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De la matérialité à la transparence

De
292 pages

Nous ignorons comment nos comportements (actes, paroles, pensées) sont générés: quels sont leurs ressorts intimes et comment s'opère leur mise en oeuvre, qui est essentiellement de nature collective. Nous les pensons comme des faits individuels.

Nous commettons alors une erreur, qui est à la source du déploiement d'une mécanique du pouvoir d'extension mondiale dans laquelle nous sommes embrigadés de force sans en comprendre les tenants ni les aboutissants.


Cet ouvrage tente d'en faire une analyse aussi exhaustive que possible. Une réflexion sur la possibilité d'un fonctionnement humain plus harmonieux est proposée. Mariant la sagesse millénaire des Upanishad à l'aspiration occidentale à l'écologie, elle envisage l'action collective comme un yoga cosmique dans lequel chacun est engagé.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22385-0

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

 

En hommage à mon Maître et Ami

Swami Sarva Atma

Par qui ce travail a été initié

Remerciements

 

Avec mes remerciements à

Christine Guli

Martine Machebœuf

Francine Thomas

Adèle Bégert

Pour les corrections et suggestions qu’elles m’ont apportées

Avant-propos

Ces écrits sont conçus pour être lus par chaque individualité, dans la mesure de sa réceptivité, sans contrainte ni influence quelconque de façon à produire un résultat diversifié, dénué de toute cristallisation de masse qui en dénaturerait le sens et tendrait à nous maintenir prisonniers de la mécanique actuelle du pouvoir. Idéalement, le contact avec le texte doit instiller dans les pensées, émotions et comportements un parfum délicat, sans violence ni sournoiserie, dans la pleine conscience des changements induits.

La connaissance qui est en jeu ici est une connaissance directe sans intermédiaire verbal qui la viderait de sa substance et la rendrait si peu visible, que la quasi-totalité des individualités passerait à côté de ce qui les fonde.

Dans tous les cas, l’assistance à autrui pour l’assimilation de ces textes passe par le respect absolu de la liberté de tout participant, de ses convictions et comportements.

Introduction

L’irruption brutale de la mondialisation dans les affaires humaines met en échec patent la vision individualiste étriquée qui prévaut à tous les étages de la vie collective mondiale, de la personne humaine aux fédérations d’états, sans excepter les organisations et associations aux visées les plus nobles soient-elles.

Nous chevauchons une piste suicidaire. Le changement de cap vers une vie plus harmonieuse passera, s’il doit avoir lieu, par un effort vers la connaissance de la façon dont nous fonctionnons globalement.

La dynamique humaine est basée sur la relation de pouvoir depuis sa sortie de la vie animale. Mais, alors qu’à l’origine le dominant était la nature et le dominé, l’homme, cette relation s’est inversée aujourd’hui : la personne individuelle et les entités auxquelles elle est identifiée sont promues tacitement au rang de dominants. Nos tensions et conflits s’enracinent dans cette auto-proclamation dont nous n’avons pas la conscience claire.

Et c’est bien là où le bât blesse. Car l’instauration d’une vie plus harmonieuse ne peut se faire sans la conscience de la façon dont chacun s’articule avec l’ensemble des entités du cadre de vie, prises dans le sens le plus général du terme : entités collectives, personnes individuelles, animaux, plantes, objets inanimés terrestres et célestes comprenant nos productions matérielles et immatérielles (idées, objets virtuels…).

Eco yoga, par sa pratique, est une ouverture à la dimension collective de tous nos faits. Il s’inscrit dans la démarche spirituelle de l’Être cosmique – qui englobe toute la manifestation universelle – dont la conscience est encore au berceau.

L’essence de notre nature est rebelle à toute formulation. En la réduisant à l’expression corporelle (physique, pensée, émotionnelle), nous passons à côté de l’essentiel. Nous vivons dans une atmosphère conflictuelle et routinière permanente, émaillée de quelques instants de bonheur. Notre point de mire est de passer outre afin de dissoudre le voile qui cache sa plénitude.

Swami Chta Akasha Bhaskara

Invitation

Es tu…

. L’esprit libre, sans dieux, sans idoles, sans porter aux nues les créations humaines ;

. Ouvert, sachant observer, écouter comme l’enfant qui s’éveille, l’esprit parfaitement tranquille, désencombré d’idées et d’intentions occultes, du souci de tes biens ;

. Transparent ;

. Positif, bienveillant, ton bonheur par devant ;

. Vigilant, toujours prêt ;

. Patient, sachant attendre sans tension le moment favorable ;

. Humble, efficace, agissant dans la discrétion sans verbiage ;

. Pratiquant l’analyse avec discernement, sans juger ;

. Donnant-recevant, créateur spontané de comportements nouveaux, sans imitation envieuse ou servile, irréfléchie ;

. Sachant prendre du recul en cas de tension relationnelle ;

. Attentif à toute relation avec autrui, tout fait, tout objet ;

. En prise directe avec le réel, le présent éternel, sans te réfugier dans le passé, l’avenir ; sans laisser la technique t’envahir, te dépasser ;

. Face à l’Inconnu, conscient du Mystère, sans le défigurer, l’obscurcir ; le contemplant pur ;

. Accomplissant la vie, ce miracle au quotidien, le seul miracle, dans chaque geste, chaque parole, chaque pensée ;

. Etant en et par Lui ;

Alors tu es des nôtres, de ceux dont le parti n’a ni enseigne, ni banderole, ni mot d’ordre, une invisible assemblée répandue sur la terre, qui réalise l’œuvre aux plans cachés selon nos voies complémentaires.

Et si tu n’en es pas encore, tu peux à tout moment te joindre à nous sans autre formalité qu’une intime adhésion.

Ah ! un dernier conseil : ne rompt pas cette chaîne. Envoie quelques copies de ceci.

Charte de l’écologie

Reconnaissant :

. Que l’imitation quasi-animale massive qui gouverne nos comportements de consommation-production est irrémédiablement associée à une perturbation irréversible de l’écosystème terrestre compris dans son sens le plus large – fonctionnement social inclus,

. Que si ce phénomène se poursuit sans changement d’orientation notable pendant quelques décennies, une extinction massive des espèces dont la nôtre, d’une ampleur comparable aux précédentes, s’ensuivra,

Je m’engage à favoriser l’éclosion d’un mode de vie respectueux du fonctionnement social et naturel dans chacun de mes actes et paroles, si minime soit-il, en optant pour une voie de moindre perturbation.

Les points forts de cet engagement sont :

1) Prédominance du fonctionnement naturel du corps et du développement spirituel vrai sur la recherche du confort matériel et spirituel et de plaisirs socialement cultivés.

2) Tendre vers une création comportementale harmonieuse en établissant des rapports de douceur. Un rapport de douceur est une relation où la conscience de l’échange créateur mutuellement induit qui s’établit entre les êtres et objets en présence dans l’action en cours, est à vif. Il faut être ouvert, sans asservissement à un but préconçu, pour le pratiquer.

Il s’oppose à la relation de pouvoir, notre mode habituel, où le champ conscient de chacun est monopolisé par un but préconçu, chaque but tendant de ce fait à s’imposer à l’action en cours, appauvrissant la création collective qui a lieu malgré tout, entraînant tensions et conflits entre les participants.

3) Eviter d’engendrer des perturbations dommageables aux plans physico-chimique, biologique, et social par l’utilisation de la technologie, tant par ses effets directs que par ses conséquences possibles.

4) Favoriser le partage des biens et services.

5) Réutiliser plutôt que recycler sinon recycler plutôt que détruire ou abandonner.

6) Préférer les sources d’énergie et de matériaux naturellement renouvelables aux sources non renouvelables.

7) Tendre vers une autarcie de proximité.

8) Eviter de prendre part à des actions à grande échelle en ce qu’elles donnent corps au désir de pouvoir et d’imitation (ils sont liés).

9) Développer la conscience de l’interactivité / inter-dépendance foncière de tous les êtres, plantes, objets et phénomènes naturels, productions humaines matérielles et immatérielles, par la pratique de l’ouverture à la totalité.

Cette liste n’est pas exhaustive. Tout ajout doit être cohérent avec l’esprit du préambule.

Devoirs universels

Ecologie et relationnel

Planter des arbres

Récupérer l’eau de pluie

Adopter un mode de vie économe en ressources naturelles

Respecter chaque plante, chaque animal, indépendamment de son utilité

Ne pas se réjouir de la souffrance d’autrui. Faire tout pour l’alléger

Considérer les enfants des autres comme ses propres enfants

Créer et préserver une ambiance joyeuse autour de soi

Aimer au moins une femme ou un homme dans sa vie

Consacrer un jour par semaine pour soi

Utilité collective

Construire un pont

Elever un fils ou une fille

Faire de sa maison une maison des amis

Participer à la vie publique (politique, éducative, associative…)

S’occuper de ses parents âgés

Visiter les malades graves au moins une fois par an

Apprendre les méthodes de premiers secours et les moyens d’éviter les maladies contagieuses

Être propre et apprendre aux autres à l’être

Parrainer au moins un enfant

Ethique

Passer ses actes et ses paroles au crible des trois tamis : vérité, bonté, utilité (Socrate)

Ouverture

Faire un voyage lointain au moins une fois dans sa vie

Déposer un trésor

Rester vigilant

Vie intérieure et construction spirituelle

Quitter ses parents

Créer une communauté spirituelle sous quelque forme que ce soit

Aménager un endroit sacré

Ecrire un livre de sagesse

Ecrire un poème

Etudier les religions et textes sacrés du monde

Apprivoiser le lâcher prise

Vivre son identité cosmique

Si ces devoirs sont respectés, nos droits le seront aussi

Plaidoyer pour une vie intérieure

Avant-propos

Ce travail a été entrepris sur la requête de mon ami et instructeur de Yoga Swami Sarva Atma, dont le souci était d’exhumer l’empilement et l’articulation des différentes couches de la mémoire collective de l’homme occidental qui se sont accumulées au cours de son histoire, afin de lui fournir un point d’appui pour son développement spirituel.

Je suis redevable à Swami Sarva Atma pour la qualité de son enseignement, sans lequel ce projet n’aurait pas vu le jour.

Introduction

La multiplicité matérielle fonctionne par la mise en œuvre d’un foisonnement de relations entre ses entités à toutes échelles, en constant renouvellement. La société humaine n’y échappe pas. Mais, bien que nous en parlions beaucoup, nous n’en sommes que rarement conscients.

L’avènement de l’écologie, qui perle un peu partout, nous le rappelle : la relation nous fonde. L’indépendance, que nous appelons si ardemment dans de nombreuses circonstances, est un leurre. Et si nous avions conscience du potentiel de créativité et d’enrichissement inouï que nous offre le tissage incontournable des relations quotidiennes sans lesquelles nous ne serions, la société moderne connaîtrait là une première révolution digne de ce nom, sans conflit, sans tension.

Mais le travail sur soi que cela représente est à la mesure de l’enjeu. Car il s’agit de passer d’une optique relationnelle de pouvoir sur les entités vivantes et inanimées que nous côtoyons, à une optique interactive de relation d’échange avec notre environnement, compris dans son sens le plus large.

La relation de pouvoir suppose dans son principe, l’établissement d’une contrainte exercée par une entité, qui dispose de l’initiative de l’action, sur une autre entité, qui en subit les conséquences. Ce modèle établit donc d’emblée une hiérarchie de valeur entre ‘l’acteur’ et le ‘subordonné’. Il s’applique de façon générale à toutes les relations que nous établissons avec nos congénères, les entités du règne animal et végétal et les éléments physiques ou immatériels de notre cadre de vie. Nous appliquons également ce modèle de façon systématique aux relations dont nous sommes témoin. Il est d’essence conflictuelle.

La relation d’échange est une création collective qui réunit tous les participants dans la production de l’action en cours. Il s’agit d’un jeu de sollicitations – réponses en vertu duquel les participants se transforment et s’enrichissent mutuellement sur un plan d’égalité. Il n’y a plus de hiérarchie. Ce modèle est d’essence harmonieuse.

La relation de pouvoir a une assise affective. De fait, l’établissement de nos relations de pouvoir reflète fidèlement nos attirances et répulsions. La relation d’échange est dégagée de l’affectif. Elle est conforme à l’observation qu’en ferait un scientifique. Les relations que nous établissons quotidiennement correspondent à ce modèle, au plan objectif. Elle n’ont du pouvoir que le nom. Il suffit pour s’en convaincre d’observer une lutte entre deux personnes de force très inégale. Par ses reculs, ses esquives, ses contorsions douloureuses, le ‘plus faible’ participe autant à l’orientation du combat que le ‘plus fort’. Ainsi, les termes de ‘faible’ et ‘fort’ doivent être entendus au plan affectif uniquement.

Il ne s’agit donc pas de changer le modèle de nos relations mais de venir à la connaissance de ce qu’elles sont en essence : des échanges qui, s’ils sont compris comme tels, nous ouvriraient un potentiel d’enrichissement insoupçonné dans le quotidien, et décupleraient les possibilités évolutives dont la nature a déjà fait une éloquente démonstration en produisant l’humanité actuelle à partir des molécules de la ‘soupe primitive’.

La transition consciente d’une optique de pouvoir individuel à celle d’un échange collectif dans nos relations quotidiennes s’insère dans une démarche spirituelle dont le point de mire est la connaissance de notre nature véritable, que l’identité sociale masque totalement. Car nous sommes tous, en tant qu’humains, engagés dans un chemin spirituel, quoique nous disions, quoique nous fassions. Et l’un des souhaits qui a fait naître ce travail est de contribuer à le révéler.

Les articles qui suivent sont une tentative sans prétention pour jeter quelque lumière sur la façon dont nous fonctionnons. Gardons nous cependant d’en extraire des idées isolées pour fabriquer une idéologie de plus. Ceci ne ferait qu’ajouter un outil à la panoplie pléthorique dont nous disposons déjà pour l’exercice du pouvoir. L’état de nos relations en souffrirait davantage.

Au contraire, puissent ces quelques lignes diffuser leur parfum dans nos actes, paroles et pensées en tacite coopération avec les innombrables tentatives que nous sentons poindre dans ce sens de par le monde, pour l’unique et incomparable bénéfice d’une vie intérieure plus harmonieuse.

Conte à Soi-même

Deux êtres partent à l’aventure dans la forêt. Ils s’aiment tellement qu’ils sont inséparables. Néanmoins, le second décide par jeu de se cacher de l’autre. Les deux compères finissent par se perdre de vue.

Le premier souffre terriblement de l’absence de l’autre qui, à l’inverse, ne semble en être nullement affecté. Le premier est pris d’une activité fébrile pour retrouver son comparse. Mais ses innombrables tentatives restent vaines. Pourtant, à force de persévérance, il y parvient. La scène des retrouvailles défie l’imagination tant leur amour réciproque est puissant. Ils ne se sépareront plus jamais.

Mais, ce que le premier ignore, le second personnage a d’autres compagnons avec lesquels il poursuit le même stratagème. Tous ces compagnons n’ont pas la persévérance du premier. Presque tous abandonnent. Mais, qu’à cela ne tienne, de nouveaux ne cessent de se présenter, innombrables, et ils s’en trouve toujours quelques uns qui parviennent à leur fin. Ce second personnage est décidément très étrange.

En fait, ses compagnons sont des êtres imparfaits, qui ne disposent que d’une vue partielle de la situation dans laquelle ils se trouvent, ce qui ne leur permet pas en général de le retrouver. Lui, par contre, est un être parfait qui, bien qu’entièrement autonome, ne semble pas pouvoir se passer d’eux pour les égarer. De plus en plus bizarre.

Plus étonnant encore, ce personnage est dissimulé à ‘l’intérieur’ de ses compagnons : une réplique se trouve cachée au cœur de la personnalité distincte et unique de chacun d’eux. Ce faisant, ceux-ci lancés à la recherche de leur ‘second’, sont incapables de le démasquer puisque leur identité personnelle, à laquelle ils tiennent plus que tout, leur cache sa véritable identité, enfouie en leur intimité.

Il semble que ce soit dans ce stratagème paradoxal que le second personnage trouve sa raison d’être. Car étant solitaire par essence, il a besoin d’un ‘œil extérieur’ pour se reconnaître et cet ‘œil’ est porté par chacun de ses ‘compagnons’. Mais cet ‘œil’ ne fonctionne pleinement que lorsqu’il se libère de la personnalité.

Ce personnage n’est autre que la Conscience et nous, ses ‘compagnons’, n’en sommes pas séparés. La forêt représente le dédale de notre construction mentale dans laquelle s’ancre notre identité personnelle au sein de laquelle se cache notre véritable nature, représentée par cet étrange personnage. Il reste à savoir pourquoi cette ignorance a droit de cité au sein de la Conscience.

Las, tout ceci n’est qu’un rêve, une illusion. Car il n’y a que la Conscience d’être, pur joyau, plénitude sans support. Qui a rêvé ?

Dans le silence absolu

Surgit l’Être pur

Par chaque molécule

Emotion, parole, geste, pensée

Être

A petites doses, en illustrant par des exemples personnels

Armée des sens physiques, l’activité mentale élabore un monde fait d’entités disparates en conflit permanent. Primauté est donnée à la partie individualisée sur le tout. Bien que la notion d’ensemble existe, elle n’est que l’une des nombreuses composantes qui entrent dans la composition de nos actes. Le plan sensible où s’élabore cette vision, constitue le premier niveau de conscience accessible à l’humanité.

Du fait de cette cette perception éclatée de l’ensemble, la relation entre entités distinctes est la base du fonctionnement de la réalité sur ce plan. A tout instant, nous sommes en relation avec un objet, un être, de façon plus générale une entité vivante ou inanimée, matérielle ou immatérielle, fabriquée ou non par l’homme. Pour mettre en lumière l’importance de cet aspect relationnel, rappelons que le corps humain est un assemblage de cellules en étroits échanges biochimiques qui, par leur coopération, fabriquent nos pensées, paroles et gestes. Le corps social, lui-même formé par l’assemblage des êtres individuels, fonctionne par la création continuelle de relations entre ses membres d’une part, entre ceux-ci et les composantes de leur cadre de vie biosphérique et cosmique, d’autre part. Chaque entité individuelle est donc insérée dans un prodigieux tissu de relations qui va de l’infiniment petit à l’infiniment grand. C’est un point fondamental pour toute personne qui souhaite se réaliser.

La qualité première de cet ensemble cosmique est, au plan sensible, celui d’être par lui-même, contrairement à chacune des entités qui le composent qui n’ont qu’une existence conditionnelle, liée à celle de l’ensemble. C’est le fait existentiel.

La conscience d’être à l’état pur se manifeste à nous dans le silence de la vie intérieure. Ceci requiert que l’esprit demeure sans agitation ni tension. La pensée doit être harmonieuse, donc établie dans la vérité (en accord avec la totalité), voire complètement suspendue. La nature de l’activité dans laquelle l’on est engagé n’a aucune importance en soi. Le fait d’être se suffit à lui-même.

Il est exceptionnel qu’il en soit ainsi. Généralement, nous ne disposons pas du recul suffisant pour ce faire. Le fait d’être reste subordonné à l’action du moment. Il est comme un lien imperceptible dont nous n’avons qu’une conscience épisodique, lors des moments les plus intenses.

A titre d’exemples, citons pêle-mêle une fête familiale réussie, une nomination professionnelle avantageuse, remporter une compétition de haut niveau, un moment d’amour ou d’amitié entre deux êtres, la naissance d’un enfant, pour le côté positif ; la routine quotidienne, une relation conflictuelle, la perte d’un être cher, la ruine financière, pour le côté négatif. En cas d’issue incertaine, notamment lorsqu’il y a risque de perte matérielle importante voire de blessure corporelle ou affective ou même de mort, la tension mentale peut s’exacerber.

Il apparaît donc que le fait d’être n’est pas vécu pour lui-même, mais indirectement à travers le dédale interminable de nos actes au point d’y être totalement identifié. Le fait d’être prend ainsi la coloration affective de nos émotions, tour à tour fade comme la routine, intense de tristesse ou de joie, ou inexistant dans le sommeil profond.

Bien qu’il ne soit qu’exceptionnellement perçu, notamment lors des moments d’émotion les plus forts, le fait d’être oriente nos faits (actes, paroles, pensées) dans le sens d’une mise en valeur de ses qualités les plus saillantes, à notre insu. En effet, un examen attentif de ceux-ci montre qu’elles y transparaissent en filigrane. C’est ce que nous allons examiner dans le chapitre qui suit.

Expression des qualités du fait d’être au plan sensible

Notre analyse ne portera que sur ses qualités les plus prisées.

Félicité d’être

On ne peut être sans la conscience d’être, source de félicité. C’est bien ce que nous éprouvons lorsque nous vivons un évènement positif qui nous touche de près. Nous avons alors l’impression intense d’exister. Une joie profonde nous envahit. Tout notre être frémit. Nous nageons dans le bonheur. L’intensité de ce vécu peut momentanément nous conduire à l’exprimer par des actes qui surprennent notre entourage. Le triptyque être-conscience-félicité est la qualité existentielle la plus évidente.

Aussi, la recherche de cet attribut est-elle l’occasion des tensions les plus vives entre les hommes. Cela concerne d’abord l’expression de l’individualité et des minorités face à la masse des autres. Que l’on songe aux efforts déployés pour affirmer son droit à la différence, à la joie d’être reconnu, admis à s’exprimer, aux luttes violentes menées par les minorités et la répression dont elles sont l’objet.

C’est également l’une des cordes les plus sensibles sur laquelle joue la publicité commerciale avec une habileté diabolique. Consommer pour exister, tel semble être le message en clair. La boulimie de consommation de tout ordre, alimentaire, matériel, touristique, artistique, intellectuel, sexuel, spirituel et ses antidotes lui fait écho. Tout se passe comme si l’on tentait de garder constamment les sens et l’esprit en émoi pour se donner l’impression d’exister.

Plus sournoisement, notre conscience d’être se trouve également rehaussée par contraste avec le malheur des autres, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, de guerres meurtrières lointaines voire de scandales éclatants. C’est pourquoi les mauvaises nouvelles sont un des aliments de base des conversations quotidiennes et des informations médiatiques.

Le sens du Moi est une reconnaissance implicite et permanente du fait d’être, qui se limite à la mise en valeur de l’existence individuelle au plan sensible.

Ces quelques timides percées au grand jour de la félicité d’être dans la vie de tous les jours, dont on pourrait multiplier les exemples à l’infini, ne peuvent donner une idée de ce qu’est sa plénitude à l’état brut, détachée de l’évènement. Quelques très rares personnes y parviennent. Mais pour la masse des hommes, la parenthèse terrestre se referme sans qu’ils soupçonnent l’amplitude de ce qu’ils ont côtoyé. Ils ne se doutent pas qu’ils en sont l’incarnation et que le masque de l’identité sociale qui la voile ne joue le rôle que d’un décor consolateur.

Totalité

Lorsqu’il nous saisit, le fait d’être se présente comme un bloc, un tout insécable, sans parties distinctes. De fait, nous nous sentons poussés à y inclure la totalité des objets et des êtres qui sont à nos côtés, dans un transport de joie universel. Nous ne faisons là que traduire spontanément une des qualités les plus accessibles du fait existentiel, qui inclut toute entité, tout évènement perceptibles.

Cet aspect se retrouve dans la tentation hégémonique et dictatoriale dont l’espèce humaine ne parvient pas à se défaire. A l’échelon individuel, cette tendance viscérale se manifeste par la relation de pouvoir sur les choses et les êtres qui est notre mode relationnel habituel, par lequel nous tendons à les conformer à nos idées et comportements. Chacun s’envisage, non comme un être complémentaire des autres entités de l’univers, mais comme ‘une totalité en soi’, qui entre inévitablement en conflit avec celle d’autrui.

L’aspiration à la totalité se reconnaît également dans l’ardent désir de repousser sans cesse les limites de notre savoir et de nos investigations, dans le développement de tous les aspects possibles de nos activités, dans la recherche constante de nouvelles voies et moyens d’existence, dans l’insatisfaction permanente qui nous pousse à faire toutes les expériences imaginables que le manque de temps nous oblige à différer. Que dire enfin du désir constant de plénitude dans le vécu d’un sentiment, qu’il s’agisse d’amitié, d’une relation amoureuse, de l’impression de beauté, de liberté… Ce ‘toujours plus’ se dresse comme l’une de nos injonctions secrètes les plus puissantes.

Nos concepts sont inscrits dans la réalité. Ils participent à son fonctionnement mais ne sauraient en décrire la totalité. Appréhender globalement la réalité est hors de notre portée. C’est la source de vaines et intarissables joutes oratoires passionnées sur le devenir du monde et la cause profonde du déploiement de l’énergie humaine au plan politique.