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Du toucher, essai sur Guyotat

De
165 pages

Le point de départ d’un texte philosophique sur l’écriture de Guyotat pourrait être la question de l’illisibilité de cette œuvre, avec tout ce que cela implique comme attention à porter notamment sur le « dehors » du texte. L’illisibilité des textes de Guyotat fait se porter l’attention en creux sur tout le dispositif d’écriture-lecture qui borde cette écriture : en effet, étant donné que les « trames narratives » sont sapées, tout autant que la « psychologie des personnages » et que la plupart des autres caractéristiques qui font d’un roman un texte analysable, il n’y a pas d’autre choix que de s’interroger sur la façon dont ces textes en sont venus à exister. S’interroger sur l’existence de ces textes revient en quelque sorte à s’interroger sur leur matérialité, leur « vie », leur corps, leur manière de « faire corps » avec le corps de leur auteur au moment de l’écriture puis la façon dont s’opère la rupture d’avec ce corps lors de l’édition, pour enfin en arriver à une attention portée à l’acte de leur lecture, à la passivité réceptive que celui-ci implique tout autant qu’un engagement « corporel » du lecteur dans cette matière verbale rendue illisible notamment par l’excès d’affects qui la travaille. L’hypothèse de travail de l’approche philosophique de l’illisibilité à l’œuvre dans l’écriture de Guyotat qui sera tentée ici est que cette illisibilité entretiendrait des liens étroits avec diverses problématiques que l’on pourrait regrouper sous la question du toucher. En effet si un texte est délibérément fait pour que son « contenu » ne soit pas maîtrisable, si ce qu’il inscrit ne fait pas sens, ne fournit pas de signification clairement identifiable, clairement « visible », en somme, pourrait se poser la question de savoir à quoi ce texte « touche ».

Prendre la question du toucher comme fil conducteur de cette approche de l’écriture de Pierre Guyotat devrait permettre de penser la langue du point de vue de ce qui en trace les limites : il s’agira de voir en quoi l’écriture de Guyotat « touche » aux limites de la langue, et en quoi ce « toucher » est un acte, une action. Approcher l’écriture de Guyotat en tant qu’action (action de toucher), en tant que performativité (performativité de l’illisible, donc), devrait alors permettre de dégager des enjeux éthiques qui seraient communs tant à cette pratique de l’écriture qu’à ce que l’on appelle le toucher.

Dans un premier temps il s’agira donc, après avoir introduit à l’œuvre de Pierre Guyotat, de s’intéresser à diverses problématiques liées à la question du toucher, puisque c’est cette question du toucher qui servira de fil conducteur tout au long de l’approche de cette oeuvre. Pour ce faire, une lecture des parties du Péri Psychès d’Aristote traitant de la question du toucher servira de point de départ pour s’intéresser à certaines problématiques ouvertes par Jean-Luc Nancy et par Jacques Derrida, toujours à propos de cette problématique du toucher.

Dégager ces problématiques générales concernant le toucher permettra alors de s’interroger plus spécifiquement sur certains aspects de la pratique d’écriture de Pierre Guyotat, tels que son rapport à l’abjection et son rapport à soi. Il s’agira alors de relier ces deux problématiques par le biais d’une approche du rire souverain tel qu’il est thématisé par Bataille, puis de voir comment il est possible d’articuler ce rire avec une approche de la caresse telle que proposée par Levinas dans Totalité et Infini. Cette approche du rire souverain et de la caresse devraient permettre à la fois d’approfondir les enjeux du toucher à l’œuvre dans l’écriture de Pierre Guyotat, et d’ouvrir la problématique vers ses enjeux plus spécifiquement éthiques.

Antoine Boute

Antoine Boute vit à Bruxelles, est bilingue et propose ses lectures performances dans les deux langues française et flamande. Il a publié : aux éditions Mix (Paris) : « Cavales » (2005), « Blanche » (2004) et « Terrasses » (2004) ; aux éditions de l’Ane qui butine (Lille-Mouscron) : « retirer la sonde » (2007) ; aux éditions du Quartanier (Montréal) : une co-écriture avec Ariane Bart : « technique de pointe – tirez à vue » (2007).

publie.net propose simultanément, en formes brèves, ses polars d’hiver.

Sur Pierre Guyotat, études, liens, bibliographie, on se reportera au dossier de référence proposé par Dominique Dussidour sur remue.net.


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table
TABLE ................................................................................................................................ 2
PREALABLE ..................................................................................................................... 4
INTRODUCTION BIOBIBLIOGRAPHIQUE .......................................................... 8
L’ILLISIBLE ET LE CORPS....................................................................................... 39
1. LANGUE BEANTE...................................................................................................... 402.LE RYTHME ET LE«BEAU» .................................................................................... 423. TRAGIQUE DE LILLISIBLE OBSCENE........................................................................ 444. FICTION DUN CORPS MIS A NU................................................................................ 47
LE TOUCHER................................................................................................................. 49
1. LE DETOUR D’ARISTOTE.......................................................................................... 542. LA«TECHNE»DU TOUCHER................................................................................... 68
TOUCHER A L’ABJECTION ...................................................................................... 79
1. L’AMBIVALENCE ET LE DOUBLE JEU....................................................................... 812.LINTERJECTION«PUTAIN»EXEMPLAIRE DE LAMBIVALENCE FACE AU DESASTRE ..................................................................................................................................................... 853. DESASTRE ET MACHINE DU DESIR ET DU RIRE......................................................... 97
LE RIRE, LA REFLEXIVITE DU TOUCHER ET LE RAPPORT A L’AUTRE ......................................................................................................................................................... 102
1. RAPPORT SOUVERAIN A SOI................................................................................... 1052. LA FICTION DU RIRE............................................................................................... 1123. LE JEU DES FIGURES............................................................................................... 1194. LE RIRE DE SOI........................................................................................................ 123
L’ETHIQUE DU TOUCHER...................................................................................... 129
1. LA CARESSE............................................................................................................ 130
2.LEXCES DE LA CARESSE........................................................................................ 1333. SA MENACE............................................................................................................. 1364. SON SECRET............................................................................................................ 139
CONCLUSION : L’ETHIQUE DE L’ECART OU DE L’IMMANENCE ? ....... 142
1.LIMMANENCE DU FLUX ET CORPS SANS ORGANES............................................... 1472. ARTAUD ET LE CORPS............................................................................................. 1533. ARTAUD ETGUYOTAT........................................................................................... 160
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préalable Le point de départ d’un texte philosophique sur l’écriture de Guyotat pourrait être la question de l’illisibilité de cette œu vre, avec tout ce que cela implique comme attention à porter
notamment sur le « dehors » du texte. L’illisibilité des textes de Guyotat fait se porter l’attention en creux sur tout le dispositif d’écriturelecture qui borde cette écriture : en effet, étant donné que les « trames narratives » sont sapées, tout autant que la « psychologie des personnages » et que la plupart des autres
caractéristiques qui font d’un roman un texte analysable, il n’y a pas d’autre choix que de s’interroger sur la façon dont ces textes en sont venus à exister. S’interroger sur l’existence de ces
textes revient en quelque sorte à s’interroger sur leur matériali
té, leur « vie », leur corps, leur manière de « faire corps » avec le corps de leur auteur au moment de l’écriture puis la façon dont s’opère la rupture d’avec ce corps lors de l’édition, pour
enfin en arriver à une attention portée à l’acte de leur lecture, à la passivité réceptive que celuici implique tout autant qu’un
engagement « corporel » du lecteur dans cette matière verbale rendue illisible notamment par l’excès d’affects qui la travaille. L’hypothèse de travail de l’approche philosophique de
l’illisibilité à l’œuvre dans l’écriture de Guyotat qui sera tentée
ici est que cette illisibilité entretiendrait des liens étroits avec diverses problématiques que l’on pourrait regrouper sous la question du toucher. En effet si un texte est délibérément fait
pour que son « contenu » ne soit pas maîtrisable, si ce qu’il
inscrit ne fait pas sens, ne fournit pas de signification clairement
identifiable, clairement « visible », en somme, pourrait se poser
la question de savoir à quoi ce texte « touche ».
Prendre la question du toucher comme fil conducteur de
cette approche de l’écriture de Pierre Guyotat devrait permettre
de penser la langue du point de vue de ce qui en trace les limi
tes : il s’agira de voir en quoi l’écriture de Guyotat « touche »
aux limites de la langue, et en quoi ce « toucher » est un acte, une action. Approcher l’écriture de Guyotat en tant qu’action (action de toucher), en tant que performativité (performativité
de l’illisible, donc), devrait alors permettre de dégager des en jeux éthiques qui seraient communs tant à cette pratique de l’écriture qu’à ce que l’on appelle le toucher.
Dans un premier temps il s’agira donc, après avoir intro
duit à l’œuvre de Pierre Guyotat, de s’intéresser à diverses pro
blématiques liées à la question du toucher, puisque c’est cette
question du toucher qui servira de fil conducteur tout au long de l’approche de cette oeuvre. Pour ce faire, une lecture des parties duPéri Psychèsd’Aristote traitant de la question du tou cher servira de point de départ pour s’intéresser à certaines problématiques ouvertes par JeanLuc Nancy et par Jacques Derrida, toujours à propos de cette problématique du toucher. Dégager ces problématiques générales concernant le tou
cher permettra alors de s’interroger plus spécifiquement sur cer tains aspects de la pratique d’écriture de Pierre Guyotat, tels que son rapport à l’abjection et son rapport à soi. Il s’agira alors
de relier ces deux problématiques par le biais d’une approche du rire souverain tel qu’il est thématisé par Bataille, puis de voir comment il est possible d’articuler ce rire avec une approche
de la caresse telle que proposée par Levinas dansTotalité et In
fini. Cette approche du rire souverain et de la caresse devraient permettre à la fois d’approfondir les enjeux du toucher à l’œuvre dans l’écriture de Pierre Guyotat, et d’ouvrir la problé
matique vers ses enjeux plus spécifiquement éthiques.
introduction bio 1 bibliographique Pierre Guyotat est né en 1940 en France, à Bourg Argental (dans le Haut Vivarais). Ses premiers souvenirs sont hantés par la présence de la guerre, ses lieux, ses sons, son im pact sur les corps, le mental, la vie. Il se met à l’écriture (poéti
que) dès l’âge de quatorze ans. En 1960, Pierre Guyotat est ap
pelé en Algérie, où il est, deux ans après, arrêté par la Sécurité
Militaire, inculpé de complicité de désertion, d’atteinte au mo
ral de l’Armée et de possessiondivulgation de journaux inter dits, et finalement placé au secret pendant trois mois. C’est en tre autres à partir de cette expérience de la guerre, puis de la
prison, que son œuvre se met en place.
De retour à Paris, il achève d’écrire, en 1965, ce qui de viendra sa première grande publication :Tombeau pour cinq
1 Sources principales pour cette introduction générale à l’œuvre de Pierre Guyo tat : Catherine Brun,Pierre Guyotat – essai biographique,Paris, Leo Sheer, 2005 et l’article de Valerian Lallement sur le sitewww.hermaphrodite.frPierre, « Guyotat, « une parole d’avant les mots » ».
cent mille soldats,qui paraît chez Gallimard en 1967. « Ce livre est un poème, j’ai désormais tout à fait abandonné le roman, genre mort aujourd’hui et que certains s’obstinent à ranimer. Une sorte de poème narratif, guerrier, magique, religieux. La lecture en sera difficile. Les bonnes âmes (…) vont crier au
scandale. Tant pis, sous la violence et le blasphème, il y a un amour qui enflammerait le diable. (…) Il y a dans mon livre le
même humour, la même cruauté, la même tendresse, le même 2 érotisme que chez Bunuel (…) » . Il s’agit d’une écriture qui 3 tient à la fois d’un « lyrisme convulsivement matérialiste » et de l’épopée. « (…) j’ai inventé une écriture nouvelle, une nou velle forme de récit, barbare encore, mais authentifiée par le mouvement profond de notre époque, lequel est épique. (…)
Moi, je crois au récit épique, seul il peut rendre compte du monde contemporain (contradictions, techniques, panique), seul parce qu’il est un genre décisif et affirmatif, il peut corres pondre au mouvement positif de ce monde. Le Nouveau Ro man nous a maintenus dans ces zones inutiles : l’embryon, les
2 Lettre à Martine Pouly du 22 novembre 1965, citée par Catherine Brun,Pierre Guyotat – essai biographique,Paris, Leo Sheer, 2005, p. 135. 3 Pierre Guyotat,Littérature interdite,Paris, Gallimard, 1972, p. 43.
conduites inachevées, etc. Il a éliminé tout ce qui fait l’homme
universel et toujours nouveau – le sang, la mort, l’orgueil – et
toujours mystérieux. Et ceci à cause de la terreur causée par les bestialités de la dernière guerre et des guerres de décolonisa tion. A nous de camper de nouveau l’homme avec sa sueur et son sang sous la peau, à nous de lâcher des créatures libres, littérairement, et se mouvant dans un décor non plus hostile ou
4 générateur de nostalgie. »
Le récit est centré sur la guerre (références à la seconde
guerre mondiale et à la guerre d’Algérie) et la violence sexuelle
(viols, esclavage prostitutionnel), et tente de se détacher de tout
psychologisme et de toute image comparative ou métaphori que : « il faut aujourd’hui décanter la matière de ses impuretés à base de métaphysique, de psychologie, de moralisme, de ma
5 térialisme, et faire apparaître le noyau des choses » . En ce sens
l’on n’y lit que des actes, des figurations corporelles, et la fic
tion s’en trouve donc dépersonnalisée, ce qui la rapporte à la fois au mythe et à la geste épique, mais sans héros. Il ne s’agit
4 Lettre à Claude Boncompain du 16 juin1966, citée par Catherine Brun,o.c.,p. 147. 5 Entretien avec Roger Borderie cité par Catherine Brun,o.c.,p.149.