Eroica

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À la fin des années 1970, un jeune Américain, fils d’un Haïtien et d’une Portoricaine, recouvre les murs de Manhattan de phrases énigmatiques qu’il signe du nom de SAMO. Quatre ans plus tard, riche et célèbre, il invente un langage pictural d’une puissance inégalée, fait de corps, de mots, de rage. Jean-Michel Basquiat, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands peintres du XXe siècle, devient ici, pour la première fois, un personnage de roman. Pierre Ducrozet suit le parcours d’un garçon qui se rêve héroïque dans un monde qui ne l’est pas.
Rock, hip-hop, clubs de l’East Village et galeries de SoHo ; dans ce New York en pleine renaissance émerge une nouvelle scène artistique autour de lui, de Keith Haring et d’Andy Warhol. Basquiat danse, peint, cavale, et devient, malgré lui, le symbole des années 80. Au-delà de la légende, Eroica raconte le combat d’un artiste contre le monde, contre ses passions destructrices, contre son succès même, le dangereux succès. Il a le génie, il a la grâce. Aura-t-il le courage ?
Un personnage fascinant dans une ville en ébullition ; une épopée contemporaine.

Publié le : mercredi 8 avril 2015
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EAN13 : 9782246857488
Nombre de pages : 272
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Je peins les rues, les rois, les héros.

Jean-Michel Basquiat

Faut voir

Faut voir comme il tient son crayon. C’est pas comme ça, non, ça dérape, ça tremble. Il tient entre l’annulaire et l’index ce crayon gras qui lui échappe, il le rattrape de justesse et le place cette fois-ci entre le majeur et le pouce, c’est mieux, il s’applique, mais que pourrait-il bien faire ainsi, debout, face à cette toile à peine tendue sur un châssis branlant ? C’est un gosse devant son ardoise, la ligne dérape encore sur le côté, c’est n’importe quoi. Il dessine un bonhomme semble-t-il, deux bras deux jambes, des tiges, rien d’autre. Il court derrière son trait – on ne le voit pas mais il sourit, il laisse délibérément le crayon lui échapper et le surprendre, quelque chose doit le dépasser, et s’il le tient trop fort entre ses doigts rien n’adviendra. Il trace une grande oreille, une cicatrice en guise de bouche puis il déborde, rature, se replace au centre. Jay a vingt ans, guère plus, un jean sale et un pull trop grand pour lui qui tombe sur sa peau cacao, un joint à la bouche qu’il rallume. Son front est parsemé de plaques rouges, son crâne rasé. Il écrase son crayon gras sur la toile. Il observe l’ensemble, inspire, et laisse le trait déraper jusqu’aux mains, quatre doigts d’un côté, le pouce de l’autre. Il entoure les yeux d’un rond blanc. Il trace un © à côté, qu’il barre aussitôt.

 

Faut voir ce type, là, occupé à ordonner le monde.

Faut voir ça.

DANS LA MÊME COLLECTION

Laurent Nunez

Si je m’écorchais vif

 

Revue Le Courage no 1

Littérature 2015

DU MÊME AUTEUR

La vie qu’on voulait, roman, Grasset, 2013

Requiem pour Lola rouge, roman, Grasset, 2010 (prix de la Vocation 2011)

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