Dis-moi qui je suis

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C’est à Casablanca, au petit matin, dans une salle de jeu enfumée, et au milieu des éclats de rire des amazones qui juraient dans un arabe savoureux, que ce livre a jailli de ma mémoire. J’ai soudain imaginé le passé de cette ville où était née Tsippy, ma mère, et ce fut pour moi le début d’un long voyage dans le passé…
« Dis-moi qui je suis », ai-je demandé à Tsippy.
Elle a souri. Et je n’ai eu qu’à la suivre dans ses errances, qui furent aussi les miennes. À travers elle, j’ai été ainsi de Casablanca à Haïfa, en passant par Paris et Marseille. Et j’ai revécu, au fil de son histoire, l’épopée sioniste, l’espérance de sa génération, ses défis et ses désarrois...
Au début des années 1960, j’ai atterri avec Tsippy à Paris et, quelque temps plus tard, c’est dans cette ville que je fis mon apprentissage de la liberté en compagnie de quelques âmes généreuses : un éminent écrivain français, un cinéaste anarchisant de l’après-68, un acteur qui jouait encore la comédie même quand il cessait d’être un acteur, un dramaturge venu de l’autre hémisphère et qui fit de ses vices une comédie à répétition…
Tous – et tant d’autres – furent mes éclaireurs sur le chemin de la vie. Ce livre veut leur dire ma gratitude. C’est à eux, et à Tsippy, que je dois, pour le meilleur et le pire, d’être ce que je suis.

Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246858898
Nombre de pages : 180
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    La vie scolaire m’enseigna que j’étais un antipolitique. Je voulais qu’on me laissât tranquille, afin de pouvoir écrire de la poésie, choisir mes propres amis et mener ma vie sexuelle à ma guise. L’Ennemi était, et il l’est toujours, le politique, c’est-à-dire la personne qui veut organiser la vie des autres et les obliger à filer doux. Je sais le reconnaître instantanément, sous n’importe quel déguisement, que ce soit celui d’un fonctionnaire, d’un évêque, d’un maître d’école ou d’un membre d’un parti politique, et je suis incapable de le côtoyer, fût-ce de la façon la plus anodine, sans éprouver un sentiment de peur et de haine, ainsi qu’une cuisante envie de le voir (ou de la voir, car les pires sont les femmes) publiquement humilié.

W. H. Auden, Le Prolifique et le Dévoreur.

Gevald, vus bin ich farkrochen in der veest !

Seigneur, comment ai-je pu atterrir dans un endroit aussi désolé !

Voix de la Golous.

« Commençons par le début. Vous êtes né à Trinidad ?

— En effet, je suis né là-bas. J’ai toujours pensé que c’était une grossière erreur. »

V. S. Naipaul,
entretien avec Bernard Levin, 1983.

À ma mère, Tsippy

Années 1960 et séquences précédentes

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Pour ma mère, tout (c’est-à-dire, à une humble échelle, sa vie, la mienne) avait commencé juste après la guerre, en 1946, quand, petite fille, elle s’envola de Casablanca pour aller passer deux ans dans un pensionnat, à Brunoy, dans la périphérie de Paris. Elle connaissait le français, qu’elle avait appris à l’École israélite. Le castillan, c’était la langue vernaculaire de sa rue ; l’arabe, celle de la rue au-delà de sa rue ; l’hébreu, la langue d’étude des livres sacrés, qui voyageait et faisait son nid sur les étagères du vaste monde. Pour faire le lien entre ces pans d’histoire qui s’entrecroisaient, il fallait accepter l’idée d’un grand désordre historique, qui se passait de l’opinion et de la volonté de ceux qui le vivaient.

DU MÊME AUTEUR

Généalogie de l’ère nouvelle (Grasset, 2005)

Musique pour les vivants (Grasset, 2007)

Ma valise (Anatolia, 2010)

Divertimento sabbatique (Anatolia, 2011)

Journal du huitième hiver (L’Age d’Homme, 2012)

Métronome vénitien (Grasset, 2013)

Soliloques de l’exil (Grasset, 2014)

Halte sur le parcours (La Baconnière, 2015)

À PARAÎTRE

En Italie. Exercices d’égotisme (Grasset, 2016)

Souvenirs d’un lecteur

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