Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Essais d'histoire et de littérature

De
428 pages

Samuel Johnson, l’un des écrivains anglais les plus éminents du dix-huitième siècle, était fils de Michel Johnson, qui était, au commencement dé ce siècle, magistrat municipal à Lichfield, et libraire de grand renom dans les comtés du centre. Les facultés et l’instruction de Michel étaient, à ce qu’il paraît, distinguées. Il connaissait si bien le contenu des livres étalés chez lui, que tous les recteurs de campagne des comtés de Stafford et de Worcester le tenaient pour un oracle en fait de science.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Thomas Babington Macaulay

Essais d'histoire et de littérature

AVERTISSEMENT

Ce sixième volume des œuvres de Lord Macaulay que je m’étais proposé de traduire n’est pas le dernier. Il me reste à donner encore quelques-uns de ses Essais, et comme je crois que, pour bien apprécier Macaulay, il faut avoir vu en lui l’orateur et le poète, à côté du critique, du polémiste et de l’historien, notre septième volume comprendra aussi un choix de ses poésies et de ses discours. Ses lecteurs français seront donc très prochainement munis de toutes pièces pour contrôler ce que j’aurai à leur dire de sa vie et de ses œuvres. Macaulay n’a qu’à gagner à être étudié plus diversement et de plus près.

 

 

GUILLAUME GUIZOT

SAMUEL JOHNSON

Samuel Johnson, l’un des écrivains anglais les plus éminents du dix-huitième siècle, était fils de Michel Johnson, qui était, au commencement dé ce siècle, magistrat municipal à Lichfield, et libraire de grand renom dans les comtés du centre. Les facultés et l’instruction de Michel étaient, à ce qu’il paraît, distinguées. Il connaissait si bien le contenu des livres étalés chez lui, que tous les recteurs de campagne des comtés de Stafford et de Worcester le tenaient pour un oracle en fait de science. Il existait à vrai dire entre le clergé et lui une forte sympathie religieuse et politique. Il était un fils ardent de l’Église anglicane, et quoiqu’il. eût prêté serment aux souverains de fait pour se mettre en mesure d’occuper les charges municipales, il resta jusqu’à la fin jacobite dans le cœur. Ce fut dans sa maison, montrée encore auojurd’hui à tous les voyageurs qui visitent Lichfield, que son fils Samuel naquit le 18 septembre 1709. Les particularités physiques, intellectuelles et morales qui distinguèrent plus tard l’homme étaient déjà faciles à reconnaître chez l’enfant : une grande force musculaire accompagnée de beaucoup de gaucherie et d’infirmités nombreuses ; une grande vivacité d’intelligence, avec une disposition maladive à rester oisif et à remettre toujours au lendemain ; un cœur généreux et bon, avec un caractère irritable et sombre. Il avait hérité de ses ancêtres une disposition scrofuleuse que toute la puissance de la médecine était incapable de détruire. Ses parents furent assez faibles pour croire qu’un attouchement royal pouvait être un spécifique contre cette maladie. A trois ans, on le mena à Londres, le médecin de la cour l’examina, les chapelains de la cour prièrent pour lui, la reine Anne le toucha et lui remit une pièce d’or. Un de ses plus anciens souvenirs était celui d’une dame majestueuse portant un corsage orné de diamants et un grand capuchon noir. La main de la reine fut sans pouvoir. Les traits de l’enfant, naturellement nobles et assez réguliers, furent complétement décomposés par sa maladie. Des cicatrices profondes sillonnaient ses joues. Il perdit pour quelque temps l’usage d’un œil et voyait très-mal de l’autre ; mais la force de son esprit triompha de tous les obstacles. Indolent comme il l’était, il apprenait avec tant de facilité et de promptitude que, dans toutes les pensions où on l’envoya, il devint bientôt le meilleur élève. De seize à dix-huit ans, il résida chez son père et fut abandonné à ses propres inspirations. Il apprit beaucoup de choses dans ce temps-là, quoique ses études fussent sans guide et sans plan. Il fouillait les étagères de son père, feuilletait une multitude de livres, lisait ce qui l’intéressait et sautait ce qui l’ennuyait. Un jeune homme ordinaire n’aurait acquis de cette façon que peu ou point d’instruction utile ; mais beaucoup de choses qui eussent ennuyé des jeunes gens ordinaires intéressaient Samuel. Il lisait peu de grec, ne sachant pas assez bien celte langue pour prendre beaucoup de plaisir aux œuvres des maîtres de la poésie et de l’éloquence attiques. Mais il était sorti de pension sachant bien le latin, et. il acquit bientôt, dans la bibliothèque considérable et variée à laquelle il se trouvait alors avoir accès, une connaissance étendue de la littérature latine. Il ne posséda jamais cette délicatesse de goût, empruntée aux modèles du temps d’Auguste, dont se vantent les grandes écoles publiques d’Angleterre. Mais il se rendit de bonne heure familier avec certains auteurs classiques qui étaient complétement inconnus aux meilleurs élèves de la sixième classe d’Eton. Il avait un goût tout particulier pour les ouvragés des grands restaurateurs de l’érudition. Un jour, en cherchant des pommes, il rencontra un gros volume in-folio des œuvres de Pétrarque. Le nom excita sa curiosité, et il en dévora avidement les pages par centaines. Le style et la versification de ses propres compositions latines montrent bien, d’ailleurs, qu’il avait donné au moins autant d’attention aux copies modernes d’après l’antique qu’aux modèles originaux.

Pendant qu’il poursuivait par lui-même cette éducation irrégulière, sa famille tombait dans une pauvreté sans espoir. Le vieux Michel Johnson était infiniment plus propre à lire les livres et à en causer qu’à en faire le commerce. Ses affaires allaient déclinant, ses dettes allaient augmentant ; c’était à grand’peine que les dépenses journalières du ménage étaient couvertes. Le père était hors d’état de soutenir son fils à l’une ou à l’autre des Universités. Mais un voisin riche offrit son concours, et comptant sur des promesses qui se trouvèrent de fort médiocre valeur, Samuel entra à Pembroke College, à Oxford. Lorsque le jeune étudiant se présenta aux chefs de cet établissement, ils ne furent pas plus étonnés de sa tournure gauche et de ses étranges manières que des connaissances étendues et rares qu’il avait amassées çà et là, en de longs mois d’études désultoires mais non sans profit. Le jour de son installation il étonna ses maîtres en citant Macrobe, et l’un des professeurs les plus savants déclara qu’il n’avait jamais vu un élève de première année aussi instruit.

Johnson passa près de trois ans à Oxford. Il était pauvre, déguenillé même, et son apparence excitait une gaieté et une compassion également intolérables à cette âme hautaine. Il fut chassé de la cour de Christ-Church par les regards moqueurs que les membres de ce collége aristocratique jetaient sur les trous de ses souliers. Une personne charitable plaça une paire de souliers neufs près de sa porte ; il les repoussa avec fureur. La misère ne le rendait pas servile, mais sans ménagements et ingouvernable. Jamais un étudiant riche, fier de dîner à la table des agrégés, et impatient d’atteindre à sa majorité, n’aurait pu traiter les autorités académiques avec une plus forte insolence. On voyait d’ordinaire le plus besoigneux des élèves, au pied de la grille de Pembroke, qui est ornée maintenant de son portrait, haranguant un cercle de jeunes gens, sur. lesquels, en dépit de sa robe déchirée et de son linge malpropre, son esprit et son audace lui donnaient un empire incontesté. Il était le chef de toutes les révoltes contre la discipline du collége. On pardonnait néanmoins beaucoup à un jeune homme si hautement distingué par ses facultés et son instruction.. Il s’était fait connaître de bonne heure par une traduction en vers latins du Messie de Pope. Le style et le rhythme n’étaient, sans doute, pas exactement ceux de Virgile, mais l’ouvrage eut beaucoup d’admirateurs, et Pope lui-même le lut avec plaisir.

Le temps approchait où Johnson aurait dû, suivant le cours ordinaire des choses, devenir bachelier ès arts, mais il était au bout de ses ressources. Les promesses d’assistance sur lesquelles il avait compté n’avaient pas été tenues ; sa famille ne pouvait rien faire pour lui. Ses dettes envers les marchands d’Oxford n’étaient pas considérables, mais elles l’étaient déjà trop pour qu’il pût les payer. Dans l’automne de 1731, il fut obligé de quitter l’université sans pouvoir passer son examen. Son père mourut dans l’hiver qui suivit. Le vieillard ne laissa presque rien, et le peu qu’il laissa était en grande partie destiné à soutenir sa veuve. Samuel n’hérita pas de plus de vingt livres sterling.

Pendant les trente années qui suivirent, sa vie fut un rude combat avec la pauvreté. Les épreuves de cette lutte n’avaient pas besoin d’être aggravées : mais elles le furent, en effet, par les souffrances d’un corps malade et d’un esprit malade. Avant le moment où le jeune homme avait quitté l’Université, sa maladie héréditaire avait éclaté sous une forme particulièrement cruelle. Il était devenu un hypocondre incurable. Il disait, longtemps après, qu’il avait été fou toute sa vie, ou du moins qu’il n’avait jamais joui pleinement de son bon sens ; et le fait est que des excentricités moins étranges ont souvent passé pour une raison suffisante d’acquitter des criminels ou d’annuler des testaments. Ses grimaces, ses gestes, ses discours à voix basse, ont parfois amusé, et parfois effrayé les personnes qui ne le connaissaient pas. A table, il lui arrivait, dans un accès de distraction, de se baisser et d’arracher à une dame, son soulier. Il étonnait tout un salon en lançant tout à coup une phrase de « Notre Père. » Il prenait une aversion inconcevable pour une certaine allée et faisait un grand détour plutôt que de passer en vue de ce lieu détesté. Il se mettait dans la tête de toucher tous les poteaux dans les rues qu’il traversait ; si, par quelque hasard, il en omettait un, il faisait cent pas en arrière pour réparer cet oubli. Sous l’influence de ce désordre, ses sens tombèrent dans un engourdissement morbide, pendant que son imagination prenait une morbide activité. Tantôt il restait à contempler l’horloge de la ville sans pouvoir dire l’heure ; tantôt il entendait distinctement sa mère, qui demeurait à bien des lieues de là, l’appeler par son nom. Mais ce n’était pas encore le pire effet de son mal. Une profonde mélancolie s’empara de lui, et donna une sombre teinte à toutes ses vues sur la nature et la destinée de l’homme. Des misères comme celles qu’il endurait ont porté bien des gens à se brûler la cervelle ou à se noyer. Mais il n’était pas tenté de commettre un suicide. Il était las de la vie, mais il craignait la mort, et il frémissait à tout spectacle ou à tout bruit qui lui rappelait l’heure inévitable. Il trouvait peu de consolation dans la religion pendant ses longs et fréquents accès de découragement, car sa religion tenait de son caractère. La lumière du ciel brillait sur lui, il est vrai, mais non pas en droite ligne, ni avec le pur éclat qui lui est propre ; ces rayons d’en haut passaient par un milieu qui les déformait, ils ne lui arrivaient que brisés, affaiblis et décolorés par les profondes ténèbres qui enveloppaient son âme, et bien qu’ils pussent rester assez nets pour le diriger, ils étaient trop faibles pour le réjouir.

Cet homme célèbre se trouva à vingt-deux ans, avec ces infirmités de corps et d’esprit, obligé à se frayer de haute lutte un chemin dans la vie. Il resta pendant cinq ans environ dans les comtés du centre. A Lichfield, qui était sa ville natale et la demeure de sa première enfance, il avait conservé quelques amis de famille et s’en était acquis d’autres. Il fut remarqué avec bonté par un brillant officier de noble famille, Henry Hervey qui se trouvait là en garnison. Gilbert Walmesley, greffier de la cour ecclésiastique du diocèse, homme de talents distingués, instruit et connaissant le monde, se fit honneur en protégeant le jeune aventurier dont la personne déplaisante, les manières mal polies et le misérable costume excitaient les moqueries ou le dégoût de la petite aristocratie du voisinage. A Lichfield, pourtant, Johnson ne put venir à bout de gagner sa vie. Il devint maître d’études dans une pension du comté de Leicester, il résida en humble commensal dans la maison d’un gentilhomme de campagne. Mais une vie de dépendance était insupportable à son humeur hautaine. Il se retira à Birmingham et gagna là quelques guinées dans les travaux forcés d’une littérature de bas étage. Il publia dans cette ville une traduction d’un livre latin sur l’Abyssinie, à laquelle on ne fit pas grande attention alors et qui est oubliée depuis longtemps. Il lança ensuite un prospectus pour faire imprimer par souscription les poëmes de Politien avec des notes contenant une histoire de la poésie latine moderne ; mais les souscriptions n’arrivèrent pas, et le : volume ne parut jamais.

Pendant qu’il menait cette vie misérable et errante, Johnson devint amoureux. L’objet de sa passion était Mrss Élisabeth Porter, une veuve qui avait des enfants aussi âgés que lui. Cette dame apparaissait aux spectateurs ordinaires comme une femme petite, grasse, vulgaire, qui mettait un demi-pouce de rouge, qui s’habillait de couleurs voyantes, et qui aimait à étaler des grâces et des minauderies provinciales qui ne rappelaient pas celles des Queensberrys et des Lepels. Mais pour Johnson qui avait des passions fortes, de qui la vue était trop faible pour distinguer la céruse d’une fraîcheur naturelle, et qui ne s’était jamais ou presque jamais trouvé dans la même chambre qu’une femme vraiment élégante, sa Titty, comme il l’appelait, était la personne la plus belle, la plus gracieuse et la plus accomplie de son sexe. On ne peut douter que son admiration ne fût sincère, car Titty était aussi pauvre que lui. Elle accepta, avec un empressement qui lui faisait peu d’honneur, les hommages d’un prétendant qui aurait pu être son fils. Le mariage, en dépit de quelques querelles accidentelles, fut plus heureux qu’on n’eût pu s’y attendre. L’amant conserva les illusions du jour de ses noces jusqu’au jour où la dame mourut âgée de soixante-quatre ans. Il plaça sur son monument une inscription qui exaltait les charmes de sa personne et de ses manières, et, bien longtemps après sa mort, lorsqu’il avait l’occasion de parler d’elle, il s’écriait, avec une tendresse à moitié touchante, à moitié risible : « Charmante créature ! »

Son mariage lui rendit nécessaires des efforts plus grands que ceux qu’il avait essayés jusqu’alors. Il prit une maison dans le voisinage de sa ville natale, et annonça qu’il recevrait des élèves. Mais dix-huit mois s’écoulèrent, et trois élèves seulement se présentèrent à sa pension. A la vérité, son apparence était tellement étrange et son caractère tellement violent que sa salle d’études devait ressembler au repaire d’un ogre. D’ailleurs, cette grand’mère peinte et costumée comme une comédienne qu’il appelait sa Titty n’était pas faite pour veiller au bien-être des jeunes gens. David Garrick qui avait été un des élèves de Johnson avait coutume, bien des années après, de faire pâmer de rire la meilleure compagnie de Londres en contrefaisant les caresses de ce couple extraordinaire.

A vingt-huit ans, Johnson résolut enfin de chercher fortune dans la capitale en qualité d’aventurier littéraire. Il partit avec quelques guinées, avec le manuscrit de trois actes de sa tragédie d’Irène, et deux ou trois lettres d’introduction de son ami Walmesley.

Jamais, depuis que la littérature est une carrière en Angleterre, elle n’a été une carrière moins profitable qu’au temps où Johnson s’établit à Londres. Aux jours de la génération précédente, tout écrivain d’un mérite éminent pouvait être sûr de se voir récompenser avec munificence par le gouvernement. Le moins qu’il pût attendre était une pension ou une sinécure, et s’il montrait quelque aptitude pour la politique, il pouvait devenir membre du parlement, lord de la trésorerie, ambassadeur ou secrétaire d’État. Il serait aisé, d’autre part, de citer plusieurs écrivains du dix-neuvième siècle dont le moins heureux a reçu des libraires quarante mille livres sterling. Mais Johnson débuta dans la saison.la plus stérile de cette période de stérilité qui sépara deux époques prospères. La littérature avait cessé de fleurir sous le patronage des grands, et elle n’avait pas encore commencé à fleurir sous le patronage du public. Un homme de lettres, à la vérité, Pope, avait acquis par sa plume ce qu’on regardait alors comme une belle fortune et vivait sur un pied d’égalité avec les grands seigneurs et les ministres d’État. Mais c’était une exception unique. Parmi les auteurs mêmes dont la réputation était établie, et dont les ouvrages étaient populaires, un auteur comme Thomson, dont les Saisons, figuraient dans toutes les bibliothèques, un auteur comme Fielding, dont le Pasquin avait eu plus de succès que toute autre pièce de théâtre depuis l’opéra du Mendiant, se trouvait heureux parfois de mettre en gage son plus bel habit pour manger des tripes à son dîner dans quelque taverne souterraine, où il lui était permis après son repas graisseux de s’essuyer les mains sur le dos d’un chien de Terre-Neuve. Il est donc aisé de se figurer toutes les humiliations et toutes les privations qui attendaient le novice qui avait encore un nom à acquérir. L’un des éditeurs auxquels Johnson demanda de l’emploi mesura d’un œil dédaigneux ce corps athlétique bien que mal tourné, et s’écria : « Vous feriez bien mieux de vous procurer un crochet de commissionnaire et de porter des malles. » L’avis n’était pas mauvais, car un commissionnaire avait chance d’être aussi abondamment nourri et aussi commodément logé qu’un poëte.

Il semble qu’il se soit écoulé quelque temps avant que Johnson pût se créer des relations littéraires qui lui permissent d’espérer quelque chose de plus que le pain du jour. Il n’oublia jamais la générosité avec laquelle Hervey, qui vivait alors à Londres, le soulagea dans ses besoins pendant ce temps d’épreuves. « Henry Hervey, disait bien des années plus tard le vieux philosophe, était un homme vicieux, mais il a été très-bon pour moi. Appelez un chien Hervey, et je l’aimerai. » A la table d’Hervey Johnson prenait quelquefois sa part d’un bon régal rendu plus agréable par le contraste. Mais en général il dînait et trouvait qu’il dînait bien avec douze sous de viande et deux sous de pain dans un cabaret près de Drury-Lane.

L’effet des privations et des souffrances qu’il supporta à cette époque resta visible jusqu’à ses derniers jours dans son caractère et sa tenue. Ses manières n’avaient, jamais été élégantes, elles devinrent alors presque sauvages. Réduit souvent à porter des habits râpés et du linge malpropre, il devint incurablement sale. Il avait souvent grand’faim lorsqu’il se mettait à table, et il prit l’habitude de manger avec la voracité d’un corbeau. Jusqu’à la fin de sa vie, et même à la table des grands, la vue de la nourriture lui faisait le même effet qu’aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie. Son goût en fait de cuisine, s’étant formé chez des restaurateurs en cave et chez des débitants de bœuf à la mode, n’était pas délicat, il s’en faut de beaucoup. Lorsqu’il avait le bonheur d’avoir à sa portée un lièvre conservé trop longtemps ou un pâté de viande pétri avec du beurre rance, il se gorgeait si violemment que ses veines se gonflaient et que les gouttes de sueur perlaient sur son front. Les insultes, auxquelles sa pauvreté enhardissait des hommes stupides et d’un cœur bas auraient pu plier à la flagornerie une âme médiocre ; mais elles le rendaient rude jusqu’à la férocité. Malheureusement l’insolence qui était pardonnable en lui, et même respectable jusqu’à un certain point, lorsqu’elle lui servait d’arme défensive, l’accompagnait dans les maisons mêmes où il était traité avec bonté et courtoisie. Il se laissa aller plusieurs fois à frapper ceux qui avaient pris des libertés avec lui. Toutes ses victimes furent pourtant assez sages pour s’abstenir de parler des coups qu’elles avaient reçus, excepté Osborne, le plus rapace et le plus brutal des libraires, qui proclama partout qu’il avait été jeté à terre par le colosse qu’il avait engagé pour faire de la réclame en faveur de la Bibliothèque Harleyenne.

Il y avait un an environ que Johnson s’était établi à Londres lorsqu’il eut le bonheur d’obtenir un travail régulier de Cave, libraire intelligent et entreprenant, qui était propriétaire et éditeur du Gentleman’s Magazine. Ce journal, qui entrait alors dans la neuvième année de sa longue existence, était le seul recueil périodique dans le royaume qui eût alors ce que l’on appellerait aujourd’hui une large circulation. C’était à vrai dire la principale source des nouvelles parlementaires. Il n’était pas sans danger alors, même pendant l’intervalle : des sessions, de publier un récit des séances de l’une ou de l’autre chambre sans employer quelque déguisement. Cave se hasarda, cependant, à servir à ses lecteurs ce qu’il appelait les comptes rendus des débats du sénat de Lilliput. La France s’appelait Blefuscu, Londres Mildendo, les livres sterling étaient des sprugs. Le duc de Newcastle était le secrétaire d’État de Nardac, lord Hardwicke le Hurgo Hickrad, et William Pulteney était Wingul Pulnub. Johnson fut chargé pendant plusieurs années de rédiger les discours. On lui fournissait d’ordinaire des notes, brèves et inexactes, de ce qui avait été dit ; mais il lui arrivait parfois d’être obligé d’inventer tout à la fois les arguments et l’éloquence du ministère et de l’opposition. Il était pour son propre compte un Tory, non par conviction raisonnée, car son opinion sérieuse était qu’une forme de gouvernement valait tout autant ou tout aussi peu qu’une autre, mais uniquement par une passion semblable à celle qui enflammait les Capulets contre les Montaigus, ou les Bleus du cirque romain contre les Verts. Il avait tant entendu parler, dans son enfance, sur les infamies des Whigs et sur-les dangers de l’Église, qu’il était devenu furieusement homme de parti presque avant d’être un enfant qui sait parler. Il n’avait pas trois ans lorqu’il insista pour se faire mener à la cathédrale de Lichfield afin d’entendre prêcher Sacherevell, et il avait écouté le sermon avec autant de respect et probablement avec autant d’intelligence que tous les propriétaires du Comté de Stafford qui se trouvaient dans l’auditoire. L’œuvre commencée au maillot s’était achevée à l’université. Lorsque Johnson vivait à Oxford, c’était l’endroit le plus jacobite d’Angleterre, et Pembroke était un des colléges les plus jacobites d’Oxford. Les préjugés qu’il apporta à Londres étaient à peine moins absurdes que ceux de son propre Tom Tempest. Charles II et Jacques II avaient été deux des meilleurs rois qui eussent jamais régné. Laud, ce pauvre homme qui n’a jamais fait, dit, ou écrit quelque chose qui dépassât la capacité ordinaire d’une vieille femme, était pour lui un prodige de talents et de savoir, sur la tombe de qui le Génie et les Arts continuaient de pleurer. Hampden ne méritait pas un nom plus honorable que celui de Séïde de la Rébellion. La taxe des vaisseaux elle-même, que Falkland et Clarendon avaient blâmée tout aussi nettement que les plus violents parmi les Têtes Rondes, Johnson ne pouvait se décider à la qualifier d’impôt inconstitutionnel. Sous le gouvernement le plus doux qu’on eût jamais vu dans le monde, sous un gouvernement qui laissait à la nation une liberté de langage et d’action inconnue jusqu’alors, Johnson s’imaginait qu’il était esclave, il attaquait le ministère avec une âpreté qui se réfutait elle-même, il regrettait la liberté et la félicité perdue de cet âge d’or pendant lequel un écrivain qui se serait permis la dixième partie des licences qu’on lui laissait prendre eût été mis au pilori, mutilé par les ciseaux des bourreaux, fouetté derrière une charrette et jeté dans un cachot empesté pour y mourir. Il détestait les dissidents et les boursiers, les douanes et l’armée, les parlements septennaux et les alliances continentales. Il avait une aversion invétérée pour les Écossais, aversion dont il ne se rappelait pas bien l’origine, mais qui, d’après son propre aveu, venait probablement de son horreur pour la conduite qu’avait tenue cette nation pendant la grande Rébellion. Il est aisé de deviner comment pouvaient être faits les comptes rendus des débats, sur les grandes questions de parti, par un homme dont l’esprit de parti troublait à ce point le jugement. Il était pourtant nécessaire, pour la prospérité du Magazine, de conserver une apparence d’impartialité. Mais Johnson avouait plus tard que, tout en sauvant les dehors, il avait pris soin que ces chiens de Whigs n’eussent pas le dessus ; et le fait est que tous les passages qui ont survécu, tous les passages qui portent l’empreinte de ses meilleures facultés, se trouvent dans la bouche de quelque membre de l’opposition.

Johnson avait entrepris depuis quelques semaines seulement ces travaux obscurs, lorsqu’il publia un ouvrage qui le plaça du premier coup à un rang élevé parmi les écrivains de son mps. Il est probable que ce qu’il avait souffert pendant la première année de son séjour à Londres lui avait souvent rappelé certaines parties de ce beau poëme dans lequel Juvénal a dépeint la misère et l’abaissement d’un homme de lettres besoigneux, vivant au milieu des nids de pigeons dans un des galetas vermoulus suspendus au-dessus des rues de Rome. Les admirables imitations des satires et des épîtres d’Horace par Pope venaient de paraître ; elles étaient dans toutes les mains, et bien des lecteurs les trouvaient supérieures à l’original. Johnson aspirait à faire pour Juvénal ce que Pope avait fait pour Horace. L’entreprise était hardie, mais judicieuse, car il y avait bien des choses en commun entre Johnson et Juvénal, beaucoup plus assurément qu’entre Pope et Horace.

La Londres de Johnson parut au mois de mai 1738 sans nom d’auteur. Il ne reçut que dix guinées en paiement de ce poëme énergique et majestueux, mais la vente fut prompte et le succès complet. Il fallut tirer une seconde édition au bout de huit jours. Les petits critiques, qui cherchent toujours à rabaisser les réputations acquises, couraient partout en proclamant que le satirique, anonyme était supérieur à Pope dans le genre littéraire qui lui appartenait en propre. Il faut se rappeler, à l’honneur de Pope, qu’il se joignit cordialement aux applaudissements qui saluèrent l’apparition d’un talent rival du sien. Il s’enquit de l’auteur de Londres. Un pareil homme, dit-il, ne pouvait rester longtemps caché. Le nom fut bientôt découvert, et Pope chercha avec beaucoup de bonté à obtenir un grade académique et une place de maître dans un établissement d’éducation pour le jeune et pauvre poëte. Ses efforts échouèrent, et Johnson resta un homme de peine aux gages des éditeurs.

Il ne paraît pas que ces deux hommes, l’écrivain le plus éminent de la génération qui s’en allait, et l’écrivain le plus éminent de la génération qui arrivait, se soient jamais rencontrés. Ils vivaient dans des sociétés fort différentes, l’un entouré de ducs et de comtes, l’autre entouré de pamphlétaires et de compilateurs d’index qui mouraient de faim. Parmi les relations de Johnson, à cette époque, nous pouvons citer Boyse qui griffonnait des vers latins assis dans son lit et les bras passés dans deux trous de sa couverture lorsqu’il avait mis ses chemises en gage, qui composait’ des poésies religieuses très-convenables lorsqu’il était à jeun, et qui finit, étant ivre, par se faire écraser par un fiacre ; Hoole, surnommé le tailleur métaphysicien, qui, au lieu de faire attention à ses mesures, avait coutume de tracer des diagrammes géométriques sur la table où il était assis les jambes croisées, et l’imposteur repentant Georges Psalmanazar, qui, après s’être courbé tout le jour, dans sa modeste demeure, sur les in-folio des rabbins juifs et. des Pères de l’Église chrétienne, se donnait le soir le plaisir de parler littérature et théologie dans un cabaret de la Cité. Mais l’homme le plus remarquable de tous ceux que Johnson fréquentait alors, était Richard Savage ; fils d’un comte, apprenti d’un cordonnier, qui avait vu la vie sous toutes ses formes, qui avait assisté à des festins à Saint-James’s Square au milieu des rubans bleus, et qui avait couché dans la Salle des Condamnés à Newgate avec des fers de cinquante livres aux pieds. Après bien des vicissitudes de fortune, cet homme avait fini par tomber dans une pauvreté abjecte et sans espoir. Sa plume lui avait fait défaut. Ses protecteurs étaient morts, ou il se les était aliénés par la profusion désordonnée avec, laquelle il gaspillait leurs dons et l’insolence ingrate avec laquelle il rejetait leurs conseils. Il vivait alors d’aumônes. Il dînait de venaison et de vin de champagne lorsqu’il avait été assez heureux pour se faire prêter une guinée. Si ses demandes n’avaient pas eu de succès, il apaisait la violence de sa faim avec quelques restes de viande, et se couchait sous la galerie couverte de Covent-Garden quand il faisait chaud, et le plus près possible du four d’une verrerie quand il faisait froid. Cependant, il était encore dans sa misère un agréable compagnon. Il avait une provision inépuisable d’anecdotes sur ce monde brillant et joyeux d’où il était proscrit. Il avait vu les grands hommes des deux partis dans leurs moments de délassement et d’insouciance ; il avait vu les chefs de l’opposition déposer leur masque de patriotisme, et il avait entendu le premier ministre rire aux éclats en racontant des histoires qui ne péchaient pas par un excès de décence. Johnson et Savage vécurent pendant quelques mois dans la plus étroite intimité ; puis les deux amis se séparèrent non sans verser des larmes. Johnson resta à Londres pour faire le gros ouvrage de Cave. Savage partit pour l’ouest de l’Angleterre ; où il vécut comme il avait vécu partout, et où il mourut en 1743, sans un sou et le cœur brisé, dans la prison de Bristol.

Peu de temps après sa mort, lorsque la curiosité publique était vivement excitée au sujet de son caractère étrange et de ses non moins étranges aventures, il parut une vie de lui fort différente de toutes les vies d’hommes éminents écrites pour gagner quelques sous et qui formaient alors un article de fond des manufactures de Grub Street. Le style manquait de facilité et de variété, et l’auteur avait évidemment trop de partialité pour l’élément latin de notre langue. Mais ce petit ouvrage avec tous ses défauts était un chef-d’œuvre. Il n’existait, dans aucune langue morte ou vivante, un modèle plus parfait de biographie littéraire, et un critique sagace eût pu prédire avec confiance que l’auteur était destiné à fonder une nouvelle école d’éloquence anglaise.

La Vie de Savage ne portait point de nom d’auteur, mais on savait dans le monde littéraire qu’elle était l’œuvre de Johnson. Durant les trois années qui suivirent, il ne produisit aucun ouvrage important, mais il ne resta pas et ne pouvait rester oisif. Sa réputation de talent et de savoir continua de grandir. Warburton déclara qu’il avait des dons rares et du génie, et les louanges de Warburton n’étaient pas alors chose indifférente. La renommée de Johnson était telle qu’en 1747 plusieurs libraires considérables s’associèrent pour le charger de la difficile entreprise de préparer un Dictionnaire de la langue anglaise en deux volumes in-folio. Ils s’engagèrent à lui payer une somme de quinze cents guinées seulement, et sur cette somme, il avait à payer plusieurs hommes de lettres pauvres qui l’aidaient dans les parties les moins importantes de sa lâche.

Il adressa le prospectus de son Dictionnaire au comte de Chesterfield. Chesterfield était depuis longtemps célèbre pour l’élégance, de ses manières, la vivacité de son esprit et la délicatesse de son goût. On le tenait pour le plus brillant orateur de la chambre des lords. Il venait de gouverner l’Irlande, dans de graves conjonctures, avec une fermeté, une sagesse et une humanité remarquables, et, depuis lors, il était devenu secrétaire d’État. Il reçut l’hommage de Johnson avec l’affabilité la plus séduisante, et le récompensa par un présent de quelques guinées offertes sans doute avec beaucoup de grâce. Mais il ne se souciait nullement de voir tous ses tapis salis de la boue de Londres, ni ses potages et ses vins, versés, à droite et à gauche, sur les robes des belles dames et les gilets des grands seigneurs, par un savant gauche, distrait, qui avait des tressaillements et poussait des grognements étranges, qui s’habillait comme un épouvantail à moineaux et mangeait comme un cormoran. Johnson continua quelque temps de se présenter chez son patron ; mais lorsque le portier lui eut dit à plusieurs reprises que sa seigneurie était sortie, il comprit ce que parler voulait dire et cessa de se présenter à cette porte inhospitalière.

Johnson s’était flatté de terminer son Dictionnaire à la fin de l’année 1750 ; mais ce ne fut qu’en 1755 qu’il donna enfin au monde ses énormes volumes. Pendant les sept années qu’il employa à la rude besogne de rédiger des définitions et de marquer des citations pour ses copistes, il demanda quelque délassement à des travaux littéraires d’une espèce plus agréable. En 1749, il publia La Vanité des Souhaits humains, excellente imitation de la dixième satire de Juvénal. En vérité il n’est pas aisé de décider lequel, du poëte ancien ou du poëte moderne, a mérité la palme. Le passage qui contient la description de la chute de Wolsey, bien que grandiose et sonore, reste faible en comparaison des vers prodigieux qui nous font voir Rome tout entière en tumulte au jour de la chute de Séjan, les lauriers sur les portes, le taureau blanc s’avançant majestueusement vers le Capitole, les statues précipitées de leurs piédestaux, les flatteurs du ministre disgracié courant pour le voir traîné dans les rues par un crochet de fer, et pour donner un coup de pied à son cadavre avant qu’il soit jeté dans le Tibre. Il faut avouer aussi que, dans sa conclusion, le moraliste chrétien n’a pas su tirer parti de ses avantages et qu’il est décidément resté au-dessous de la sublimité de son modèle païen. D’autre part, l’Annibal de Juvénal doit céder le pas au Charles de Johnson, et il faut convenir que l’énumération énergique et touchante que fait Johnson des souffrances de la vie littéraire vaut mieux que les lamentations de Juvénal sur le sort de Démosthènes et de Cicéron.

Le manuscrit de La Vanité des Souhaits humains valut seulement à Johnson quinze guinées.

Peu de jours après la publication de ce poëme, sa tragédie, commencée bien des années auparavant, parut sur la scène. Son élève David Garrick avait débuté, en 1741, sur le petit théâtre de Goodman’s Pields, s’était élevé tout de suite au premier rang parmi les acteurs, et se trouvait alors, après plusieurs années de succès à peine interrompus, directeur du théâtre de Drury Lane. La relation qui existait entre lui et son ancien maître était très-singulière. Ils éprouvaient l’un pour l’autre une vive répulsion et en même temps un vif attrait. La nature les avait pétris d’une argile fort différente, et les circonstances avaient pleinement développé les particularités naturelles à chacun d’eux. Une prospérité soudaine avait tourné la tête de Garrick. Une adversité continue avait aigri le caractère de Johnson. Johnson voyait, avec plus d’envie qu’il ne convenait à un si grand homme, la villa, l’argenterie, les porcelaines de Chine, le tapis de Bruxelles que le petit comédien avait gagnés en répétant avec des gestes et des grimaces ce qu’avaient écrit des gens plus sages que lui ; et la vanité singulièrement susceptible de Garrick souffrait de cette pensée qu’au milieu des applaudissements du reste du monde, il pouvait à peine obtenir, d’un seul cynique morose dont il était impossible de dédaigner l’opinion, un compliment qui ne fût pas acidulé de mépris. Et cependant ces deux concitoyens de Lichfield avaient en commun tant de souvenirs de jeunesse, ils sympathisaient ensemble sur tant de sujets qui ne leur permettaient pas de rencontrer dans l’immense population de la capitale une troisième personne qui fût en sympathie avec eux, et cela avait sur eux tant d’empire, que le maître avait beau être souvent choqué par l’élève et par son impertinence de singe, l’élève avait beau être souvent choqué par le maître et par sa rudesse d’ours, malgré tout leur amitié dura jusqu’à ce que la mort vînt les séparer. Garrick fit donc représenter Irène, avec des changements suffisants pour mécontenter l’auteur, mais qui ne suffirent pas à rendre la pièce agréable à l’auditoire. Le public, cependant, écouta sans grande émotion mais avec beaucoup de civilité cinq actes de déclamations monotones. Après neuf représentations, la pièce fut retirée. Elle n’est à vrai dire aucunement appropriée à la scène, et même à la lecture elle est à peine digne de son auteur. Il n’avait pas la moindre notion de ce que doivent être des vers blancs. En changeant, de deux vers en deux vers, la dernière syllabe, on amènerait une étroite ressemblance entre la versification de La Vanité des Souhaits humains et la versification d’Irène. Cependant le poëte réalisa, par les représentations à bénéfice et par la vente du manuscrit de sa tragédie, près de trois cents livres sterling, ce qui était alors une grosse somme à ses yeux.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin