Eloge des virus informatiques dans un processus d'écriture interactive

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Un virus informatique peut-il être une source d'inspiration? Peut-il modifier l'acte d'écriture? La littérature informatique est-elle immatérielle? Quelle est la place du corps dans la littérature informatique? Notre rapport au langage, à la mort ont-ils été modifié par les technologies de l'information et de la communication ? Ce sont ces questions, et quelques autres, qui sont posées dans ce livre. Mais comme l'auteur est surtout poète, écrivain, c'est la langue qui est ici sommée de résonner. Le lecteur est surtout convié au plaisir de lire, loin de tout jargon.
Publié le : lundi 12 juillet 2004
Lecture(s) : 273
EAN13 : 9782748144529
Nombre de pages : 133
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Éloge des virus informatiques dans un processus d'écriture interactive
Xavier Malbreil
Éloge des virus informatiques dans un processus d'écriture interactive
Essais critiques sur les littératures informatiques
Le Manuscrit www.manuscrit.com
©Éditions Le Manuscrit, 2004. 20, rue des Petits-Champs - 75002 Paris Téléphone : 08 90 71 10 18 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-4452-X (Fichier numérique) ISBN : 2-7481-4452-X (Livre imprimé)
XA V I E RMA L B R E I L
Préface Jean Clément C'est sur Internet, évidemment, que j'ai fait la connaissance pour la première fois de l'œuvre numérique de Xavier Malbreil. Immédiatement, j'ai été séduit par la qualité de ses textes qui, chose rare sur ce nouveau support, m'ont donné le sentiment de découvrir un vrai tempérament d'écrivain. Dans mon souvenir, la mise en page, ou plutôt devrait-on dire la mise en scène, de cette première tentative d'écriture numérique offrait au lecteur la possibilité de lire de façon parallèle ou croisée deux récits : l'un dans lequel il était question de la rupture d'un couple à travers une folle course de voiture et l'autre qui s'inspirait d'une chronique japonaise du Moyen Âge suivant les pérégrinations d'un poète voyageur et de sa compagne. Le rapprochement de ses deux histoires produisait un effet de lecture tout à fait singulier et neuf. Dans les textes ici réunis, l'auteur ne revient pas sur cette première tentative d'écriture, mais je pense qu'elle contenait en germe son parcours futur, un parcours qui l'a conduit à explorer les possibilités du nouveau média électronique tout en restant solidement ancré dans le domaine de la littérature. Xavier Malbreil est un explorateur de formes, un aventurier de la littérature qui n'a pas hésité à se risquer sur les nouveaux supports de l'écrit. Ils sont peu nombreux ceux qui ont fait le choix de l'ordinateur, non pas simplement pour écrire, ce qui serait banal, mais pour donner leurs œuvres à lire sur la surface de l'écran et utiliser les ressources de la programmation pour créer
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de nouvelles formes. Ils sont encore moins nombreux ceux qui, comme lui, ont cherché à expliquer le sens de leur recherche, à réfléchir sur leur itinéraire, à poser à nouveaux frais la question de la littérature. C'est ce que fait notre auteur dans la suite de textes rassemblés dans ce livre. L'itinéraire de Xavier Malbreil dans la littérature numérique -je ne parlerai pas ici de sa production littéraire éditée sur papier- est guidé par une recherche inlassable des signes et des dispositifs les plus pertinents pour communiquer à autrui son univers. Curieusement, c'est d'abord l'image qui lui afait signe. Ses premières recherches tentent d'associer images et textes, comme si l'image pouvait prendre le relais du texte, s'adresser plus directement au lecteur. Il y a chez Xavier Malbreil une nostalgie d'un âge d'or des mots, quand les vocables faisaient image, quand ils parlaient sans être pris dans le système d'une langue ; comme une nostalgie d'un langage poétique originel. SesDix poèmes en 4 dimensionsont tenté de dire cela et de le mettre en scène. DansFormes libres flottant sur les ondes, l'auteur explore un peu plus avant les possibilités de l'ordinateur. Celui-ci ne permet pas seulement d'associer images et mots sur un même support - ce que le livre, après tout, fait très bien - il offre au lecteur un espace à parcourir ; et derrière le clic de la souris, fait surgir l'inattendu. Le lecteur se fait spectateur actif, il joue avec la matière proposée par l'auteur. Les langages de programmation sur le Web offrent à la création numérique de nouvelles possibilités que Xavier Malbreil s'empresse d'utiliser, non pas en informaticien - ce qu'il n'est pas - mais en poète, jouant avec les nouvelles propriétés du multimédia que sont la mobilité, la temporalité ou l'interactivité, détournant la
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technique au profit de renouvellement de l' écriture. Car les mots sont toujours présents à l'écran, comme s'ils voulaient continuer à nous atteindre malgré tout ; et nous les écoutons d'autant plus qu'ils sont fragiles, évanescents, brouillés par le mouvement des images et des signes. Xavier Malbreil est poète et romancier. Comme poète, il sait jouer de la matérialité des signes qu'il met en scène. Comme romancier, il a dû, sur l'écran, se confronter à la linéarité inhérente au récit. Comment raconter des histoires sur un ordinateur? Comment remplacer le merveilleux dispositif de lecture qu'est le livre dont les pages se tournent sans qu'on y pense et qui se laisse traverser par notre imaginaire ? Comment passer de la page qu'on lit à l'écran qu'on regarde et qui sollicite le clic de la souris ? Xavier Malbreil s'y est essayé dans Serial letters, un récit hypertextuel publié sur le Web. Mais, avoue-t-il, le travail de création et d'organisation de liens hypertextuels conduit à un éclatement du récit qu'il peine à maîtriser.Serial letters, qui finit par renoncer à l'interactivité, marque les limites du genre et cherche dans l'ironie et la mise en abyme à retourner l'hyperfiction contre elle-même. Finalement, c'est peut-être dans leLivre des morts que l'auteur réussit le mieux à concilier récit et interactivité, par le choix radical de donner la main aux lecteurs, de leur proposer de devenir à leur tour scripteurs, de les inviter à s'inscrire dans une communauté d' écrivants. Changeant résolument de registre, il cherche dans son dispositif à dépouiller l'internaute de tout ce qui pourrait le distraire de l'essentiel: se raconter à travers la fiction d'un passage dans l'au-delà. D'écrivain, l'auteur se fait passeur. Il se tient en retrait, se contente de mettre en
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place le décor, de créer l'atmosphère, de susciter la curiosité et l'envie d'écrire. Il est celui qui recueille la parole de ceux qui franchissent « ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible ». Il y a là comme l'aboutissement de sa quête de communication grâce à un dispositif collectif, élaboré en collaboration avec un partenaire (Gérard Dalmon) qui lui a prêté son talent graphiste et des informaticiens professionnels qui en ont assuré la programmation. L'œuvre multimédia qu'est leLivre des mortsutilise toutes les ressources du numérique (mélange du texte, de l'image et du son, animation, interactivité, écriture en réseau, primauté du dispositif et du processus sur le contenu, etc.) au service d'un projet ambitieux et novateur. Ce parcours d'écrivain multimédia, l'auteur l'accompagne ici de textes théoriques qui éclairent sa démarche. De ces textes, que je laisse au lecteur le soin de découvrir, je ne retiendrai seulement ici que quelques questions qui ont guidé l'auteur dans son itinéraire et qui ont trait à la place du corps, au statut de la littérature numérique et au souci de l'autre. Le corps tient une place importante dans l'écriture de Xavier Malbreil. Non pas seulement parce qu'il écrit à propos du corps, mais plutôt parce qu'il écrit à partir du corps. Ses mots, ses images nous parlent du corps, ils ont une chair, ils nous font sentir, ressentir, éprouver. Dans ses Trois courtes digressions sur la place du corps dans la communication Internet, il nous rappelle que si, dans la lecture, nous nous construisons un corps imaginaire grâce à la médiation des mots, le sentiment de communication corporelle sur Internet provient d'une vision fantasmée de l'ordinateur. Pourtant la lecture sur
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