//img.uscri.be/pth/6fbd215b34e5eaf25973f45bc92876eadfcc2548
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Fatime, ou les Soirées du génie Azaël

De
470 pages

Gloire au Très-Haut ! son trône est au centre des mondes ;
Les soleils qu’il créa font d’éternelles rondes,
Pour éclairer sa face et garder le saint lieu ;

Gloire et louange à Dieu !

Le More Sid-Hamet, docteur de renommée,
Dormait près d’Aïscha, l’épouse bien-aimée,
Lorsque parut un djinn, être mystérieux,
Qui jeta sur leur couche un regard curieux.

« — Que sur toi soit la paix, mortel savant et sage !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Étienne Hervier

Fatime, ou les Soirées du génie Azaël

Première Soirée

PROLOGUE

Illustration

Gloire au Très-Haut ! son trône est au centre des mondes ;
Les soleils qu’il créa font d’éternelles rondes,
Pour éclairer sa face et garder le saint lieu ;

Gloire et louange à Dieu !

 

Le More Sid-Hamet, docteur de renommée,
Dormait près d’Aïscha, l’épouse bien-aimée,
Lorsque parut un djinn, être mystérieux1,
Qui jeta sur leur couche un regard curieux.

 

«  — Que sur toi soit la paix, mortel savant et sage !
Dit le djinn à voix basse, on te porte un message. »

 

A ces mots, le docteur tremblant, se rapprocha
Du beau coussin de pourpre où dormait Aïscha :
«  — Bel ange, il est minuit.... convient-il qu’à cette heure,
A cette heure sinistre, on entre en ma demeure ?
 — N’es-tu pas Sid-Hamet, lumière du Sahël ?
Rassure-toi, je suis le génie Azaël,
Enfant de l’émeraude, éclatante planète
Qui roule dans l’espace au-dessus de ta tête.
Les cruels fils d’Éblis et ses dignes suppôts2,
Qui trompent les mortels et troublent leur repos,
Ne me ressemblent pas. Reconnais ma livrée,
Toi, qui sais distinguer le bon grain de l’ivraie !
Et si je ne craignais de paraître diffus....
 — Grace pour ton éloge, il me rendrait confus,
Et daigne t’expliquer, je té prête l’oreille ;
Mais songe à ce divan !.... une femme y sommeille !

 

Même pour un génie elle est digne d’égard ;
Respectons son oreille, ainsi que son regard !....
 — Je comprends. » Et le djinn tira de sa ceinture,
Un riche manuscrit d’une étrange écriture :
«  — Certes ! dit le docteur, en le prenant en main,
Rien qu’à le feuilleter j’en ai jusqu’à demain.
 — Hélas ! répond le djinn avec un doux sourire,
Je me serai trompé.... Docteur, faut-il le dire,
Et le Ciel m’est témoin que c’est la vérité,
J’ai pris le manuscrit, le message est resté !
 — Mais, reprend Sid-Hamet en parcourant ce livre,
Ce sont des vers ? — Sans doute, et des vers que je livre,
Comme le sûr garant du message égaré.
 — J’aime la poésie. — Oh ! je l’aurais juré.
 — L’écriture emeraude est difficile à lire.
 — Je pourrais te dicter, si tu voulais écrire....
 — J’accepte ; cependant craignons de réveiller....
 — Ta femme ? Cher docteur, que, sur son oreiller,
Elle repose en paix ! On dit qu’elle est railleuse,
Vive, piquante, enfin et c’est mal, orgueilleuse.
 — Quoi ! vous savez médire aux célestes bosquets ?
 — C’est affreux, j’en conviens.... Ses traits sont si coquets,
Sa pose si modeste, et sa désinvolture
Trahit tant de trésors d’une heureuse nature !
 — Dicte, et n’en parlons plus !.... Laissons-la reposer.
A ces vains compliments je n’ose l’exposer. »

Le djinn dictait à peine, Aïscha, curieuse,
Leva sur lui ses yeux, et puis, silencieuse,
Calme, sans respirer, mais aussi sans dormir,
Écouta les récits de ce divin émir.

RÉCIT.

Le Scheick Abdénore, fils de Casem.

DÉSESPOIR.

 

 

A cette heure si douce où le soleil dépose,
Sous un pavillon d’or, l’éclat de ses rayons,
Quand la brise du soir, pour le sommeil, dispose

L’algue promise aux alcyons ;

 

Quand la nuit, déroulant les franges de son voile,
Les drape, avec amour, en festons gracieux ;
Quand la frange flottante abandonne une étoile

Qui va briller au front des cieux ;

 

Quand les essaims, fuyant la ruche maternelle,
S’attachent, pour dormir, aux pompons des roseaux ;
Quand le premier reflet de la lampe éternelle

Argente la face des eaux ;

 

Quel est cet inconnu qui trouble le silence
De l’étroite vallée où dort le Bou-Djemmi3 ?
Comme un rapide éclair, son cheval qui s’élance

Suit-il les pas d’un ennemi ?

 

Est-ce de la montagne un pieux solitaire ?
Vient-il pour obéir à de saintes ardeurs ?
Des merveilles du Ciel, des secrets de la terre

Vient-il sonder les profondeurs ?

 

Non ; il est insensible au murmure de l’onde,
Aux soupirs du feuillage, aux bruits harmonieux,
A cette belle nuit d’une clarté si blonde

Que le jour en est envieux.

 

Et je le reconnais ; c’est le scheick Abdénore,
Vaillant fils de Casem, que tout l’Ammall honore4.
Veut-il se dérober à la fureur des Francs,
Aux tribus de ces monts porter un cri d’alarmes,
Fomenter des complots et reprendre les armes,

Pour combattre encor les tyrans ?

 

Ou vient-il demander un conseil salutaire
Au sombre marabout qui vit, avec mystère,

Dans ce vallon, comme un vautour ?

Jamais, à pareille heure, un mortel n’y pénètre,
Si le remords du crime en son cœur ne fait naître

Un saint et pénitent retour.

 

Mais il a ralenti sa course vagabonde ;
Il court vers ce torrent dont il longe les bords....
L’onde est-elle complice ?.... on dirait qu’il la sonder

Qu’il interroge ses abords !....

 

Puis, il prend son poignard qu’il lave et qu’il regarde,.,.
Ce poignard est souillé de sang jusqu’à la garde !

Il va l’essuyer au gazon....

Quand l’éclat de l’acier perd sa dernière tache,

Son œil étincelant tout à coup s’en détache,

Pour s’égarer sur l’horizon....

 

Mais il parle.... écoutons !.... Cette gorge enfoncée
Pourra nous dévoiler sa secrète pensée ;
Car l’écho de ces monts redit, dans son loisir,
Et les terreurs de l’ame et les cris du plaisir.

 

« Fortune, gloire, honneur de ma famille,
Éclat d’un nom qui depuis longtemps brille,
Passé, présent, espérance, avenir,
J’ai tout flétri !.., Ce bras, ce bras infame
A triomphé d’une timide femme !....
Oh ! quel exploit digne de souvenir !

 

Ai-je puisé, dans l’air que je respire,
L’affreux transport qui m’agite et m’inspire ?
Est-il l’effet d’un pouvoir surhumain ?
Lèpre du cœur, funeste jalousie,
Par qui l’amour se change en frénésie,
C’est toi qui mis ce poignard dans ma main !.... »

 

Il disait, et le vent de la gorge isolée
Lui porta des lambeaux d’une voix désolée....
Le guerrier en comprit un seul mot : Abandon !....
L’ame de sa victime, en partant de la terre,
Aurait-elle exhalé cette voix solitaire,

Pour lui demander son pardon !

 

« De tels affronts jamais ne se pardonnent,
Comme la foudre à l’oreille ils bourdonnent !...
Ah ! si du moins tu menais ce Chrétien
Qui m’a ravi l’amour de mon amante,
Qui m’a flétri d’une tache infamante,
Qui t’a séduite en un lâche entretien,

 

Et qui m’a dit : Tu n’es plus qu’un rebelle !
Pour ton regard, Fatime était trop belle ;
Elle est à moi, c’est la part du vainqueur !....
Où m’égaré-je !.... est-il connu, ce traître ?
Dieu ! si jamais je le voyais paraître,
Que ce poignard serait bien dans son cœur !

 

Guerre à cette infidèle race
Qui laisse partout, sur sa trace,
Du sang, des terreurs, des affronts !
Armons-nous ! le Franc, ce vampire,
S’attache aux flancs de notre empire ;
Sachons l’étouffer, ou meurons ! »

 

Mais comment soulever les guerriers des montagnes
Où Fatime, naguère, avait tant de compagnes,

Où tous parlaient de sa bonté !

Suivront-ils son drapeau teint du sang d’une femme.....
Et ne liront-ils pas jusqu’au fond de son ame :

« Crime, déshonneur, lâcheté !.... »

 

L’œil du peuple voit tout ; le plus humble devine,
Sur un coupable front, la sentence divine !....
Ah ! que l’abîme s’ouvre, et qu’une prompte mort
Éteigne dans son cœur la honte et le remord !....

 

Cependant une femme, à travers la feuillée,
S’avance, blanc fantôme à la robe souillée
Du sang qui, goutte à goutte, a coulé de son flanc ;
A son pâle visage, à son pas chancelant,
Éclairés d’un reflet de la lune qui tombe,
Le More croit qu’une ombre a soulevé sa tombe,
Pour respirer encor la vie et retrouver
Un rêve que la mort empêcha d’achever.

 

Et le fils de Casem, que l’on craint, que l’on vante,
A l’aspect du fantôme est saisi d’épouvante !
Il saute en selle, il part.... Le crêpe de la nuit
S’ouvre et laisse passer une voix qui le suit :

 

« Arrête !.... écoute-moi, de grâce !.... disait-elle :
Au nom du Ciel, arrête !..,, et viens me secourir....
Si, comme je le sens, ma blessure est mortelle,

Aide-moi, cruel, à mourir, !....

 

Si dans ce cœur sanglant ton image est blessée,
La pointe du poignard ne l’a point effacée ;

Elle y reste encor malgré moi....

Recueille de mes yeux la dernière étincelle,
Et ne repousse pas la prière de celle,

De celle qui n’aimait que toi !....

 

Craignais-tu notre hymen ? désormais j’y renonce....

Hélas ! ce rêve était trop beau !

Je me meurs.... l’agonie à. chaque pas s’annonce....

Donne-moi du moins un tombeau !....

 

Un tombeau pour Fatime, au lieu dé tes promesses
D’union, de bonheur, de biens et de palais !
Un tombeau pour couvrir celle que tu délaisses !

Et tes promesses, reprends-les.... »

 

Le meurtrier entend cette voix qui traverse
L’obscurité du soir et que le vent disperse,

Comme il fait des bruits incertains,

Des prières, des cris mutilés par l’orage,
Quand la barque livrée aux fureurs du naufrage,

Périt sur des écueils lointains.

 

Et son bouillant coursier loin du torrent t’entraîne ;
Il ne sent ni la main, ni le frein, ni la rêne....
Son maître, comme un djinn sur un éclair porté,
Égaré par la peur et ces plaintes poignantes,
Le fait, sous l’éperon aux morsures saignantes,
Bondir, comme l’obus dans sa marche heurté.

 

A ses élans fougueux, on dirait qu’il dépasse
Ou le dard, ou le plomb qui siffle dans l’espace ;

Le sang jaillit de ses naseaux.

Mais enfin, modérant sa course vagabonde,
Il s’arrête, à l’aspect d’une crique profonde

Où s’engouffrent les grandes eaux.

Et le guerrier descend sur cette grève aride ;
Il quitte son coursier, laisse flotter sa bride,

Et le délivre de son mors,

Le vieil ami du camp d’abord au loin s’élance,
Puis revenant au maître, il le suit, en silence,

Comme aux convois des guerriers morts.

 

« Ami, lui dit le scheick, sois heureux sans ton maître !
Il le fut avec toi ; mais ce temps est passé....
Ne retourne jamais ou le Ciel nous fit naître ;

Que mon nom y soit effacé !

 

Adieu ! dans ces forêts, où l’herbe est abondante,
Sois libre, à l’avenir, sous la garde de Dieu :
Je vais dormir, sans toi, dans ma dernière tente....

Séparons-nous à cet adieu !.... »

 

Pendant ce triste adieu, le coursier se rapproche
Et s’épuise en efforts pour atteindre à la roche

Où le maître est déjà monté.

Le maître ne veut pas que son noble ami meure ;
Il se tourne et sourit en voyant qu’il demeure

Au pied de la roche arrêté.

 

Debout, sur les brisans où vient battre la vague,
Calme, les bras croisés, le More, d’un œil vague,
Contemple, tour à tour, les célestes flambeaux
Et le gouffre béant, si fertile en tombeaux.

 

Le gouffre est agité ; pour briser sa barrière,
Le flot frappe la roche et retombe en arrière,

Se consumant en vains efforts ;

Et puis il s’élargit, se redresse, tournoie,
Comme pour dessiner, quand il en fait sa proie,

La fosse qu’il prépare aux forts.

 

Mais soudain, une barque élégamment ornée
S’avance vers la roche, errante, abandonnée,
Sans rames, sans agrès, veuve de matelots,
Que repousse l’écueil, que ramènent les flots,
Comme un débris de voile, un lambeau de cadavre
Que le courant promène et porte au fond du havre.

 

« Voilà, dit le pirate, un canot étranger ;
Il a perdu son maître et survit au danger....
Le mien a fait naufrage, et moi, je vis encore !....
Canot du naufragé, reçois donc Abdénore ;

Il saura te conduire où l’on meurt.... » Et, d’un bond,
Il s’élance, à ces mots, sur l’esquif vagabond.

 

Sous un léger tissu de laine parfumée
Dont la trame de pourpre et de rubis semée
Laissait apercevoir l’aigrette d’un turban,
Dormait un matelot qu’il réveille en tombant.

 

Appuyé sur son coude, écartant avec peine
Une ample djellaba d’un lisse éclat d’ébène5,
Comme un enfant surpris au moment qu’il s’endort,
L’étranger entr‘ouvrit sa timide paupière,
Et trahit, d’un rayon de céleste lumière,
Ses yeux bleus de djénoune, ombragés de cils d’or6.

 

Et jetant sur le More un regard plein de flamme,
Il l’invite à s’asseoir ; tout à coup une lame
Heurte contre la barque.... elle part ; un éclair
Ne fut jamais si prompt sur l’Océan de l’air.
La vague, en se courbant, avec amour, se plisse,
Et flatte les contours de la barque qui glisse....

 

Comme un cygne des lacs, au cou moiré d’argent,
Elle sait éviter les écueils du rivage ;
Coquette, elle s’élance ; indolente, elle nage

Et semble rêver en nageant.

 

Et puis, loin des écueils, sur une mer limpide,
Nacelle aventureuse, elle vole, rapide,
Tel l’oiseau voyageur qui change de climat.
La brise, qui lui porte un doux parfum d’orange,
Tombe.... la barque dort et sa voile se range,

Insouciante, auprès du mât.

 

Or, la reine des nuits, de ce calme étonnée,
Détache de sa robe un rayon curieux ;
La nacelle endormie en est illuminée,
Et montre son raïs qui baisse alors les yeux7.

 

Quel est-il, ce raïs, à la taille élancée,
Dont le regard timide a trahi la pensée ;
Gracieux, délicat, frêle comme un roseau,
Qui porte une ceinture à double nœud flottante,
Une aigrette au turban, de perles éclatante,
Et, sur sa blanche épaule, un merveilleux réseau ?