//img.uscri.be/pth/c2af42e3839a3ad584fff8868db352aaf78d140e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Dans les rouleaux du temps

De
317 pages
« Ce que ça nous fait, ce que ça peut bien nous faire, la littérature, ici et maintenant, à tous et à chacun ? »
Destiné à interroger les puissances de la littérature, cet essai repose sur une conviction qui restait à vérifier : les livres qui nous ont profondément marqués en savent long sur nous – et peut-être plus long que nous. Ils sont gros de tout ce que nous ne savons plus savoir, au quotidien laborieux des jours, tout ce que nous préférons enfouir par conformisme et par habitude sous la « connaissance conventionnelle ».
Récit d’une expérience, Dans les rouleaux du temps mobilise les oeuvres de Céline et de Mallarmé, d’Aragon et de Cixous, mais aussi Sur la route ou encore Histoire d’O. Comme le fleuve à l’embouchure, il ne pouvait que se jeter dans l’expérience proustienne, cependant : À la recherche du temps perdu est bien « le » livre des livres, le livre qui délivre – et qui délivre quoi, sinon la littérature, et donc la vie ?
Voir plus Voir moins
Extrait de la publication
Dans les rouleaux du temps
Ce que nous fait la littérature
Extrait de la publication
DU MÊME AUTEUR ROMANS Movi Sévaze, Verticales, 1999. La Main du scribe, Mercure de France, 2002. Disparaître, Farrago, 2004. LAmant Liesse; Jai lu, 2011., Champ Vallon, 2007 Une guerre sans fin, Libella  Maren Sell, 2008. Linvraisemblable histoire de Georges Pessant, Flammarion, 2010.
ESSAIS LIndustrie de la consolation, Verticales, 1998. Théorie de la déroute, Verticales, 2001. Verticalités de la littérature, Champ Vallon, 2005. Le Bonheur davoir une âme, Maren Sell éditeurs, 2005. Petit éloge de la paternité, Folio, 2010.
Extrait de la publication
Bertrand Leclair
Dans les rouleaux du temps Ce que nous fait la littérature
Flammarion
Extrait de la publication
Pour la rédaction de cet ouvrage, lauteur a bénéficié de la Bourse Cioran 2009, décernée par le Centre national du livre.
© Flammarion, 2011. ISBN : 9782081279773
« Il ne suffit pas douvrir la fenêtre pour voir les champs et la rivière. Il ne suffit pas de nêtre pas aveugle pour voir les arbres et les fleurs. Il faut également navoir aucune philosophie. Avec la philosophie il ny a pas darbres : il ny a que des idées. Il ny a que chacun dentre nous, telle une cave. Il ny a quune fenêtre fermée, et tout lunivers à lextérieur ; et le rêve de ce quon pourrait voir si la fenêtre souvrait, et qui jamais nest ce quon voit quand la fenêtre souvre. » Fernando PESSOA(Alberto CAEIRO)
Extrait de la publication
Extrait de la publication
Introduction
Puissances de la littérature
Mon but est ici dinvoquer la littérature : de parler de ce quelle fait. De ce quelle fait aux individus qui sy livrent, en lisant, en écrivant ; partant, de ce quà travers eux elle provoque ou produit dans la langue et la réalité communes ; et comment elle introduit du jeu, enfin, dans les représentations dominantes où se trament nos existences. Si vous préférez : ce que ça peut bien nous faire, la littérature, ici et maintenant, à tous et à chacun ?
* Je veux interroger, non pas lessence, mais les puis sances de la littérature. La perspective est en somme à lopposé de celle que déployait JeanPaul Sartre dans Questce que la littérature ?On loublie souvent : ce recueil, qui a donné le « la » de la réflexion contempo raine sur la littérature, est paru en 1948. Lépoque était à lépuration et Sartre semployait dabord à sauver la littérature de ce que précisément elle navait que trop fait durant la guerre, par le biais des écrivains supposés lincarner : collaborer par calcul ou par soif de reconnaissance, quand ce ne fut pas se rouler dans labjection.
9 Extrait de la publication
Dans les rouleaux du temps
En 1948, il était impératif darracher la littérature à ce passé récent, et cest bien cette volonté de rachat qui présidait à la doctrine sartrienne de lengagement (à la distance du temps, on le voit dailleurs de mieux en mieux : deLa NauséeauxMots, la question du rachat est partout chez elle, dans luvre de Sartre, lutte inces sante pour sauver du sens et « justifier son existence » sous un ciel vide). Ce qui mintéresse est ailleurs : si Sartre éprouvait lurgence dinterroger lessence de la littérature, en 1948, cest que la question de ses puissances ne se posait pas. La littérature, la certitude quelle (nous) fait quelque chose, et même, la certitude quelle nous constitue en tant quhommes, était une évidence aux yeux de tous : aux yeux des notables, qui se devaient dêtre ou de sembler lettrés, aux yeux des éducateurs, qui en faisaient la base des humanités, aux yeux des révolutionnaires aussi bien, qui voulaient en tirer une arme. (Je parle ici d« évidence » : le « é » privatif ajouté à la racine «videre» (voir) le dit bien ; est une évidence ce que lon na même pas besoin de regarder pour croire vrai, ce que lon na même pas besoin devérifier; au pays des évidences politiques, les aveugles sont rois.) La réaction, sur ce plan, na jamais été en reste. Cest parce que les censeurs lui accordaient un crédit consi dérable quils décrétaient si volontiers la littérature, non seulement dangereuse, mais potentiellement coupable : elle était à couper de tout ce qui excédait la norme et le « bon » goût, à amputer de tout ce qui risquait de dérouter les lecteurs du sens commun, des lecteurs dau tant plus inquiétants quils étaient anonymes et toujours plus nombreux. Pour lexprimer brutalement : tous en étaient per suadés, la littérature avait la puissance de façonner lhomme à son image.
10