Pour la semaine de reportages à venir, celle de tous les dangers, les journalistes avaient leur feuille de
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route : montrer le vrai visage du Front national avant le vote du second tour… En charge de plusieurs sujets, notamment sur l’explication sociale de la poussée lepé-niste, je suis reparti couvrir la campagne présidentielle avec une certitude : dans sa façon de parler du FN, ou parfois de ne pas en parler, la presse avait une part de responsabilité. En se hissant au second tour de la pré-sidentielle, Jean-Marie Le Pen avait ce jour-là obtenu une victoire indéniable, une qualification sur le fil. Sur l’instant. Mais le fondateur du FN avait aussi essuyé une défaite. Sur le long terme cette fois. Le choc du 21 avril a finalement forcé les médias à s’intéresser plus sérieusement à la réalité frontiste, à se projeter au-delà des caricatures. Beaucoup de rédacteurs ont alors compris qu’ils devaient traiter autrement du Front national. Et même si la dragée était amère, il fallait accepter de l’observer comme on observe tous les autres partis, loin de tout réflexe de diabolisation. Longtemps, Jean-Marie Le Pen a tenu le mauvais rôle de la vie politique française. Sur fond de déra-pages récurrents, il restait celui qu’on ne fréquente pas. L’« homme le plus détesté de France », confiera-t-il à ses proches. Avec son second tour en bandoulière, son corset s’est un peu desserré. Portée par cinq millions de voix et des médias culpabilisés, la « dédiabolisa-tion » s’est lentement mise en marche après 2002. Du coup, à force d’être répété et relayé, son discours en boucle s’est usé. Le « chef » a vieilli. Longtemps ter-rorisés à l’idée d’interviewer ce bateleur hors norme, les journalistes ont fini par apprivoiser l’animal. En projetant la lumière dans les coulisses du parti familial, les médias ont même fini par le banaliser, voire le rin-gardiser. Et si certaines entrées lui étaient encore fer-
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mées, les autres apparitions l’ont rendu vulnérable. La « bête » était dans l’arène, et le peuple pouvait la voir combattre. Résultat : au fil des ans, sur fond de lassi-tude de l’opinion, sa cote a plongé. Lors de la cam-pagne présidentielle suivante, en 2007, Nicolas Sarkozy, en chef de guerre électoral affûté, ne s’est pas fait chapardeur, il s’est fait pilleur de tombe. Descendu à 10 % des voix, le Front national allait bientôt entendre sonner le glas, disait-on. Une nouvelle erreur. C’était oublié un peu vite qu’un « Le Pen » peut en cacher une autre. Plus jeune, plus maligne. En cinq ans, son héritière a su rajeunir le visage de l’extrême droite et elle a prodigieusement accéléré la « dédiabolisation » en marche. Depuis le début de sa carrière politique, Marine Le Pen n’a fait aucun dérapage. Une fois seulement, elle s’est risquée à un parallèle entre les prières de rue musulmanes et l’occupation du territoire. Mais hormis cette incursion en terrain paternel, la fille du chef est restée prudente. Elle n’a eu aucune condamnation pour racisme, néga-tionnisme ou antisémitisme. D’où les nombreuses fenêtres médiatiques qui lui ont été ouvertes, surclas-sant le père sulfureux souvent privé de télé. Pour comprendre la « machine Marine », celle qui séduit la presse et peut-être 15 à 20 % du corps électo-ral, il faut tout dire et tout décortiquer. C’est un para-doxe. La fin de l’omerta médiatique n’aura écarté qu’un temps le FN. Avec sa nouvelle valeur Le Pen, la cote du Front national est repartie à la hausse. Il n’empêche. La transparence et le traitement équitable du Front national, à l’image des autres formations poli-tiques, restent pourtant la meilleure option. Pour Marine Le Pen, tout doit être posé sur la table : son
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quotidien de fille, de mère, de femme, de copine… Tout comme sa vie publique de conseillère régionale, de députée européenne, de présidente de parti, de can-didate en 2012… Donner des clefs ! Un leader qui peut accéder au second tour d’une élection présidentielle doit être passé et repassé au scanner, de manière froide et quasi médicale. Il est légitime de s’intéresser à son comportement, sa manière d’être ou sa sincérité, tout autant que de décrypter son programme politique. Qui est-elle vraiment ? Quelle est sa psychologie ? Quel est son carburant ?
L’exercice est risqué. Dans ce livre, j’ai voulu dres-ser un portrait au plus juste et au plus près, restituer un personnage dans toute sa complexité, sans nier ses qua-lités humaines. Au risque d’être « politiquement incor-rect » et de prendre des coups. Il est toujours plus facile de hurler avec les loups. Il est plus compliqué de coucher sur le papier certaines évidences, ou certains non-dits. Pour la rédaction nationale de France 3, depuis une dizaine d’années j’ai pu l’observer et lui parler, micro ouvert ou hors caméra. En écoutant et interrogeant ses proches, autant que ses ennemis… L’héritière Le Pen est une candidate à la présidentielle, jeune et ambitieuse, dont il faut connaître les ressorts. C’est la base de tout travail journalistique. Marine Le Pen n’est ni un ange ni un démon…
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