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Dieu et la Création

De
118 pages

Jean MICHELET propose un essai éclairant sur le début du récit originel biblique, à savoir les sept premiers jours de la création de l’Univers. En revenant à la source première du texte et en s’appuyant sur une analyse grammaticale et étymologique de la langue hébraïque, l’auteur nous permet de mieux comprendre certaines zones obscures et mystérieuses de la parole divine. On y apprend par exemple l’importance d’aleph, première lettre de l’alphabet, qui représente le Dieu créateur dans la tradition d’Israël. Il confronte ses interprétations à la lecture classique des deux premiers chapitres de la Genèse et révèle que « des trésors de sens sont cachés au cœur de l’écriture ». Les nombreuses citations assorties de ses commentaires érudits à propos des histoires extraordinaires d’Abraham, Isaac, Jacob, ou encore Moïse, démontrent la puissance symbolique à l’œuvre dans la Bible.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-97325-2

 

© Edilivre, 2015

Citation

 

 

En un commencement Dieu crée le Ciel et la Terre.

Or la Terre n’est que tohu-bohu, ou ténèbres sur face d’abîme, le souffle de Dieu caressant la face des eaux.

Genèse 1, 1-2

 

Nos ancêtres appellent Dieu le créateur de l’univers.

Ils disent que Dieu nous parle dans la Bible.

C’est pourquoi nous voulons déchiffrer ce qui nous est dit,

en lisant ce qui est écrit dans le Livre.

Dieu créateur de l’univers sera notre seule hypothèse.

Lire ce qui est écrit sera notre seule méthode.

Synopsis

Premier récit de la Création

En un commencement Dieu crée le Ciel et la Terre

1 – Un père invisible

Les versets 1 (aleph) et 2 (bèt)

2 – Le Ciel et la Terre

Noces mystiques

3 – Trois lectures du premier verset

Créer, disposer – Fils, je disposerai –

En un commencement Dieu crée

4 – Fils et froment

Nourrir la maison – Après Joseph – Peuple de Dieu

5 – Fils et prince

Prince, la lettre et l’esprit –

Le vœu de Jacob – Le combat de Jacob –

Fusion mystique – Nourritures spirituelles –

L’homme et l’arbre

6 – Les six Jours du Créateur

Quelques remarques,

avant la lumière, l’espace et le temps –

Jour un – Deuxième Jour – Troisième Jour –

Dieu fait voir ce qui est un bien –

Un premier triptyque – Un second triptyque –

Un quatrième Jour – Un cinquième Jour –

Un Jour, le sixième

7 – Le septième Jour de la Création

Le retrait divin – Dieu crée pour agir –

L’appel divin

Épilogue

Comme un arbre planté près du cours des eaux

Premier récit de la Création

En un commencement Dieu crée le Ciel et la Terre.

Or la Terre n’est que tohu-bohu, ou ténèbres sur face d’abîme,

le souffle de Dieu caressant la face des eaux.

*
*       *

Alors Dieu dit : « Lumière sera ».

Et lumière est.

Et Dieu fait voir la lumière, qu’elle est un bien.

Et Dieu fait une différence, entre la lumière et les ténèbres.

Dieu appelle : pour la lumière, « jour », et pour les ténèbres, il appelle « nuit ».

Et il y a un soir, et il y a un matin : Jour un.

*
*       *

Dieu dit : « Il y aura une voûte au sein des eaux,

et il y aura une différence à faire entre des eaux et des eaux ».

Dieu façonne la voûte, qui fait distinguer

entre les eaux au-dessous de la voûte,

et les eaux au-dessus de la voûte.

Et il en est ainsi.

Dieu appelle pour la voûte : « cieux ».

Et il y a un soir, il y a un matin : deuxième Jour.

*
*       *

Dieu dit : « Les eaux de dessous les cieux s’assembleront

en un lieu unique, et ce qui aura séché apparaîtra ».

Et il en est ainsi.

Dieu appelle : pour la partie asséchée « terre »,

et pour l’assemblée de ces eaux, il appelle « mers ».

Et Dieu fait voir que c’est un bien.

Dieu dit : « La terre fera pousser des végétaux : herbage faisant germer germe, arbre-fruit faisant fruit pour son espèce ;

à chacun sa semence en lui sur la terre ».

Et il en est ainsi.

La terre produit des végétaux : herbage germant germe pour son espèce, et arbre faisant fruit, son germe en lui pour son espèce.

Et Dieu fait voir que c’est un bien.

Il y a un soir, il y a un matin : troisième Jour.

*
*       *

Dieu dit : « Il y aura des luminaires dans la voûte des cieux, pour faire une différence entre le jour et la nuit. Ils seront des signes pour les saisons, pour les jours et les années ».

« Ils serviront de luminaires dans la voûte des cieux,

pour éclairer la Terre ».

Et il en est ainsi.

Dieu façonne ces deux grands luminaires :

le plus grand luminaire pour la gouvernance du jour,

le plus petit luminaire pour la gouvernance de la nuit ;

et aussi les étoiles.

Dieu en fait don à la voûte des cieux

pour éclairer la Terre.

Pour gouverner le jour et la nuit,

pour distinguer entre lumière et ténèbres,

Dieu fait voir que c’est un bien.

Il y a un soir, il y a un matin : un quatrième Jour.

*
*       *

Dieu dit : « Les mers grouilleront

d’un grouillement d’êtres vivants,

Et des oiseaux voleront au-dessus de la terre,

face à la voûte des cieux ».

Et Dieu crée. Les grands monstres marins ;

tout ce qui vit et respire :

ce qui se meut, ce qui grouille dans les mers pour leurs espèces ;

et toute aile d’oiseau pour son espèce.

Et Dieu fait voir que c’est un bien.

Dieu les bénit en disant :

« Fructifiez et multipliez-vous, peuplez les eaux des mers.

Et ce qui vole se multipliera sur la terre ».

Il y a un soir, il y a un matin : un cinquième Jour.

*
*       *

Dieu dit : « La terre produira chaque être vivant pour son espèce : bétail, reptiles et vie terrestre de chaque espèce ».

Et il en est ainsi.

Dieu façonne le vivant terrestre selon son espèce : le bétail selon son espèce, et tout ce qui se meut sur le sol selon son espèce.

Et Dieu fait voir que c’est un bien.

Dieu dit : « Nous ferons des “adams” à notre image

et selon notre ressemblance.

Ils prendront le pas sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux ; sur le bétail et sur toute la terre. Sur tout ce qui se meut sur la terre.

Et Dieu crée l’“adam” à son image. À l’image de Dieu

il crée celui-ci.

Mâle et femelle il crée ceux-là.

Et Dieu les bénit. Dieu leur dit :

« Fructifiez et multipliez-vous, peuplez la terre et maîtrisez-la.

Prenez le pas sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux et sur toute vie se mouvant sur la terre ».

Dieu dit : « Voici que je vous donne : tout herbage germant germe à la surface de toute la terre ; et tout arbre en lui-même fruit d’arbre germant germe.

Ce sera pour vous une nourriture ».

« Et à tout vivant de la terre, à tout oiseau des cieux,

à tout ce qui se meut sur la terre avec en lui souffle de vie :

toute verdure d’herbage pour nourriture ».

Et il en est ainsi.

Dieu fait voir tout ce qu’il fait, que c’est un très grand bien.

Qu’il y a un soir, qu’il y a un matin. Un Jour, le sixième.

*
*       *

Alors sont achevés le Ciel et la Terre, avec toute leur garnison.

Or Dieu achève, en ce septième Jour, son œuvre qu’il a faite.

Il se retire, en ce septième Jour, de tout son œuvre qu’il a fait.

Et Dieu bénit ce septième Jour, il le sanctifie.

Parce qu’en lui il s’abstient, de tout son œuvre

que Dieu crée pour agir.

I
Un père invisible

Dans la Bible, les premiers mots d’un texte ont souvent valeur de titre, annonçant les développements qui vont suivre. Ainsi, en lisant le premier verset du livre de la Genèse, le lecteur comprend qu’il va découvrir comment Dieu a créé l’univers. Et en effet, dès le second verset, le récit commence par décrire brièvement l’état initial de la création. On se prépare donc à lire une cosmogonie, et l’on y recherche une description physique de la genèse du monde qui nous entoure. Très vite, des incohérences surgissent dans la suite du récit. Comment la lumière, qui pour tout homme bien portant vient du soleil, a-t-elle pu surgir dès le premier jour, alors que le soleil et la lune n’apparaissent qu’au quatrième jour ? Pour satisfaire la logique, il nous faudra tenir compte de ce que les Hébreux ne portaient pas sur la notion de temps le même regard que nous ; il nous faudra comprendre que la sagesse hébraïque s’intéresse moins à la physique qu’à la vie spirituelle, moins à la lumière naturelle qu’à la lumière surnaturelle. Il nous faudra découvrir que la Genèse gagne beaucoup à être lue comme un guide de spiritualité plutôt que comme une cosmogonie.

Cependant, même à considérer les « jours » de la création comme des points de vue différents sur une même réalité éternelle (plutôt qu’un même point de vue à différentes époques), même à comprendre que les notions physiques mentionnées dans la Bible cachent des symboles de notions invisibles servant à décrire la vie spirituelle, pour autant, on n’aura pas encore épuisé ce que l’on peut tirer du texte hébreu. Car la langue hébraïque recèle en elle-même des trésors de sens, cachés jusqu’au cœur de son écriture, qu’il s’agisse des formes empruntées par le texte, des symétries de mots, des accidents de syntaxe ; qu’il s’agisse encore de la polysémie ordinaire de certains mots1, ou même de la symbolique propre à chaque lettre comme à l’ensemble de l’alphabet hébreu.

C’est pourquoi on se propose ici de relire avec soin les deux premiers versets de la Bible comme un grand titre, non seulement pour la Genèse, qui dit à l’homme d’où il vient, mais un titre pour toute la Bible, qui dit à l’homme où il va, conduit par son créateur. Pour cela, nous aurons à contempler le texte de ces deux versets comme si nous ignorions tout de la langue hébraïque. Paradoxalement, le lecteur non hébraïsant va se trouver avantagé : il sera guidé pas à pas, et les seules données nécessaires pour comprendre – données que connaissent tous les hébraïsants – lui seront fournies à bon escient. Pour commencer, les deux premières lettres de l’alphabet suffiront à se repérer.

A_et_B

Les Hébreux emploient les mêmes signes pour écrire – attention ! de droite à gauche – les lettres comme les chiffres. Aussi le verset un (1) est-il repéré par la première lettre, aleph, et le verset deux (2) par la seconde lettre, bèt. Sur l’illustration qui présente le texte de ces deux versets, on a choisi de réduire la taille des caractères aleph et bèt que l’on aperçoit en avant (à droite) du verset parce qu’ils ont la valeur d’un chiffre : c’est le numéro du verset. En revanche, dans le texte lui-même, tous les caractères sont de même taille. Cependant, la lettrealeph – et elle seule – y a été coloriée, afin de rendre plus visible une particularité qui va bientôt faire l’objet d’un commentaire.

Tableau_couleur

Sous la ligne du texte de chaque verset, les mots ont été numérotés dans l’ordre où ils sont lus. Observons la distribution des mots dans le texte. Nous voyons que le verset 1 comprend sept mots et que le verset 2 en compte quatorze. La différence de longueur d’un verset à l’autre est banale dans la Bible, mais ce qui l’est peut-être moins, c’est la proportion entre ces deux versets : on passe du verset 1 au verset 2 en lisant une première fois sept mots, puis deux fois sept mots. Le nombre sept aurait-il été choisi pour annoncer au lecteur les sept jours de la création que nous allons trouver dans le récit à suivre ? Voyons d’un peu plus près la structure de ces deux versets, en particulier celle du verset 1.

Les versets bibliques sont en général composés de deux hémistiches, eux aussi de longueur inégale, séparés par un signe (l’atnah, non reproduit ici) analogue à nos signes de ponctuation et qui marque une césure. Le verset 2 illustre cette géométrie en apparaissant présenté sur deux lignes : le premier hémistiche comprend huit mots, le second six. Bien que moitié plus court, le verset 1 présente, lui aussi, une césure entre deux hémistiches. Premier hémistiche : les trois premiers mots décrivent l’action divine (Dieu crée) ; second hémistiche, les quatre derniers mots décrivent ce que Dieu crée (le ciel et la terre). Armons-nous maintenant d’un peu de patience pour compter les lettres du texte. Premier hémistiche : 6 + 3 + 5 = 14 lettres ; deuxième hémistiche : 2 + 5 + 3 + 4 = 14 lettres également. Et l’on voit encore que les cieux et la terre se partagent les signes de manière équitable : 2 + 5 = 7 lettres pour les cieux ; 3 + 4 = 7 lettres pour la terre. Il devient maintenant visible que ce texte a été disposé de façon à nous orienter vers les sept jours de la création. Soit. Mais pourquoi quatorze ? ou plutôt, pourquoi deux fois sept ?

AB_père

Passer de sept à quatorze, c’est aller du simple au double, c’est-à-dire de un à deux. En hébreu, c’est donc passer de aleph (1) à bèt (2). Et quand vos yeux sont passés du signe aleph du verset 1 au signe bèt du verset 2, vous avez lu (sans le savoir, peut-être) les deux lettres aleph et bèt du mot ab, et vos lèvres ont ainsi prononcé le mot « père ». Père est le premier mot, le plus court, le plus simple de la langue hébraïque. Pourtant, ce mot ne fera son apparition explicite qu’au chapitre 17 de la Genèse, lorsque Dieu – le même Dieu créateur dont le nom, Élohim, se lit ici, au troisième mot de la Bible – dit à Abraham : « Tu seraspèred’une multitude de nations ».

On voit donc que le mot « père » n’apparaît clairement au lecteur qu’au moment où Dieu nous donne pour père spirituel un homme de chair, que nous pouvons voir et entendre. Pourtant, si le mot « père » est déjà inscrit, discrètement dans ces deux versets, c’est pour nous inviter à comprendre que dès l’origine, Dieu nous crée comme un père qui engendre, quoique père invisible. Le mot ab ne sera révélé que beaucoup plus tard parce qu’il faut du temps, aux yeux d’Adam comme aux nôtres, pour s’ouvrir à cette vérité : Dieu crée comme un père. Inscrite dès les premiers mots de la Bible, elle reste cachée sous cette forme d’énigme qui ne livrera son secret à l’homme conscient qu’au terme de son enfance et de son apprentissage en humanité. Il n’y a pas lieu d’en être surpris ; lequel d’entre nous pourrait prétendre avoir été conscient, avant l’âge de raison, d’être engendré par son propre père ? Longtemps après Abraham, Isaïe sera le premier à révéler leur filiation aux fils d’Abraham, en formulant clairement la paternité de Dieu :

Ô Seigneur, tu es notre père !

Nous sommes l’argile, et c’est toi qui nous as formés :

nous sommes tous l’ouvrage de tes mains.2

La forme qui fait passer du simple (aleph) au double (bèt) pour signifier de manière cachée le mot ab, « père » ne se rencontre pas uniquement à l’entrée de la Bible. Le livre des Psaumes – les prières d’Israël – s’ouvre lui aussi sur une introduction composée de deux textes dont la forme évoque de manière discrète l’œuvre du père invisible. Le Psaume 1, que désigne le chiffre 1 aleph, comporte six versets ; le Psaume 2 qui suit, sous le chiffre 2 bèt, est composé de douze versets. Ce passage de six à douze signale la présence du père invisible dans le Psautier, comme nous venons de l’observer, de sept à quatorze, dans l’annonce de la création. Dès son introduction, le Psaume Premier nous dit comment Dieu met sur nos lèvres, pour le prier, la parole agissante du père invisible :

L’homme sur la bonne voie est celui qui rumine jour et nuit la parole de Dieu – l’homme qui apprend ainsi, dans le cours du temps, à vivre de la parole révélée en buvant à sa source, comme un arbre planté près du cours des eaux.


1  – On trouvera un exemple de polysémie au chapitre 6, avec la forme wayyare qui porte le double sens : ‘ il voit ’ / ‘ il fait voir ’. Par ailleurs, comme les textes bibliques ne notent pas les voyelles, de légitimes variantes de vocalisation peuvent aussi engendrer de nouveaux exemples de polysémie.

2  – Isaïe 64, 7