Europe(s)

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" L'Europe, à l'évidence, n'existe pas. Elle n'est ni un continent, ni une culture, ni un peuple, ni une histoire. Elle n'est définie ni par une frontière unique ni par un destin ou un rêve communs.

" Il existe en revanche des Europes, qui s'échappent lorsqu'on cherche à en appréhender trop précisément les contours.

" L'Europe est le seul continent à ne pas s'être défini par l'exclusion des autres, mais, pour leur bonheur et leur malheur, par leur conquête; le seul à avoir semé, aux quatre vents de ses ambitions impériales, ses langues, ses idées et ses hommes.

" En ce sens, l'ordre du monde est pour longtemps encore européen. Même si cette péninsule improbable s'est vue remplacée au " coeur " de l'Histoire par l'une de ses créatures, l'Amérique, même si elle risque de n'être plus qu'une colonie de sa propre utopie, l'Europe restera à jamais, dans son ambiguïté même _ je préférerais écrire l'Europe(s), pour signifier cette multiplicité _, la mère de toutes les modernités.

" Cette ambiguïté, je l'ai vécue de près quand la chute du dernier Empire précapitaliste du monde, en émancipant l'Europe(s), la soumettait tout entière à l'ordre américain. De Prague à Londres, de Bruxelles à Moscou, j'ai vu les dirigeants intérioriser cette nouvelle soumission, en même temps que se dessinait le rêve d'une construction européenne plus libre et plus adulte. "
J.A.
Publié le : mercredi 19 janvier 1994
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213641584
Nombre de pages : 216
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" L'Europe, à l'évidence, n'existe pas. Elle n'est ni un continent, ni une culture, ni un peuple, ni une histoire. Elle n'est définie ni par une frontière unique ni par un destin ou un rêve communs.

" Il existe en revanche des Europes, qui s'échappent lorsqu'on cherche à en appréhender trop précisément les contours.

" L'Europe est le seul continent à ne pas s'être défini par l'exclusion des autres, mais, pour leur bonheur et leur malheur, par leur conquête; le seul à avoir semé, aux quatre vents de ses ambitions impériales, ses langues, ses idées et ses hommes.

" En ce sens, l'ordre du monde est pour longtemps encore européen. Même si cette péninsule improbable s'est vue remplacée au " coeur " de l'Histoire par l'une de ses créatures, l'Amérique, même si elle risque de n'être plus qu'une colonie de sa propre utopie, l'Europe restera à jamais, dans son ambiguïté même _ je préférerais écrire l'Europe(s), pour signifier cette multiplicité _, la mère de toutes les modernités.

" Cette ambiguïté, je l'ai vécue de près quand la chute du dernier Empire précapitaliste du monde, en émancipant l'Europe(s), la soumettait tout entière à l'ordre américain. De Prague à Londres, de Bruxelles à Moscou, j'ai vu les dirigeants intérioriser cette nouvelle soumission, en même temps que se dessinait le rêve d'une construction européenne plus libre et plus adulte. "

J.A.
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